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Tel est pris qui croyait prendre

Dimanche 30 août 2009


 

Jesse relâcha les jambes d’Andy et s’affala sur lui, le souffle court, mais plus que satisfait. Il tira le drap et la couverture sur leurs corps nus en essayant de ne pas prêter attention aux démangeaisons qu’elles occasionnaient. Il n’avait plus froid désormais, et l’eau qui coulait sur son corps n’était plus celle de la pluie…Toujours installé au creux des reins de son amant, Jesse releva la tête pour mieux le regarder. Andy avait passé un bras sur ses yeux et ne semblait pas très en forme. Jesse lui tapota le torse et demanda :

« Tu ne te sens pas bien ? »

Andy le foudroya du regard. Lui qui aimait quand Jesse prenait les devants ne s’attendait pas à ce qu’il les prenne vraiment. Il l’avait surpris, et pas dans le bon sens du terme.

« Pourquoi tu as… fait ça ? »

Sa voix était grave et pourtant faible, comme s’il souffrait.

« Tu… Tu as mal ? s’inquiéta Jesse.

- Non… Enfin oui, admit Andy qui décida de laisser tomber son masque d’homme fort. Mais qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?

- Eh bien… C’est Jérémy… Il m’a dit que tu adorais qu’on prenne les devants.

- Oui. Que tu prennes les devants, que tu te montres désireux… mais pas que tu transformes mon postérieur en…»

Andy fut fort heureusement coupé par la sonnerie de son téléphone. Alors qu’il tendait le bras vers ses vêtements pour l’attraper, il entendit Jesse grogner :

« C’est pas ce que m’a dit l’autre abruti… »

Le bip incessant et énervant du téléphone d’Andy s’arrêta lorsque ce dernier décrocha.

« Quoi ?! dit-il, agressif.

- Non mais tu aurais pu me le dire que tes colocataires allaient venir dans mon hôpital ! » lui répondit une voix tout aussi agressive.

Andy n’en croyait pas ses oreilles : parlez du loup, et vous verrez poindre le bout de son nez.

« Jérémy. Tu tombes bien ! dit Andy les dents serrées.

- Non, non, laisse moi finir s’il te plaît ! Pourquoi tu ne m’as pas prévenu, hein ? L’autre blondasse avec qui tu vis est dans mon hôpital, avec sa copine, et elles sont tout sauf respectueuses ! Elles ne veulent pas faire ce que je dis, elles… elles ont même menacé de foutre mon couple en l’air en allant parler de mes visites chez toi !

- Bien fait pour toi mon gars.

- Pardon ? s’étrangla Jérémy.

- Peut-être que ça t’apprendra à éviter de raconter n’importe quoi.

- De quoi tu parles ?

- De ce que tu as dit à Jesse au sujet de mes préférences au lit. »

Silence au bout du fil.

« Oups, Andy désolé, mais je vais passer sous un tunnel !

- Je croyais que tu étais à l’hôpital ?! »

Andy entendit les trois bips annonçant que son interlocuteur avait raccroché et il pesta. Jérémy ne perdait rien pour attendre, et même si Andy devait se déplacer pour cela, il se promettait de lui faire passer un sale quart d’heure. D’ailleurs, et bien qu’il ne s’entendait toujours pas avec Lio, il se mit à apprécier la façon dont elle se conduisait avec Jérémy. Il devait vivre un enfer… Andy afficha un sourire sadique. Il posa son téléphone sur le matelas à côté de lui et regarda Jesse qui paraissait tout penaud. Il passa ses bras autour de lui :

« Je t’en veux pas. Mais c’est bien la dernière fois que ça se produit, et à l’avenir, n’écoute pas ce que te dit cet abruti !

- Ne t’en fais pas pour ça, ce sera impossible, puisque, la prochaine fois que je le vois, je le tue !

- Non, laisse-moi ce plaisir… »

Ils se mirent à rire, mais furent de nouveau coupés par la sonnerie du téléphone. Andy, quoiqu’un peu agacé, aurait aimé que ce soit Jérémy afin de lui dire le fond de sa pensée, mais fort heureusement pour ce dernier, ce ne fut pas le cas :

« Bonjour, sale gamin.

- Cathy, déjà debout malgré ton âge avancé et la fatigue ? »

Andy entendit la femme rire à l’autre bout du fil. Un rire sec.

« Eh bien oui, tu vois. Je prends mon nouveau travail très à cœur. »

Cathy s’installa plus confortablement dans son fauteuil et reprit :

« Et toi, comment ça se passe là-bas ? Ton petit-ami est arrivé ?

- Oui, oui… aucun… souci à l’horizon.

- Je vois. Les retrouvailles ont été mouvementées, c’est ça ?

- … »

Cathy éclata de rire et il lui fallut quelques secondes pour se remettre. Andy avait beau jouer les durs, celle qu’il considérait comme sa tante le connaissait mieux qu’il ne le croyait.

« Tu n’as donc pas encore commencé ton stage. Enfin pas vraiment. Tu as intérêt à assurer tu sais. Ta mère était très fière de tes résultats, mais elle attend beaucoup de toi pendant ce stage.

- C’est elle qui te l’a dit ?

- Tu connais ta mère, elle ne l’a pas dit explicitement, mais elle me l’a fait comprendre. Alors moi, à ta place, je remettrai mon pantalon, et j’irai la trouver.

- Oui, oui, » dit Andy qui n’en avait pas du tout envie.

Cathy allait ajouter quelque chose quand on frappa à sa porte.

« Andy, je dois te laisser, je pense que les professeurs doivent commencer à affluer.

- D’accord. Sois toi-même, et tout ira bien. »

Cathy fut vraiment touchée par ces mots, mais elle ne dit rien et salua Andy en lui souhaitant à son tour bonne chance. Il en aurait besoin avec un tyran comme sa mère. Même s’il s’agissait de son fils, elle ne lui accorderait aucune faveur. Après tout, des vies étaient entre leurs mains… Elle raccrocha puis regarda la porte. Son travail à elle commençait.

« Entrez. »

Elle s’adossa à son fauteuil et s’en félicita lorsqu’elle vit Monroe pénétrer dans ce qui était désormais son bureau. Le bureau de la nouvelle directrice. Au moins, elle était déjà installée pour le recevoir sans risquer de défaillir…

« Bonjour Catherine. »

 Cathy dut prendre une profonde inspiration afin de lui répondre calmement et avec un grand sourire :

« Bonjour.

- Bien installée ? »

Elle le regarda droit dans les yeux, constatant à quel point il avait vieilli par rapport aux souvenirs qu’elle gardait de lui et dit, froidement :

« Très bien installée. »

Monroe acquiesça et le silence s’installa dans la pièce, gênant.

« Un problème ? demanda Cathy qui sentait la colère lui monter à la tête.

- Non…

- Alors je vais te demander de me laisser. Je suis là pour travailler. Et je voudrais que nos rapports en restent à cela : le travail. Je ne te demande rien d’autre. »

Monroe la regarda un instant, son visage n’exprimant rien de spécial, puis il sortit du bureau, laissant Cathy seule avec ses pensées. Finalement, il était venu la voir plus tôt que ce qu’elle avait pensé. En revanche, il avait réagi comme elle s’y attendait : il lui avait fait du mal, l’avait trahie, et ne l’assumait pas. Et elle ne l’aiderait pas en lui accordant son pardon. Il n’avait pas été là et ne s’était manifesté d’aucune façon lorsqu’elle avait avorté. Cathy et Laurent, eux, en revanche, avaient été là. Sa famille.

« Voilà… Le plus dur est passé. »

Elle soupira de soulagement. Elle n’avait pas pleuré, ni tremblé, comme cela serait arrivé quelques années auparavant. Elle se dit alors qu’avoir accepté la proposition d’Andy n’avait pas été une mauvaise décision. Cela faisait désormais un peu moins d’une semaine qu’elle savait que le précédent directeur avait décidé de démissionner pour des raisons personnelles et il n’avait pas fallu longtemps à Antoine pour convaincre le corps enseignant et le conseil d’engager Cathy comme remplaçante. Maintenant, elle devait se montrer à hauteur de sa tâche. Et Monroe ne devait pas être un obstacle. Elle observa la pièce dans laquelle elle allait travailler désormais. Son grand bureau ne supportant pour l’instant qu’une petite lampe et un écran d’ordinateur, faisait face à l’entrée derrière laquelle se trouvait sa nouvelle secrétaire. Sur les murs entourant son bureau avait été accrochés un panneau d’affichage, ainsi que divers tableaux ou articles de journaux encadrés vantant les mérites de l’université. Cathy regarda tout cela d’un œil critique, se disant qu’il allait y avoir du changement. Beaucoup de changement.

 Elle se leva, puis s’approcha du panneau d’affichage en liège sur lequel étaient épinglés les classements des élèves, toutes années confondues. Elle s’intéressa plus particulièrement à celui dont le premier nom affiché était Killen Andy, suivi de près par Jesse.

Elle sourit, fière de celui qu’elle considérait comme son neveu. Mais elle avait une chose à faire.

Alors, elle arracha les feuilles.

Une.

Par une.

ooOOoo

Neuf mois plus tard

Lio avait exigé de prendre le volant de la Golf, et contre toute attente, Antoine avait dit oui. Il lui avait laissé son bébé, la prunelle de ses yeux. Peut-être parce qu’il se sentait effectivement hors d’état de conduire. Ou bien avait-il une entière confiance en elle… Assis à côté d’elle, il regardait le paysage défiler, hypnotisé par ce qui n’était pour lui qu’un mélange de formes et de couleurs. Il pensa à ce qu’il allait devoir faire dans quelques minutes, et son cœur se serra.

Lio lui jeta un rapide coup d’œil avant de se concentrer de nouveau sur la route. Ils venaient de quitter l’autoroute, et elle dut ralentir pour pénétrer dans la ville. Mais ce qui l’inquiétait le plus était son ami qui n’avait pas dit un mot depuis qu’il était venu la chercher à l’hôpital où elle était désormais interne. C’était elle qui avait exigé qu’il vienne la retrouver, afin qu’il n’ait pas à affronter cette situation seul. Et elle se devait de lui changer les idées. Elle serra le volant en cuir de la Golf et dit :

« Jesse m’a téléphoné hier. Il aimerait bien que tu viennes avec moi à sa pendaison de crémaillère. Enfin à la sienne et à celle de son abruti de copain… »

Antoine sourit malgré lui. Lio, bien qu’elle ne l’avouerait jamais, était reconnaissante envers Andy. Peut-être éprouvait-elle-même du respect pour lui. Et il en était de même pour Andy envers elle, car ce dernier avait fini par comprendre, avec l’aide de Jesse, à quel point il avait eu tort en disant que la jeune femme ne pensait qu’à elle…

« Ils se sont enfin installés ensemble ? demanda Antoine.

- Oui. Je me demande encore comment Jesse fait pour supporter cet imbécile. Mais bon s’il est heureux comme ça… »

Antoine regarda son amie. Il avait fallu du temps à Lio pour accepter la situation, plus qu’aux autres membres de leur groupe. Mais elle savait que son amitié pour Jesse était plus importante que tout.

« Et dans une semaine, reprit-elle, n’oublie pas qu’on va fêter les fiançailles de Sabrina et Mathis. Erick a même réussi à avoir son week-end spécialement pour eux.

- Tout se passe bien pour lui ?

- La solitude lui a un peu pesé au début, mais ça va beaucoup mieux maintenant. »

Antoine acquiesça. Erick avait été accepté dans un hôpital réputé dans le Nord du pays. Poussé par Lio, il avait saisi sa chance, et cela lui avait réussi. Mais il était très pris, et faire le voyage jusque chez ses amis était assez difficile à entreprendre dans cette situation… Antoine ferma les yeux et se laissa aller contre l’appuie-tête. Intérieurement, il remercia sa meilleure amie de combler ainsi le silence, ce qui lui permettait de penser à autre chose.

« Tu… Tu es sûr de ne pas vouloir reprendre le poste de directeur ? »

Antoine ne s’était pas attendu à une telle question, mais à bien y réfléchir, il était normal que Lio l’ait posée. Contrairement à ce qui était prévu, Antoine avait poursuivi ses études et n’avait pas désiré reprendre le travail de son père.

« Avec ce qui va se passer dans les jours à venir, je pense que c’est mieux comme ça. En plus, Cathy fait vraiment de l’excellent travail. »

Antoine sourit à Lio. Avec le temps, il s’était pris d’amitié pour la nouvelle directrice qui lui avait toujours fait comprendre qu’il pouvait venir lui réclamer la place quand il le voulait. Depuis le début, elle l’avait écouté, lui avait demandé conseil quand quelque chose n’allait pas… le respect dont elle avait fait preuve envers lui était vraiment touchant, car elle ne l’avait jamais pris de haut. Tout le contraire de son père…

Antoine se rembrunit, ce qui n’échappa pas à Lio. Elle mit cela sur le fait qu’ils arrivaient enfin devant chez lui. Comme prévu, la voiture de Ryland n’était pas garée dans l’allée devant la maison. Sa femme devait donc être seule pendant que son mari était parti pour affaires. Du moins, elle allait vite comprendre que ce n’était pas le cas et que son mari n’était probablement pas parti seul… Les menaces de Lio n’avaient rien changé à son infidélité. Et il était temps de le punir pour cela.

Lio se gara. Elle sortit du véhicule noir dont elle fit ensuite le tour et ouvrit la porte à Antoine. Ce dernier sortit en grimaçant, mais fut accueilli par les bras de Lio qui lui murmura à l’oreille :

« Courage… »

Il la remercia, puis fit le premier pas vers la demeure, Lio derrière lui. Tous deux aideraient sa mère dans cette épreuve qui ne serait pour eux qu’un nouveau bouleversement.

Car cette année en avait connu beaucoup, qui les avaient tous touchés, chacun s’étant fait prendre au piège de l’autre. Jamais Lio n’aurait cru qu’Andy aurait pu bouleverser ainsi ses plans. Jamais elle ne l’aurait cru capable de les aider après ce qu’ils avaient tenté de lui faire en début d’année. Jamais elle ni ses amis ne se seraient crus aussi courageux pour affronter tous les problèmes auxquels ils ont dû faire face. Jamais Jesse n’aurait cru tomber dans les bras d’un homme comme Andy. Et ce dernier qui aimait à jouer au chat et à la souris n’aurait jamais pensé que Jesse prendrait une telle importance dans sa vie.

Tous, avaient cru à un moment dominer la partie. Mais tous s’étaient fait prendre à leur propre jeu…

Néanmoins, la partie était finie.

Pour l’instant…

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Bonjour, Bonsoir,
Eh oui ça y est, cette histoire est terminée ! C'est triste, et à la fois, cela va me permettre de passer à autre chose. Mais Andy et Jesse vont me manquer (ben oui, même si ce ne sont que des personnages complètement fictifs^^). Peut-être les reverrons-nous ailleurs, plus tard...
J'espère néanmoins que vous aurez apprécié cette histoire et que vous n'avez pas manqué ce rendez-vous. Merci à vous tous pour votre soutien, pour vos commentaires ou tout simplement pour être juste passés par ici.
A très bientôt j'espère !

Par Naishou
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Jeudi 6 août 2009




Tous les étudiants ou presque attendaient patiemment que les résultats soient affichés, et avec eux, le classement des cinq premiers élèves de chaque année pour le premier semestre. Andy, emmitouflé dans son manteau, sautillait sur place pour se réchauffer, Jesse ayant refusé de se coller à lui en public. Un peu plus loin, Lio, Erick, Mathis et Sabrina discutaient calmement, mais certains gestes qui n’échappaient pas à Andy prouvaient qu’ils étaient stressés. Un étudiant bouscula soudain Andy, et après de rapides excuses, il rejoignit un groupe d’étudiants qui avait réservé les premières places devant le panneau d’affichage, installé, bien entendu, à l’extérieur. Andy grogna et demanda à Jesse :

« Non mais franchement, tu veux bien me dire ce qu’on fout ici ?

- On attend les résultats, répondit Jesse, étonné par cette question.

- Mais on sait très bien qu’on va l’avoir ce fichu semestre. Et on sait aussi que tu seras deuxième, et moi premier.

- Je ne m’avancerai pas trop à ta place…

- Tu n’es pas à ma place. »

Andy fit un grand sourire à Jesse qui fit la moue. Andy pouvait dire ce qu’il voulait, son amant commençait à le connaître. Depuis qu’ils s’étaient levés, Andy était irascible et lorsque Jesse essayait de le lui faire comprendre ou avait essayé de plaisanter avec lui sur le fait qu’il était stressé, Andy se braquait automatiquement. Jesse ne préféra donc pas répondre à son amant de peur d’envenimer la situation, et se dit qu’une fois les résultats publiés, Andy serait plus ouvert et calme. Il ne lui restait plus qu’à attendre. Patiemment.

Il se sentit beaucoup mieux lorsqu’il vit venir le directeur Ryland en personne, papiers en main, un sourire brillant et peut-être un peu carnassier sur le visage. Tout serait bientôt fini. Comme la majorité des étudiants, Jesse s’avança, Andy dans son dos, vers le panneau d’affichage sur lequel, dans un silence de mort, Ryland suspendit ses feuilles. Certains étudiants eurent la patience d’attendre que le directeur se soit écarté, mais d’autres se précipitèrent vers les listes pour y trouver leur nom, tels des affamés. Du côté du petit groupe d’amis, en revanche, on venait de décider de n’envoyer qu’une personne. Erick, contre toute attente, se porta volontaire. Il passa à côté de Jesse qui attendait que la foule se disperse peu à peu, et se fraya à coups de poings et de coudes, un chemin vers la liste des étudiants de son année. Il resta de longues minutes, faisant augmenter le stress de ses amis, puis, les sourcils froncés, il fit demi-tour, étant cette fois-ci, celui qui recevait les coups des impatients. Il jeta un coup d’œil à Jesse et Andy qui le regardaient attentivement, mais il ne les vit pas vraiment. Le choc était trop violent.

Il fut accueilli par Lio qui dut le secouer pour le faire parler :

« Je… euh… Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Je ne comprends vraiment pas, » balbutia-t-il.

Lio fronça les sourcils, ne comprenant pas elle non plus les propos obscurs de son ami. Alors que Mathis restait en arrière, Sabrina vint à son secours, pâle comme une morte :

« Quoi Erick ? C’est si mauvais que ça ? »

Le jeune rouquin se tourna vers elle, puis son regard se porta un peu plus loin, sur Mathis :

« Lio est troisième, Sabrina, quatrième… Mais Mathis…Tu l’as fait exprès, pas vrai ? Pour que je puisse rester dans le classement. Tu as fait en sorte de me laisser la place…»

Sabrina se retourna brusquement vers Mathis alors que ce dernier répondait :

« Un peu. Oui. »

L’incompréhension put se lire sur le visage de Sabrina. Mathis, qui ne connaissait que trop bien sa petite-amie pour savoir qu’elle allait craquer, lui prit les mains et lui expliqua sa situation :

« C’est pas grave, ne t’en fais pas. Je n’ai pas besoin d’être dans le classement pour continuer mes études : mes parents ont les moyens de m’aider, et je ne suis pas pressé d’entrer dans un grand hôpital. Tu sais comment je suis, je préfère commencer petit pour aller vers le sommet… »

Sabrina soupira et s’apprêtait à dire quelque chose quand Erick la coupa :

« Merci Mathis.

- Ne me remercie pas. »

Il marqua une pause, fixa le sol, puis Lio :

« On devrait peut-être le leur dire, maintenant, non ? »

Lio prit une grande inspiration. Comme l’avait dit Jesse, tous formaient une famille et dans cette situation, ils devaient se faire confiance et ne rien se cacher. Alors Lio leur expliqua la situation, mettant bien en avant le fait qu’il était hors de questions qu’eux aussi s’impliquent dans son projet, et qu’elle avait déjà demandé l’aide de trop de personnes à son goût. Elle parla ensuite du rôle d’Andy, causant comme prévu de la surprise chez ses amis.

« Quand avez-vous prévu d’agir ? demanda Sabrina.

- Je vais m’en occuper pendant les vacances. J’attends d’avoir les documents nécessaires. »

Lio regarda vers le panneau d’affichage devant lequel Jesse et Andy attendaient toujours de pouvoir s’approcher sans être bousculés par d’autres étudiants. Elle remarqua alors qu’Andy la fixait. Elle n’arrivait toujours pas à croire que, désormais, tout dépendait de l’homme qu’elle détestait, et que c’était grâce à lui si son projet allait atteindre son but…

ooOOoo

« Tu es sûre que tu ne veux pas que j’y aille avec toi ? »

Assis à l’arrière de la voiture de Lio, Erick se faisait du souci pour son amie, qui, bien qu’affichant un air décidé, tremblait de tous ses membres.

« Non, Erick, c’est quelque chose que je dois faire seule. »

Sans prendre attention aux plaintes d’Erick, et au regard inquiet d’Antoine assis à la place du conducteur, Lio sortit un miroir de son sac à mains afin d’arranger son maquillage et sa coiffure. Un geste témoignant, pour qui le savait, de son anxiété. Alors qu’elle reposait tout dans son sac, Antoine lui attrapa une main et lui dit :

« Respire. Pense à tout ce qui va en ressortir de bon. »

Lio acquiesça. Au fond d’elle, elle était contente que son ami d’enfance soit là malgré ce qu’ils avaient prévu de faire à son père. Il la comprenait mieux que quiconque, car, plutôt que de lui dire que quelqu’un d’autre pouvait s’en charger à sa place, il l’encourageait, sachant que cela était important pour elle, et que jamais elle ne laisserait une autre personne s’en charger. Alors que la main d’Antoine ne la lâchait pas, elle se dit qu’au fond, c’était lui le plus courageux d’eux tous. Il savait que ce que faisait son père n’était pas juste, et il avait accepté de l’aider, elle, à le renverser. Son propre père ! Qui avait aujourd’hui le courage de s’opposer aux gens qui leur avaient donné la vie ? De plus, Antoine devait pour l’instant garder secrète la liaison de son père avec sa secrétaire… Si Lio avait été à sa place, elle aurait fait passer sa famille en premier et aurait couru chez sa mère pour tout lui avouer. Tout en pensant cela, Lio songea aux documents qu’Andy lui avait transmis de la part de sa mère. Même là, Antoine avait eu plus de courage qu’elle en remerciant Andy et sa mère d’avoir engagé un détective privé pour espionner Ryland père. Elle, elle avait catégoriquement refusé de se montrer redevable envers son colocataire. Savoir qu’elle n’aurait rien pu faire sans lui était déjà trop insupportable… alors le reconnaître officiellement était pire !

Mais le temps tournait, et Lio devait se hâter plutôt que de sombrer dans de désagréables pensées. Elle se dégagea de la main d’Antoine, mit ses lunettes de soleil et serra son sac à mains contenant les précieux documents qui allaient faire pencher la balance en sa faveur. Elle remercia ses amis pour leurs encouragements, puis sortit du véhicule qui attendrait qu’elle revienne. Elle s’engagea dans l’allée traversant la place centrale devant le bâtiment où se trouvait l’administration de l’université. Avant d’entrer dans le bâtiment, elle jeta un dernier regard vers le véhicule. Même si elle ne pouvait pas le voir, elle savait qu’Antoine la regardait et l’encourageait silencieusement, ce qui lui redonna un peu de force pour avancer. Tout en se promettant de lui rendre la pareille prochainement - et il était sûr qu’Antoine allait avoir besoin de soutien à l’avenir - elle pénétra dans la chaleur de l’établissement. Les lieux étaient presque vides et la jeune femme ne croisa que quelques professeurs et le personnel de la bibliothèque qui resterait ouverte pendant cette semaine de vacances. Elle rangea dans son sac ses lunettes de soleil qui l’avaient protégée d’un brillant soleil malgré l’hiver, et se dirigea d’un pas sûr vers le bureau du directeur Ryland. Elle se présenta à la secrétaire qui la fit patienter. Ryland était au téléphone et la recevrait après, il n’en avait pas pour longtemps.

Lio s’installa dans l’un des confortables fauteuils de velours vert qui longeaient le couloir, juste en face du bureau de la secrétaire personnelle de Ryland. Elle la fixait presque en souriant, la trouvant tout à fait différente de la femme qu’elle avait pu voir sur les photos transmises par Andy…

Lio se montra d’une patience exemplaire durant la demi-heure pendant laquelle elle dut attendre. Elle se doutait bien que Ryland devait avoir raccroché depuis un moment, mais il prenait sûrement beaucoup de plaisir à la faire poireauter. Il se présenta finalement, vêtu d’un costume gris anthracite tiré à quatre épingles, et l’accueillit avec un grand sourire si éclatant que Lio n’eut qu’une seule envie : l’effacer par n’importe quel moyen. Il la fit entrer, et l’invita à s’asseoir en face de lui pendant qu’il faisait lui-même le tour de son bureau pour prendre place. Il croisa ensuite ses doigts sur la surface brillante de son bureau sur lequel ne trainait aucun dossier, et dit, comme si cela lui tenait vraiment à cœur :

« Dis-moi tout, chère Lio : que se passe-t-il ? »

Lio regarda les ciseaux qui dépassaient du pot à crayons sur sa gauche. Oserait-elle ? Non, son but n’était pas de finir en prison…

« Je n’irai pas par quatre chemins, Monsieur Ryland. J’ai des documents à vous remettre. »

Lio sortit une enveloppe grand format de son sac à mains - comme quoi un grand sac fourre-tout pouvait bel et bien servir à autre chose qu’à y perdre ses clefs – et la tendit avec un sourire à son directeur. Ce dernier haussa un sourcil et n’obtint aucune réponse lorsqu’il demanda de quoi il s’agissait. Il ouvrit l’enveloppe et en sortit une dizaine de photos qu’il regarda de plus en plus vite, son visage marquant tour à tour de la surprise, de l’horreur, de la colère, alors qu’il se découvrait – ou plutôt se redécouvrait – auprès de sa secrétaires dans des situations pas toujours catholiques…

« Qu’est-ce que ça veut dire ? lâcha-t-il violemment.

- Que vous trompez votre femme, s’amusa Lio. Et que si vous ne faites pas ce que je dis, elle risque d’être au courant. Elle, ainsi que tout le corps enseignant, le conseil auquel vous siégez,… tout cela risquerait de nuire à votre réputation, non ? »

Ryland posa les photographies sur son bureau en un grand claquement. Il essaya tant bien que mal de reprendre son calme, mais Lio n’était pas du genre à croire que cela ne l’atteignait pas.

« Qu’est-ce que tu veux ? La première place au classement ? »

Lio se mit à rire, ce qui était loin de plaire à Ryland.

« Non, vous n’y êtes pas du tout… Ce que je veux, c’est que vous démissionniez. »

Il n’y eut plus aucun bruit dans la pièce, pourtant, Lio mourrait d’envie d’hurler sa joie : Ryland ne souriait plus.

« Il en est hors de question.

- Comme vous voulez. Mais vous serez bien obligé de partir lorsque tout le monde sera au courant de votre aventure. Vous savez à quel point l’infidélité est très mal vue au sein de notre société… moi, je voulais juste vous éviter un scandale. »

Lio referma son sac avec une mine peinée, comme si le scandale auquel Ryland allait se frotter la minait réellement. C’est d’une voix mielleuse qu’elle reprit :

« Je tiens à vous informer que vous avez jusqu’à demain pour me donner une réponse. D’ici là, sachez que j’ai fait plusieurs copies de ces photos et que certaines d’entre elles seront expédiées chez les personnes nécessaires à votre renvoi si vous décidez de ne pas démissionner. La balle est désormais dans votre camp, monsieur Ryland… »

Lio se leva alors que Ryland méditait ses paroles sans oser la regarder elle ou les photos étalées sur son bureau. Elle sortit du bureau, contente d’elle. Au final, l’entretien n’aura pas duré longtemps, mais elle ne se serait pas senti la force de rester une minute de plus. Le message était passé, c’était l’essentiel. Lorsqu’elle passa devant le bureau de la secrétaire, elle ne put s’empêcher de lui sourire de nouveau. Un sourire dans lequel résidait toute la moquerie dont elle était capable.

ooOOoo

« Tu aurais quand même pu m’en parler avant ! »

Tous les clients attablés autour d’Andy et de Jesse se retournèrent vers eux lorsque ce dernier haussa la voix. Son compagnon venait de lui expliquer ce qu’avait choisi de faire Lio et comment il l’avait aidée. Dernier au courant, Jesse était en colère. Bien qu’il fût fier de l’aide qu’Andy avait apporté à Lio malgré leur inimitié, il trouvait ce plan dangereux et pensait que tout pouvait se retourner contre son amant et sa meilleure amie. Contrairement à Andy qui était persuadé que Ryland n’oserait pas s’opposer à Lio vu les documents qu’elle possédait.

« Il ne peut rien révéler du chantage sans se compromettre. Tout le monde serait au courant de sa liaison et il ne le veut sûrement pas. »

Jesse sirota son soda tout en faisant la moue. Mais Andy lui prit la main, sans se soucier du regard des autres, et le rassura d’une voix douce en lui disant que tout se passerait bien. Jesse jeta un coup d’œil tout autour de leur table, gêné, mais les clients et le personnel du café ne faisaient plus attention à eux. Andy, agacé plus qu’amusé de son comportement, se hissa au-dessus de la table et l’embrassa. Il prit son temps, essayant même de passer les lèvres de Jesse grâce à de petits coups de langue, mais Jesse tint bon, bien que de telles caresses le firent se sentir un peu à l’étroit dans son pantalon. Lorsqu’Andy se rassit, Jesse était rouge tomate, persuadé que désormais, tout le monde les fixait intensément.

« Il faudra bien que t’y habitues. Sinon quoi : quand on va se revoir dans deux mois tu vas me fuir ? »

Jesse secoua violemment la tête de gauche à droite et dit, un peu penaud :

« Non… Mais je ne suis pas aussi à l’aise que toi. Tu… as plus d’expérience.

- Oui, ça je l’avais compris aux cris que tu pousses à chaque fois que je te prends. »

Malgré des paroles un peu… déplacées, Jesse rougit de plus belle au souvenir des cris qu’il poussait dans ces moments-là. Il aurait voulu ajouter quelque chose, mais le serveur leur apporta leur note et Andy sortit son portefeuille. L’argent.

« Mais si Ryland démissionne, il n’y aura plus d’extras au niveau de la bourse. Comment vont faire Sabrina et Erick ? s’inquiéta Jesse.

- Mathis a dit qu’il s’en occuperait. Et je suis sûr que ta grande copine leur donnera aussi un coup de main. »

Jesse acquiesça sans oser parler de sa propre situation. Il avait compté sur cette bourse pour prendre son indépendance par rapport à ses parents - financièrement- puis pour se trouver un studio. Non pas qu’il ne voulait plus vivre au pavillon, mais le stage qui arrivait lui avait fait comprendre que la vie en colocation ne tarderait pas à prendre fin et que chacun serait obligé d’aller de son côté.

« On y va ? » proposa Andy.

Ils réglèrent l’addition et sortirent du café pour aller prendre le tram qui les ramènerait aux abords de l’université. Le transport en commun, bondé, ne tarda pas à arriver, et le jeune couple monta à l’arrière du véhicule en essayant de se frayer un passage sans perdre son compagnon. Jesse se retrouva ainsi coincé contre la porte inactive, Andy collé à lui. Il en vint à se demander si son amant ne l’avait pas poussé là exprès, mais il ne broncha pas. Le sentir contre lui était trop agréable. Un sentiment qu’Andy devait partager, puisqu’il passa ses mains sous le manteau ouvert de Jesse afin de les poser sur ses hanches. Il posa ensuite son front sur celui de Jesse, puis rapprocha ses lèvres des siennes. Il l’embrassa, plus tendrement et plus chastement qu’au café, et pris par l’instant, Jesse se surprit à passer ses mains autour de sa nuque. Il entendit une vieille femme assise près d’eux se racler la gorge et mit fin au baiser. Andy se tourna alors vers la passagère et la foudroya du regard. Un regard qu’elle évita par la suite.

« J’essaye d’en profiter tu comprends… dit-il à Jesse. On ne sait même pas encore dans quel hôpital tu seras. »

Jesse, comme tous les autres étudiants, n’avait pas encore reçu son affectation, mais les secrétaires qui s’en occupaient les avaient rassurés en leur disant que tout cela serait réglé avant la fin de la semaine. L’administration scolaire montrait une fois de plus l’étendue de ses compétences… En revanche, Andy, lui, prendrait son train le vendredi.

« Si on ne le sait pas avant ton départ, je te téléphone dès que je suis au courant.

- Y a intérêt. »

ooOOoo

Habillé de la tenue blanche des internes, Andy attendait dans le hall d’entrée en tapant du pied. C’était son premier jour, et voilà que sa mère l’envoyait ici au lieu de l’entraîner avec elle en salle d’opération. Alors oui, il était énervé. Il n’était pas ici pour jouer à la nounou, mais pour apprendre et montrer à sa mère de quoi il était capable. Et pour agrémenter le tout, Jesse ne l’avait pas appelé du week-end et n’avait pas daigné répondre à ses appels. La prochaine fois qu’ils se verraient, Andy se promettait de lui faire passer un sale quart d’heure…

Impatient, il se mit à faire les cents pas devant les patients, les visiteurs, et toute autre personne se trouvant dans le hall à huit heures du matin. Sa mère lui avait dit qu’il devait venir chercher l’autre étudiant qui devait aussi effectuer son stage ici. Andy croisa les bras. Lui qui pensait être tranquille allait devoir se coltiner une autre personne. Il croisa les bras sur son torse et fixa l’entrée. Dehors, la pluie tombait sans accalmie, et l’on ne voyait pas à plus de cinq mètres. Même les parapluies étaient inutiles, car le vent prenait un malin plaisir à les retourner… Le jeune stagiaire soupira. Il aperçut un taxi se garer devant l’entrée vers laquelle se dirigea la personne qui en descendit. Au début, il crut que c’était son imagination et son inquiétude de n’avoir aucune nouvelle qui lui jouaient un tour. Mais lorsque Jesse lui sourit, il fut bien obligé de se rendre compte qu’il ne rêvait pas. Il le laissa venir à lui.

Jesse était trempé de la tête aux pieds et son sac pendait dans son dos, lamentable, une anse passée sur son épaule. Il secoua la tête en faisant voler de fines gouttes d’eau et regarda Andy en souriant. Mais ce dernier ne souriait pas. En fait, il ne comprenait pas ce que son amant faisait ici et cela ne laissait aucune place à tout autre sentiment. Jesse s’approcha de lui, et ne sachant pas quel comportement avoir, il prononça un vague et timide « Salut ». Andy l’attrapa par le bras, et l’entraîna vers un ascenseur dans lequel ils montèrent en compagnie d’un couple de futurs parents. Ils ne dirent rien et sortirent au deuxième étage, où Andy dirigea Jesse vers un petit couloir donnant sur une seule porte. Ils pénétrèrent à l’intérieur. La pièce, entièrement blanche, ne contenait pour tout ameublement que deux lits superposés sur les côtés et une petite table basse en son milieu. Une salle réservée au repos des chirurgiens et internes qui auraient passé plus d’heures à travailler que ce qui était permis à l’être humain…

« Qu’est-ce que tu fais là ? » demanda Andy, sans cacher son étonnement.

Jesse posa son sac près du radiateur, et retira sa veste qu’il accrocha à la poignée de la seule fenêtre aux stores baissés. Il retira aussi ses chaussures et poussa un long et profond soupir. Il était content d’être enfin arrivé.

« Je suis là pour mon stage. »

Il ne put s’empêcher d’afficher un immense sourire, mais Andy semblait ne toujours pas comprendre. Jesse précisa alors :

« Je n’y croyais pas au début. Alors je me suis rendu au secrétariat. D’après ce que j’ai compris, ta mère a insisté pour avoir les deux meilleurs étudiants de notre année à ses côtés. »

Jesse s’approcha d’Andy et l’embrassa pour essayer de le ramener à la réalité.

« Alors… dit Andy. C’est toi que je devais attendre en bas ?

- Surprise ! s’exclama Jesse en levant les deux bras.

- Et c’est pour ça que tu n’as pas répondu à mes appels…

- Ben il n’y aurait eu aucune surprise sinon…s’excusa Jesse en laissant retomber ses bras. Tu n’es pas content ? »

Pour toute réponse, Andy reprit ses esprits en un clin d’œil et embrassa farouchement Jesse qui sourit sous ses baisers. Tant pis si ses vêtements étaient trempés, de toute façon, Andy avait déjà décidé de ne pas aller tout de suite retrouver sa mère. Ils devaient fêter dignement leurs retrouvailles.

« Je vais être obligé de dormir chez toi, je n’ai nulle part où aller.

- Pas de problème. De toute façon, je ne t’aurais pas laissé aller ailleurs.

- Ta mère ne dira rien ?

- Elle ira dormir chez sa meilleure amie quand elle t’entendra crier tous les soirs… »

Jesse sourit, mais il se sentait tout de même gêné par rapport à la mère d’Andy qu’il n’oublierait pas de remercier pour l’avoir fait venir ici.

« Tu m’as manqué, murmura-t-il.

- Deux jours passés loin de moi et tu es déjà en manque ? » plaisanta Andy.

Jesse ne dit rien et son sourire s’effaça. Il passa ses bras autour du cou d’Andy et l’embrassa tendrement. Il était désormais content, et soulagé. Il n’avait pas rêvé, et allait bien pouvoir effectuer son stage auprès d’Andy. Et qui sait, peut-être pourrait-il lui reprendre la place de numéro un… À ces pensées, Jesse retrouva le sourire, amusé. Puis, une idée lui vint. Il plaqua Andy contre la porte pour mieux le regarder. Son amant fronça les sourcils, mais son excitation était palpable. Jesse le tira alors à lui. Tout se passerait bien à présent.
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Et voilà un long chapitre avant de terminer définitivement cette histoire. J'espère qu'il aura plus de succès que le précédent... Je vous invite toujours à laisser votre avis, même si c'est pour me dire quelque chose du genre: "Bouuuh j'ai détesté".
Je posterai de nouveau dans une semaine.
Cannibale, je suis sûre que l'image de cet article ne t'aura pas laissée indifférente... Bon courage à toi pour tes chapitres que j'attends impatiemment :D
Gros bisous à tout le monde.

Par Naishou
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Mardi 28 juillet 2009





Lio essayait désespérément de ne pas perdre son calme alors qu’Antoine avait accueilli si ouvertement Andy dans leur conversation. Elle ne s’était vraiment pas attendue à ce que cette personne qu’elle détestait tant se trouve ici. Elle pensait qu’il aurait accompagné Jesse à la fête et qu’ainsi, le pavillon aurait été vide, lui fournissant de cette façon un endroit tranquille et sûr où discuter de leur projet avec son meilleur ami. Mais ce dernier, qui ne connaissait pas vraiment Andy, était en train de tout lui dévoiler :

« Lio m’a expliqué ce que ton arrivée ici avait suscité. Les problèmes de… classement. Après en avoir longuement parlé ensemble, on en est arrivé à la conclusion que, le mieux, serait qu’il n’y ait pas de classement du tout. Ni officiellement, ni officieusement. Mais pour cela, il faut remanier complètement le système universitaire instauré par votre directeur. Et nous n’avons pas trouvé d’autres solutions que de le faire… démissionner.

- Ce ne serait pas plus simple de lui en parler ? demanda Andy, sans grande conviction cependant.

- Ce serait même trop simple. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce classement existe depuis des années. Et que Ryland prend beaucoup de plaisir à voir ses étudiants se disputer les cinq premières places du classement. Il est donc hors de question de le faire changer d’avis. Mais le problème que nous avons aujourd’hui c’est… qu’on n’a aucun moyen pour l’instant de le faire partir. On a commencé à faire le tour des personnes siégeant au conseil et ayant investi dans cette université, et la majorité d’entre eux et prête à nous suivre… Du moins si l’on arrive à faire partir le directeur actuel, et à trouver quelqu’un  de confiance, une personne sérieuse et qui saura s’investir, pour le remplacer. Et ce n’est vraiment pas gagné, tu peux me croire. »

Andy, le dos appuyé contre le dossier de sa chaise, croisa les bras sur son torse et réfléchit à tout ce qu’Antoine lui avait dit. Lio profita de cet instant de silence pour intervenir en s’adressant à lui :

« Je ne vois pas en quoi tu pourrais nous aider de toute façon. Pour toi, le classement est important, non ? C’est bien toi qui a dit que tu ferais tout pour être premier, non ? Si on arrive à notre but, le classement n’existera plus, tu ne te verras jamais attribué cette bourse spéciale promise aux cinq premiers, et le directeur ne te fera jamais entrer dans l’hôpital de ton choix. Tu n’as rien à y gagner. »

Andy la fixa intensément, puis il posa ses bras toujours croisés sur la table avant de lui dire, le sourire aux lèvres :

« Qui a dit que j’avais besoin de ce fichu classement ? Tu sais qui est mon père, tu connais sa réputation, le poste qu’il avait … Ma mère, bien qu’elle n’ait pas le même niveau que lui, a aussi une très bonne place dans l’un des meilleurs hôpitaux du pays. Alors, tu crois sérieusement que j’ai besoin d’argent ? Et tu crois que j’ai besoin que le classement soit ébruité pour savoir que je suis le premier ? Je serai le meilleur, Lio, que tout le monde le sache, ça, je m’en fous. Deux personnes seulement doivent le savoir, c’est tout ce qui compte pour moi. Et pour ça, j’aurais des notes exemplaires et d’excellentes appréciations de la part de mes professeurs. Pas besoin d’un vulgaire numéro un épinglé sur ma chemise. Les portes des meilleurs hôpitaux s’ouvriront d’elles-mêmes à moi. »

Lio ravala ses critiques. Andy s’adressa alors à Antoine :

« Tout ce qui m’intéresse, pour l’instant, c’est de savoir pourquoi toi, tu es impliqué dans cette histoire. Tu ne fais pas partie des étudiants, n’est-ce pas ?

- Non, c’est vrai, dit le jeune homme en souriant. Je suis le fils de Ryland. Et je n’aime pas particulièrement ce que mon père a fait de mon héritage… »

Andy ne put s’empêcher de rire :

« Je vois… Mais si tu tiens à conserver ton héritage, il vaudrait mieux que ton père n’ait pas vent de ton implication dans ce projet. En fait, il faudrait même qu’il garde sa place, non ?

- On veut juste qu’il quitte on poste de directeur. Pas qu’il perde ses parts dans cette université. Du moins, le temps que je suive les formations adaptées pour prendre sa suite. Il faut juste trouver le moyen de le faire partir sans scandale, et avoir dans notre poche une personne qui acceptera de le remplacer le temps que je sois apte à reprendre le flambeau. Et il faut que tout cela se fasse avant la fin de l’année. Sinon, d’autres subiront la même chose que vous à la rentrée. »

Andy s’appuya de nouveau contre le dossier de sa chaise et dit, pensif :

« Je crois que je peux vous aider… »

ooOOoo

Andy remonta tranquillement dans la chambre, un plateau dans les mains supportant du café, et de quoi grignoter. Il ne savait pas où en était Jesse, mais si son amant n’était toujours pas parti à sa recherche, c’est qu’il devait encore être sous la douche. Et Andy savait désormais qu’il n’irait pas le rejoindre. Ce qu’il avait à lui dire n’allait probablement pas lui plaire, mais il n’avait plus le choix. Il ne jeta qu’un coup d’œil à la porte de la salle de bains et tendit l’oreille pour s’assurer qu’effectivement, Jesse était toujours sous l’eau, et alla poser le plateau sur le lit dans sa propre chambre. Il se décida ensuite à sortir un paquet emballé dans un papier cadeau bleu marine étoilé, caché sous une pile de pulls dans son armoire. Normalement, Jesse aurait dû partir dans deux jours pour rejoindre sa famille pendant les fêtes de fin d’année, mais le premier à partir serait finalement Andy, qui prendrait son train le lendemain, en début d’après-midi. Il savait que sa mère serait en repos, et il ne pouvait pas rater une telle occasion, même si se rendre là-bas à cette date précise ne l’emballait pas.

Il sortit de la chambre, et le paquet toujours dans les mains, il alla dans la salle de bains. Dans la douche, le dos tourné à l’entrée, Jesse laissait l’eau couler sur sa peau, sans se douter qu’il était observé. Andy se mordait les lèvres, déçu de ne pouvoir le rejoindre. Cependant, il devait avouer que la vue était des plus délicieuses. Jesse ferma les robinets et se retourna pour sortir. Il ne put cacher sa surprise en apercevant Andy qui lui tendait une serviette marron. Il l’attrapa et lui demanda, plus qu’étonné :

« Pourquoi tu ne m’as pas rejoint plus tôt ? »

Andy se mordit les lèvres. Il ne voulait pas vraiment parler de ce qu’il s’était passé avec Lio, mais sa promesse de rester honnête l’empêchait de mentir. Il ne dit donc que le minimum :

« Je… Je dois te parler. »

Jesse enroula la serviette autour de sa taille et suivit Andy dans la chambre. Là, il s’assit sur le lit alors qu’Andy faisait les cents pas devant lui, comme à son habitude lorsque quelque chose le tracassait, et n’arrêtait pas de tapoter le paquet qu’il tenait dans ses mains.

« Bon, fit-il en s’arrêtant devant Jesse. J’ai quelque chose à te dire, mais ça risque de ne pas te plaire.

- Quoi ? s’inquiéta Jesse.

- Je… dois partir. Il faut que j’aille voir ma mère. Demain.

- Oh. Oh. »

Les paroles d’Andy firent petit à petit leur chemin dans l’esprit de Jesse qui comprit enfin ce qui allait se passer. Ils auraient dû passer encore deux jours ensemble avant d’être séparés pendant une semaine - le temps de passer Noël en famille – et de se retrouver pour une semaine de révision avant les examens de la rentrée.

« Pourquoi ? demanda-t-il. Tu ne devais pas partir normalement… »

Andy soupira et s’installa à côté de lui.

« J’ai quelque chose à faire mais… j’aimerais attendre un peu avant de t’en parler. »

Jesse fronça les sourcils mais ne broncha pas. Andy lui tendit le paquet en le pressant de l’ouvrir. Alors que Jesse obéissait, Andy lui dit :

« C’est pour qu’on reste en contact. Comme ça, ça me fera une raison de me servir du mien. »

Jesse ouvrit de grands yeux surpris lorsqu’il vit le téléphone portable à clapet que lui avait offert Andy. Pendant une seconde, il fut étonné, puis touché. Collé à lui, Andy ne savait plus vraiment quoi dire. Alors Jesse l’embrassa pour le remercier et se dit que, si Andy devait partir si vite, c’est qu’il devait avoir une bonne raison. Il ne se plaignit donc pas et tous deux se penchèrent sur le portable pour étudier la bête. Une semaine, ça pouvait passer très vite, si on y mettait de la bonne volonté.

ooOOoo

Le ciel noir annonçait de gros orages pour la journée, mais au moment où Andy descendit du train, seul le vent vint le déranger, lui faisant regretter de n’avoir pas mis de pull plus chaud sous son manteau. Il souffla dans ses mains pour les réchauffer, puis les frotta l’une contre l’autre en sortant de la gare. Il accepta le journal que lui tendait un homme à peine plus âgé que lui, se disant que cela lui ferait de la lecture dans le taxi, puis s’engouffra au milieu des passants pour atteindre le bout de la place où attendaient plusieurs taxis. Il en trouva un de libre, monta à l’intérieur en bénissant l’inventeur du chauffage, puis indiqua sa destination au chauffeur. Il savait où trouver sa mère en ce jour, à deux heures de l’après-midi.

Il pouvait même dire qu’il connaissait son planning par cœur : elle avait dû se lever aux aurores après avoir passé une très mauvaise nuit, avait bu son café en silence, devant la baie vitrée de son salon, puis s’était rendue dans la salle de bains où elle avait dû rester une heure à chercher une sorte d’apaisement dans la grande baignoire pleine de mousse. Elle serait ensuite sortie pour aller se balader dans le parc principal de la ville, aurait mangé dans ce même restaurant où elle aurait dû manger avec son mari s’il n’avait pas eu son accident. Elle aurait pris son temps, puis aurait emprunté un taxi pour se rendre là où Andy était certain de la retrouver. Et où elle avait prévu de rester tout l’après-midi…

Le taxi s’engagea dans un petit parking, puis atteignit une grille haute de trois mètres donnant sur des allées de cailloux séparant des pierres tombales toutes différentes. Andy remercia et paya le taxi avant de s’engager dans le cimetière, son sac de voyage cognant contre ses jambes à chaque pas. Il ne venait presque jamais dans cet endroit, mais il pouvait néanmoins s’y déplacer les yeux fermés. Arrivé au bout de la première allée, il tourna sur sa droite, puis rejoignit sa mère, accroupie devant une tombe richement fleurie.

Hélène se releva à l’arrivée de son fils, étonnée de le voir ici. Ses traits étaient marqués par la tristesse, ce qui fit mal à Andy, lui laissant un poids sur le cœur.

« Que fais-tu ici ? demanda-t-elle.

- Je suis venu pour te voir. Et pour le voir, lui. »

Andy désigna de la main la tombe de son père sans pour autant la regarder. Laurent Mattesson était mort des années auparavant, faisant de la date anniversaire de son mariage celle de sa mort, à quelques jours seulement de Noël. Une période festive qu’Andy et sa mère détestaient désormais, et à laquelle ils ne trouvaient plus aucun sens.

« Ça ne te ressemble pas…

- J’ai changé… »

Andy s’approcha de sa mère et risqua un regard sur la tombe de son père. Il se sentit alors brisé en mille morceaux, mais aussi attiré par les inscriptions indiquant l’identité du défunt dont il ne put se détourner. Lorsque la tête commença à lui tourner et qu’il se sentit mal, il reporta son regard sur Hélène.

« Je suis venu te voir parce que j’ai quelque chose de très important à te demander. »

Sa mère ne répondit pas, et Andy respecta cela. Il avait peut-être eu tort de la rejoindre ici. Peut-être aurait-il dû attendre.

« Va à la maison. »

Ces mots avaient été prononcés faiblement, provoquant tout de même de l’étonnement chez Andy :

« Pardon ?

- Va m’attendre à la maison. On en parlera ce soir. Et je vais téléphoner à l’hôpital pour dire que je ne viendrai pas travailler demain. Ils vont être un peu déboussolés, mais ils s’en sortiront très bien sans moi. – Elle marqua un temps d’arrêt - Je veux rester auprès de mon fils. On a raté pas mal de choses dans la vie de l’un et de l’autre, n’est-ce pas ? »

Andy eut du mal à acquiescer, et encore plus à sourire. Voilà un bouleversement auquel il n’aurait jamais songé. Il embrassa sa mère sur le front et jeta un dernier regard à la tombe de son père.

« Il me manque, dit sa mère.

- Je sais. »

ooOOoo

À peine une heure plus tard, Andy arrivait chez sa mère, dans un grand appartement qu’elle avait acheté à dix minutes à pieds de son lieu de travail. Contre toute attente, il aperçut de la lumière provenant du salon, situé au dernier étage du building qui dominait toute la ville. Il sortit de sa poche le trousseau de clés que lui avait donné sa mère avant qu’il ne la laisse et entra dans le porche. Il prit l’ascenseur qui le fit monter au huitième étage et arriva sur un immense palier décoré de nombreuses plantes vertes entretenues par le concierge de l’immeuble. Il se dirigea vers l’une des deux seules portes grises et blanches de l’étage et introduisit la clé dans la serrure. Il commençait à deviner qui se trouvait à l’intérieur, notamment quand La Moldau de Smetana lui parvint aux oreilles, faisant ainsi surgir de nombreux souvenirs d’une jeunesse passée aux côtés de la deuxième femme de sa vie.

Il se décida finalement à entrer, laissa son sac et ses chaussures au pied du porte-manteau à l’entrée et, bercé à la fois par la musique et par l’odeur de chocolat, il se dirigea vers la pièce principale de l’appartement. Il délaissa son manteau sur le dos d’une chaise et alla s’asseoir au bar qui séparait la cuisine du salon. Là, lui tournant le dos, Cathy vérifiait la cuisson de son crumble poires-chocolat.

« C’est prêt ? »

Cathy sursauta au son de la voix d’Andy et fit volte-face pour le regarder. Elle posa une main sur son cœur et dit, sèchement :

« Ne me refais plus jamais ça. J’aurais pu avoir une attaque.

- C’est vrai qu’il faut te ménager à ton âge…

- Sale gamin… »

Andy se dressa sur la pointe des pieds pour arriver à déposer un baiser sur la joue de Cathy en passant au-dessus du bar. Cathy lui demanda d’attendre le temps qu’elle sorte son plat du four et qu’elle le pose sur un dessous de plat déjà prêt sur le plan de travail. Elle retira ensuite son gant de cuisine et alla baisser le volume de la musique :

« On pourra mieux parler comme ça.

- On pourra très bien parler aussi avec un peu de crumble et de quoi boire, non ? » proposa Andy  sans arrière pensée, un grand sourire sur le visage.

Cathy secoua la tête, soupira, mais accepta tout de même la requête d’Andy qui retomba en enfance devant sa part de douceur que Cathy agrémenta d’une boule de vanille. Elle-même, se servit une part conséquente. Pendant qu’ils mangeaient, Andy lui dit qu’il était allé voir sa mère au cimetière, et que celle-ci le rejoindrait en fin de journée.

« C’est bien que tu sois là, affirma Cathy. Elle a bien besoin de toi en cette période. »

Andy ne répondit pas, incapable de savoir quoi dire. Cathy, assise à côté de lui sur le canapé, posa son assiette sur la table basse et dit :

« Mais j’aimerais savoir quelle est la véritable raison qui t’a poussé à venir voir ta mère. »

Andy finit son assiette et prit son temps avant de lui répondre :

« Il faudrait d’abord que je te raconte tout ce qu’il s’est passé depuis que j’ai changé d’université. »

Sur le ton de la confidence, Andy raconta à Cathy toutes ses aventures et mésaventures depuis qu’il avait rencontré Jesse et ses quatre amis. Il n’omit presque rien, si ce n’est le harcèlement dont il avait fait usage envers Jesse. Il en vint à lui parler du plan de ses camarades et de la solution qu’il avait trouvée.

« Et pour ça… Je voudrais que ma mère m’aide. Elle m’a fait comprendre, la dernière fois, qu’elle avait un moyen de faire pression sur mon directeur. Je ne sais pas trop de quoi elle voulait parler, mais je pense que ça pourrait m’être d’une grande utilité.

- Elle m’en a parlé. Une affaire d’infidélité il me semble. Elle était très fière d’elle quand elle m’en a parlé à son retour.

- Tu crois qu’elle va refuser de m’aider ?

- Une fois les fêtes passées, tel que je connais ta mère, elle se fera un plaisir de faire chanter ton directeur. Cela pourrait même l’amuser. »

Cathy se mit à rire et débarrassa leurs couverts. Andy la suivit jusqu’au lavabo où elle fit la vaisselle. Il la regardait faire, comme si elle avait toujours vécu ici, et dans un certain sens, c’était le cas. Quelques années après le décès de Laurent, Cathy avait commencé à venir dormir dans la chambre d’amis, puis, petit à petit, elle avait fini par passer plus de temps chez Hélène que chez elle. Comme elle le disait :

« On n’abandonne pas les nôtres, surtout pas en cas de coup dur. »

Andy savait que cela avait un rapport avec le passé commun des deux femmes, mais il n’avait jamais osé poser de question pour en savoir plus. Cathy le tira de ses pensées :

« Et tu m’as dit qu’il vous fallait quelqu’un pour remplacer l’actuel directeur. Vous avez trouvé ?

- J’ai bien quelqu’un en tête. Mais je ne pense pas que cette personne va être facile à convaincre. Pourtant, je pense qu’avec son sale caractère, ce poste lui irait comme un gant. De plus, c’est une personne consciencieuse, travailleuse… Qui ne se laisse vraiment pas faire.

- J’aime bien ce genre de personne. De qui s’agit-il ? Est-ce que je le ou la connais ? »

Andy s’humecta les lèvres et dit :

« Avant, je voudrais d’abord m’assurer que ma mère pourra nous apporter son aide. Ensuite, je vous dirai tout. Promis. »

ooOOoo

Debout sur la vaste terrasse donnant sur  le parc de la ville, Andy mit fin à sa communication téléphonique avec Antoine. Ce qu’il venait de lui apprendre concernant l’aventure de son père ne l’avait qu’à moitié étonné, mais ce qui le gênait le plus serait de ne rien dire à sa mère. Du moins, pour l’instant. Néanmoins, il avait remercié Andy de son aide. Ils allaient enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. Tout était en place. Andy se retourna pour fixer sa mère. Celle-ci était assise à une petite table ronde en rotin, en train de siroter son café, la seule source de chaleur en ce froid glacial dominant à une telle hauteur. Elle resserra sa couverture polaire et sourit à son fils qui eut presque la chair de poule devant ce sourire carnassier. Il regarda ensuite à l’intérieur de l’appartement pour voir que Cathy était encore au téléphone, et qu’elle aussi souriait, son visage illuminé par une nouvelle jeunesse.

Il ne restait plus qu’à attendre.

ooOOoo

Andy était resté moins d’une semaine chez sa mère. Comme promis, ils avaient passé une journée entière ensemble, mais ensuite, Hélène était retournée à ses bonnes vieilles habitudes, car elle ne pouvait pas se passer de la chirurgie. Andy était donc resté avec Cathy tout le reste de son séjour, la femme qu’il considérait comme sa tante n’étant pas aussi obnubilée que sa meilleure amie par son travail. De plus, cela faisait longtemps qu’elle avait délaissé les grosses opérations et qu’elle passait la majeure partie de son temps à superviser les internes ou à s’occuper d’opérations de routine. Ils s’étaient baladés dans les rues marchandes, s’amusant de voir les gens se presser pour acheter des cadeaux de dernière minute. Cathy, tout comme Andy et sa mère, ne fêtait pas Noël, comme une sorte de geste de solidarité…

Andy était retourné sur le campus le trente-et-un décembre même, afin de le fêter dignement avec Jesse, revenu lui aussi pour cette occasion, ce qui leur avait ensuite laissé cinq jours pour réviser avant la reprise des examens. Ceux-ci s’étaient plutôt bien passés pour toute la petite bande, bien qu’Erick restât convaincu qu’il ne ferait plus parti du classement. Le pauvre, n’était pas encore au courant du projet mis en place par Lio qui n’avait pas la même assurance qu’Andy ou qu’Antoine face à leur avancée. Mais le classement du premier semestre leur réservait encore quelques surprises…
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Bonjour, Bonsoir,
Voilà comme promis le noveau chapitre a bel et bien été posté une semaine après. J'espère qu'il vous a plu, il était un peu plus long que le précédent.
Mais cela veut dire qu'il ne reste plus qu'un chapitre avant la fin... Pour l'instant, cela fait de cette histoire la plus longue que j'ai écrite (ah ! l'ironie du sort...).
J'espère vous voir au rendez-vous la semaine prochaine pour ce dernier chapitre^^
Je remercie tous ceux qui passent encore et toujours ici ou sur FP et qui me donnent leur avis (ou pas^^).
Je vous embrasse.

Par Naishou
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Mardi 21 juillet 2009

 

Ils prirent leur temps pour rentrer au pavillon afin de discuter tranquillement ensemble. Ils avaient même décidé d’aller manger à l’extérieur, mais avant toute chose, ils devaient rentrer afin de poser les affaires de Jesse et de prendre des vêtements plus chauds. Lorsqu’ils arrivèrent, la maison était plongée dans un silence profond, leurs colocataires ayant apparemment déserté les lieux. Ils commencèrent donc à monter pour aller dans leur chambre, en silence, comme si cette atmosphère les avait influencés, ou qu’il leur était interdit de prononcer un simple mot… Lorsqu’ils passèrent au premier étage, Jesse ne put se retenir de jeter un regard à la porte de Lio. Il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour elle, de se dire qu’elle devait avoir besoin de réconfort après son incartade avec Andy. Il n’arrivait pas à lui en vouloir comme le faisait son petit-ami, incapable de croire que la jeune femme ne pensait qu’à elle. Il l’a connaissait bien, beaucoup plus qu’Andy. C’est pourquoi, lorsque, contre toute attente, il vit de la lumière filtrer sous la porte de la chambre à Lio, il décida d’aller la voir.

« Maintenant ? se plaignit Andy.

- Je n’en ai pas pour longtemps. Promis. »

Andy soupira pour montrer son agacement. Il se doutait que Jesse voudrait parler avec Lio, mais pas là, juste à l’instant où ils avaient décidé de sortir. Décidemment, cette femme arrivait à se mettre au milieu de son chemin en toute situation, qu’elle soit présente ou non. Mais il savait que, pour continuer sur sa lancée avec Jesse, il devait mettre son sale caractère de côté. Et ce n’était pas facile pour lui.

« Je t’attends en bas, » grogna-t-il.

Jesse acquiesça et lui tendit son sac pour qu’il le dépose dans sa chambre, puis il le regarda monter à l’étage avant de se diriger de son côté vers l’antre de Lio. Il donna deux légers coups sur le bois peint en taupe et attendit qu’elle l’invite à entrer. Mais l’invitation ne venant pas, il décida de refrapper au moment même où la porte s’ouvrait violemment sur le visage dur de Lio. En l’apercevant, la jeune femme soupira, et son comportement ne s’améliora pas devant le mutisme de Jesse.

« Qu’est-ce que tu veux ? » finit-elle pas demander, lasse.

Ce fut au tour de Jesse de soupirer. Il avait la forte impression que la conversation n’allait pas être des plus agréables… Mais s’il voulait que les choses changent, il allait devoir faire des efforts et prendre un peu sur lui-même… Il prit donc son courage à deux mains pour lui dire :

« Je viens parler. Je peux entrer ? »

Sans attendre de réponse, il força le passage et pénétra dans la chambre aux murs tapissés de prune. Il ne rentrait pas souvent dans cette pièce, bien que lui et Lio fussent très proches. Néanmoins, à chaque fois, il s’étonnait de ne pas reconnaître son amie dans la décoration. En réalité, la chambre ne possédait que le strict nécessaire : un lit pour deux personnes en fer noir des plus simples placé face à l’entrée, une table de nuit de chaque côté, du linge de lit vert émeraude, un bureau en bois sur lequel fourmillaient papiers, cahiers, stylos et maquillage, et une armoire dont les portes ne fermaient plus, probablement trop pleine. Aucune photo, rien de trop personnel, pas une seule pointe d’originalité, comme si Lio n’habitait pas réellement là. Mais cela était vite démenti par le reste du pavillon, entièrement décoré par Lio elle-même. Cela prouvait bien qu’elle faisait passer le bien-être des autres avant le sien…

« De quoi tu veux parler ? »

Jesse se retourna vers Lio :

« Tu le sais très bien. Andy m’a dit ce qu’il s’est passé tout à l’heure.

- Et alors ? Tu viens toi aussi me faire des reproches ?

- Non… Même si j’avoue que ce qu’a dit Andy n’est pas totalement faux.

- Pardon ? »

Jesse se mordit la langue. Il comptait vraiment calmer la situation comme ça ? Il ferma les yeux, inspira et expira lentement, puis reprit, de son ton le plus doux :

« En fait, on a tous eu faux dans cette histoire. Et nous les premiers, on se doit de le reconnaître. On s’en est pris à Andy sans même chercher à en apprendre plus sur lui. Et on peut pas dire que ça nous a réussi, n’est-ce pas ?

- Parce que tu crois que ça aurait été différent si on n’avait pas agi ainsi ? Regarde-le, Jesse : il va nous écraser. La première place c’est tout ce qui compte pour lui.

- Comme pour beaucoup. Mais tu sais tout comme moi que le problème ne vient pas de là. Ce n’est pas sa faute à lui. »

Jesse s’assit sur le lit et invita Lio à faire de même, faisant comme s’il était le propriétaire des lieux. Il tenait les rênes et les serrait bien fort afin qu’elles ne lui échappent pas.

« C’est son droit de vouloir cette place. Et si tu savais pourquoi il la veut, peut-être que… que tu le verrais autrement.

- J’en doute. Ce n’est qu’un arriviste, Jesse.

- Tu te trompes. »

Jesse aurait voulu lui dire tout ce qu’il savait sur Andy, ses parents, son désir de surpasser son père pour enfin exister aux yeux de sa mère… Mais en parler sans son autorisation, et de plus, sans qu’il soit présent, serait le trahir. Jesse regarda Lio droit dans les yeux :

« J’aimerais… J’aimerais tellement pouvoir te dire qui est réellement Andy, mais il s’est confié à moi, et… tu ne peux pas imaginer à quel point c’est important pour moi. »

Jesse sourit malgré lui, ce que ne manqua pas de remarquer Lio bien qu’elle ne dit rien et laissa Jesse continuer :

« Je voudrais juste que tu aies confiance en moi. Comme avant. Comme j’ai confiance en toi. Il n’y a pas si longtemps, on était amis. De très bons amis. Alors je voudrais que tu me croies : Andy ne pense pas réellement à mal. Il a de bonnes raisons pour vouloir être premier. Et je pense que si il est… froid et mauvais avec nous… vous, c’est parce qu’il ne fait que répondre à une attaque. Il se protège. On s’est juste fait prendre à notre propre jeu. »

Lio se laissa soudainement tomber en arrière, et fut accueillie par son épaisse couette. Elle laissa passer quelques minutes, laissant les paroles de Jesse se frayer un chemin dans son esprit tout chamboulé depuis sa dispute avec Andy.

« Il a dit que j’étais un leader. Un mauvais leader. Mais je ne me vois pas comme ça. Est-ce que… Est-ce que toi tu penses qu’il a raison ?

- Non, répondit Jesse sans la moindre hésitation. Andy était énervé, et il a tendance à taper là où il sait que ça va faire mal… Mais pour nous, et je ne pense pas me tromper en disant nous, tu es plus une grande sœur qu’un chef. On forme une famille Lio. Pas une troupe.

- Une famille un peu spéciale, et avec pas mal de problèmes…

- Mais une famille quand même. »

Jesse imita Lio et se retrouva couché sur le dos, à une trentaine de centimètres de son amie.

« Il a dit que je t’avais fait du mal, chuchota Lio.

- Le fait qu’on ne se parle plus me fait du mal. J’ai tellement de choses à te dire, si tu savais ! »

Lio fixa le plafond :

« C’est ce qu’il a dit.

- Comme quoi il me connaît bien.

- Oui… Mieux que moi on dirait. »

Jesse aurait voulu lui dire que ce n’était pas le cas, mais elle ne lui en laissa pas le temps.

« Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?

- Bonne question. »

Jesse haussa un sourcil et se mit à rire. Depuis quand sa relation avec Andy avait-elle vraiment commencé ? Sûrement pas lors de leur… première nuit.

« Comment ça ? demanda Lio. Tu ne sais pas quand est-ce que ça a commencé entre vous ? »

Jesse lui sourit :

« L’important, c’est qu’on est ensemble. Et que je sois bien avec lui, non ?

- Mouais… »

Jesse regarda l’heure sur le réveil de Lio et se redressa brusquement. Le temps passait trop vite, et Andy devait l’attendre. Jesse ne voulait pas gâcher une soirée qui n’avait pas encore commencé.

« Tu sais, dit-il. Je ne te demande pas de l’accepter, mais je ne veux pas qu’on arrête de se parler parce que je suis avec lui. J’ai besoin de toi… et de lui. »

Lio se redressa à son tour et dit fièrement :

« Je le déteste. Je tiens à ce que tu le saches.

- Je le sais.

- Et je ne serai jamais son amie. Je le supporterai aussi longtemps que vous serez ensemble, mais je ne lui adresserai la parole que quand ce sera nécessaire.

- Je sais.

- Bien. »

Ils se regardèrent et sourirent.

« De nouveau amis ?

- On a toujours été amis, Jesse. C’est pas ton abruti de copain qui va changer ça. »

Jesse fit la moue, mais au fond de lui, il était satisfait. Ne pas trop en demander aux gens, voilà une chose qu’il avait apprise récemment. Il se leva, suivit de près par Lio qui semblait plus joyeuse désormais. Avant que Jesse ne franchisse la porte, elle mit une main sur son épaule et lui dit :

« Tu as dit tout à l’heure que ce n’était pas sa faute si il voulait obtenir la première place. Et je pense bien que le problème est plus profond… Et ne vient pas du tout d’Andy. Le problème, c’est le classement même. »

Lio se mordit l’intérieur de la joue et retira sa main de l’épaule de Jesse.

« Avec Mathis et… un ami qui s’appelle Antoine, nous avons un projet. Pour que tout cela s’arrête. »

Elle arrêta Jesse en levant la main avant qu’il ne puisse dire quoique ce soit et reprit, calmement :

« Pour l’instant, ça avance doucement. Mais je t’en dirai plus lorsque j’aurai du nouveau.

- J’aime pas ça. »

Lio éclata de rire :

« Oui, ben moi je n’aime pas Andy, mais je ne t’empêche pas pour autant de le voir. »

Jesse grommela - un tic qu’il avait pris à son amant -  et Lio lui tira la langue, amusée. Pourtant, au fond d’elle, le stress la tiraillait. Ce qu’elle avait prévu de faire avec l’aide de Mathis et Antoine était assez compliqué, et pourrait s’avérer problématique s’ils ne pouvaient aller au bout de leur projet. Alors, moins elle impliquait de personnes – comme Jesse, Sabrina et Erick – moins seraient ceux qui se feraient punir en cas d’échec.

Alors qu’elle allait rassurer Jesse, Andy débarqua dans le couloir, et à la vue de son visage, Lio comprit qu’il était énervé. Elle, s’en réjouit. Il ne lui accorda aucune attention et dit à Jesse, d’une voix qui essayait tant bien que mal de cacher son mécontentement :

« On devrait y aller. J’ai réservé pour vingt heures.

- Oui, j’ar…

- De quoi tu avais peur ? demanda Lio en coupant Jesse. Que je sois arrivée à le retourner contre toi ?

- Lio, tu… »

Le jeune homme fut cette fois-ci coupé par Andy :

« Je me méfie. Tu es capable de tout. Je me demande même si ce n’est pas toi qui as envoyé des types m’agresser tout à l’heure.

- T’es parano mon pauvre ! Tu…

- Stop ! »

Jesse avait élevé la voix et fusillait du regard, tour à tour, Lio et Andy qui gardaient leur air fier et quelque peu menaçant.

« Vous me gonflez tous les deux. Je sais que vous ne ferez aucun effort l’un envers l’autre, mais si vous voulez vous envoyer des insultes à la figure, faites-le quand je ne suis pas là. »

Sur ce, Jesse leur tourna le dos et descendit au rez-de-chaussée. Andy soupira et se mit à taper du pied, mais ce fut Lio qui parla la première :

« Pour le peu que ça doit valoir pour toi, je te jure que je n’ai envoyé personne pour… te casser la figure. Je te déteste, mais je n’irai pas jusque là. »

Andy laissa passer quelques secondes :

« Très bien.

- On devrait enterrer la hache de guerre tu ne crois pas ?

- Oui. Au moins pour Jesse. Mais ça ne veut pas dire que je t’apprécie.

- Non, bien sûr… »

Andy acquiesça puis lui tourna le dos. Il rejoignit Jesse, qui attendait, assis sur la première marche des escaliers. Il s’installa à côté de lui et dit, au bout de quelques minutes :

« Bon… On a fait la paix. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais… on va faire des efforts. »

Jesse posa sa tête sur son épaule, puis, contre toute attente, il se mit à rire :

« Mais tu es en plein progrès dis-moi !

- Vas-y, moque-toi, tu rigoleras moins quand tu verras la punition que je te réserve. »

Le visage à seulement quelques centimètres de celui d’Andy, Jesse demanda :

« Ah oui, vraiment ?

- Oh que oui. Pas de restaurant ce soir. Je t’enferme dans ma chambre.

- Et c’est censé être une punition ? rit Jesse. »

Andy se fit soudain sérieux, coupant toute envie de rire chez son amant. Il l’attira violemment à lui et l’embrassa, puis le poussa en arrière en l’obligeant presque à se coucher sur le sol. C’est le moment que choisit Lio pour intervenir :

« Ah non, hein ! Je veux bien faire des efforts, mais ça, c’est trop ! »

ooOOoo

Le meilleur moyen de décompresser après des examens était de les oublier. Et Lio, en parfaite meneuse de soirée, avait tout prévu à cet effet. Grâce à ses connaissances et celles de ses parents, elle avait obtenu l’accord pour louer la salle des fêtes de la ville. Et cela n’avait pas été si facile, d’autant plus qu’il s’agissait de contenir plus de deux cents élèves dans une salle prévue pour la moitié seulement. Du moins, selon les normes de sécurité. Lio avait aussi fait appel à un traiteur qui avait préparé un buffet froid qui ne semblait jamais s’épuiser, et à un DJ renommé dans la région. Une bonne ambiance régnait dans la salle, tous se réjouissant d’avoir passé un cap en se fichant momentanément du résultat. Pourtant, loin de là, d’autres avaient décidé de faire la fête à leur façon.

Le pavillon était vide, chose assez rare depuis que les examens avaient commencé, et comme l’avait dit Andy :

« C’est une occasion à ne pas rater ! »

L’occasion d’être seuls, tout à fait tranquilles, et loin d’être inquiétés par le bruit qu’ils seraient amenés à faire. Jesse se voyait libéré de toute pudeur et n’hésitait pas à s’exprimer librement, au grand plaisir d’Andy qui se trouvait au meilleur de sa forme. Allongé sur son lit, les cinq sens en éveil, il admirait la vue dont Jesse lui permettait de jouir. Le jeune homme, assis au-dessus de lui, rythmait leur cadence. Il avait pris les devants, chose plus que plaisante, mais il était regrettable que cela n’arrive pas plus souvent. Ce cocon de chaleur pris fin de la meilleure façon qui soit, les libérant tous deux dans un moment d’extase pure. Jesse se laissa ensuite tomber sur le côté, tout près de son compagnon qui ne pouvait s’empêcher d’afficher un sourire bêta. Il soupira d’aise, puis vint se lover contre le torse d’Andy dont la respiration se calmait peu à peu, agissant de même sur celle de Jesse.

« J’en peux plus… Je suis poisseux, fatigué, et je te parle même pas de l’endroit le plus sensible… »

Andy se mit à rire, sans méchanceté aucune, faisant aussi sourire Jesse.

« Oui, moi aussi je suis trempé. Mais… c’était bon, non ? »

Le sourire de Jesse s’agrandit, de même que les rougeurs sur ses joues, mais désormais il ne se cachait plus. Andy considéra que c’était une réponse acceptable et entoura Jesse de ses bras. Ce tout jeune couple voulait profiter au maximum du temps qui lui était imparti, avant de ne connaître une longue période d’abstinence.

« Je vais prendre une douche, dit Jesse en se séparant de son amant.

- Est-ce une invitation ? demanda sournoisement Andy.

- Oui, surtout si tu acceptes d’abord d’aller nous chercher de quoi grignoter en bas. J’ai toujours faim, après.

- D’accord, mais laisse la porte de la salle de bains ouverte ! »

Andy sauta du lit nu comme au premier jour, puis enfila un jean avant d’ouvrir la porte de la chambre. Même si la maison était vide, il préférait ne pas tenter le diable… Après s’être assuré que Jesse se levait bien plutôt que de s’endormir en ruinant tous ses espoirs de douche en duo, Andy commença à descendre jusqu’à la cuisine, appréciant le froid des marches sous ses pieds malgré la température hivernale qui régnait au-dehors. Andy s’arrêta brusquement en haut des escaliers, au premier étage, lorsqu’il entendit la porte d’entrée s’ouvrir. Il perçut ensuite la voix de Lio, et celle d’un homme qu’il ne reconnut pas. Il fut alors tenté de remonter pour rejoindre Jesse, mais s’il remontait sans rien à manger, il craignait que le jeune homme ne lui interdise l’accès à la douche…

En silence, Andy continua donc à descendre les escaliers, en silence cette fois. Lio et son invité se trouvaient dans la cuisine, empêchant ainsi Andy de s’y rendre. Il n’avait pas vraiment envie de la croiser. Moins il la verrait, et moins il y aurait de problèmes, non ? Néanmoins, poussé par la curiosité, il s’approcha de la cuisine, et, caché par un coin de mur, il tendit l’oreille. La première chose qu’il entendit fut le bruit de bouteille qu’on décapsule. Puis, Lio prit la parole, et ce qu’elle dit fut au-delà de tout ce qu’il avait pu imaginer. La surprise se peignit sur son visage pour laisser peu à peu place à un large sourire. Le dialogue dans lequel étaient partis Lio et l’autre homme avait le don d’intéresser au plus haut point Andy. Qui décida d’y prendre part. Se détachant de l’obscurité, il entra dans la cuisine. Lio le regarda d’un air mauvais, se doutant bien qu’il avait entendu la conversation et irritée par le sourire qu’il affichait.

« Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle, en colère.

- Eh bien, d’après ce que j’ai entendu, je pense pouvoir vous aider… »

Lio allait protester, mais Antoine l’arrêta d’un geste autoritaire de la main et dit :

« Laisse-le parler, Lio. Voyons en quoi il pourrait nous aider… »

Andy apprécia cette intervention, ce qu’il montra d’un signe de tête, puis il s’assit devant la table :

« Très bien. Mais avant toute chose, expliquez-moi votre plan dans les moindres détails… »

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Hello !
Désolée pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre (plus court que les autres qui plus est...), mais bon, vous en connaissez les raisons, on va pas revenir là-dessus. Encore merci à Ayuluna et Skorpan pour leur soutien^^
Le prochain chapitre arrivera dans une semaine, jour pour jour, si je ne décide pas de le poster avant... On approche tout doucement de la fin, encore deux chapitres !
J'anticipe donc un peu : merci à tous ceux qui ont suivi cette histoire, qui la suivent encore ou qui la liront plus tard. Merci à mon doudou qui essaye toujours, malgré la distance, de me donner un bon coup de pied.... et un avis important, puisque tu es désormais mon unique bêta-lecteur (même si, en ce moment, c'est un peu difficile T__T).
Gros bisous à tout le monde et à très bientôt donc !

Par Naishou
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