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faut pas avoir le vertige....

Vendredi 14 août 2009



Chapitre 5

L’énorme puits paraissait s’enfoncer dans les ténèbres que même la torche qu’il portait ne pouvait dissiper. La flamme vacillante éclairait à peine les marches qui le conduisaient vers le fond imperceptible qu’il essayait d’atteindre. Pourtant, il avait l’habitude de venir ici, mais chaque fois, les lieux lui paraissaient différents, comme dotés d’une vie propre, cherchant à faire chuter les visiteurs non désirés. Car oui, ces lieux inspiraient la peur de tout un chacun : l’inconnu, l’obscurité et ses démons. Et même l’un des hauts Juges ne pouvait y être insensible, surtout lorsque ce Juge savait ce qui avait autrefois lieu dans ce tunnel… Mais il ne devait pas montrer sa peur.

Soudain, les marches disparurent et la lumière de sa torche éclaira un sol pavé sur lequel débouchaient les escaliers. Son cœur reprit alors un rythme plus lent. Il savait que sur sa droite se trouvait un couloir au plafond bas, et qu’au bout de ce couloir se trouvait sa destination finale. Avant toute chose, il devait trouver le couloir. Il brandit alors sa torche vers la droite, et l’habitude aidant, il le trouva rapidement. Ce n’est qu’après cinq minutes de marche qu’il aperçut enfin de la lumière. Un simple point au départ qui bientôt, lui permit de ne plus avoir besoin de brandir sa torche. Il pénétra dans une salle qui avait été rénovée un demi-siècle plus tôt, et dont le plafond était si élevé qu’on ne pouvait pas le distinguer. Même la clarté apportée par les flambeaux muraux ne portait pas aussi haut. Il fut accueilli par un homme au torse nu et aux muscles saillants, qui lui prit sa torche avant de reculer contre le mur pour rejoindre d’autres hommes à la ressemblance frappante. Sans le remercier, le Juge prit place autour d’une table ronde en bois sombre, s’asseyant dans l’une des sept hautes chaises afin de faire face à ses cinq compagnons. Tous, attendaient qu’il parle, lui, la Parole des Juges, élue par ces derniers.

« Veuillez m’excuser de ce retard. Mais quitter le Palais devient de plus en plus dur, encore plus pour nous. »

La plupart des autres Juges acquiescèrent. Peu importe ce que disait leur Roi, ce dernier prenait de plus en plus de pouvoir au sein du royaume, et encore plus dans l’enseigne du Palais, effaçant chaque jour un peu de l’emprise du conseil des Juges sur le corps militaire et sur les nobles. Et pour cela, Keith avait tous les atouts à sa disposition : charisme, volonté,… Et c’était un fier et fort combattant, à l’écoute de ses sujets, de ses soldats, et qui les comprenait. Désormais, les Juges avaient très peu d’hommes en qui ils pouvaient avoir une entière confiance. Et cette perte progressive de pouvoir était l’une des raisons de ce rassemblement.

« Nous nous doutions que Keith chercherait à renverser notre ordre par tous les moyens, reprit le Juge Guillot. Nous sommes les seuls qui lui résistent encore réellement : les généraux suivent ses ordres, et aucun d’eux n’acceptent désormais de remplir une mission confiée par le Conseil si elle n’a pas reçu l’accord du Roi et son sceau. Or Keith utilise à outrance son droit de s’opposer à nos décisions.

- Autrefois, le Conseil possédait son propre sceau et n’avait pas besoin de l’aval du Roi, intervint le Juge le plus proche de Guillot. Keith nous a d’abord retiré notre ascendant sur les forces militaires en prétendant que les conflits avec les royaumes voisins dans lesquels nous sommes enlisés aujourd’hui ont été causés par nos décisions passées, alors même que lui n’était encore qu’un enfant ! Il se sert aussi du peuple pour contrer les lois que nous proposons, décidant de lui-même ce qui lui parait plus juste pour chacun, noble ou simple paysan ! »

Le Juge frappa la table de son énorme poing, la faisant vibrer d’un bout à l’autre. Autrefois, le Juge Kaliss avait été l’un des généraux les plus populaires et respectés de l’armée du Roi, qui était alors le père de Keith. Son physique avait même inspiré de la peur à ses propres soldats et à leurs adversaires qu’il dominait de ses deux mètres. Sa peau noire lui avait d’ailleurs souvent valu le surnom de démon… Il lui était donc encore plus dur de voir que le Roi actuel était encore bien plus respecté que lui par les soldats…

« Les seuls à avoir conservé leurs pouvoirs intacts sont les tribunaux. Malheureusement pour nous, notre influence sur eux n’est pas comparable à celle que nous avions il y a dix ans… D’un autre côté, ils se montrent encore assez neutres car même Keith ne peut aller contre leurs décisions. Et en cela, nous avons un avantage. Faible, certes, mais un avantage tout de même. »

Le Juge Guillot, la Parole du Conseil, sourit en prononçant ces derniers mots. Ils avaient encore des hommes de leur côté.

« Mais nous savons que cela ne suffira pas. »

Tous, se tournèrent vers le Juge qui venait de prendre la parole. Ce dernier avait la tête penchée sur le côté, soutenue par sa main droite dont le bras reposait sur l’accoudoir de sa chaise, nonchalant. Ses cheveux avaient toujours cette couleur chocolat si chatoyante et ses yeux noisettes toujours aussi vifs, bien que le Juge soit presque âgé de soixante ans. Un âge que venaient démentir sa force et son allure. Il se redressa.

« Ce n’est qu’une question de temps avant que le Roi ne prenne le contrôle des tribunaux. Il sait comment toucher le cœur des gens. Des gens faibles. Et quand il n’y arrive pas, il sait user d’autres moyens pour parvenir à ses fins. Il suffit pour cela de mentionner le cas du Duc de Lorn.

- La maîtresse du Duc a été condamnée à la peine de mort pour cet assassinat, précisa le plus jeune des Juges, Maître Hulis.

- Ce qui arrange bien les affaires de Keith…dit Guillot. Une innocente de plus sur l’échafaud pour nourrir ses desseins. »

Le silence se fit autour de la table, chacun méditant les paroles du Juge Guillot. Tous, se doutaient plus ou moins du but réel de cette réunion, mais ils attendaient que cela soit énoncé, clairement. Que la bonne personne prononce les mots attendus. Guillot les regarda tour à tour, et à part le plus jeune des Juges, tous supportèrent son regard. Il s’arrêta plus longuement sur le Juge Buko, dont le visage était aussi figé que celui d’une statue. Buko s’appuya contre le dossier de sa chaise dans une position plus confortable, tout en faisant tourner sa chevalière en or blanc autour de son annulaire. Le Juge Guillot se détourna alors de lui :

« Nous devons reprendre le pouvoir. »

Cette phrase tomba comme une sentence et le silence se fit plus pesant, vous prenant à la gorge.

« Qu’en est-il du plan que nous avons mis en place ? demanda le Juge Kaliss.

- Lorsque nous avons mis ce plan en route, nous savions qu’il comportait une faille. De taille. Il s’agissait du temps nécessaire à son exécution. Aujourd’hui, presque deux ans après, il faut nous rendre à l’évidence que ce ne sera pas suffisant. Et Keith n’a pas l’air… d’humeur à vouloir nous satisfaire.

- Je me charge de cela, dit le Juge Buko. Mais mettre en place un autre plan serait une garantie pour nous.

- Oui, dit Guillot. Après mûre réflexion, une idée… m’est venue. Cela nous permettrait de plus de faire d’une pierre deux coups. Nous débarrasser de Keith… et de son homme de main. »

Guillot expliqua alors, avec un calme désarmant, comment ils allaient s’y prendre pour tuer leur Roi…

ooOOoo

Rain soupira. Il était désormais sûr d’une chose : l’apprentissage d’Iwan allait prendre du temps. Beaucoup de temps.

Iwan enchaînait les coups face à Rain qui le corrigeait dès la moindre erreur : trop rapide, trop lent, pas assez précis, pas assez de force… Iwan écoutait sans rien dire et obéissait, telle une marionnette entre les mains de Rain. Voilà deux heures qu’ils étaient isolés dans leur salle d’entraînement, et Iwan ne montrait que peu de progrès. Pourtant, Rain était persuadé qu’Iwan était de taille à effectuer facilement tout ce qu’il lui demandait. Il s’étonnait même du fait qu’il n’ait pas encore réussi à le toucher.

Iwan venait de finir l’un des enchaînements que lui avait appris Rain, alors il se remit en position, environ cinq mètres devant Rain qui lui dit :

« C’était plutôt correct. Mais maintenant, je voudrais que tu accélères ta vitesse. Ressens chacun de tes muscles, chacune de tes articulations. Respire calmement… »

Iwan respira profondément. Il était stressé, car plus il combattait, plus il se sentait faiblir. Et il ne devait pas faiblir. Il devait garder le contrôle de lui-même. Pour l’instant. Il commença par se détendre, puis, quand sa respiration devint plus calme, il tendit ses bras devant lui. Chaque geste, chaque coup, devait lui donner l’impression de couper le vent en deux, comme le lui avait enseigné Rain. Se sentant porté par une force nouvelle, Iwan pris plus de vitesse. Désormais, chaque coup devait être mortel. Toujours les yeux fermés, il avançait, et lorsqu’il eut fini son attaque, le bras tendu en avant, il ne se trouvait qu’à quelques centimètres du visage de Rain. Ce dernier n’avait pas bougé, si ce n’est qu’il souriait…

« C’était beaucoup mieux. »

Il attrapa le bras d’Iwan et le fit basculer sur le dos en un rien de temps. Il l’empêcha de bouger en lui maintenant le bras, et Iwan savait que si il essayait de se dégager, Rain lui déboiterait l’épaule, si ce n’est pire... Penché au-dessus d’Iwan qui était plus que surpris, son maître ajouta :

« Mais ce n’est pas suffisant. »

Iwan se mordit les lèvres pour essayer de ne pas protester. Voilà une semaine qu’ils accumulaient les exercices sans prendre le moindre repos, et il était fatigué. Il aurait aimé réclamer une pause, mais il était persuadé que cela lui serait refusé. Pourtant, il en avait grandement besoin. Il soupira et redressa la tête pour se relever. Alors il aperçut la main tendue vers lui. Rain le fixait sans ciller, sans aucune émotion lisible sur le visage. Iwan attrapa sa main et se redressa. Il le remercia dans un murmure.

« Remets-toi en position. Cette fois, je serai ton adversaire. »

Iwan passa une main dans sa nuque. Non, là, c’était trop.

« On ne peut pas s’arrêter un moment ? demanda-t-il.

- Peut-être si tu arrives à me battre…

- Pourquoi êtes-vous si pressé ? Vous croyez que c’est en me tuant à la tâche que vous obtiendrez des résultats de moi ?

- Nous n’avons pas le choix. Il faut que tu sois prêt dans trois semaines. »

Iwan fronça les sourcils. Rain croisa les bras sur son torse et lui expliqua :

« Dans trois semaines Keith fêtera son anniversaire, et tous les nobles du royaume, ainsi que ses voisins alliés, seront invités. Mais l’on se doute bien que cette fête sera aussi une occasion pour ses ennemis d’essayer de frapper. Or, moi, je ne pourrai pas me trouver aux côtés de Keith. Il faut donc que l’on trouve quelqu’un pour me remplacer. Et ce quelqu’un, c’est toi. Du moins, si tu te montres assez digne de confiance. Je ne serai jamais loin, et au moindre geste suspect durant les festivités, sache que j’interviendrai.

- Dans ce cas-là, pourquoi ne pas  remplir cette mission vous-même ?

- Je te l’ai dit, je ne peux pas. Et je commence à me demander si un incapable comme toi pourra y arriver… tu es bien loin de faire l’affaire. »

Iwan serra les dents. Il était là pour apprendre, pas pour se faire rabaisser par cet homme. Au fond de lui, quelque chose se mit à gronder. La fatigue aidant, sa colère commençait à se déchaîner sans qu’il puisse totalement la contrôler. Plus rapide qu’avant, il se jeta sur Rain. Ce dernier esquiva facilement les premiers coups, mais, fatigué lui aussi, il dut ensuite puiser dans la magie pour arriver à suivre les gestes d’Iwan. Ce dernier avait les yeux injectés de sang, et son visage faisait penser à celui d’un félin montrant les crocs. Ses gestes étaient beaucoup plus précis, plus puissants. Cette fois, il ne jouait plus. Rain sourit, satisfait du résultat obtenu. La fatigue, ajoutée aux critiques de Rain, avaient poussé iwan dans ses retranchements. Rain ralentit. Iwan lui donna un coup de pied dans l’estomac, puis le fit tomber en arrière avant de s’asseoir sur lui pour l’empêcher de bouger. Alors qu’il allait le frapper au visage, la voix de Rain retentit :

« Stop. »

Il n’avait pas crié, mais l’ordre était sans appel. Sa voix, avait d’un seul mot instillé de l’effroi chez Iwan et tout son corps le ressentit. Le jeune homme ne pouvait plus bouger, tétanisé, comme si cet ordre avait figé ses mouvements. Rain toucha son poing, et Iwan compris qu’il était enfin capable de reprendre le contrôle de son corps. Mais il se sentit soudain las, beaucoup plus qu’auparavant. Avec difficulté, il se rendit compte de ce qui s’était passé. De ce qu’il avait fait. Il se laissa choir sur le côté, recroquevillé sur lui-même, laissant ainsi à Rain la possibilité de se redresser. Assis l’un à côté de l’autre, chacun reprenait ses esprits. Iwan se cacha le visage des mains alors que Rain l’observait en soupirant. Même lui, n’était pas fier de ce qu’il venait de faire.

En mêlant la magie à sa voix, il avait découvert qu’il pouvait obtenir ce qu’il voulait des gens rien qu’avec des mots. L’ordre ainsi donné, s’inscrivait dans l’esprit de la personne visée, devenant sa seule pensée, sa seule raison d’être. Obéir à cet ordre devenait vital. À moins que Rain ne rompe l’ordre par le toucher, en propageant une onde de magie dans le corps de la victime. Voilà ce qu’il s’était passé avec Iwan.

Ce dernier ne bougeait plus, trop concentré sur lui-même pour apaiser sa colère. Il ne comprenait rien à ce qu’il lui était arrivé, à ce que Rain lui avait fait, et pour l’instant, cela lui importait peu. Pour l’instant, il devait reprendre le contrôle. Rain le regarda et se passa une main  dans les cheveux, ne sachant pas vraiment ce qu’il devait faire. Mais finalement, quand il vit que l’état d’Iwan ne s’améliorait pas, il lui dit :

« Je suis désolé de t’avoir arrêté ainsi. Mais vu l’état dans lequel tu étais, c’était le seul moyen. »

Il fit une pause. Oui, il savait ce qui n’allait pas chez Iwan. Il ne le savait que trop bien. Et maintenant, il comprenait.

« Je sais ce qui te tourmente… et je peux t’aider. Si tu me laisses faire. »

Iwan leva les yeux vers lui. Et pour la première fois, Rain le vit tel qu’il était vraiment : fragile.

ooOOoo

Elle n’en pouvait plus. La chaleur était suffocante et plusieurs fois Mizu avait eu l’impression qu’elle allait s’évanouir sous son châle. Les affaires de vols, de meurtres, de viols, s’étaient succédées depuis des heures et elle avait du mal à tenir en place. Sur sa droite, Mel, sa fidèle servante et garde-du-corps, semblait elle aussi mal assise sur le banc en bois. Installées au troisième rang, au beau milieu du public, les deux jeunes femmes essayaient de passer inaperçues. Pour cela, elles avaient passé des vêtements grossiers, composés de robes en laine sur un chemisier râpé et d’un châle épais pour Mizu, qui lui tombait devant les yeux afin de ne pas dévoiler son visage à la foule. Seule Mel apercevait à de rares occasions le visage de la Reine. Cette dernière savait que venir au tribunal était risqué car il y avait plus de chance pour que quelqu’un la reconnaisse : juriste, garde, noble…

Elle regarda de nouveau autour d’elle, s’attendant toujours à ce que quelqu’un pointe un doigt dans sa direction. Mais toutes les personnes assemblées semblaient concentrées sur leur conversation entretenue avec leur voisin, ou bien attendaient, comme elle, que le procès reprenne. Elle jeta un coup d’œil par les fenêtres hautes qui prenaient tout un pan de mur, long de plus de trente mètres, et observa les nuages gris qui commençaient à s’amonceler au-dessus de la cité. Il pleuvrait dans très peu de temps.

Mel s’agita à côté d’elle. Elle triturait l’une de ses mèches brunes du bout des doigts, doigts si habiles à tenir une arme, et regardait fréquemment les gens qui s’étaient assis près de Mizu. Cette dernière était à la fois amusée par le comportement de son garde-du-corps… et rassurée. S’il devait arriver quoique ce soit, Mel serait prête à agir comme il se le devait.

Elle retint son souffle. L’affaire qui l’avait faite sortir du Palais allait toucher à sa fin, et même si elle en connaissait déjà le dénouement, elle gardait un faible espoir… Deux coups secs résonnèrent par-dessus le brouhaha du public, et l’on annonça l’entrée des trois juristes qui venaient de prendre leur décision. Lorsque les trois hommes, reconnaissables entre tous grâce à leurs longues robes rouges, eurent pris place dans leurs sièges, on ramena le marchand Ghen. Le pauvre homme tremblait de tous ses membres malgré sa stature d’ours. Il fut escorté par deux gardes jusque devant les trois juristes, derrière une barrière de bois à laquelle on lui accrocha la chaîne qui retenait ses poignets mais qui lui laissait assez de mou pour pouvoir bouger. L’un des juristes rappela les faits, faisant ainsi taire le public :

« Marchand Ghen, vous êtes aujourd’hui accusé du meurtre de Monsieur Jenber et Monsieur Liudi, retrouvés pendus à l’entrée de la cité. Pour ce crime, et au regard de sa gravité, le tribunal de sa Majesté vous condamne à la peine de mort. »

Des hurlements de douleur parvinrent des premiers rangs, là où se trouvait la fille aînée de Ghen et Mizu sentit son cœur se serrer. Elle n’écouta pas les dernières paroles du juriste et son regard se reporta sur le criminel, qui tête baissée, se laissa entraîner par ses deux gardes qui ne lui permirent même pas de s’approcher de sa fille une dernière fois. Les meurtriers avaient très peu de droit dans le royaume de Tarulia et Ghen passerait les deux semaines qui lui restait à vivre au fond d’une cellule sombre, avec pour seule compagnie les va-et-vient des gardes de la prison dites des lamentations, située au Nord de la cité. Pour un criminel, il s’agissait de la pire des punitions. Même la mort était plus douce, et beaucoup étaient ceux qui la réclamaient lors de leur séjour dans cette prison…

Deux coups puissants retentirent de nouveau, provoqués par l’un des juristes qui réclamait le calme. Beaucoup des gens de l’assemblée étaient des amis de Ghen, et tous, criaient leur mécontentement… leur colère. Le nom de l’Ombre surgit, et les cris reprirent de plus belle. Les gardes tentèrent d’intervenir, mais rien n’y fit. Les juristes sortirent, et ce fut au tour de la foule d’être mise dehors, à grands renforts de coups et d’insultes. Mizu soupira. De toute façon, elle ne pouvait rien faire pour aider le pauvre homme. Keith la tuerait si elle intervenait.

Mel posa une main sur son bras, signe qu’elles devaient partir. Mizu se leva donc à sa suite et elles s’engagèrent dans la queue poussée vers la sortie du tribunal. C’est alors qu’elle la vit. Une personne cachée sous une cape noire. Elle se tenait debout, près de la sortie, les bras croisés sur son torse, et s’engagea lentement entre les passants pour passer les grandes portes du bâtiment. Mizu reçut soudain comme une décharge électrique qui parcourut tout son corps.

Alors, elle sut.

Elle sut que le visage caché sous la cape noire était le même qu’elle avait vu en vision le jour où elle était allée se promener au marché. Elle sut qu’il s’agissait de l’homme qu’elle cherchait. De l’homme que les voix lui avaient demandé de trouver. Sans prendre attention aux appels que poussa Mel, ou aux reproches des gens qu’elle bouscula, Mizu se mit à courir pour rattraper celui qu’elle savait être l’Ombre. Elle réussit à dépasser la foule, mais, une fois sur la place devant le bâtiment renfermant les tribunaux, elle perdit l’Ombre de vue. Il avait disparut au milieu de la foule qui circulait de la place vers les rues adjacentes, une foule pressée de rentrer chez elle, menacée par la pluie qui commençait à tomber. Mizu regarda la place d’un air désolé, sans sentir les gouttes de pluie qui mouillait son visage à découvert. Elle l’avait perdu.

 Mel la rejoint, essoufflée. Et lui rabattit son châle sur les yeux d’un geste mêlant brusquerie et douceur.

« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle.

Mizu ne répondit pas. Elle n’en était pas sûre…
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Un mot très court pour vous dire que je ne risque pas de poster de nouveau avant la fin du mois, pour diverses raisons, dont l'une qui est que je vais avoir pas mal de travail dans les semaines à venir.
Je remercie les personnes qui continuent à passer par ici, vous souhaite de bonnes vacances si c'est le cas, et vous donne rendez-vous à la fin du mois, notamment pour la fin de Tel est pris^^

Par Naishou - Publié dans : L'Ombre
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Jeudi 6 août 2009




Tous les étudiants ou presque attendaient patiemment que les résultats soient affichés, et avec eux, le classement des cinq premiers élèves de chaque année pour le premier semestre. Andy, emmitouflé dans son manteau, sautillait sur place pour se réchauffer, Jesse ayant refusé de se coller à lui en public. Un peu plus loin, Lio, Erick, Mathis et Sabrina discutaient calmement, mais certains gestes qui n’échappaient pas à Andy prouvaient qu’ils étaient stressés. Un étudiant bouscula soudain Andy, et après de rapides excuses, il rejoignit un groupe d’étudiants qui avait réservé les premières places devant le panneau d’affichage, installé, bien entendu, à l’extérieur. Andy grogna et demanda à Jesse :

« Non mais franchement, tu veux bien me dire ce qu’on fout ici ?

- On attend les résultats, répondit Jesse, étonné par cette question.

- Mais on sait très bien qu’on va l’avoir ce fichu semestre. Et on sait aussi que tu seras deuxième, et moi premier.

- Je ne m’avancerai pas trop à ta place…

- Tu n’es pas à ma place. »

Andy fit un grand sourire à Jesse qui fit la moue. Andy pouvait dire ce qu’il voulait, son amant commençait à le connaître. Depuis qu’ils s’étaient levés, Andy était irascible et lorsque Jesse essayait de le lui faire comprendre ou avait essayé de plaisanter avec lui sur le fait qu’il était stressé, Andy se braquait automatiquement. Jesse ne préféra donc pas répondre à son amant de peur d’envenimer la situation, et se dit qu’une fois les résultats publiés, Andy serait plus ouvert et calme. Il ne lui restait plus qu’à attendre. Patiemment.

Il se sentit beaucoup mieux lorsqu’il vit venir le directeur Ryland en personne, papiers en main, un sourire brillant et peut-être un peu carnassier sur le visage. Tout serait bientôt fini. Comme la majorité des étudiants, Jesse s’avança, Andy dans son dos, vers le panneau d’affichage sur lequel, dans un silence de mort, Ryland suspendit ses feuilles. Certains étudiants eurent la patience d’attendre que le directeur se soit écarté, mais d’autres se précipitèrent vers les listes pour y trouver leur nom, tels des affamés. Du côté du petit groupe d’amis, en revanche, on venait de décider de n’envoyer qu’une personne. Erick, contre toute attente, se porta volontaire. Il passa à côté de Jesse qui attendait que la foule se disperse peu à peu, et se fraya à coups de poings et de coudes, un chemin vers la liste des étudiants de son année. Il resta de longues minutes, faisant augmenter le stress de ses amis, puis, les sourcils froncés, il fit demi-tour, étant cette fois-ci, celui qui recevait les coups des impatients. Il jeta un coup d’œil à Jesse et Andy qui le regardaient attentivement, mais il ne les vit pas vraiment. Le choc était trop violent.

Il fut accueilli par Lio qui dut le secouer pour le faire parler :

« Je… euh… Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Je ne comprends vraiment pas, » balbutia-t-il.

Lio fronça les sourcils, ne comprenant pas elle non plus les propos obscurs de son ami. Alors que Mathis restait en arrière, Sabrina vint à son secours, pâle comme une morte :

« Quoi Erick ? C’est si mauvais que ça ? »

Le jeune rouquin se tourna vers elle, puis son regard se porta un peu plus loin, sur Mathis :

« Lio est troisième, Sabrina, quatrième… Mais Mathis…Tu l’as fait exprès, pas vrai ? Pour que je puisse rester dans le classement. Tu as fait en sorte de me laisser la place…»

Sabrina se retourna brusquement vers Mathis alors que ce dernier répondait :

« Un peu. Oui. »

L’incompréhension put se lire sur le visage de Sabrina. Mathis, qui ne connaissait que trop bien sa petite-amie pour savoir qu’elle allait craquer, lui prit les mains et lui expliqua sa situation :

« C’est pas grave, ne t’en fais pas. Je n’ai pas besoin d’être dans le classement pour continuer mes études : mes parents ont les moyens de m’aider, et je ne suis pas pressé d’entrer dans un grand hôpital. Tu sais comment je suis, je préfère commencer petit pour aller vers le sommet… »

Sabrina soupira et s’apprêtait à dire quelque chose quand Erick la coupa :

« Merci Mathis.

- Ne me remercie pas. »

Il marqua une pause, fixa le sol, puis Lio :

« On devrait peut-être le leur dire, maintenant, non ? »

Lio prit une grande inspiration. Comme l’avait dit Jesse, tous formaient une famille et dans cette situation, ils devaient se faire confiance et ne rien se cacher. Alors Lio leur expliqua la situation, mettant bien en avant le fait qu’il était hors de questions qu’eux aussi s’impliquent dans son projet, et qu’elle avait déjà demandé l’aide de trop de personnes à son goût. Elle parla ensuite du rôle d’Andy, causant comme prévu de la surprise chez ses amis.

« Quand avez-vous prévu d’agir ? demanda Sabrina.

- Je vais m’en occuper pendant les vacances. J’attends d’avoir les documents nécessaires. »

Lio regarda vers le panneau d’affichage devant lequel Jesse et Andy attendaient toujours de pouvoir s’approcher sans être bousculés par d’autres étudiants. Elle remarqua alors qu’Andy la fixait. Elle n’arrivait toujours pas à croire que, désormais, tout dépendait de l’homme qu’elle détestait, et que c’était grâce à lui si son projet allait atteindre son but…

ooOOoo

« Tu es sûre que tu ne veux pas que j’y aille avec toi ? »

Assis à l’arrière de la voiture de Lio, Erick se faisait du souci pour son amie, qui, bien qu’affichant un air décidé, tremblait de tous ses membres.

« Non, Erick, c’est quelque chose que je dois faire seule. »

Sans prendre attention aux plaintes d’Erick, et au regard inquiet d’Antoine assis à la place du conducteur, Lio sortit un miroir de son sac à mains afin d’arranger son maquillage et sa coiffure. Un geste témoignant, pour qui le savait, de son anxiété. Alors qu’elle reposait tout dans son sac, Antoine lui attrapa une main et lui dit :

« Respire. Pense à tout ce qui va en ressortir de bon. »

Lio acquiesça. Au fond d’elle, elle était contente que son ami d’enfance soit là malgré ce qu’ils avaient prévu de faire à son père. Il la comprenait mieux que quiconque, car, plutôt que de lui dire que quelqu’un d’autre pouvait s’en charger à sa place, il l’encourageait, sachant que cela était important pour elle, et que jamais elle ne laisserait une autre personne s’en charger. Alors que la main d’Antoine ne la lâchait pas, elle se dit qu’au fond, c’était lui le plus courageux d’eux tous. Il savait que ce que faisait son père n’était pas juste, et il avait accepté de l’aider, elle, à le renverser. Son propre père ! Qui avait aujourd’hui le courage de s’opposer aux gens qui leur avaient donné la vie ? De plus, Antoine devait pour l’instant garder secrète la liaison de son père avec sa secrétaire… Si Lio avait été à sa place, elle aurait fait passer sa famille en premier et aurait couru chez sa mère pour tout lui avouer. Tout en pensant cela, Lio songea aux documents qu’Andy lui avait transmis de la part de sa mère. Même là, Antoine avait eu plus de courage qu’elle en remerciant Andy et sa mère d’avoir engagé un détective privé pour espionner Ryland père. Elle, elle avait catégoriquement refusé de se montrer redevable envers son colocataire. Savoir qu’elle n’aurait rien pu faire sans lui était déjà trop insupportable… alors le reconnaître officiellement était pire !

Mais le temps tournait, et Lio devait se hâter plutôt que de sombrer dans de désagréables pensées. Elle se dégagea de la main d’Antoine, mit ses lunettes de soleil et serra son sac à mains contenant les précieux documents qui allaient faire pencher la balance en sa faveur. Elle remercia ses amis pour leurs encouragements, puis sortit du véhicule qui attendrait qu’elle revienne. Elle s’engagea dans l’allée traversant la place centrale devant le bâtiment où se trouvait l’administration de l’université. Avant d’entrer dans le bâtiment, elle jeta un dernier regard vers le véhicule. Même si elle ne pouvait pas le voir, elle savait qu’Antoine la regardait et l’encourageait silencieusement, ce qui lui redonna un peu de force pour avancer. Tout en se promettant de lui rendre la pareille prochainement - et il était sûr qu’Antoine allait avoir besoin de soutien à l’avenir - elle pénétra dans la chaleur de l’établissement. Les lieux étaient presque vides et la jeune femme ne croisa que quelques professeurs et le personnel de la bibliothèque qui resterait ouverte pendant cette semaine de vacances. Elle rangea dans son sac ses lunettes de soleil qui l’avaient protégée d’un brillant soleil malgré l’hiver, et se dirigea d’un pas sûr vers le bureau du directeur Ryland. Elle se présenta à la secrétaire qui la fit patienter. Ryland était au téléphone et la recevrait après, il n’en avait pas pour longtemps.

Lio s’installa dans l’un des confortables fauteuils de velours vert qui longeaient le couloir, juste en face du bureau de la secrétaire personnelle de Ryland. Elle la fixait presque en souriant, la trouvant tout à fait différente de la femme qu’elle avait pu voir sur les photos transmises par Andy…

Lio se montra d’une patience exemplaire durant la demi-heure pendant laquelle elle dut attendre. Elle se doutait bien que Ryland devait avoir raccroché depuis un moment, mais il prenait sûrement beaucoup de plaisir à la faire poireauter. Il se présenta finalement, vêtu d’un costume gris anthracite tiré à quatre épingles, et l’accueillit avec un grand sourire si éclatant que Lio n’eut qu’une seule envie : l’effacer par n’importe quel moyen. Il la fit entrer, et l’invita à s’asseoir en face de lui pendant qu’il faisait lui-même le tour de son bureau pour prendre place. Il croisa ensuite ses doigts sur la surface brillante de son bureau sur lequel ne trainait aucun dossier, et dit, comme si cela lui tenait vraiment à cœur :

« Dis-moi tout, chère Lio : que se passe-t-il ? »

Lio regarda les ciseaux qui dépassaient du pot à crayons sur sa gauche. Oserait-elle ? Non, son but n’était pas de finir en prison…

« Je n’irai pas par quatre chemins, Monsieur Ryland. J’ai des documents à vous remettre. »

Lio sortit une enveloppe grand format de son sac à mains - comme quoi un grand sac fourre-tout pouvait bel et bien servir à autre chose qu’à y perdre ses clefs – et la tendit avec un sourire à son directeur. Ce dernier haussa un sourcil et n’obtint aucune réponse lorsqu’il demanda de quoi il s’agissait. Il ouvrit l’enveloppe et en sortit une dizaine de photos qu’il regarda de plus en plus vite, son visage marquant tour à tour de la surprise, de l’horreur, de la colère, alors qu’il se découvrait – ou plutôt se redécouvrait – auprès de sa secrétaires dans des situations pas toujours catholiques…

« Qu’est-ce que ça veut dire ? lâcha-t-il violemment.

- Que vous trompez votre femme, s’amusa Lio. Et que si vous ne faites pas ce que je dis, elle risque d’être au courant. Elle, ainsi que tout le corps enseignant, le conseil auquel vous siégez,… tout cela risquerait de nuire à votre réputation, non ? »

Ryland posa les photographies sur son bureau en un grand claquement. Il essaya tant bien que mal de reprendre son calme, mais Lio n’était pas du genre à croire que cela ne l’atteignait pas.

« Qu’est-ce que tu veux ? La première place au classement ? »

Lio se mit à rire, ce qui était loin de plaire à Ryland.

« Non, vous n’y êtes pas du tout… Ce que je veux, c’est que vous démissionniez. »

Il n’y eut plus aucun bruit dans la pièce, pourtant, Lio mourrait d’envie d’hurler sa joie : Ryland ne souriait plus.

« Il en est hors de question.

- Comme vous voulez. Mais vous serez bien obligé de partir lorsque tout le monde sera au courant de votre aventure. Vous savez à quel point l’infidélité est très mal vue au sein de notre société… moi, je voulais juste vous éviter un scandale. »

Lio referma son sac avec une mine peinée, comme si le scandale auquel Ryland allait se frotter la minait réellement. C’est d’une voix mielleuse qu’elle reprit :

« Je tiens à vous informer que vous avez jusqu’à demain pour me donner une réponse. D’ici là, sachez que j’ai fait plusieurs copies de ces photos et que certaines d’entre elles seront expédiées chez les personnes nécessaires à votre renvoi si vous décidez de ne pas démissionner. La balle est désormais dans votre camp, monsieur Ryland… »

Lio se leva alors que Ryland méditait ses paroles sans oser la regarder elle ou les photos étalées sur son bureau. Elle sortit du bureau, contente d’elle. Au final, l’entretien n’aura pas duré longtemps, mais elle ne se serait pas senti la force de rester une minute de plus. Le message était passé, c’était l’essentiel. Lorsqu’elle passa devant le bureau de la secrétaire, elle ne put s’empêcher de lui sourire de nouveau. Un sourire dans lequel résidait toute la moquerie dont elle était capable.

ooOOoo

« Tu aurais quand même pu m’en parler avant ! »

Tous les clients attablés autour d’Andy et de Jesse se retournèrent vers eux lorsque ce dernier haussa la voix. Son compagnon venait de lui expliquer ce qu’avait choisi de faire Lio et comment il l’avait aidée. Dernier au courant, Jesse était en colère. Bien qu’il fût fier de l’aide qu’Andy avait apporté à Lio malgré leur inimitié, il trouvait ce plan dangereux et pensait que tout pouvait se retourner contre son amant et sa meilleure amie. Contrairement à Andy qui était persuadé que Ryland n’oserait pas s’opposer à Lio vu les documents qu’elle possédait.

« Il ne peut rien révéler du chantage sans se compromettre. Tout le monde serait au courant de sa liaison et il ne le veut sûrement pas. »

Jesse sirota son soda tout en faisant la moue. Mais Andy lui prit la main, sans se soucier du regard des autres, et le rassura d’une voix douce en lui disant que tout se passerait bien. Jesse jeta un coup d’œil tout autour de leur table, gêné, mais les clients et le personnel du café ne faisaient plus attention à eux. Andy, agacé plus qu’amusé de son comportement, se hissa au-dessus de la table et l’embrassa. Il prit son temps, essayant même de passer les lèvres de Jesse grâce à de petits coups de langue, mais Jesse tint bon, bien que de telles caresses le firent se sentir un peu à l’étroit dans son pantalon. Lorsqu’Andy se rassit, Jesse était rouge tomate, persuadé que désormais, tout le monde les fixait intensément.

« Il faudra bien que t’y habitues. Sinon quoi : quand on va se revoir dans deux mois tu vas me fuir ? »

Jesse secoua violemment la tête de gauche à droite et dit, un peu penaud :

« Non… Mais je ne suis pas aussi à l’aise que toi. Tu… as plus d’expérience.

- Oui, ça je l’avais compris aux cris que tu pousses à chaque fois que je te prends. »

Malgré des paroles un peu… déplacées, Jesse rougit de plus belle au souvenir des cris qu’il poussait dans ces moments-là. Il aurait voulu ajouter quelque chose, mais le serveur leur apporta leur note et Andy sortit son portefeuille. L’argent.

« Mais si Ryland démissionne, il n’y aura plus d’extras au niveau de la bourse. Comment vont faire Sabrina et Erick ? s’inquiéta Jesse.

- Mathis a dit qu’il s’en occuperait. Et je suis sûr que ta grande copine leur donnera aussi un coup de main. »

Jesse acquiesça sans oser parler de sa propre situation. Il avait compté sur cette bourse pour prendre son indépendance par rapport à ses parents - financièrement- puis pour se trouver un studio. Non pas qu’il ne voulait plus vivre au pavillon, mais le stage qui arrivait lui avait fait comprendre que la vie en colocation ne tarderait pas à prendre fin et que chacun serait obligé d’aller de son côté.

« On y va ? » proposa Andy.

Ils réglèrent l’addition et sortirent du café pour aller prendre le tram qui les ramènerait aux abords de l’université. Le transport en commun, bondé, ne tarda pas à arriver, et le jeune couple monta à l’arrière du véhicule en essayant de se frayer un passage sans perdre son compagnon. Jesse se retrouva ainsi coincé contre la porte inactive, Andy collé à lui. Il en vint à se demander si son amant ne l’avait pas poussé là exprès, mais il ne broncha pas. Le sentir contre lui était trop agréable. Un sentiment qu’Andy devait partager, puisqu’il passa ses mains sous le manteau ouvert de Jesse afin de les poser sur ses hanches. Il posa ensuite son front sur celui de Jesse, puis rapprocha ses lèvres des siennes. Il l’embrassa, plus tendrement et plus chastement qu’au café, et pris par l’instant, Jesse se surprit à passer ses mains autour de sa nuque. Il entendit une vieille femme assise près d’eux se racler la gorge et mit fin au baiser. Andy se tourna alors vers la passagère et la foudroya du regard. Un regard qu’elle évita par la suite.

« J’essaye d’en profiter tu comprends… dit-il à Jesse. On ne sait même pas encore dans quel hôpital tu seras. »

Jesse, comme tous les autres étudiants, n’avait pas encore reçu son affectation, mais les secrétaires qui s’en occupaient les avaient rassurés en leur disant que tout cela serait réglé avant la fin de la semaine. L’administration scolaire montrait une fois de plus l’étendue de ses compétences… En revanche, Andy, lui, prendrait son train le vendredi.

« Si on ne le sait pas avant ton départ, je te téléphone dès que je suis au courant.

- Y a intérêt. »

ooOOoo

Habillé de la tenue blanche des internes, Andy attendait dans le hall d’entrée en tapant du pied. C’était son premier jour, et voilà que sa mère l’envoyait ici au lieu de l’entraîner avec elle en salle d’opération. Alors oui, il était énervé. Il n’était pas ici pour jouer à la nounou, mais pour apprendre et montrer à sa mère de quoi il était capable. Et pour agrémenter le tout, Jesse ne l’avait pas appelé du week-end et n’avait pas daigné répondre à ses appels. La prochaine fois qu’ils se verraient, Andy se promettait de lui faire passer un sale quart d’heure…

Impatient, il se mit à faire les cents pas devant les patients, les visiteurs, et toute autre personne se trouvant dans le hall à huit heures du matin. Sa mère lui avait dit qu’il devait venir chercher l’autre étudiant qui devait aussi effectuer son stage ici. Andy croisa les bras. Lui qui pensait être tranquille allait devoir se coltiner une autre personne. Il croisa les bras sur son torse et fixa l’entrée. Dehors, la pluie tombait sans accalmie, et l’on ne voyait pas à plus de cinq mètres. Même les parapluies étaient inutiles, car le vent prenait un malin plaisir à les retourner… Le jeune stagiaire soupira. Il aperçut un taxi se garer devant l’entrée vers laquelle se dirigea la personne qui en descendit. Au début, il crut que c’était son imagination et son inquiétude de n’avoir aucune nouvelle qui lui jouaient un tour. Mais lorsque Jesse lui sourit, il fut bien obligé de se rendre compte qu’il ne rêvait pas. Il le laissa venir à lui.

Jesse était trempé de la tête aux pieds et son sac pendait dans son dos, lamentable, une anse passée sur son épaule. Il secoua la tête en faisant voler de fines gouttes d’eau et regarda Andy en souriant. Mais ce dernier ne souriait pas. En fait, il ne comprenait pas ce que son amant faisait ici et cela ne laissait aucune place à tout autre sentiment. Jesse s’approcha de lui, et ne sachant pas quel comportement avoir, il prononça un vague et timide « Salut ». Andy l’attrapa par le bras, et l’entraîna vers un ascenseur dans lequel ils montèrent en compagnie d’un couple de futurs parents. Ils ne dirent rien et sortirent au deuxième étage, où Andy dirigea Jesse vers un petit couloir donnant sur une seule porte. Ils pénétrèrent à l’intérieur. La pièce, entièrement blanche, ne contenait pour tout ameublement que deux lits superposés sur les côtés et une petite table basse en son milieu. Une salle réservée au repos des chirurgiens et internes qui auraient passé plus d’heures à travailler que ce qui était permis à l’être humain…

« Qu’est-ce que tu fais là ? » demanda Andy, sans cacher son étonnement.

Jesse posa son sac près du radiateur, et retira sa veste qu’il accrocha à la poignée de la seule fenêtre aux stores baissés. Il retira aussi ses chaussures et poussa un long et profond soupir. Il était content d’être enfin arrivé.

« Je suis là pour mon stage. »

Il ne put s’empêcher d’afficher un immense sourire, mais Andy semblait ne toujours pas comprendre. Jesse précisa alors :

« Je n’y croyais pas au début. Alors je me suis rendu au secrétariat. D’après ce que j’ai compris, ta mère a insisté pour avoir les deux meilleurs étudiants de notre année à ses côtés. »

Jesse s’approcha d’Andy et l’embrassa pour essayer de le ramener à la réalité.

« Alors… dit Andy. C’est toi que je devais attendre en bas ?

- Surprise ! s’exclama Jesse en levant les deux bras.

- Et c’est pour ça que tu n’as pas répondu à mes appels…

- Ben il n’y aurait eu aucune surprise sinon…s’excusa Jesse en laissant retomber ses bras. Tu n’es pas content ? »

Pour toute réponse, Andy reprit ses esprits en un clin d’œil et embrassa farouchement Jesse qui sourit sous ses baisers. Tant pis si ses vêtements étaient trempés, de toute façon, Andy avait déjà décidé de ne pas aller tout de suite retrouver sa mère. Ils devaient fêter dignement leurs retrouvailles.

« Je vais être obligé de dormir chez toi, je n’ai nulle part où aller.

- Pas de problème. De toute façon, je ne t’aurais pas laissé aller ailleurs.

- Ta mère ne dira rien ?

- Elle ira dormir chez sa meilleure amie quand elle t’entendra crier tous les soirs… »

Jesse sourit, mais il se sentait tout de même gêné par rapport à la mère d’Andy qu’il n’oublierait pas de remercier pour l’avoir fait venir ici.

« Tu m’as manqué, murmura-t-il.

- Deux jours passés loin de moi et tu es déjà en manque ? » plaisanta Andy.

Jesse ne dit rien et son sourire s’effaça. Il passa ses bras autour du cou d’Andy et l’embrassa tendrement. Il était désormais content, et soulagé. Il n’avait pas rêvé, et allait bien pouvoir effectuer son stage auprès d’Andy. Et qui sait, peut-être pourrait-il lui reprendre la place de numéro un… À ces pensées, Jesse retrouva le sourire, amusé. Puis, une idée lui vint. Il plaqua Andy contre la porte pour mieux le regarder. Son amant fronça les sourcils, mais son excitation était palpable. Jesse le tira alors à lui. Tout se passerait bien à présent.
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Et voilà un long chapitre avant de terminer définitivement cette histoire. J'espère qu'il aura plus de succès que le précédent... Je vous invite toujours à laisser votre avis, même si c'est pour me dire quelque chose du genre: "Bouuuh j'ai détesté".
Je posterai de nouveau dans une semaine.
Cannibale, je suis sûre que l'image de cet article ne t'aura pas laissée indifférente... Bon courage à toi pour tes chapitres que j'attends impatiemment :D
Gros bisous à tout le monde.

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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Mardi 28 juillet 2009





Lio essayait désespérément de ne pas perdre son calme alors qu’Antoine avait accueilli si ouvertement Andy dans leur conversation. Elle ne s’était vraiment pas attendue à ce que cette personne qu’elle détestait tant se trouve ici. Elle pensait qu’il aurait accompagné Jesse à la fête et qu’ainsi, le pavillon aurait été vide, lui fournissant de cette façon un endroit tranquille et sûr où discuter de leur projet avec son meilleur ami. Mais ce dernier, qui ne connaissait pas vraiment Andy, était en train de tout lui dévoiler :

« Lio m’a expliqué ce que ton arrivée ici avait suscité. Les problèmes de… classement. Après en avoir longuement parlé ensemble, on en est arrivé à la conclusion que, le mieux, serait qu’il n’y ait pas de classement du tout. Ni officiellement, ni officieusement. Mais pour cela, il faut remanier complètement le système universitaire instauré par votre directeur. Et nous n’avons pas trouvé d’autres solutions que de le faire… démissionner.

- Ce ne serait pas plus simple de lui en parler ? demanda Andy, sans grande conviction cependant.

- Ce serait même trop simple. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce classement existe depuis des années. Et que Ryland prend beaucoup de plaisir à voir ses étudiants se disputer les cinq premières places du classement. Il est donc hors de question de le faire changer d’avis. Mais le problème que nous avons aujourd’hui c’est… qu’on n’a aucun moyen pour l’instant de le faire partir. On a commencé à faire le tour des personnes siégeant au conseil et ayant investi dans cette université, et la majorité d’entre eux et prête à nous suivre… Du moins si l’on arrive à faire partir le directeur actuel, et à trouver quelqu’un  de confiance, une personne sérieuse et qui saura s’investir, pour le remplacer. Et ce n’est vraiment pas gagné, tu peux me croire. »

Andy, le dos appuyé contre le dossier de sa chaise, croisa les bras sur son torse et réfléchit à tout ce qu’Antoine lui avait dit. Lio profita de cet instant de silence pour intervenir en s’adressant à lui :

« Je ne vois pas en quoi tu pourrais nous aider de toute façon. Pour toi, le classement est important, non ? C’est bien toi qui a dit que tu ferais tout pour être premier, non ? Si on arrive à notre but, le classement n’existera plus, tu ne te verras jamais attribué cette bourse spéciale promise aux cinq premiers, et le directeur ne te fera jamais entrer dans l’hôpital de ton choix. Tu n’as rien à y gagner. »

Andy la fixa intensément, puis il posa ses bras toujours croisés sur la table avant de lui dire, le sourire aux lèvres :

« Qui a dit que j’avais besoin de ce fichu classement ? Tu sais qui est mon père, tu connais sa réputation, le poste qu’il avait … Ma mère, bien qu’elle n’ait pas le même niveau que lui, a aussi une très bonne place dans l’un des meilleurs hôpitaux du pays. Alors, tu crois sérieusement que j’ai besoin d’argent ? Et tu crois que j’ai besoin que le classement soit ébruité pour savoir que je suis le premier ? Je serai le meilleur, Lio, que tout le monde le sache, ça, je m’en fous. Deux personnes seulement doivent le savoir, c’est tout ce qui compte pour moi. Et pour ça, j’aurais des notes exemplaires et d’excellentes appréciations de la part de mes professeurs. Pas besoin d’un vulgaire numéro un épinglé sur ma chemise. Les portes des meilleurs hôpitaux s’ouvriront d’elles-mêmes à moi. »

Lio ravala ses critiques. Andy s’adressa alors à Antoine :

« Tout ce qui m’intéresse, pour l’instant, c’est de savoir pourquoi toi, tu es impliqué dans cette histoire. Tu ne fais pas partie des étudiants, n’est-ce pas ?

- Non, c’est vrai, dit le jeune homme en souriant. Je suis le fils de Ryland. Et je n’aime pas particulièrement ce que mon père a fait de mon héritage… »

Andy ne put s’empêcher de rire :

« Je vois… Mais si tu tiens à conserver ton héritage, il vaudrait mieux que ton père n’ait pas vent de ton implication dans ce projet. En fait, il faudrait même qu’il garde sa place, non ?

- On veut juste qu’il quitte on poste de directeur. Pas qu’il perde ses parts dans cette université. Du moins, le temps que je suive les formations adaptées pour prendre sa suite. Il faut juste trouver le moyen de le faire partir sans scandale, et avoir dans notre poche une personne qui acceptera de le remplacer le temps que je sois apte à reprendre le flambeau. Et il faut que tout cela se fasse avant la fin de l’année. Sinon, d’autres subiront la même chose que vous à la rentrée. »

Andy s’appuya de nouveau contre le dossier de sa chaise et dit, pensif :

« Je crois que je peux vous aider… »

ooOOoo

Andy remonta tranquillement dans la chambre, un plateau dans les mains supportant du café, et de quoi grignoter. Il ne savait pas où en était Jesse, mais si son amant n’était toujours pas parti à sa recherche, c’est qu’il devait encore être sous la douche. Et Andy savait désormais qu’il n’irait pas le rejoindre. Ce qu’il avait à lui dire n’allait probablement pas lui plaire, mais il n’avait plus le choix. Il ne jeta qu’un coup d’œil à la porte de la salle de bains et tendit l’oreille pour s’assurer qu’effectivement, Jesse était toujours sous l’eau, et alla poser le plateau sur le lit dans sa propre chambre. Il se décida ensuite à sortir un paquet emballé dans un papier cadeau bleu marine étoilé, caché sous une pile de pulls dans son armoire. Normalement, Jesse aurait dû partir dans deux jours pour rejoindre sa famille pendant les fêtes de fin d’année, mais le premier à partir serait finalement Andy, qui prendrait son train le lendemain, en début d’après-midi. Il savait que sa mère serait en repos, et il ne pouvait pas rater une telle occasion, même si se rendre là-bas à cette date précise ne l’emballait pas.

Il sortit de la chambre, et le paquet toujours dans les mains, il alla dans la salle de bains. Dans la douche, le dos tourné à l’entrée, Jesse laissait l’eau couler sur sa peau, sans se douter qu’il était observé. Andy se mordait les lèvres, déçu de ne pouvoir le rejoindre. Cependant, il devait avouer que la vue était des plus délicieuses. Jesse ferma les robinets et se retourna pour sortir. Il ne put cacher sa surprise en apercevant Andy qui lui tendait une serviette marron. Il l’attrapa et lui demanda, plus qu’étonné :

« Pourquoi tu ne m’as pas rejoint plus tôt ? »

Andy se mordit les lèvres. Il ne voulait pas vraiment parler de ce qu’il s’était passé avec Lio, mais sa promesse de rester honnête l’empêchait de mentir. Il ne dit donc que le minimum :

« Je… Je dois te parler. »

Jesse enroula la serviette autour de sa taille et suivit Andy dans la chambre. Là, il s’assit sur le lit alors qu’Andy faisait les cents pas devant lui, comme à son habitude lorsque quelque chose le tracassait, et n’arrêtait pas de tapoter le paquet qu’il tenait dans ses mains.

« Bon, fit-il en s’arrêtant devant Jesse. J’ai quelque chose à te dire, mais ça risque de ne pas te plaire.

- Quoi ? s’inquiéta Jesse.

- Je… dois partir. Il faut que j’aille voir ma mère. Demain.

- Oh. Oh. »

Les paroles d’Andy firent petit à petit leur chemin dans l’esprit de Jesse qui comprit enfin ce qui allait se passer. Ils auraient dû passer encore deux jours ensemble avant d’être séparés pendant une semaine - le temps de passer Noël en famille – et de se retrouver pour une semaine de révision avant les examens de la rentrée.

« Pourquoi ? demanda-t-il. Tu ne devais pas partir normalement… »

Andy soupira et s’installa à côté de lui.

« J’ai quelque chose à faire mais… j’aimerais attendre un peu avant de t’en parler. »

Jesse fronça les sourcils mais ne broncha pas. Andy lui tendit le paquet en le pressant de l’ouvrir. Alors que Jesse obéissait, Andy lui dit :

« C’est pour qu’on reste en contact. Comme ça, ça me fera une raison de me servir du mien. »

Jesse ouvrit de grands yeux surpris lorsqu’il vit le téléphone portable à clapet que lui avait offert Andy. Pendant une seconde, il fut étonné, puis touché. Collé à lui, Andy ne savait plus vraiment quoi dire. Alors Jesse l’embrassa pour le remercier et se dit que, si Andy devait partir si vite, c’est qu’il devait avoir une bonne raison. Il ne se plaignit donc pas et tous deux se penchèrent sur le portable pour étudier la bête. Une semaine, ça pouvait passer très vite, si on y mettait de la bonne volonté.

ooOOoo

Le ciel noir annonçait de gros orages pour la journée, mais au moment où Andy descendit du train, seul le vent vint le déranger, lui faisant regretter de n’avoir pas mis de pull plus chaud sous son manteau. Il souffla dans ses mains pour les réchauffer, puis les frotta l’une contre l’autre en sortant de la gare. Il accepta le journal que lui tendait un homme à peine plus âgé que lui, se disant que cela lui ferait de la lecture dans le taxi, puis s’engouffra au milieu des passants pour atteindre le bout de la place où attendaient plusieurs taxis. Il en trouva un de libre, monta à l’intérieur en bénissant l’inventeur du chauffage, puis indiqua sa destination au chauffeur. Il savait où trouver sa mère en ce jour, à deux heures de l’après-midi.

Il pouvait même dire qu’il connaissait son planning par cœur : elle avait dû se lever aux aurores après avoir passé une très mauvaise nuit, avait bu son café en silence, devant la baie vitrée de son salon, puis s’était rendue dans la salle de bains où elle avait dû rester une heure à chercher une sorte d’apaisement dans la grande baignoire pleine de mousse. Elle serait ensuite sortie pour aller se balader dans le parc principal de la ville, aurait mangé dans ce même restaurant où elle aurait dû manger avec son mari s’il n’avait pas eu son accident. Elle aurait pris son temps, puis aurait emprunté un taxi pour se rendre là où Andy était certain de la retrouver. Et où elle avait prévu de rester tout l’après-midi…

Le taxi s’engagea dans un petit parking, puis atteignit une grille haute de trois mètres donnant sur des allées de cailloux séparant des pierres tombales toutes différentes. Andy remercia et paya le taxi avant de s’engager dans le cimetière, son sac de voyage cognant contre ses jambes à chaque pas. Il ne venait presque jamais dans cet endroit, mais il pouvait néanmoins s’y déplacer les yeux fermés. Arrivé au bout de la première allée, il tourna sur sa droite, puis rejoignit sa mère, accroupie devant une tombe richement fleurie.

Hélène se releva à l’arrivée de son fils, étonnée de le voir ici. Ses traits étaient marqués par la tristesse, ce qui fit mal à Andy, lui laissant un poids sur le cœur.

« Que fais-tu ici ? demanda-t-elle.

- Je suis venu pour te voir. Et pour le voir, lui. »

Andy désigna de la main la tombe de son père sans pour autant la regarder. Laurent Mattesson était mort des années auparavant, faisant de la date anniversaire de son mariage celle de sa mort, à quelques jours seulement de Noël. Une période festive qu’Andy et sa mère détestaient désormais, et à laquelle ils ne trouvaient plus aucun sens.

« Ça ne te ressemble pas…

- J’ai changé… »

Andy s’approcha de sa mère et risqua un regard sur la tombe de son père. Il se sentit alors brisé en mille morceaux, mais aussi attiré par les inscriptions indiquant l’identité du défunt dont il ne put se détourner. Lorsque la tête commença à lui tourner et qu’il se sentit mal, il reporta son regard sur Hélène.

« Je suis venu te voir parce que j’ai quelque chose de très important à te demander. »

Sa mère ne répondit pas, et Andy respecta cela. Il avait peut-être eu tort de la rejoindre ici. Peut-être aurait-il dû attendre.

« Va à la maison. »

Ces mots avaient été prononcés faiblement, provoquant tout de même de l’étonnement chez Andy :

« Pardon ?

- Va m’attendre à la maison. On en parlera ce soir. Et je vais téléphoner à l’hôpital pour dire que je ne viendrai pas travailler demain. Ils vont être un peu déboussolés, mais ils s’en sortiront très bien sans moi. – Elle marqua un temps d’arrêt - Je veux rester auprès de mon fils. On a raté pas mal de choses dans la vie de l’un et de l’autre, n’est-ce pas ? »

Andy eut du mal à acquiescer, et encore plus à sourire. Voilà un bouleversement auquel il n’aurait jamais songé. Il embrassa sa mère sur le front et jeta un dernier regard à la tombe de son père.

« Il me manque, dit sa mère.

- Je sais. »

ooOOoo

À peine une heure plus tard, Andy arrivait chez sa mère, dans un grand appartement qu’elle avait acheté à dix minutes à pieds de son lieu de travail. Contre toute attente, il aperçut de la lumière provenant du salon, situé au dernier étage du building qui dominait toute la ville. Il sortit de sa poche le trousseau de clés que lui avait donné sa mère avant qu’il ne la laisse et entra dans le porche. Il prit l’ascenseur qui le fit monter au huitième étage et arriva sur un immense palier décoré de nombreuses plantes vertes entretenues par le concierge de l’immeuble. Il se dirigea vers l’une des deux seules portes grises et blanches de l’étage et introduisit la clé dans la serrure. Il commençait à deviner qui se trouvait à l’intérieur, notamment quand La Moldau de Smetana lui parvint aux oreilles, faisant ainsi surgir de nombreux souvenirs d’une jeunesse passée aux côtés de la deuxième femme de sa vie.

Il se décida finalement à entrer, laissa son sac et ses chaussures au pied du porte-manteau à l’entrée et, bercé à la fois par la musique et par l’odeur de chocolat, il se dirigea vers la pièce principale de l’appartement. Il délaissa son manteau sur le dos d’une chaise et alla s’asseoir au bar qui séparait la cuisine du salon. Là, lui tournant le dos, Cathy vérifiait la cuisson de son crumble poires-chocolat.

« C’est prêt ? »

Cathy sursauta au son de la voix d’Andy et fit volte-face pour le regarder. Elle posa une main sur son cœur et dit, sèchement :

« Ne me refais plus jamais ça. J’aurais pu avoir une attaque.

- C’est vrai qu’il faut te ménager à ton âge…

- Sale gamin… »

Andy se dressa sur la pointe des pieds pour arriver à déposer un baiser sur la joue de Cathy en passant au-dessus du bar. Cathy lui demanda d’attendre le temps qu’elle sorte son plat du four et qu’elle le pose sur un dessous de plat déjà prêt sur le plan de travail. Elle retira ensuite son gant de cuisine et alla baisser le volume de la musique :

« On pourra mieux parler comme ça.

- On pourra très bien parler aussi avec un peu de crumble et de quoi boire, non ? » proposa Andy  sans arrière pensée, un grand sourire sur le visage.

Cathy secoua la tête, soupira, mais accepta tout de même la requête d’Andy qui retomba en enfance devant sa part de douceur que Cathy agrémenta d’une boule de vanille. Elle-même, se servit une part conséquente. Pendant qu’ils mangeaient, Andy lui dit qu’il était allé voir sa mère au cimetière, et que celle-ci le rejoindrait en fin de journée.

« C’est bien que tu sois là, affirma Cathy. Elle a bien besoin de toi en cette période. »

Andy ne répondit pas, incapable de savoir quoi dire. Cathy, assise à côté de lui sur le canapé, posa son assiette sur la table basse et dit :

« Mais j’aimerais savoir quelle est la véritable raison qui t’a poussé à venir voir ta mère. »

Andy finit son assiette et prit son temps avant de lui répondre :

« Il faudrait d’abord que je te raconte tout ce qu’il s’est passé depuis que j’ai changé d’université. »

Sur le ton de la confidence, Andy raconta à Cathy toutes ses aventures et mésaventures depuis qu’il avait rencontré Jesse et ses quatre amis. Il n’omit presque rien, si ce n’est le harcèlement dont il avait fait usage envers Jesse. Il en vint à lui parler du plan de ses camarades et de la solution qu’il avait trouvée.

« Et pour ça… Je voudrais que ma mère m’aide. Elle m’a fait comprendre, la dernière fois, qu’elle avait un moyen de faire pression sur mon directeur. Je ne sais pas trop de quoi elle voulait parler, mais je pense que ça pourrait m’être d’une grande utilité.

- Elle m’en a parlé. Une affaire d’infidélité il me semble. Elle était très fière d’elle quand elle m’en a parlé à son retour.

- Tu crois qu’elle va refuser de m’aider ?

- Une fois les fêtes passées, tel que je connais ta mère, elle se fera un plaisir de faire chanter ton directeur. Cela pourrait même l’amuser. »

Cathy se mit à rire et débarrassa leurs couverts. Andy la suivit jusqu’au lavabo où elle fit la vaisselle. Il la regardait faire, comme si elle avait toujours vécu ici, et dans un certain sens, c’était le cas. Quelques années après le décès de Laurent, Cathy avait commencé à venir dormir dans la chambre d’amis, puis, petit à petit, elle avait fini par passer plus de temps chez Hélène que chez elle. Comme elle le disait :

« On n’abandonne pas les nôtres, surtout pas en cas de coup dur. »

Andy savait que cela avait un rapport avec le passé commun des deux femmes, mais il n’avait jamais osé poser de question pour en savoir plus. Cathy le tira de ses pensées :

« Et tu m’as dit qu’il vous fallait quelqu’un pour remplacer l’actuel directeur. Vous avez trouvé ?

- J’ai bien quelqu’un en tête. Mais je ne pense pas que cette personne va être facile à convaincre. Pourtant, je pense qu’avec son sale caractère, ce poste lui irait comme un gant. De plus, c’est une personne consciencieuse, travailleuse… Qui ne se laisse vraiment pas faire.

- J’aime bien ce genre de personne. De qui s’agit-il ? Est-ce que je le ou la connais ? »

Andy s’humecta les lèvres et dit :

« Avant, je voudrais d’abord m’assurer que ma mère pourra nous apporter son aide. Ensuite, je vous dirai tout. Promis. »

ooOOoo

Debout sur la vaste terrasse donnant sur  le parc de la ville, Andy mit fin à sa communication téléphonique avec Antoine. Ce qu’il venait de lui apprendre concernant l’aventure de son père ne l’avait qu’à moitié étonné, mais ce qui le gênait le plus serait de ne rien dire à sa mère. Du moins, pour l’instant. Néanmoins, il avait remercié Andy de son aide. Ils allaient enfin pouvoir passer aux choses sérieuses. Tout était en place. Andy se retourna pour fixer sa mère. Celle-ci était assise à une petite table ronde en rotin, en train de siroter son café, la seule source de chaleur en ce froid glacial dominant à une telle hauteur. Elle resserra sa couverture polaire et sourit à son fils qui eut presque la chair de poule devant ce sourire carnassier. Il regarda ensuite à l’intérieur de l’appartement pour voir que Cathy était encore au téléphone, et qu’elle aussi souriait, son visage illuminé par une nouvelle jeunesse.

Il ne restait plus qu’à attendre.

ooOOoo

Andy était resté moins d’une semaine chez sa mère. Comme promis, ils avaient passé une journée entière ensemble, mais ensuite, Hélène était retournée à ses bonnes vieilles habitudes, car elle ne pouvait pas se passer de la chirurgie. Andy était donc resté avec Cathy tout le reste de son séjour, la femme qu’il considérait comme sa tante n’étant pas aussi obnubilée que sa meilleure amie par son travail. De plus, cela faisait longtemps qu’elle avait délaissé les grosses opérations et qu’elle passait la majeure partie de son temps à superviser les internes ou à s’occuper d’opérations de routine. Ils s’étaient baladés dans les rues marchandes, s’amusant de voir les gens se presser pour acheter des cadeaux de dernière minute. Cathy, tout comme Andy et sa mère, ne fêtait pas Noël, comme une sorte de geste de solidarité…

Andy était retourné sur le campus le trente-et-un décembre même, afin de le fêter dignement avec Jesse, revenu lui aussi pour cette occasion, ce qui leur avait ensuite laissé cinq jours pour réviser avant la reprise des examens. Ceux-ci s’étaient plutôt bien passés pour toute la petite bande, bien qu’Erick restât convaincu qu’il ne ferait plus parti du classement. Le pauvre, n’était pas encore au courant du projet mis en place par Lio qui n’avait pas la même assurance qu’Andy ou qu’Antoine face à leur avancée. Mais le classement du premier semestre leur réservait encore quelques surprises…
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Bonjour, Bonsoir,
Voilà comme promis le noveau chapitre a bel et bien été posté une semaine après. J'espère qu'il vous a plu, il était un peu plus long que le précédent.
Mais cela veut dire qu'il ne reste plus qu'un chapitre avant la fin... Pour l'instant, cela fait de cette histoire la plus longue que j'ai écrite (ah ! l'ironie du sort...).
J'espère vous voir au rendez-vous la semaine prochaine pour ce dernier chapitre^^
Je remercie tous ceux qui passent encore et toujours ici ou sur FP et qui me donnent leur avis (ou pas^^).
Je vous embrasse.

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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Mardi 21 juillet 2009

 

Ils prirent leur temps pour rentrer au pavillon afin de discuter tranquillement ensemble. Ils avaient même décidé d’aller manger à l’extérieur, mais avant toute chose, ils devaient rentrer afin de poser les affaires de Jesse et de prendre des vêtements plus chauds. Lorsqu’ils arrivèrent, la maison était plongée dans un silence profond, leurs colocataires ayant apparemment déserté les lieux. Ils commencèrent donc à monter pour aller dans leur chambre, en silence, comme si cette atmosphère les avait influencés, ou qu’il leur était interdit de prononcer un simple mot… Lorsqu’ils passèrent au premier étage, Jesse ne put se retenir de jeter un regard à la porte de Lio. Il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour elle, de se dire qu’elle devait avoir besoin de réconfort après son incartade avec Andy. Il n’arrivait pas à lui en vouloir comme le faisait son petit-ami, incapable de croire que la jeune femme ne pensait qu’à elle. Il l’a connaissait bien, beaucoup plus qu’Andy. C’est pourquoi, lorsque, contre toute attente, il vit de la lumière filtrer sous la porte de la chambre à Lio, il décida d’aller la voir.

« Maintenant ? se plaignit Andy.

- Je n’en ai pas pour longtemps. Promis. »

Andy soupira pour montrer son agacement. Il se doutait que Jesse voudrait parler avec Lio, mais pas là, juste à l’instant où ils avaient décidé de sortir. Décidemment, cette femme arrivait à se mettre au milieu de son chemin en toute situation, qu’elle soit présente ou non. Mais il savait que, pour continuer sur sa lancée avec Jesse, il devait mettre son sale caractère de côté. Et ce n’était pas facile pour lui.

« Je t’attends en bas, » grogna-t-il.

Jesse acquiesça et lui tendit son sac pour qu’il le dépose dans sa chambre, puis il le regarda monter à l’étage avant de se diriger de son côté vers l’antre de Lio. Il donna deux légers coups sur le bois peint en taupe et attendit qu’elle l’invite à entrer. Mais l’invitation ne venant pas, il décida de refrapper au moment même où la porte s’ouvrait violemment sur le visage dur de Lio. En l’apercevant, la jeune femme soupira, et son comportement ne s’améliora pas devant le mutisme de Jesse.

« Qu’est-ce que tu veux ? » finit-elle pas demander, lasse.

Ce fut au tour de Jesse de soupirer. Il avait la forte impression que la conversation n’allait pas être des plus agréables… Mais s’il voulait que les choses changent, il allait devoir faire des efforts et prendre un peu sur lui-même… Il prit donc son courage à deux mains pour lui dire :

« Je viens parler. Je peux entrer ? »

Sans attendre de réponse, il força le passage et pénétra dans la chambre aux murs tapissés de prune. Il ne rentrait pas souvent dans cette pièce, bien que lui et Lio fussent très proches. Néanmoins, à chaque fois, il s’étonnait de ne pas reconnaître son amie dans la décoration. En réalité, la chambre ne possédait que le strict nécessaire : un lit pour deux personnes en fer noir des plus simples placé face à l’entrée, une table de nuit de chaque côté, du linge de lit vert émeraude, un bureau en bois sur lequel fourmillaient papiers, cahiers, stylos et maquillage, et une armoire dont les portes ne fermaient plus, probablement trop pleine. Aucune photo, rien de trop personnel, pas une seule pointe d’originalité, comme si Lio n’habitait pas réellement là. Mais cela était vite démenti par le reste du pavillon, entièrement décoré par Lio elle-même. Cela prouvait bien qu’elle faisait passer le bien-être des autres avant le sien…

« De quoi tu veux parler ? »

Jesse se retourna vers Lio :

« Tu le sais très bien. Andy m’a dit ce qu’il s’est passé tout à l’heure.

- Et alors ? Tu viens toi aussi me faire des reproches ?

- Non… Même si j’avoue que ce qu’a dit Andy n’est pas totalement faux.

- Pardon ? »

Jesse se mordit la langue. Il comptait vraiment calmer la situation comme ça ? Il ferma les yeux, inspira et expira lentement, puis reprit, de son ton le plus doux :

« En fait, on a tous eu faux dans cette histoire. Et nous les premiers, on se doit de le reconnaître. On s’en est pris à Andy sans même chercher à en apprendre plus sur lui. Et on peut pas dire que ça nous a réussi, n’est-ce pas ?

- Parce que tu crois que ça aurait été différent si on n’avait pas agi ainsi ? Regarde-le, Jesse : il va nous écraser. La première place c’est tout ce qui compte pour lui.

- Comme pour beaucoup. Mais tu sais tout comme moi que le problème ne vient pas de là. Ce n’est pas sa faute à lui. »

Jesse s’assit sur le lit et invita Lio à faire de même, faisant comme s’il était le propriétaire des lieux. Il tenait les rênes et les serrait bien fort afin qu’elles ne lui échappent pas.

« C’est son droit de vouloir cette place. Et si tu savais pourquoi il la veut, peut-être que… que tu le verrais autrement.

- J’en doute. Ce n’est qu’un arriviste, Jesse.

- Tu te trompes. »

Jesse aurait voulu lui dire tout ce qu’il savait sur Andy, ses parents, son désir de surpasser son père pour enfin exister aux yeux de sa mère… Mais en parler sans son autorisation, et de plus, sans qu’il soit présent, serait le trahir. Jesse regarda Lio droit dans les yeux :

« J’aimerais… J’aimerais tellement pouvoir te dire qui est réellement Andy, mais il s’est confié à moi, et… tu ne peux pas imaginer à quel point c’est important pour moi. »

Jesse sourit malgré lui, ce que ne manqua pas de remarquer Lio bien qu’elle ne dit rien et laissa Jesse continuer :

« Je voudrais juste que tu aies confiance en moi. Comme avant. Comme j’ai confiance en toi. Il n’y a pas si longtemps, on était amis. De très bons amis. Alors je voudrais que tu me croies : Andy ne pense pas réellement à mal. Il a de bonnes raisons pour vouloir être premier. Et je pense que si il est… froid et mauvais avec nous… vous, c’est parce qu’il ne fait que répondre à une attaque. Il se protège. On s’est juste fait prendre à notre propre jeu. »

Lio se laissa soudainement tomber en arrière, et fut accueillie par son épaisse couette. Elle laissa passer quelques minutes, laissant les paroles de Jesse se frayer un chemin dans son esprit tout chamboulé depuis sa dispute avec Andy.

« Il a dit que j’étais un leader. Un mauvais leader. Mais je ne me vois pas comme ça. Est-ce que… Est-ce que toi tu penses qu’il a raison ?

- Non, répondit Jesse sans la moindre hésitation. Andy était énervé, et il a tendance à taper là où il sait que ça va faire mal… Mais pour nous, et je ne pense pas me tromper en disant nous, tu es plus une grande sœur qu’un chef. On forme une famille Lio. Pas une troupe.

- Une famille un peu spéciale, et avec pas mal de problèmes…

- Mais une famille quand même. »

Jesse imita Lio et se retrouva couché sur le dos, à une trentaine de centimètres de son amie.

« Il a dit que je t’avais fait du mal, chuchota Lio.

- Le fait qu’on ne se parle plus me fait du mal. J’ai tellement de choses à te dire, si tu savais ! »

Lio fixa le plafond :

« C’est ce qu’il a dit.

- Comme quoi il me connaît bien.

- Oui… Mieux que moi on dirait. »

Jesse aurait voulu lui dire que ce n’était pas le cas, mais elle ne lui en laissa pas le temps.

« Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?

- Bonne question. »

Jesse haussa un sourcil et se mit à rire. Depuis quand sa relation avec Andy avait-elle vraiment commencé ? Sûrement pas lors de leur… première nuit.

« Comment ça ? demanda Lio. Tu ne sais pas quand est-ce que ça a commencé entre vous ? »

Jesse lui sourit :

« L’important, c’est qu’on est ensemble. Et que je sois bien avec lui, non ?

- Mouais… »

Jesse regarda l’heure sur le réveil de Lio et se redressa brusquement. Le temps passait trop vite, et Andy devait l’attendre. Jesse ne voulait pas gâcher une soirée qui n’avait pas encore commencé.

« Tu sais, dit-il. Je ne te demande pas de l’accepter, mais je ne veux pas qu’on arrête de se parler parce que je suis avec lui. J’ai besoin de toi… et de lui. »

Lio se redressa à son tour et dit fièrement :

« Je le déteste. Je tiens à ce que tu le saches.

- Je le sais.

- Et je ne serai jamais son amie. Je le supporterai aussi longtemps que vous serez ensemble, mais je ne lui adresserai la parole que quand ce sera nécessaire.

- Je sais.

- Bien. »

Ils se regardèrent et sourirent.

« De nouveau amis ?

- On a toujours été amis, Jesse. C’est pas ton abruti de copain qui va changer ça. »

Jesse fit la moue, mais au fond de lui, il était satisfait. Ne pas trop en demander aux gens, voilà une chose qu’il avait apprise récemment. Il se leva, suivit de près par Lio qui semblait plus joyeuse désormais. Avant que Jesse ne franchisse la porte, elle mit une main sur son épaule et lui dit :

« Tu as dit tout à l’heure que ce n’était pas sa faute si il voulait obtenir la première place. Et je pense bien que le problème est plus profond… Et ne vient pas du tout d’Andy. Le problème, c’est le classement même. »

Lio se mordit l’intérieur de la joue et retira sa main de l’épaule de Jesse.

« Avec Mathis et… un ami qui s’appelle Antoine, nous avons un projet. Pour que tout cela s’arrête. »

Elle arrêta Jesse en levant la main avant qu’il ne puisse dire quoique ce soit et reprit, calmement :

« Pour l’instant, ça avance doucement. Mais je t’en dirai plus lorsque j’aurai du nouveau.

- J’aime pas ça. »

Lio éclata de rire :

« Oui, ben moi je n’aime pas Andy, mais je ne t’empêche pas pour autant de le voir. »

Jesse grommela - un tic qu’il avait pris à son amant -  et Lio lui tira la langue, amusée. Pourtant, au fond d’elle, le stress la tiraillait. Ce qu’elle avait prévu de faire avec l’aide de Mathis et Antoine était assez compliqué, et pourrait s’avérer problématique s’ils ne pouvaient aller au bout de leur projet. Alors, moins elle impliquait de personnes – comme Jesse, Sabrina et Erick – moins seraient ceux qui se feraient punir en cas d’échec.

Alors qu’elle allait rassurer Jesse, Andy débarqua dans le couloir, et à la vue de son visage, Lio comprit qu’il était énervé. Elle, s’en réjouit. Il ne lui accorda aucune attention et dit à Jesse, d’une voix qui essayait tant bien que mal de cacher son mécontentement :

« On devrait y aller. J’ai réservé pour vingt heures.

- Oui, j’ar…

- De quoi tu avais peur ? demanda Lio en coupant Jesse. Que je sois arrivée à le retourner contre toi ?

- Lio, tu… »

Le jeune homme fut cette fois-ci coupé par Andy :

« Je me méfie. Tu es capable de tout. Je me demande même si ce n’est pas toi qui as envoyé des types m’agresser tout à l’heure.

- T’es parano mon pauvre ! Tu…

- Stop ! »

Jesse avait élevé la voix et fusillait du regard, tour à tour, Lio et Andy qui gardaient leur air fier et quelque peu menaçant.

« Vous me gonflez tous les deux. Je sais que vous ne ferez aucun effort l’un envers l’autre, mais si vous voulez vous envoyer des insultes à la figure, faites-le quand je ne suis pas là. »

Sur ce, Jesse leur tourna le dos et descendit au rez-de-chaussée. Andy soupira et se mit à taper du pied, mais ce fut Lio qui parla la première :

« Pour le peu que ça doit valoir pour toi, je te jure que je n’ai envoyé personne pour… te casser la figure. Je te déteste, mais je n’irai pas jusque là. »

Andy laissa passer quelques secondes :

« Très bien.

- On devrait enterrer la hache de guerre tu ne crois pas ?

- Oui. Au moins pour Jesse. Mais ça ne veut pas dire que je t’apprécie.

- Non, bien sûr… »

Andy acquiesça puis lui tourna le dos. Il rejoignit Jesse, qui attendait, assis sur la première marche des escaliers. Il s’installa à côté de lui et dit, au bout de quelques minutes :

« Bon… On a fait la paix. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais… on va faire des efforts. »

Jesse posa sa tête sur son épaule, puis, contre toute attente, il se mit à rire :

« Mais tu es en plein progrès dis-moi !

- Vas-y, moque-toi, tu rigoleras moins quand tu verras la punition que je te réserve. »

Le visage à seulement quelques centimètres de celui d’Andy, Jesse demanda :

« Ah oui, vraiment ?

- Oh que oui. Pas de restaurant ce soir. Je t’enferme dans ma chambre.

- Et c’est censé être une punition ? rit Jesse. »

Andy se fit soudain sérieux, coupant toute envie de rire chez son amant. Il l’attira violemment à lui et l’embrassa, puis le poussa en arrière en l’obligeant presque à se coucher sur le sol. C’est le moment que choisit Lio pour intervenir :

« Ah non, hein ! Je veux bien faire des efforts, mais ça, c’est trop ! »

ooOOoo

Le meilleur moyen de décompresser après des examens était de les oublier. Et Lio, en parfaite meneuse de soirée, avait tout prévu à cet effet. Grâce à ses connaissances et celles de ses parents, elle avait obtenu l’accord pour louer la salle des fêtes de la ville. Et cela n’avait pas été si facile, d’autant plus qu’il s’agissait de contenir plus de deux cents élèves dans une salle prévue pour la moitié seulement. Du moins, selon les normes de sécurité. Lio avait aussi fait appel à un traiteur qui avait préparé un buffet froid qui ne semblait jamais s’épuiser, et à un DJ renommé dans la région. Une bonne ambiance régnait dans la salle, tous se réjouissant d’avoir passé un cap en se fichant momentanément du résultat. Pourtant, loin de là, d’autres avaient décidé de faire la fête à leur façon.

Le pavillon était vide, chose assez rare depuis que les examens avaient commencé, et comme l’avait dit Andy :

« C’est une occasion à ne pas rater ! »

L’occasion d’être seuls, tout à fait tranquilles, et loin d’être inquiétés par le bruit qu’ils seraient amenés à faire. Jesse se voyait libéré de toute pudeur et n’hésitait pas à s’exprimer librement, au grand plaisir d’Andy qui se trouvait au meilleur de sa forme. Allongé sur son lit, les cinq sens en éveil, il admirait la vue dont Jesse lui permettait de jouir. Le jeune homme, assis au-dessus de lui, rythmait leur cadence. Il avait pris les devants, chose plus que plaisante, mais il était regrettable que cela n’arrive pas plus souvent. Ce cocon de chaleur pris fin de la meilleure façon qui soit, les libérant tous deux dans un moment d’extase pure. Jesse se laissa ensuite tomber sur le côté, tout près de son compagnon qui ne pouvait s’empêcher d’afficher un sourire bêta. Il soupira d’aise, puis vint se lover contre le torse d’Andy dont la respiration se calmait peu à peu, agissant de même sur celle de Jesse.

« J’en peux plus… Je suis poisseux, fatigué, et je te parle même pas de l’endroit le plus sensible… »

Andy se mit à rire, sans méchanceté aucune, faisant aussi sourire Jesse.

« Oui, moi aussi je suis trempé. Mais… c’était bon, non ? »

Le sourire de Jesse s’agrandit, de même que les rougeurs sur ses joues, mais désormais il ne se cachait plus. Andy considéra que c’était une réponse acceptable et entoura Jesse de ses bras. Ce tout jeune couple voulait profiter au maximum du temps qui lui était imparti, avant de ne connaître une longue période d’abstinence.

« Je vais prendre une douche, dit Jesse en se séparant de son amant.

- Est-ce une invitation ? demanda sournoisement Andy.

- Oui, surtout si tu acceptes d’abord d’aller nous chercher de quoi grignoter en bas. J’ai toujours faim, après.

- D’accord, mais laisse la porte de la salle de bains ouverte ! »

Andy sauta du lit nu comme au premier jour, puis enfila un jean avant d’ouvrir la porte de la chambre. Même si la maison était vide, il préférait ne pas tenter le diable… Après s’être assuré que Jesse se levait bien plutôt que de s’endormir en ruinant tous ses espoirs de douche en duo, Andy commença à descendre jusqu’à la cuisine, appréciant le froid des marches sous ses pieds malgré la température hivernale qui régnait au-dehors. Andy s’arrêta brusquement en haut des escaliers, au premier étage, lorsqu’il entendit la porte d’entrée s’ouvrir. Il perçut ensuite la voix de Lio, et celle d’un homme qu’il ne reconnut pas. Il fut alors tenté de remonter pour rejoindre Jesse, mais s’il remontait sans rien à manger, il craignait que le jeune homme ne lui interdise l’accès à la douche…

En silence, Andy continua donc à descendre les escaliers, en silence cette fois. Lio et son invité se trouvaient dans la cuisine, empêchant ainsi Andy de s’y rendre. Il n’avait pas vraiment envie de la croiser. Moins il la verrait, et moins il y aurait de problèmes, non ? Néanmoins, poussé par la curiosité, il s’approcha de la cuisine, et, caché par un coin de mur, il tendit l’oreille. La première chose qu’il entendit fut le bruit de bouteille qu’on décapsule. Puis, Lio prit la parole, et ce qu’elle dit fut au-delà de tout ce qu’il avait pu imaginer. La surprise se peignit sur son visage pour laisser peu à peu place à un large sourire. Le dialogue dans lequel étaient partis Lio et l’autre homme avait le don d’intéresser au plus haut point Andy. Qui décida d’y prendre part. Se détachant de l’obscurité, il entra dans la cuisine. Lio le regarda d’un air mauvais, se doutant bien qu’il avait entendu la conversation et irritée par le sourire qu’il affichait.

« Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle, en colère.

- Eh bien, d’après ce que j’ai entendu, je pense pouvoir vous aider… »

Lio allait protester, mais Antoine l’arrêta d’un geste autoritaire de la main et dit :

« Laisse-le parler, Lio. Voyons en quoi il pourrait nous aider… »

Andy apprécia cette intervention, ce qu’il montra d’un signe de tête, puis il s’assit devant la table :

« Très bien. Mais avant toute chose, expliquez-moi votre plan dans les moindres détails… »

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Hello !
Désolée pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre (plus court que les autres qui plus est...), mais bon, vous en connaissez les raisons, on va pas revenir là-dessus. Encore merci à Ayuluna et Skorpan pour leur soutien^^
Le prochain chapitre arrivera dans une semaine, jour pour jour, si je ne décide pas de le poster avant... On approche tout doucement de la fin, encore deux chapitres !
J'anticipe donc un peu : merci à tous ceux qui ont suivi cette histoire, qui la suivent encore ou qui la liront plus tard. Merci à mon doudou qui essaye toujours, malgré la distance, de me donner un bon coup de pied.... et un avis important, puisque tu es désormais mon unique bêta-lecteur (même si, en ce moment, c'est un peu difficile T__T).
Gros bisous à tout le monde et à très bientôt donc !

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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