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Dimanche 3 mai 2009




Elle avait toujours détesté sortir la nuit pour aller jusqu’au puits. Les ombres qui dansaient sur les murs, lui avaient toujours fait penser aux démons des légendes urbaines, qui viennent enlever les femmes et les enfants dans leur sommeil. Mais sa sœur cadette était malade, et son père travaillait, ce qui faisait d’elle la seule apte à aller chercher de l’eau. Elle remit l’une de ses mèches blond cendré derrière son oreille et serra un peu plus fort le seau contre elle. La jeune fille frissonna en sentant le vent s’infiltrer sous sa robe légère, et accéléra le pas. Le puits ne se trouvait qu’à une dizaine de mètres. Ce qui était déjà trop loin.

« Regardez-moi ça… »

Un homme venait de surgir devant elle, tenant une bouteille à la main. Au regard qu’il lui lança, elle comprit qu’il ne lui voulait aucun bien. La jeune femme fit un pas en arrière et percuta le torse d’un homme bien plus grand qu’elle. Affolée car sachant trop bien ce qui allait lui arriver, elle se mit à regarder les deux hommes, tour à tour. Le nouvel arrivant dit alors à son collègue :

« Tu vois… On l’a effrayée la pauvre petite… »

L’autre se rapprocha d’elle et lui dit, en se penchant vers son visage pour lui faire partager son haleine fétide:

« Mais on ne te veut aucun mal. On veut juste t’inviter à aller boire un verre… »

La jeune fille détourna la tête et dit, tout bas :

« Non… Je… Laissez-moi… Je veux rentrer.

- Oui, oui, tu rentreras, répondit le premier homme. Quand on se sera bien amusé avec toi, d’accord ? »

La jeune fille fit mine de s’échapper, alors le second homme, bien plus fort, la rattrapa et la plaqua contre lui pour l’emmener dans une petite ruelle. L’autre, en profita pour lui mettre un couteau sur la gorge. Il lui dit, entre ses dents :

« Continue comme ça, et tu ne pourras pas rentrer chez toi. »

La jeune fille s’était mise à pleurer, en silence. Plus aucun son ne semblait vouloir franchir ses lèvres, pourtant, tout son être criait à l’aide. Elle sentit les mains de l’homme sur la peau de ses jambes et voulut se débattre, mais il la menaça de nouveau avec son arme. Les larmes lui brouillèrent bientôt la vue, c’est pourquoi elle ne comprit pas ce qu’il se passait quand elle ne sentit plus les mains de l’homme sur sa peau, ni celles de celui qui la retenait. Elle essuya rapidement ses yeux et la vit.

Elle lui tournait le dos. Vêtue uniquement de noir de la tête aux pieds, si bien que l’on ne pouvait savoir de qui il s’agissait vraiment. Une voix dure lui dit :

« Ferme les yeux. »

L’Ombre.

Elle obéit. Elle ne put ensuite qu’imaginer à quoi correspondaient les bruits du métal qui s’entrechoque, la chair déchirée, puis les corps tombant au sol. Elle sentit ensuite une main gantée se poser sur son épaule et sursauta de terreur. Elle ouvrit les yeux et la vit, penchée sur elle. L’Ombre lui faisait face, lui cachant à peine les corps de ses agresseurs derrière elle.

« Rentre chez toi, lui dit-elle. Je m’occupe du reste. »

Elle aurait voulu le remercier, mais son sauveur lui tourna le dos et attendit qu’elle s’en aille. Lorsqu’il l’entendit s’éloigner, il se pencha sur le corps du premier homme. De tels hommes n’auraient pas le droit à une sépulture.

ooOOoo

Rain monta lentement les marches menant à sa chambre. Exténué, les membres endoloris d’avoir passé la nuit dehors, il n’était pourtant pas pressé d’arriver. Depuis deux jours, son lit était pris, et même Kimi avait déserté les lieux, rebutée par l’étranger que Rain lui avait imposé. La pièce dans laquelle il entra donc était encore plus froide et inaccueillante que jamais, et même si Rain avait pris l’habitude d’être seul, il se sentait mal à l’aise. Il alluma le seul cierge disposé près de son lit, éclairant le visage pâle d’Iwan dont la lente respiration faisait se soulever la couverture en laine dont l’avait recouvert Rain. L’Ombre s’approcha du lit, et posa sa main sur le front d’Iwan qui ne réagit pas. Sa température semblait avoir baissée, ce qui était bon signe. Rain retira sa cape avec délicatesse et la posa sur le dossier de la seule chaise de la pièce. Il jeta un dernier regard au malade, puis il se dirigea vers un coffre en bois dont il sortit une petite boite noire. Chaque mouvement lui coûtait une grimace de douleur, et il pouvait sentir le sang couler le long de son dos. Un pauvre échange par rapport au sang que lui-même avait fait couler cette nuit…

Prenant un pantalon en lin propre ainsi qu’une serviette, il alla ensuite se préparer un bain, sans oublier  d’emporter sa boite noire. Il fit couler de l’eau chaude, grâce à un système que les ingénieurs de Keith avait inventé – grand progrès et grande merveille – et qui lui épargnait la désagréable tâche de descendre aux cuisines pour aller chercher un seau d’eau chaude, et ainsi, de se montrer à des gens qui ne devaient pas connaître son existence. Il ouvrit sa boîte, et versa de la poudre de Mérakine dans l’eau qui frémit avant de prendre la teinte attendue. Avec le plus grand soin, il retira sa chemise en serrant les dents, puis son pantalon. Roar avait continué le tatouage dans son dos, mais il s’était arrêté au bout d’une vingtaine de minutes, contrairement à ce qu’exigeait Rain. Il avait encore du mal à accepter la demande de l’Ombre, même s’il en devinait les raisons…

Avec un frisson, Rain pénétra dans l’eau et s’allongea dans la baignoire. Comme toujours, les picotements désagréables indiquant la cicatrisation laissèrent place à une chaleur agréable, presque une caresse qui parcourut entièrement le corps endolori de Rain. Il ferma les yeux, puis posa la tête sur le rebord de la baignoire. Alors, le visage des deux violeurs lui revint en mémoire : l’incompréhension, la peur, la mort se reflétant dans leurs yeux… Puis les visages de chaque homme ayant connu sa lame ressurgirent dans son esprit, dans une torture pire que celle que lui infligeait Roar avec son aiguille. Mais depuis toutes ces années, Rain avait appris qu’il ne devait pas lutter contre. Cette punition, il la méritait, comme le tueur qu’il était. Exténué, il finit par s’endormir, ses visions l’entrainant dans des cauchemars quotidiens, mais auxquels il ne s’habituerait jamais.

Dans l’autre pièce, avec un hoquet semblable à celui que pousserait un homme à qui on venait de rendre le souffle, Iwan ouvrit les yeux. Il reprit sa respiration lentement pour retrouver son calme, et regarda tout autour de lui en essayant de reconnaître les lieux. Les chaînes ne le retenaient plus, les barreaux ne l’enfermaient plus… Mais l’endroit dans lequel il se trouvait ne lui en était pas moins hostile. Pas de fenêtre, juste deux portes, dont l’une était ouverte sur une pièce dont provenait une faible lumière. Il repoussa les draps trempés qui le recouvraient et posa les pieds à terre. Quelqu’un l’avait vêtu d’un pantalon ample, ainsi que d’un haut déchiré. Iwan essaya de se rappeler ce qu’il s’était passé, et pourquoi il était là. Il lui fallut quelques minutes de réflexion pour se souvenir de l’homme qui était entré dans sa cellule. En revanche, il se souvenait parfaitement de ce qui était arrivé avant sa venue, et son visage se figea. Il regarda ses bras, son ventre, mais à part de fines cicatrices, il n’y avait plus rien. Il se souvint alors de ce que son libérateur lui avait dit avant de s’endormir. Il l’avait soigné.

Iwan se hissa hors du lit, et sans faire de bruit, il s’approcha de la porte entrebâillée. Il le vit alors pour la première fois, le visage de l’homme qui l’avait transporté jusqu’ici. Beaucoup de choses lui revinrent alors en mémoire : un autre visage, un papier signé, des lieux où il s’était rendu… Tout son passé ressurgit. Tout ce qui l’avait amené ici… Il sentit quelque chose gronder en lui, une chaleur monter le long de son corps. Il ferma les yeux et inspira profondément, essayant de rendormir ce qui ne devait pas s’éveiller maintenant. Après toutes ces années à s’être entraîné, il y arriva facilement. Desserrant les poings, il remarqua que ses paumes étaient marquées par ses ongles qui s’étaient enfoncés dans la chair sans qu’il s’en aperçoive. Il passa ses doigts sur les marques, puis laissa retomber ses bras. Il reporta ensuite son regard sur l’homme dans la baignoire et comprit qu’il dormait. Lui, aurait dû retourner dans l’unique lit de la pièce, et attendre que l’inconnu se réveille, mais poussé par la curiosité, il pénétra dans la pièce et s’approcha silencieusement de la baignoire. Il détailla le visage de cet homme endormi, ses traits fins, sa respiration rapide, ses sourcils froncés… Son regard descendit le long de son cou et de son torse généreusement offerts, puis il se demanda ce que pouvait bien être cette eau noire qui remplissait la baignoire de marbre.

Il voulut y tremper un doigt, mais c’est alors que Rain ouvrit les yeux dans un cri. Ce qui suivit ensuite ce fit en une fraction de seconde : Rain, paniqué mais avec des gestes sûrs, se retrouva dans le dos d’Iwan, l’une de ses mains sur sa gorge, l’autre lui retenant l’un des bras. Sa respiration était hachée, ses yeux regardaient de partout, et lorsqu’il prit conscience de l’endroit où il se trouvait, il relâcha un peu sa prise sur Iwan qui ne bougea pas. Ils ne dirent rien pendant quelques secondes, puis Rain recula d’un pas. Iwan se tourna donc vers lui, le regarda des pieds à la tête, et dit :

« J’ai bien cru que vous alliez me reprendre la vie que vous aviez sauvé… »

Rain le jaugea un instant, et Iwan eut l’impression que ce n’était pas Rain qui se trouvait dans le plus simple appareil, mais bien lui. L’Ombre s’empara de sa serviette et la mit autour de ses hanches. Il ne vit pas le regard appréciateur d’Iwan dans son dos, mais le sentit le suivre jusque dans la pièce principale. Le jeune homme le regarda aller vers la table pour s’emparer d’une montre à gousset, et en profita pour s’asseoir sur le lit. Une drôle de sensation l’envahit, et ce n’est que lorsque son ventre se mit à réclamer qu’il comprit qu’il avait faim. L’autre homme lui jeta un regard inexpressif, et se désintéressa de lui. Il mit la montre aux creux de ses deux mains et murmura des mots inaudibles avant qu’elle ne s’ouvre et laisse place à une colonne de lumière dorée. Rain dit alors :

« Il est réveillé. »

Le ventre d’Iwan se mit à retentir de nouveau. Rain soupira :

« Et il a faim. »

ooOOoo

Le marché était plein à craquer : marchands qui essayaient de crier plus fort que leur concurrent pour attirer les passants, clients composés d’esclaves venus acheter ce qu’il fallait pour le repas de leurs maîtres, ou simples femmes accompagnées parfois de leurs enfants… D’autres fois, des soldats traversaient la place, et bien qu’elle fût à peu près sûre qu’ils ne la reconnaîtraient pas, elle se cachait derrière son châle ou détournait le regard pour ne pas attirer le leur. Après tout, la reine n’avait aucune raison de se trouver là, au milieu du peuple. Pourtant, c’était un petit plaisir qu’elle s’octroyait dès qu’elle en avait le temps. Elle enfilait une vieille robe empruntée à l’une des servantes qui l’escortait, passait un châle sur sa tête pour cacher ses cheveux noirs, trop soyeux pour être ceux d’une villageoise, puis prenait un panier en osier qui ne lui servait pas à grand-chose, vu qu’elle n’achetait jamais rien lors de ses balades. La servante qui la suivait, était une femme en qui elle avait le plus confiance, et qui, dans certaines situations, pouvait se montrer très utile. Peu de femmes maniaient aussi bien le couteau qu’elle…

Elles avançaient toutes deux au milieu des passants, jouant parfois des coudes pour se frayer un passage à travers la foule amassée. Mizu adorait ces balades, d’une, parce qu’elle n’avait plus l’impression d’avoir de lourdes charges sur les épaules : elle pouvait être comme n’importe qui. De deux, parce que, dans ces moments-là, les voix dans sa tête se faisaient beaucoup plus discrètes, comme respectant son intimité et son plaisir. Elle s’arrêta devant l’étal d’un fleuriste, composé de dizaines de couleurs différentes, et dont les senteurs venaient vous chatouiller les narines. Le marchand, un homme chauve au regard vert et pénétrant, lui fit un sourire éclatant en l’abordant :

« Belle demoiselle, que puis-je pour vous ? »

Mizu sentit sa servante se placer derrière elle, prête à agir, mais ne sentant aucune menace, Mizu haussa les épaules à l’intention du marchand :

« Je me suis arrêtée, fascinée par tant de beauté. Mais je ne pensais pas vraiment…

- Laissez-moi choisir pour vous. »

Le marchand l’empêcha de dire un seul mot. Il s’approcha d’elle, la regarda dans les yeux pendant quelques secondes, puis lui dit, presque en murmurant :

« Je sais ce qu’il vous faut aujourd’hui… »

Il alla derrière son étal et en revint avec un arum blanc qu’il tendit à Mizu. Celle-ci hésitait à le prendre :

« Je ne…

- Prenez. C’est un cadeau. L’arum est la fleur qui vous parle le mieux. »

Mizu ne comprit pas ces paroles énigmatiques, mais elle accepta le présent avec une infinie gratitude. Le marchand, lui, la remercia pour son sourire, et elle partit en riant. Elle porta la fleur à son nez, puis elle demanda à sa servante :

« As-tu compris ce qu’il voulait dire ?

- En quelque sorte… Chaque fleur a une signification. Un langage. L’arum, si je ne me trompe pas, veut dire « écoutez votre âme ». Mais je peux me tromper. »

Mizu hocha la tête. Elle tenait toujours l’arum dans ses mains, et médita les paroles de sa servante. Cela lui rappelait invariablement les voix qu’elle entendait, et cela ne lui plaisait pas vraiment. Elle jeta un regard derrière elle, mais le marchand était désormais occupé avec d’autres clients. Elles continuèrent à avancer, gagnant ainsi le cœur du marché. Mais soudain, une voix d’homme forte retentit, et comme beaucoup de gens, elles s’arrêtèrent pour voir ce qu’il se passait. Un homme, grand et fort, était aux prises avec trois gardes royaux et criait :

« L’Ombre a sauvé ma fille je vous dis ! Ce n’est pas moi qui aie tué ces hommes ! »

L’un de ses soldats l’attrapa par le bras :

« Des hommes disent avoir vu votre fille partir avec eux, et qu’ensuite, un homme les a rejoint avant que votre fille ne s’échappe. Nous devons donc vous emmener avec nous.

- Mais je n’y suis pour rien ! L’Ombre a…

- L’Ombre n’est qu’une légende, monsieur.

- Non ! hurla l’homme. C’est un sauveur. Sans lui, ma fille ne serait jamais rentrée et… »

Il ne put continuer, arrêté par le coup de poing de l’un des soldats qui fit signe à ses hommes d’emmener leur prisonnier. Mizu regardait la scène sans mot dire. Elle aurait voulu aider cet homme, mais elle n’en avait, à l’instant même, pas le pouvoir. Elle entendit une femme dire à une amie, derrière elle :

« Pauvre Ghen… Sa fille a failli se faire violer la nuit dernière, mais l’Ombre l’a sauvée et a pendu les hommes à l’entrée de la ville… Mais puisque personne ne croit à cette légende, et encore moins aux dires d’un pauvre marchand, il risque d’être pendu pour leur mort… »

Mizu aurait voulu se retourner pour poser des questions à cette femme, mais elle fut soudain envahie par les voix dans sa tête. Deux voix qui lui murmuraient les mêmes mots :

« Trouve-le… Ton seul allié face à tant d’ennemis… »

Mizu secoua la tête et sa vue se troubla. Un visage s’imposa à elle, un visage qu’elle avait l’impression de reconnaître, sans pour autant arriver à lui donner un nom. Elle sentit une main sur son épaule, qui la fit revenir à elle. Sa servante la regardait d’un air inquiet.

« Je vais bien, lui dit-elle. C’était juste… »

Elle soupira.

« Rentrons si tu veux bien. Je suis fatiguée. »

Elle prit le bras que lui offrait sa servante, et toutes deux reprirent le chemin du palais. Mizu serrait fort l’arum dans sa main.

ooOOoo

Keith avait fait monter un plateau rempli de viande, légumes, fruits, fromage et pain dans son bureau, et même si cela avait pu paraître étrange aux yeux des cuisiniers – il n’était après tout, que neuf heures du matin – ceux-ci ne pouvaient se douter de la raison d’une telle demande. Assis devant la table et se délectant de tous ces mets, Iwan ne se préoccupait pas du regard que les deux hommes portaient sur lui. Une faim d’ogre le tiraillait, ce qui était normal après tout ce temps passé dans sa cellule et sa dure convalescence. De plus, l’homme dénommé Rain lui avait dit que, dans les jours à venir, il allait ressentir une grande fatigue, due au médicament qu’il lui avait donné, et que pour affronter cela, il devait prendre des forces. Alors pourquoi se priver ?

Iwan s’empara d’une cuisse de poulet braisé et d’un verre de vin rouge, et avala les deux goulûment, pendant que le Roi et Rain discutaient tout en lui jetant quelques regards furtifs. Il n’avait eu aucun mal à reconnaître le monarque, en revanche, il se demandait bien qui pouvait être cet homme au regard triste et froid qui parlait à Keith presque comme à son égal. Lorsqu’il avait essayé de lui poser des questions, Rain l’avait simplement regardé mais n’avait jamais répondu, l’ignorant royalement. Cela avait énervé Iwan, mais il avait pris sur lui-même, n’ayant pas envie de se retrouver avec un couteau sous la gorge, tel le poignard que Rain avait glissé ostensiblement dans sa botte avant de venir ici, comme pour le prévenir de se tenir tranquille.

Alors qu’Iwan allait attaquer le fromage, il s’adressa aux deux autres hommes :

« Je peux savoir ce que je fiche ici ? »

Ils le regardèrent, Keith haussant un sourcil d’étonnement.

« Ce n’est pas que je ne sois pas reconnaissant, reprit Iwan. Mais je ne pense pas que vous m’ayez fait sortir de prison par pure gentillesse… »

Alors que Rain prenait place dans un fauteuil près de sa table, Keith s’approcha de lui, croisa les bras sur son torse, et dit :

« Non, c’est vrai. Je t’ai fait sortir de là-bas, car j’aimerais te… recruter. »

Iwan reposa son fromage et essuya ses doigts sur une serviette. Il jeta un coup d’œil à Rain qui, désormais, affichait une certaine contrariété. Le jeune homme fixa ensuite le Roi et demanda, innocemment :

« Sa majesté a-t-elle besoin que je vole quelque chose pour elle ? Car c’est la seule chose pour laquelle je sois doué… »

Les traits de Keith s’agrandirent en un immense sourire éclatant.

« Tu sais tout comme moi que ce n’est la seule chose pour laquelle tu es doué… »

Iwan se redressa sur sa chaise :

« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler…

- Moi je crois bien que si, au contraire… C’est la raison même pour laquelle tu t’es retrouvé en prison. Et qui fait de toi un homme intéressant à avoir sous ses ordres.

- Je ne suis sous les ordres de personne !

- Ah bon ? Mais que feras-tu d’autre, alors ? Tu vas retourner dans la rue, te remettre à voler, à…tuer ? Vu là où ça t’a mené, je ne suis pas sûr que cela soit la bonne décision à prendre. Pas quand on sait que des tas de gens te recherchent, et pas parce qu’ils sont inquiets pour toi… »

Iwan s’enfonça dans son fauteuil, son regard ne quittant pas celui, moqueur, de Keith.

« Qu’est-ce que vous voulez exactement ?

- Te fournir un toit, un repas, un salaire… Tout ça, en échange d’un travail.

- Quel type de travail ?

- Rien de bien différent de ce que tu faisais avant… Mais un travail un peu plus… Comment dire… Soigné. Minutieux.

- Respectueux, ajouta Rain.

- Un travail d’espion, en somme. D’assassin, selon les cas, termina Keith.

- Et si je me retourne contre vous ? »

Keith décroisa les bras pour poser ses mains près de l’assiette presque vide d’Iwan.

« Rain va te former. Et je peux t’assurer qu’après ça, tu n’oseras jamais te retourner contre moi, de peur de te retrouver face à lui… »
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Cela faisait un moment que je n'avais pas posté de chapitre de cette histoire, j'espère que vous aurez aimé. Le chapitre de Tel est pris... arrivera dans une semaine environ, le temps que je le corrige et fasse quelques ajustements pour que ce ne soit pas trop catastrophique. J'espère que vous serez au rendez-vous^^
Bisous à tous et toutes et à bientôt !

Par Naishou - Publié dans : L'Ombre
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