Jeunesse tourmentée - Epilogue (2)
Snow Patrol Chasing Cars
envoyé par strange-ghost
« Alors vous êtes ensembles ? finit par demander Nathan.
- Pardon ?
- Phil et toi ? Ça fait longtemps ? »
Clément ne sut que dire.
« Attends… Ça fait dix ans qu’on ne s’est pas vu… Et c’est tout ce que tu trouves à me dire ?
- Désolé. C’est juste que ça m’a surpris. Je ne pensais pas… »
Nathan ne continua pas sa phrase, mais il était déjà trop tard :
« Tu ne pensais pas quoi ? »
Nathan se mordit les lèvres :
« Que tu irais vers un autre homme. »
Clément en resta bouche bée. Toute sa rancœur resurgit brusquement, faisant bouillir le sang dans ses veines. L’occasion était trop belle :
« Je sais que pour toi notre histoire n’a été qu’un jeu, une expérience due à la jeunesse. Mais pas pour moi.
- Tu dis ça, mais t’en sais rien en réalité. »
Nathan s’approcha de Clément et l’embrassa. Ce fut violent, quoiqu’entraînant. Mais étrangement, Clément ne ressentit pas cette chaleur l’envahir, ces picotements remonter le long de son dos, ou encore cette impression de perdre pieds. Comme tout autour d’eux, il avait changé. Il repoussa Nathan qui le regarda sans comprendre :
« Qu’est-ce que tu crois faire ? »
Nathan essuya ses lèvres du dos de sa main.
« Je sais que j’ai fait le con. Je m’en rends compte aujourd’hui. Alors… On pourrait… enfin… »
Clément n’arrivait pas à croire ce qu’il entendait.
« Tais-toi. Tu… Est-ce que tu as conscience de ce que tu es en train de dire, là ? Tu serais capable de quitter Justine ? Vous ne devez pas vous marier ? Et il me semble que tu vas bientôt être père, non ? Alors il me semble que c’est un peu tard pour te rendre compte de tes erreurs, tu crois pas ? Mais ça a toujours été ça le problème, avec toi : tout a toujours été trop tard. Tu te lances sans jamais réfléchir, et quand tu le fais, ce n’est même pas pour toi ! Tu as été incapable d’assumer notre relation, de t’assumer, toi, devant les autres. Et ça, ça ne changera pas.
- Moi, je ne m’assume pas ? Mais qui est allé se cacher avec son copain y a dix minutes ? T’es mal placé pour parler, Clément. Toi non plus tu n’assumes pas ton homosexualité !
- Ce n’est pas pareil. Notre famille, nos amis… ils sont tous au courant.
- Même au travail, Clément ? Et si c’était vraiment le cas, pourquoi est-ce que vous ne vous affichez pas ensemble ce soir ? Arrête de te foutre de moi… Tu me mets tout sur le dos, mais je ne suis pas le seul fautif dans cette histoire. Tu… Tu n’as même pas cherché à me comprendre ! Tu crois que j’aurais pu tout lâcher ? Dire à mes parents que je suis gay ? Ils m’auraient mis à la porte, Clément ! Et Justine, elle…
- Mais c’est pas ce que tu voulais faire à l’instant ? C’est pas ce que tu allais me proposer ?
- J’avais dix-huit ans à l’époque. Pas de travail, même pas de diplôme. Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Toi tu avais ta famille, tu avais Phil… Moi je n’avais que toi et des gens qui m’auraient rejeté !
- Tu n’en sais rien…
- Non, c’est toi qui n’en sais rien. Tu avais des problèmes et ça t’a empêché de voir ceux des autres. Toi tu as réussi à t’en sortir, pas moi. Et je ne m’en sortirai jamais. »
Clément avait l’impression de s’être pris une gifle. Effectivement, la vérité faisait mal à entendre. Mais ils avaient tort tous les deux :
« Tu aurais pu rompre avec Justine il y a des années. Tu aurais pu le dire à tes parents après le Bac, ou même encore plus tard. Je ne te demandais pas de t’afficher avec moi du jour au lendemain. Même moi, j’en aurais été incapable. Mais maintenant… Tu as ta vie, j’ai la mienne. On est loin de ce que j’avais imaginé, mais… Je n’en changerai pas. »
Nathan se mordait les lèvres jusqu’au sang. Clément ferma les yeux avant de soupirer.
« On aurait peut-être pas dû se parler. Ça n’arrivera plus. Tu devrais retrouver ta fiancée. »
Sur ce, Clément lui tourna le dos. Il avait envie de crier, mais il ne fit qu’avancer plus vite, comme pour laisser tout ça derrière lui, tout son passé, tout ce qui l’avait fait souffrir. Il rejoignit Phil qui soupira de soulagement, mais comprit vite que ça n’allait pas. Il l’entraîna à l’écart et le prit alors dans ses bras. Nathan, lui, mit plus de temps à rentrer. Tel un automate, il rejoignit Justine qui parlait avec un convive qui ne rappelait vraiment rien à Nathan. Quand elle le vit arriver, elle se colla contre lui et dit, très bas :
« Tu en as enfin fini ? »
Nathan ne fut même pas surpris. Il allait répondre à sa fiancée quand Lucie vint les voir, demanda à Nathan s’il était possible qu’il se parle, tous les deux. Justine haussa les épaules et les laissa s’éloigner. Lucie prit appui sur le bras de Nathan et ils allèrent s’asseoir à une table miraculeusement vide. Lucie souriait tendrement à Nathan.
« On s’est vu souvent toi et moi… Mais on a jamais eu de vraie conversation ensemble.
- Les « vraies conversations » ne me réussissent pas vraiment en ce moment.
- C’est ce que j’ai cru comprendre. Mais tu aurais peut-être dû lui dire ce que tu as fait pour nous. Pour nous sauver. Tu ne crois pas ? »
Nathan resta figé. Ses traits s’étaient durcis, ses mains étaient crispées sur ses genoux.
« Je ne vois pas de quoi tu veux parler…
- Je t’ai vu, Nathan. Le jour où Clément a été hospitalisé à cause de… de mon père. J’étais allée à la maison pour le voir. Je… Je voulais lui faire payer, une bonne fois pour toutes. Je ne voulais pas que ça recommence, peu importe ce qui m’arriverait par la suite. Mais toi… Toi tu m’as devancé.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Quand je suis arrivée devant chez moi. Il y avait la voiture de mon père garée devant l’entrée. Je ne savais pas ce que tu faisais, alors je n’ai rien dit. Ce n’est que lorsque la police est venue nous dire que mon père était mort que j’ai compris que tu avais trafiqué ses freins. »
En cet instant, Nathan ressemblait plus à une statue qu’à un être fait de chair et de sang.
« Je ne vois pas…
- Tout le monde sait que tu as toujours été doué en mécanique. Tu adorais ça, passer des heures sur les voitures. Alors, ça n’a pas dû t’être difficile. »
Voyant que Nathan se levait précipitamment, Lucie s’empressa de rajouter :
« Je ne dirai rien. Personne n’en saura rien. Je… Ce que je voulais dire, c’est que… Je t’en suis reconnaissante. Vraiment. Car si toi tu ne l’avais pas fait… Alors c’est moi qui m’en serais chargée. Mais je crois… que tu aurais dû lui dire. »
Nathan se mordit l’intérieur de la joue, mit les mains dans ses poches, et dit :
« Non. Ce n’aurait pas été une chose à faire. Et ça ne l’est toujours pas. Certaines choses ne doivent pas être dites.
- Tu en es sûr ? »
Nathan ne répondit pas. Il sentit soudain une main sur son épaule. Il se retourna et vit son frère :
« Manu vient de me dire qu’ils sont prêts et qu’ils vont commencer. »
Nathan acquiesça et laissa les jeunes mariés seuls. Xavier le regarda partir et aida sa femme à se lever :
« Tu lui as dit ?
- Oui. J’ai mal fait ?
- Non. »
Xavier prit sa femme par la taille :
« On y va ? »
Et il l’entraîna dehors, comme l’exigeait la personne au micro, qui invitait tout le monde à sortir. Ils se faufilèrent au milieu de la foule, croisant au passage Phil et Clément qui se demandaient bien ce qu’il se passait. Les deux hommes se tenaient un peu à l’écart, derrière les gens qui attendaient impatiemment de voir ce qu’on leur avait réservé. Clément allait mieux, Phil y avait veillé, mais la cicatrice de nouveau ouverte mettrait du temps avant de se refermer. L’avocat sentit une main dans la sienne et se tourna étonné vers son amant qui lui sourit timidement. C’était déjà un petit pas en avant. Soudain, des explosions retentirent les unes à la suite des autres, accompagnées de centaines de couleurs. Clément ferma les yeux et posa sa tête sur l’épaule de Phil avant de murmurer :
« Il a fait ça… Merci. »
Phil, qui n’avait rien entendu à cause des détonations, lui demanda :
« Quoi ? »
Clément leva son visage vers lui :
« Je t’aime.
- Moi aussi. »
Ils s’embrassèrent et se serrèrent un peu plus l’un contre l’autre. Nathan, qui n’avait rien perdu de la scène, sentit son cœur se serrer et les larmes lui monter aux yeux. Que fallait-il faire maintenant ?
La foule s’agita soudainement, les gens s’élançant vers l’avant. Nathan eut juste le temps d’entendre quelqu’un demander qu’on appelle une ambulance, puis Justine vint le voir pour lui dire que Lucie allait accoucher. Alors, il eut sa réponse : la vie continuait, tout simplement, mais lui resterait à jamais une âme tourmentée.
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Enfin finie...
Oui, je sais, je suis vraiment méchante avec mes personnages, lol. Mais qu'en avez-vous pensé ? J'ai eu beaucoup de mal à faire cet épilogue, mais j'espère qu'il vous aura plu bien qu'il ne finisse pas dans la joie et la bonne humeur.
J'espère vraiment que vous me donnerez votre avis sur cette histoire maintenant qu'elle est finie. Je m'excuse d'avance pour les fautes, j'avoue ne pas avoir eu le courage de la relire attentivement (après plusieurs heures passées dessus, j'en pouvais plus, désolée...).
Je vous dis à bientôt, normalement pour la suite de Tel est pris...
Merci de me suivre^^