Chapitre 5
Présent
Vue splendide sur la ville et l’océan. Que demander de plus ? De nouveaux meubles ? Il les avait eus. Une secrétaire ? Il s’était toujours très bien débrouillé seul. Non, vraiment, Alann n’avait aucune raison de se plaindre. En gagnant le pari qui l’opposait à son père, il avait atteint le niveau qu’il s’était fixé. Et la paye qui allait avec. Pourtant, depuis trois mois qu’il avait emménagé dans l’un des plus grands bureaux du bâtiment, quelque chose le dérangeait. Certes, il était très fier de lui pour avoir gagné son pari, et pour avoir mené à terme le contrat avec les Anderson, mais il avait du mal à s’en contenter. Même les contrats à venir ne l’enchantaient guère… Il ressentait un manque qu’il n’arrivait pas à définir, comme lorsque vous avez envie de faire quelque chose - que vous devez faire quelque chose - sans savoir quoi, et que cette boule dans votre gorge commence à se former, accompagnée d’un étrange mal de tête, le tout ayant pour seule conséquence de vous énerver…
Alann soupira. Finalement, le trafic fluide des automobilistes et la vaste étendue bleue face à lui ne l’intéressaient plus. Il s’assit à son bureau et alluma son ordinateur. Sur sa gauche, derrière les stores vénitiens toujours clos, il pouvait facilement imaginer ses collègues bavarder, courir d’un bureau à l’autre, ou occupés à remplir ou à chercher des dossiers… Une effervescence à laquelle il ne participait pas, démotivé. À bien y réfléchir, il n’était motivé pour rien ces derniers temps : il travaillait parce qu’il le fallait, faisait ses courses machinalement, et n’était plus sorti « pour s’amuser » depuis longtemps… Depuis un mois et demi.
« Depuis qu’il est parti… »
Alann tapa avec rage sur son clavier pour entrer son mot de passe. Pourquoi pensait-il à cet homme ? Cet homme avec qui il avait pris l’habitude de sortir toutes les semaines, naturellement, cet homme qui s’était absenté avec une vague excuse, et qui ne l’avait pas appelé depuis. Un homme parmi d’autres, un de ces amants occasionnels. Sauf qu’Alann ne s’était jamais autant préoccupé de l’un de ses amants. Si ce n’était Syrielle. Mais là encore, sa relation avec Diran était bien différente de celle qu’il entretenait avec sa collègue de travail. Une collègue qu’il voyait de moins en moins ces temps-ci, en-dehors des bureaux. Elle, elle était prise entre son maçon et un autre homme rencontré lors d’une soirée dont Alann n’avait rien retenu. Quant à lui, eh bien… Alann n’avait aucune excuse. Il soupira. Il lui proposerait de sortir dans la semaine. Cela ferait sûrement plaisir à Syrielle en plus de l’étonner, Alann n’étant pas du genre à proposer de sortir.
Son téléphone sonna – un appel provenant de l’accueil de l’entreprise.
« Monsieur Menson, fit une voix féminine, tendue. Un homme est en train de monter à votre bureau, j’ai essayé de l’arrêter car il n’avait pas rendez-vous, mais il ne m’a pas écouté alors j’ai appelé la sécurité. Je… »
Mais Alann, immobile, n’écoutait plus. Diran, un grand sourire aux lèvres, venait d’entrer dans son bureau, et refermait la porte en silence, tout en s’assurant que personne ne le regardait.
« Vous pouvez rappeler la sécurité. Tout va bien, dit Alann dans le combiné.
- D’accord, Monsieur, » répondit la standardiste, étonnée.
Et il raccrocha. Il se leva de son fauteuil et fit le tour de son bureau alors que Diran s’approchait. Il portait un manteau noir sur un jean brut et un pull blanc, ses cheveux étaient attachés en une queue de cheval et il tenait dans sa main gantée un chèque qu’il tendit à Alann. Ce dernier le fixa avec dédain et ne le prit pas.
« Tu aurais pu me l’envoyer…
- Oh je passais par là et je me suis dit que ce serait plus rapide comme ça, répondit Diran comme s’il s’agissait d’une évidence.
- Plus d’un mois après, tu appelles ça rapide, toi ? J’ai déjà amené ma veste chez le teinturier depuis longtemps, tu sais…
- J’ai pas eu le choix, dit Diran en haussant les épaules. Je te l’ai dit, je devais m’absenter pendant un temps.
- Oui, j’ai vu ça. »
Alann avait l’impression que l’homme qui tenait face à lui était… différent. Plus calme, plus posé. Mais ce n’était qu’une impression : Diran sourit et attira Alann à lui en l’agrippant par son polo. Il le frôla de ses lèvres et demanda, en chuchotant :
« Je t’ai manqué ? »
Il se pencha légèrement pour l’embrasser, mais Alann se déroba.
« Je ne dirai pas ça, non. »
Il prit le chèque des mains de Diran et le posa sur son bureau dans son dos. Diran vint se coller à lui, retira gants et manteau, et sans laisser la moindre possibilité à son amant de s’échapper, il posa les mains sur ses joues. Alann en eut des frissons : malgré les gants, le froid n’avait pas épargné les mains de Diran qui étaient glaciales.
« Tu mens mal, » dit ce dernier.
Il l’embrassa tout en faisant glisser ses mains sur les épaules d’Alann, sur son torse, les faufila sous son polo…
« Arrête. Je suis au travail je te rappelle.
- Tu n’en as pas envie ?
- Non…
- Tu mens décidemment très mal… Moi, en tout cas, j’en ai très envie. »
La colère qu’Alann essayait de masquer sous un air neutre fondit comme neige au soleil, effacée par les mains de Diran sur sa peau sensible. Comment en était-il arrivé là ? Alann se retrouvait dans un état de dépendance qui ne lui plaisait pas. Mais il allait en profiter, encore une fois, parce qu’il était comme ça : profiter de ce qu’on lui donne, là, tout de suite. D’un geste plein de force, habile, il renversa Diran sur son bureau, faisant voltiger toutes ses affaires. Son amant se mit à rire, avant qu’Alann ne le fasse taire.
Car rien ne dure éternellement.
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Deux mois plus tôt
« Je ne sais pas encore… Je ne suis pas sûr d’avoir des vacances… Non, il ne me fera aucune faveur, c’est pas son genre… Surtout maintenant. »
Le sourire aux lèvres, Alann se frayait un chemin au milieu de la foule qui lui donnait l’impression d’avancer au milieu d’un troupeau, dont tous les animaux allaient dans la même direction… Une direction autre que la sienne. Il essayait de ne pas y faire attention, trop occupé à tenir une conversation cohérente au téléphone. Il entra dans le tabac-presse qui faisait le coin de la rue où se trouvait son bureau, et baissa la voix :
« Oui, j’essayerai quand même de venir te voir. Mais pour une fois, Clara, tu pourrais te déplacer.
- Non, je déteste cette ville. Et puis dans trois semaines, je te rappelle que je ne pourrai plus aller nulle part… »
Alann se mordit les lèvres, et se traita de sombre crétin avant de répondre :
« Alors je ferai ce que je peux pour venir te voir avant. Promis. »
Alann prit des mots croisés, choisis au hasard sur le présentoir, et se dirigea vers la caisse où attendaient déjà quatre personnes. Une femme, assez âgée, cherchait sa petite monnaie pour faire l’appoint, pensant ainsi faire plaisir à la caissière, mais ne causant que l’impatience des autres clients.
« Il ne te cherche pas trop au moins ? Je sais comment il peut être…
- Non, il me laisse plutôt tranquille en ce moment. Et je ne fais pas attention à lui non plus. Je suis plus occupé à chercher un nouveau logement.
- Tu quittes ton appartement miteux ?
- Arrête, tu parles comme Syrielle.
- Et alors ? Il était grand temps que tu déménages : tes voisins sont insupportables, ton immeuble n’est pas situé dans le meilleur quartier de la ville, et ton appartement est trop petit.
- Mais assez grand pour une personne.
- … »
La queue avança enfin, et deux minutes plus tard, Alann payait et sortait du tabac-presse, mots croisés en mains. Il prit la direction du café L’Hirondelle, situé à trois cents mètres de là et s’arrêta devant l’entrée pour continuer sa conversation :
« Je n’ai pas besoin non plus d’avoir une villa ! Une maison avec deux chambres, salon-salle à manger, cuisine séparée, un petit peu de verdure…
- Monsieur est quand même exigent ! Une maison, rien que ça ! Un appartement ne t’aurait pas suffi ?
- Je veux m’éloigner le plus possible du centre-ville. Il y a des maisons plutôt pas mal en périphérie.
- Oui, mais ça va aussi t’éloigner de ton boulot.
- J’ai prévu d’acheter une voiture. »
Clara se mit à rire à l’autre bout du fil, ce qui vexa Alann :
« Je peux savoir ce qui te fait rire ?
- Toi ? Tu vas te remettre au volant ? Tu n’as pas conduit depuis quoi… deux ans ?
- Et alors ?
- Et alors ? répéta Clara à moitié hilare. Alors tu dois reprendre des leçons de conduite, même si tu as le permis ! Ou alors, investi dans un vélo ou dans une carte de bus !
- Non. Je reprendrai des leçons. Là, contente ?
- Si toi tu te sens capable de reprendre le volant… Oui. »
Alann resserra son manteau et soupira. Voilà deux ans qu’il n’avait pas conduit, traumatisé par un accident qui avait failli lui coûter la vie, à lui et aux deux personnes qui l’accompagnaient. Au début, il avait essayé de reprendre, pour ne pas laisser la place à la peur de s’installer. Mais il avait voulu aller trop vite : les tremblements, la sueur, les étourdissements, le souffle haché…il était passé par tout les symptômes, et ce, à chaque fois qu’il avait eu le volant entre les mains. Puis, il avait laissé tomber, ignorant ses amis et sa famille qui le poussaient à reprendre progressivement, quitte à s’aider d’un moniteur d’auto-école, ou d’un psychologue. Mais Alann ayant déjà trop côtoyé ce dernier, il avait refusé, disant qu’il pouvait très bien s’en sortir sans. Seul. Bien mal lui en prit.
« De toute façon, je n’ai pas le choix. Je ne veux plus dépendre de personne, et les transports en commun me sortent par les yeux. Ne t’inquiète pas, je ne foncerai pas tête baissée. »
Alann regarda l’heure. Ne pas être ponctuel ne le dérangeait pas, mais avoir dix minutes de retard n’était pas non plus ce qu’il appréciait vraiment. Même si lui était déjà en retard à la base. Il regarda à l’autre bout de la rue, espérant voir arriver son rendez-vous, puis décida finalement de mettre fin à sa conversation pour entrer dans le bar :
« Je vais te laisser. Fais attention à toi.
- Promis. Et appelle-moi pour me dire quand tu veux passer. Même si c’est dans deux mois. Tu me manques tu sais…
- Je ferai tout ce que je peux pour vite venir te voir. Dès que j’ai réservé le train, je t’appelle.
- T’as intérêt !
- Oui. À bientôt, Clara. »
Il raccrocha et se frictionna les mains avant de se retourner. Là, il sursauta. Presque collé à lui, Diran, qui ne semblait pas souffrir du froid dans son léger manteau, le regarda de sous ses mèches noires. Un regard sombre, qui démentait le ton doucereux de sa voix :
« J’espère que tu n’attends pas depuis longtemps ?
- N… Non.
- On entre ? »
Sans attendre de réponse, Diran entra dans le café et se dirigea vers une table qui lui semblait le plus à l’écart de l’agitation ambiante. Il était énervé, et tentait tant bien que mal de le cacher à Alann. Ce dernier n’aurait pas pu comprendre, il ne partageait pas les mêmes idées que Diran en ce qui concernait les relations, amoureuses ou tout simplement sexuelles. Diran, qui avait assisté à la fin de la conversation d’Alann, savait au moins une chose : il détestait déjà cette Clara. De toute façon, il détestait toute personne avec qui Alann avait une relation un peu trop personnelle. Il n’était pas amoureux, ça non, mais il aimait que ses amants lui vouent une relation exclusive. Comme lui ne tolérait pas d’avoir plusieurs amants à la fois.
Ils s’installèrent en silence et commandèrent chacun un café. Alors que le serveur repartait, Diran aperçut les mots croisés d’Alann et sourit. Il montra le livret d’un signe de tête et dit :
« Alors, on se la joue vieux garçon ?
- Tu dis ça parce que tu n’es pas assez intelligent pour remplir une grille ?
- On ne va quand même pas entamer ce rendez-vous en se disputant ?
- Ce n’est pas un rendez-vous.
- C’est quoi alors ? demanda Diran, ahuri.
- Tu voulais qu’on se retrouve ici, j’ai accepté, point.
- Eh bien je suis ravi de t’apprendre que c’est ça un rendez-vous.
- Si tu veux… »
Diran soupira alors que le serveur leur apportait les cafés fumants qu’ils avaient commandés. Voilà deux mois qu’il fréquentait Alann, et c’était toujours lui qui faisait le premier pas. Mais il était prêt à tout pour l’avoir à lui, entièrement, ne serait-ce que pour quelques heures. Et il était sûr que ce premier vrai rendez-vous ne serait que le début d’une longue liste.
ooOOoo
Présent
Syrielle referma la porte comme si de rien n’était. Elle ne savait pas encore ce qu’elle ressentait, et c’est dans un état comateux qu’elle regagna son bureau, à l’autre bout du couloir. Elle déposa sur son bureau de verre le nouveau contrat qui venait d’être accepté par leur entreprise et dont elle devait s’occuper en collaboration avec Alann et prit ensuite place dans son fauteuil. Elle alluma son ordinateur et fixa l’écran sans le voir. Ils ne l’avaient pas vue, c’était déjà ça. Mais elle, elle avait vu. Et elle ne comprenait pas.
C’était la première fois. La toute première fois. Jamais Alann n’avait affiché une telle expression sur son visage quand il était avec elle. Elle aurait pu se vexer de le voir avec le fils Anderson, car jamais il ne lui avait dit qu’il entretenait une relation avec lui. Mais non. Ce qui l’avait marquée, profondément, c’était son visage. Il exprimait du plaisir, mais pas seulement. Elle n’aurait su dire quoi, mais c’était quelque chose de fort, de différent. Elle se mordit les lèvres. Puis sourit.
Elle créa un nouveau dossier sur son ordinateur et commença à travailler. Elle savait quelles étaient les envies de leurs nouveaux clients, elle pouvait donc prendre de l’avance. Elle commença par choisir la dépourvu lorsque viendra le temps de passer les commandes. Elle dut mettre tout cela de côté lorsque l’on frappa à sa porte. Quand son visiteur entra dans la pièce, en prenant bien soin de refermer derrière lui, Syrielle s’enfonça dans son fauteuil et lui demanda, sans fioriture :
« Qu’est-ce que tu veux Colin ? »
Le maçon dont s’était rapprochée Syrielle ces derniers temps prit une mine coupable et s’avança vers le bureau. Toujours debout, il dit, en la regardant droit dans les yeux :
« Je suis venu pour m’excuser… De ce que je t’ai dit l’autre soir.
- Que je n’étais qu’une sale putain qui se tapait tous les mecs qu’elle voyait passer ? »
Colin ne répondit, il n’y avait pas à le faire. Syrielle soupira, pensant faire évacuer la colère. Colin fit le tour du bureau et vint s’accroupir devant elle.
« Je suis vraiment désolé. Je ne pensais pas ce que je t’ai dit. J’étais en colère. Je… suis un imbécile.
- Ça, tu peux le dire. »
Trois jours plus tôt, alors qu’ils dinaient au restaurant, Colin avait demandé à Syrielle si elle voulait bien s’installer avec lui. Avec cette demande, Colin lui demandait aussi de renoncer au train de vie qu’elle menait, à toutes ces aventures auxquelles elle se consacrait… Il voulait lui donner une vie stable. Quoi de mal à ça ? Sauf que Syrielle n’en avait pas voulu. Et cela n’avait pas plu à Colin, qui, sans élever la voix, l’avait insultée, et était parti du restaurant. Depuis, ils ne s’étaient pas revus.
« Je sais que j’ai vraiment été con, mais je regrette tout ce que je t’ai dit… Et si tu voulais bien me laisser une chance, je… Je me rattraperai, je te le promets. »
À le voir si désolé, Syrielle en eut un pincement au cœur. Elle avait l’impression de céder trop facilement, mais une part d’elle-même lui disait que dans l’histoire, elle n’avait pas été très juste non plus. Ce n’était pas la prenière fois qu’elle y songeait, mais, après tout, il était peut-être temps qu’elle se fixe quelque part, avec quelqu’un…
« D’accord. Je veux bien réessayer. »
Colin leva les yeux vers elle, des yeux pleins de joie… et d’espérance. Ce qui rebuta Syrielle :
« Mais… je ne peux rien te promettre. Je ferai des efforts, mais pour le moment il n’est pas question d’emménager ensemble. Tu peux accepter ça ?
- Si tu y réfléchis, si tu y penses sérieusement, ce sera déjà un bon début. »
Syrielle voyait bien que son amant n’était pas tout à fait convaincu, mais le baiser qu’il lui donna ensuite lui fit comprendre que pour l’instant, il se contenterait de cela. Pour l’instant.
ooOOoo
Vingt-deux heures quarante. Et il n’était pas là où il devait être. Cela, à coup sûr, allait lui coûter cher. Mais il devait tenter le tout pour le tout. Il délaissa le vent glacial pour entrer dans un bar qu’il ne connaissait que trop bien pour en avoir été un client fidèle. Les gens y entraient et en sortaient en masse, dans un va-et-vient incessant, et le bar ne désemplissait pas. La tête enfoncée dans les épaules, le regard fuyant, espérant que personne ne le reconnaisse, il avança vers le barman qui, avec des gestes habiles et rapides, servaient les clients amassés face à lui. Il prit la place que venait de quitter un client, et attendit que le barman vienne vers lui pour lui demander, de sa voix qui parvenait difficilement à s’élever du brouhaha :
« Serait-il possible de parler à Lyle ? »
Le barman acquiesça et appela une serveuse qui passait devant le bar avec son plateau afin qu’elle conduise leur client vers leur patron. La serveuse – blonde un peu trop pulpeuse pour que cela soit tout à fait naturel – entraîna le jeune homme dans un couloir peu fréquenté, et alla toquer à une porte en bois, vierge de toute indication. Alors qu’elle attendait que son patron lui réponde, elle eut tout le loisir d’observer le visiteur qui, bien qu’ayant une piètre apparence, n’en restait pas moins séduisant. Il ne devait pas avoir vingt-cinq ans, devait bien faire un mètre soixante-dix, et quelques kilos de plus ne lui aurait pas fait de mal. Mais emmitouflé dans son manteau, avec ses cheveux noirs mi-longs emmêlés et ses yeux marron rougis ajoutés à un teint pâle, il paraissait fatigué, voire malade. La serveuse, soudain mal à l’aise, refrappa à la porte. On entendit quelqu’un grommeler dans la pièce, puis un pas rapide, avant que la porte ne s’ouvre sur un homme noir, gigantesque, qui, une cigarette à la bouche, dit avec virulence à son employée :
« Tu ne sais vraiment pas ce que ça veut dire que « Ne venez pas me déranger, j’ai du boulot » ? »
La serveuse le regarda puis désigna le visiteur :
« Vous avez de la visite, Lyle… »
Et elle repartit en haussant les épaules. Son patron aurait pu la réprimander, mais son regard était fixé sur le jeune homme en face de lui, comme s’il avait d’abord eu du mal à le reconnaître. Sans rien dire, il le fit entrer dans son bureau, une simple pièce meublée d’un bureau, et d’étagères sur lesquelles reposaient de nombreux dossiers, le tout dans un ordre impeccable. Lyle fit signe au jeune homme de s’asseoir et lui dit, tout en prenant appui sur son bureau :
« Tu sais ce qu’il va m’arriver si jamais on te voit ici ? Et ce qu’il va t’arriver, à toi ?
- Je ne reste pas. Je cherche Diran. »
Lyle haussa un sourcil :
« Pourquoi ? Je croyais que c’é…
- Je cherche Diran, » répéta le visiteur avec un peu plus de fermeté.
Lyle secoua la tête :
« Il n’est pas venu ici depuis des mois.
- Tu ne sais pas où je pourrai le trouver ?
- Non. Je n’ai vraiment aucune nouvelle.
- Tu n’as aucune nouvelle ou tu ne veux tout simplement rien me dire ?»
Lyle se redressa :
« Tu vois… personne ne savait ce que tu étais devenu. Et puis un jour, tu es revenu, tu as débarqué avec le pire de tous les connards qui puissent exister. Tu as failli mettre Diran dans la merde, tu as failli me mettre dans la merde… Alors même si j’avais des nouvelles de lui, je suis pas sûr que je te dirais quoique ce soit… »
L’autre jeune homme se leva, manqua de trébucher, et dit, avant de partir :
« S’il te plaît, si tu le vois, dis-lui que je le cherche. »
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Plus d'un mois sans chapitre, là, j'ai fait fort... J'espère que vous m'excuserez
(enfin, si une âme charitable et courageuse passe encore par ici...), mais les temps sont durs (et pas que pour moi, je le conçois bien^^).
Je ne pense pas pouvoir poster de nouveau chapitre avant fin décembre (pour les fêtes !^^), mais j'espère néanmoins avoir un avis sur ce chapitre pour savoir si cela vaut la peine que je continue à poster cette histoire ici.
Bon courage à ceux qui passent des examens.
Merci et bisous à tous !
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