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faut pas avoir le vertige....

Samedi 20 septembre 2008

 

« J’ai pris ma décision… »

Clément sourit faiblement à l’approche de son petit ami, et se releva pour l’accueillir. Nathan salua d’abord Chloé qui se sentit mal à l’aise, puis s’adressa à Clément avec un sourire forcé :

« Tu peux venir s’il te plaît ? »

Clément acquiesça et s’excusa auprès de son amie, lui promettant de venir la voir le lendemain pour constater son avancée en ce qui concernait sa caricature. Il suivit ensuite Nathan, traversant la place du village pour aller derrière l’école, sur le chemin qui menait chez lui. Ils s’arrêtèrent derrière de grands arbres qui bordaient la route, et alors, Clément voulut se rapprocher de Nathan pour l’embrasser, voulant ainsi lui faire comprendre à quel point il lui avait manqué. Mais Nathan le stoppa d’une main sur le torse, et fit non de la tête. Clément fronça les sourcils et demanda, interloqué :

« Quoi ? On peut pas nous voir d’ici… »

Ils se fixèrent, longuement, Nathan ne desserrant pas les dents. Il savait ce qu’il devait faire, mais voir Clément avec Chloé l’avait quelque peu dérouté. Il était jaloux. Mais cela devait changer, même si c’était dur. Clément, quant à lui, cherchait cette lueur qu’il connaissait si bien dans les yeux de Nathan. Mais elle n’y était pas, son regard était éteint, froid, tout comme son attitude. Clément ne reconnut pas son amant. Il s’approcha, mais Nathan fit un pas en arrière, touchant l’arbre avec son dos.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Clément n’avait pas pu empêcher l’inquiétude de teinter sa voix, ce que Nathan ne sentit que trop bien. Il avait du mal à soutenir le regard de Clément, et parler lui était très douloureux :

« Il faut qu’on parle. De nous. »

Clément crut qu’on lui avait planté un couteau en plein cœur. Le ton de son amant ne faisait aucun doute quant à ce qui allait suivre. Ce qu’il avait tant redouté arrivait, mais il fut incapable de prononcer un mot, du moins pas tant que Nathan ne lui eut dit :

« Il faut qu’on s’arrête là avant que ça n’aille trop loin. »

Clément fut pris d’un rire nerveux, qui ne se calma que difficilement.

« Trop loin ? Tu te fous de moi ? Coucher ensemble, ce n’est pas déjà être allé trop loin ? »

Nathan était droit comme un i. Il savait que cette discussion n’allait engendrer que de la colère et de la tristesse, mais il savait aussi qu’il devait aller jusqu’au bout.

« On n’aurait jamais dû commencer. C’était une erreur.

- Une erreur ? »

Clément ne se retenait plus désormais. Nathan, la personne qu’il aimait plus que tout, était en train de le faire souffrir comme jamais, et, à l’image de son père, Clément ne pouvait l’exprimer que par la colère. Il ne s’en haïssait que plus : pour lui ressembler autant, mais aussi pour être tombé dans les bras de son ami qui, finalement, ne semblait avoir fait ça que pour essayer, non pas parce qu’il avait de véritables sentiments à son égard.

« Une erreur ? reprit-il. Qui, a embrassé l’autre le premier ? Qui, a voulu plus qu’une amitié ? Qui a poussé l’autre dans le lit ? Dis-le Nathan ! »

Clément était tout simplement furibond. Pas aux bords des larmes, la tristesse ne l’avait pas encore atteint. Mais en colère. Nathan, en revanche, se mordait la langue jusqu’au sang.

« Dis-le !

- C’est moi ! »

Ces mots étaient hurlés, pleins de rage, et les arbres qui avaient caché les deux jeunes lycéens ne leur servaient plus à rien. Nathan répéta en serrant les dents :

« C’est moi…

- Alors pourquoi est-ce que tu veux tout arrêter ? Tu as essayé, ça t’a déplu, alors maintenant que tu m’as bien utilisé, tu veux me jeter ? Pourquoi, Nathan ? Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Mais Nathan ne voulait pas répondre, il regardait sur le côté, les mains dans les poches, et s’était un peu écarté de l’arbre toujours dans son dos. Sur le visage de Clément, un sourire sadique apparut, et il rit :

« C’est à cause d’elle, hein ? T’as cru que tu l’avais perdue alors tu…

- Laisse-la en dehors de ça ! »

Nathan avait hurlé plus fort que précédemment. Clément hocha la tête.

« C’est bien ça alors… C’est elle. Justine. Parce que tu crois que tu l’aimes ? Si c’était vraiment le cas, tu crois que tu te serais lancé dans une relation, avec moi ? Tu crois que tu aurais voulu aller voir ailleurs ? Tu ne l’aimes pas Nathan. Alors dis-moi pourquoi… dis-moi la vraie raison… pourquoi tu veux rompre avec moi ? »

Bizarrement, ces derniers mots furent très difficiles à prononcer. Clément avait su dès le début que Nathan s’était lancé tête baissée dans cette relation, c’est pourquoi il avait été réticent à le suivre malgré ses sentiments. Mais il avait espéré, sans jamais oublier cette menace au-dessus de leur tête, que Nathan finirait par vraiment s’investir et qu’ils deviendraient ainsi un vrai couple. Il se disait désormais qu’il avait eu raison depuis le début, et qu’il aurait mieux fait d’envoyer un coup de poing dans le visage à son ami plutôt que d’accueillir ses baisers. Voyant que Nathan ne lui répondait pas, il insista :

« Pourquoi ? »

Nathan finit par craquer :

« Parce que je ne peux pas rester avec toi ! On… On est deux hommes, tu comprends ? On peut pas rester ensemble…

- Qu’est-ce que tu racontes ? Qui t’a mis ça dans la tête ?

- Personne.

- Personne ? Tu t’es réveillé un matin, et tu t’es dit que ce qu’on faisait c’était pas bien ? Pourtant, tu avais l’air de trouver ça bien quand on a couché ensemble !

- C’est pas normal, c’est tout ! »

Nathan avait hurlé, au bord des larmes. Clément le regardait, les lèvres pincées. Il souffrait au fond de lui, mais il voulait tenir tête, face à Nathan. Encore un peu.

« C’est pas normal ? reprit Clément. Qui t’a dit ça ? Ne me dis pas que c’est ce que tu penses, Nathan, ne me mens pas. Si tu le pensais vraiment, et si ça te répugnait, tu ne parlerais pas à Phil. »

Il y eut un silence, pendant lequel ils se fixèrent, mais où rien ne passa entre eux. Clément était dégoûté par Nathan, blessé. D’un autre côté, il savait parfaitement pourquoi Nathan ne voulait pas rester avec lui. Le jeune homme avait toujours eu du mal à prendre ses responsabilités, à faire ses choix indépendamment des autres.

« Tu as raison, finalement… Il vaut mieux qu’on se sépare. Je n’ai rien à faire avec un type comme toi. »

Sa gorge le brûlait, mais la souffrance n’était pas aussi forte que celle qui sourdait dans sa poitrine. Ils se regardèrent un instant dans les yeux, mais Clément détourna rapidement la tête pour cacher les larmes qu’il tentait au mieux de ne pas laisser couler.

« Va-t-en… »

Nathan chercha à s’approcher :

« Clément, je…

- Va-t-en ! »

Les yeux de Clément étaient pleins de rage, il ne voulait plus le voir, ni l’entendre ou le sentir près de lui. Si Nathan voulait le quitter, alors il fallait que ce soit définitif : leur amitié prendrait aussi fin. Il ne vit pas Nathan partir en lui lançant des regards emplis de larmes. Il ne sentit pas le vent souffler, le froid le toucher. Il ne bougeait pas, n’avait pas envie de retourner chez lui. Clément était perdu et souffrait, et, pour la première fois, son meilleur ami en était la cause. Finalement, il fit un pas en avant, sans réfléchir au chemin qu’il prenait.

ooOOoo

« Il faut que j’arrête de penser à ça… Je suis fou de croire que… »

Phil conduisait, les phares illuminant le chemin de campagne qui le ramènerait chez lui. Il était allé en centre ville afin de régler une affaire à son cabinet et n’avait désormais plus qu’une envie : retrouver son fauteuil, sa télévision, et un bon verre de whisky. Puis dormir. Il était fatigué, physiquement, et mentalement. Physiquement, car, bien qu’il soit en vacances, il ne cessait de courir d’un endroit à un autre pour régler des affaires trop importantes pour les confier à un autre. Mentalement, car il ne cessait de penser à Clément et à Nathan. Il avait eu beau faire semblant de n’avoir rien vu, les imaginer ensemble lui…

Phil s’arrêta brusquement au milieu de la route. Un peu plus loin, de dos, Clément avançait en direction du village. Il était seul, les bras ballants, et ne marchait pas bien droit. Bien que la première idée qui traversa l’idée de Phil fût que le jeune homme avait un peu trop abusé - encore une fois - de la bouteille, il comprit rapidement qu’il en était tout autrement. Il descendit de voiture et pressa le pas pour arriver au niveau de Clément qui nota à peine sa présence. Il posa une main sur son épaule, et le jeune homme le fixa avec des yeux vides de toute émotion. Phil le mena vers sa voiture en douceur, et le fit asseoir à côté de lui. Il voulait attendre d’être au village pour lui poser des questions. Attendre de l’emmener au chaud, dans un endroit familier. Il ne voulait pas le brusquer, lui qui avait l’air déjà assez secoué. Arrivés dans l’allée devant sa maison, Phil ouvrit la porte à Clément et l’aida à s’installer dans son fauteuil fétiche. Clément s’y enfonça, sembla reprendre des couleurs et demanda :

« Qu’est-ce que je fais là ? »

Son ami lui sourit, content que le jeune homme paraisse reprendre ses esprits. Il s’accroupit devant lui et posa une main sur chaque bras du fauteuil.

« Je t’ai trouvé sur la route. Tu n’avais pas l’air bien, alors je t’ai emmené ici. »

Phil marqua une hésitation, mais demanda :

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Clément réfléchit longuement à ce qu’il avait vécu dans la journée, à ce choc qui l’avait coupé de la réalité pendant de nombreuses heures, l’entraînant sur des chemins dont il n’avait aucun souvenir.

« Si tu ne veux pas en parler, continua l’avocat. Je comprendrais tout à fait. Mais n’oublie pas que je suis là pour t’écouter si tu en as besoin. »

Il se redressa pour aller dans la cuisine afin d’y prendre deux verres et une carafe d’eau. Il n’eut, néanmoins, pas le temps de rejoindre Clément dans le salon. Celui-ci se tenait dans l’embrasure de la porte, à le regarder faire.

« J’ai fait quelque chose… que j’aurai pas dû faire. Et maintenant… Je regrette. Je crois. »

Se doutant de ce dont parlait le lycéen, Phil ne dit rien. Pourtant des tas de questions lui traversaient l’esprit, mais il savait qu’il ne serait pas correct de les poser. Clément s’approcha un peu de lui.

« On fait tous des erreurs. Tu n’es pas le seul. Mais je suis sûr que quoique ce soit, tu n’as pas à t’en vouloir.

- Même si j’ai perdu un ami à cause de ça ?

- Est-ce que cet ami a fait la même erreur que toi ? - Clément hocha la tête - Est-ce qu’il regrette lui aussi ? »

Clément le regarda droit dans les yeux pendant une dizaine de secondes, puis il détourna la tête. 

« Oui.

- Il t’a laissé tomber, c’est ça ? »

Le but de Phil n’était pas de faire du mal à Clément, mais il fallait qu’il pose cette question, à la fois pour des raisons personnelles, mais aussi pour mettre le jeune homme face à la réalité. Celui-ci acquiesça. Il était au bord des larmes, cela, l’avocat le devinait parfaitement. Alors, dans un élan dont il ne se serait pas cru capable, il s’approcha de lui et le prit dans ses bras.

« Je ne vais pas te dire les paroles réconfortantes et débiles que les gens aiment sortir dans de telles situations. Je ne vais pas te dire que ton ami est un salop, ou que ce n’est pas un véritable ami. Tu sais, les gens… sont très peureux, beaucoup n’assument pas leurs actes, ne pensent qu’à eux… Mais toi, tu penses toujours aux autres, tu es responsable. Alors… s’il y a une chose que je dois quand même dire… c’est que tu es mieux sans cet ami. »

Clément agrippa les manches de la chemise de Phil, posa sa tête sur son épaule et se serra contre lui. Il avait trouvé un soutien irréprochable et se sentait bien pour la première fois depuis quelques jours. Il sentit les bras de Phil enlacer sa taille, et son souffle dans sa nuque. C’était chaud, c’était doux, c’était tendre. Ils se regardèrent, leurs visages étaient tout près l’un de l’autre. Puis Phil écarta Clément et lui tourna le dos  pour verser de l’eau dans les verres :

« Tu peux rester dormir ici ce soir. Je ne vais pas te laisser rentrer seul, et je ne veux pas prendre le risque que ton père te voit avec moi si je te ramène en voiture. Il pourrait croire que… »

Ce fut au tour de Clément d’entourer la taille de Phil. Il avait besoin de réconfort, de quelqu’un pour le soutenir, et l’avocat était cette personne. En y réfléchissant bien, il l’avait toujours été. Alors, comme attiré par un aimant, le jeune homme s’était accroché à lui. Phil était figé entre les bras de Clément. Finalement, il fit ce qu’il s’était juré de ne jamais faire, malgré toutes ses envies : il posa ses mains sur celles de Clément.

ooOOoo

« Il faut bien que j’y retourne… »

Clément avait passé la nuit chez Phil, ainsi que toute la matinée. Il avait téléphoné chez lui pour dire qu’il ne rentrerait qu’en début d’après-midi, afin de rassurer sa sœur. Son père n’avait même pas voulu lui parler, mais pour Clément, ça n’avait pas une grande importance. Sa nuit chez l’avocat l’avait revigoré, bien qu’il n’ait pas beaucoup dormi. Il s’était senti bien, cela seul comptait. Il devait désormais affronter le réel, vivre sans Nathan.

Clément arriva dans la cour devant chez lui. La voiture présente devant le garage prouvait que son père était à l’intérieur, chose étrange pour lui qui travaillait même le week-end. Sa sœur, en revanche, devait être à la boulangerie, et il se doutait fort que les petits devaient être chez l’ancienne institutrice du village. Dans un sens, ce n’était pas très rassurant. Clément avança les mains dans les poches jusqu’à la porte d’entrée. C’est là que son père sortit. Ils échangèrent un regard, puis Stéphane lui dit :

« Suis-moi. »

Clément obéit, se demandant tout de même ce que son père voulait de lui. Il le suivit docilement jusqu’à l’arrière de la maison vers un abri qui servait, entre-autres, de débarras. Son père s’arrêta devant, et après avoir regardé autour d’eux, il dit sans se retourner vers son fils :

« Attends-moi ici. »

Clément haussa les épaules et fit ce qu’on lui demandait. On père entra dans la remise pendant qu’il regardait tout autour de lui. Il voulait probablement que son fils l’aide dans les champs… Clément aperçut un chat gris qui s’arrêta pour le regarder puis partit en courant entre les blés. Le jeune homme fronça les sourcils et croisa les bras sur son torse. C’est alors qu’il sentit un coup violent dans son dos. Il tomba au sol, le visage enfouit dans l’herbe. Avec un gémissement de douleur, il essaya de se retourner, mais un autre coup l’atteignit dans les côtes. Il hurla, et ferma les yeux, que des larmes venaient brouiller. Un autre coup l’atteignit, puis un autre. Clément commençait à perdre pied, la douleur devenait trop intense. Il ne criait plus. Mais les larmes, elles, continuaient à couler, lui cachant sa dernière vision : les blés, secoués par une violente bourrasque. Avant qu’un coup ne l’atteigne au visage, il put entendre son père dire, au milieu de ses jurons :

« … pas de PD chez moi… »

Puis ce fut le néant.

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Petit retard.....
Ne me tuez pas... pas encore :D
Le chapitre suivant sera le dernier. Un épilogue devrait suivre.
J'espère que cela vous plaira^^
Ensuite je m'attaquerai plus sérieusement à "Tel est pris..."
Merci à ceux qui passent encore par ici !
Au week-end prochain...

Par Naishou - Publié dans : Jeunesse tourmentée [finie]
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Mardi 9 septembre 2008




« Oh non… »

Nathan était figé, les yeux grands ouverts, et ne semblait plus rien entendre de ce que son père lui disait. Ce dernier posa alors une main ferme sur son épaule afin de le faire revenir à lui :

« Tu m’entends ? Nathan ? Je te dis que ses parents essayent de joindre les autorités sur place… »

Nathan posa son regard vide sur les lèvres de son père, essayant d’y lire autre chose que ce qu’il entendait. Mais rien n’y faisait, et le mot « accident » revenait sans cesse à ses oreilles comme le refrain d’une chanson désagréable. Son père décida finalement de l’emmener à l’intérieur, et là, il le fit asseoir sur le canapé. Clément n’avait jamais vu Nathan dans cet état : cela lui faisait peur, et d’un autre côté, il ne savait pas quoi faire. Il regardait la scène, impuissant, les bras ballants. Il alla finalement se mettre à genoux devant Nathan qui ne releva pas la tête pour autant, même quand Clément posa sa main sur sa cuisse. Ce geste n’échappa pas au père de Nathan, qui détourna la tête tout en serrant plus fort le téléphone sans fil de la maison.

« Sa sœur m’a dit qu’elle me rappellerait quand ils auraient des nouvelles…»

 Ce fut tout ce qu’il put dire. Il avait la gorge nouée, et un coup d’œil dans l’un des miroirs du salon lui confirma qu’il était devenu écarlate. Il se mordit la langue, mais finalement, il tira Clément par le bras pour lui faire comprendre de se relever. Il l’entraîna ensuite sur le perron, loin des oreilles de Nathan.

« Que se passe-t-il ? demanda le lycéen.

- Tu peux rentrer chez toi.

- Mais, Nathan, il...

- Sa mère ne va pas tarder, nous allons nous occuper de lui. »

Clément regardait le père de Nathan en fronçant les sourcils, ne comprenant pas ce qu’il se passait réellement. Il ne voulait pas poser de problèmes, et encore moins se disputer avec le père de celui qui était devenu son amant. Les choses étaient assez compliquées sans cela…

« Nous te préviendrons si nous avons du nouveau. »

Cette promesse sonna fausse aux oreilles de Clément, mais il ne dit rien, et le père de Nathan retourna à l’intérieur. Tous deux ne s’étaient jamais appréciés sans pour autant se vouer de la haine : Clément avait toujours eu l’impression que cet homme voulait le mettre à l’écart, bien que cela ne fut jamais explicite. Clément s’en alla, les pieds trainants. Il commençait à avoir un mauvais pressentiment, et cela n’avait rien avoir avec Justine. Il jeta un coup d’œil derrière lui et retourna vers le village. Il pensa alors à ce qui arriverait si Justine était décédée. Il avait honte de penser à cela, mais d’un autre côté, il serait libre de rester avec Nathan. Les deux jeunes hommes n’en avaient jamais parlé, mais si Nathan voulait rester avec Clément, il serait obligé de rompre avec elle. Clément secoua la tête. De telles pensées étaient indignes de lui, indignes de tout être humain. Les parents de Justine devaient être au plus bas en ce moment-même, angoissés, accrochés au téléphone afin d’obtenir la moindre petite information. Alors, Clément pensa à Chloé. La pauvre jeune femme, qui l’avait tant aidé, devait bien avoir besoin qu’on la soutienne. Il décida alors d’aller la voir.

Il ne lui fallut qu’une dizaine de minutes pour parvenir jusque chez elle. Il marqua tout de même une hésitation avant de frapper à la porte, mais il se lança, frappant trois coups bien espacés. Chloé vint lui ouvrir, les yeux rougis par les larmes. Elle prononça son prénom d’une voix chevrotante et se blottit dans les bras que Clément lui ouvrit bien volontiers. Il lui caressa le dos, ne sachant pas quoi faire d’autre, et attendit qu’elle reprenne son calme. Le teint toujours aussi pâle, Chloé s’écarta de lui et le fit entrer chez elle afin de l’installer dans le salon où ses parents attendaient, en silence, que quelqu’un veuille bien leur répondre au téléphone. Chloé s’accrocha au bras de Clément et se mit elle aussi à attendre, ses parents ne faisant pas vraiment attention à eux. Clément compris alors que le simple fait d’être là, aux côtés de Chloé, était suffisant pour elle. Finalement son père, un homme d’une quarantaine d’années, maigre et plus grand que Clément, raccrocha le téléphone avec violence.

« Toujours rien ! »

S’ensuivit une série d’injures virulentes à destination de tout et tout le monde. Sa femme, quant à elle, pleurait en silence, certaine d’avoir perdu sa fille aînée. Clément, qui se trouvait dans un environnement inconnu, serra la main qui tenait son bras, et la prise de Chloé se raffermit. Il était prêt à rester avec elle toute la nuit s’il le fallait, quitte à mettre son père encore plus en colère contre lui. De toute façon, au point où il en était, ça ne pouvait pas être pire. Brusquement, le téléphone se mit à sonner, faisant sursauter tout le monde dans le salon. La mère regarda son mari avec peur, et se dernier décrocha le combiné en tremblant.

« Oh mon Dieu tu es vivante ! »

Chloé et sa mère se rapprochèrent du téléphone pour mieux entendre, alors finalement le chef de famille mit le haut-parleur et la voix faible de Justine leur parvint :

« J’ai essayé de vous appeler, mais ça sonnait occupé à chaque fois... désolée de vous avoir inquiété, je n’ai pas pu vous prévenir avant.

- Mais comment ça se fait ? demanda sa mère.

- J’ai raté mon avion. Celui qui… Je l’ai raté parce qu’il y avait des embouteillages sur la route. Alors j’attendais le suivant… J’ai tout vu vous savez… Je… Si j’avais été à l’heure, je… »

Son père la rassura immédiatement et le soulagement pouvait s’entendre dans sa voix. Chloé revint aux côtés de Clément et lui sourit. Le jeune homme était lui aussi rassuré, mais il eut quand même du mal à sourire.

ooOOoo

« Mais qu’est-ce que je fous là, moi ? »

Ne sachant plus où il en était, ni où aller, Clément avait suivi son instinct, et ce dernier l’avait amené vers la personne auprès de laquelle il s’était toujours senti aimé : sa mère. Depuis la fête du printemps, les médecins n’avaient noté aucun changement de son état de santé. Mais Clément ne cessait d’espérer. Il la regardait, cette femme qui avait été si belle, et dont sa sœur avait hérité les traits, fins, les cheveux, dorés, et les yeux, deux amandes parfaitement dessinées. Lui, il n’avait hérité d’elle que ses yeux clairs, mais le reste de son visage correspondait trop aux traits de son père. Clément soupira. Quoiqu’il fasse, ses pensées le ramenaient vers son père… ou vers Nathan.

Pourtant, il voulait les oublier, ne serait-ce qu’un instant, rester éloigné de cette vie qu’il ne supportait que dans l’espoir d’un avenir meilleur. Le passé avait été tellement horrible, l’état de sa mère le prouvait bien. Il reposa les yeux sur elle, qui ne bougeait pas, assise devant la fenêtre de sa chambre. Presque endormi, Clément repensa à l’époque où elle parlait encore, où elle marchait, jouait à ses côtés. Elle avait été si douce, si attentive au moindre des besoins de ses enfants, que c’était presque un crime de la voir ainsi. Mais qui aurait pu croire que tout finirait de cette façon ? Les parents de Clément s’étaient vraiment aimés, au départ. Il formait un couple aimant, uni, travaillant ensemble sur les terres familiales. Clément avait vu le jour un an après leur mariage, puis avait suivi Lucie, et enfin Alice. Néanmoins, leurs parents ne roulaient pas sur l’or : les affaires marchaient bien, mais pas assez pour entretenir une famille trop nombreuse. D’autant plus que la mère de Clément se remettait assez mal de la naissance d’Alice, pour laquelle elle connut de nombreuses difficultés et avait été alitée à seulement quatre mois de grossesse. La pauvre femme ne pouvait donc plus aider dans les champs.

Le caractère de son mari avait commencé à changer vers cette époque-là. Il était devenu plus distant, plus froid avec les enfants, et avec sa femme. Il passait toutes ses journées dehors, ne rentrant que pour manger ou se reposer. Clément se souvenait très bien de cette période : elle coïncidait avec le moment où son père avait arrêté de l’accompagner à l’école. Il se rappelait très bien sa mère, derrière la poussette d’Alice, le tenant par la main, même sous une pluie battante, alors que lui-même tenait la petite main de Lucie, et tous, allant difficilement vers l’école ou faire une course dans le village. Ils avaient vraiment eu une vie de misère. Clément fit la grimace. Rien ne s’était arrangé, car par « accident », Corentin était arrivé. Clément frissonnait encore en se remémorant la dispute de ses parents lorsque sa mère sut qu’elle était de nouveau enceinte, malgré son état de santé fragile :

« Claire, tu comprends ce que ça veut dire ? Encore un, ça veut dire moins pour les autres ! On ne peut pas le garder ! Tu dois avorter ! En plus c’est prendre des risques inutiles ! Ta santé ne le permet pas !

- Je me fiche de ma santé, Stéphane. J’ai réussi à mettre au monde trois enfants, il en sera de même pour lui ! »

La seule réponse de son mari fut de la gifler. C’était la première fois qu’il la frappait et la dernière. Mais ils ne se parlèrent plus jamais, excepté pour se disputer. Sa mère assuma seule la grossesse et la naissance de Corentin. Elle devint distante avec ses amis, avec ses enfants, jusqu’à ne plus parler après la naissance de Corentin qui vit le jour prématurément, un épisode douloureux pour elle, qui n’eut même pas de main à serrer pour l’encourager. Stéphane ne parlant plus à sa femme, et ne la considérant presque plus comme telle, celle-ci tomba dans la dépression, et au final ne fut plus capable de s’occuper d’elle. Son père se vit donc dans l’obligation de la faire entrer dans le centre où elle se trouvait à présent. Stéphane, quant à lui, apprit comment se servir des mots pour faire le plus de mal possible à sa famille, afin de nourrir sa colère.

Clément avait les yeux semi-clos, assis dans un fauteuil jaune pas loin de celui de sa mère. Il sut alors qu’il rêvait, mais pour rien au monde il n’aurait voulu se réveiller. Sa mère tournait la tête vers lui, elle lui souriait, tendait sa main vers sa joue, et disait de sa voix douce :

« Je t’aime tellement… Je suis fière de toi. Continue à être fort… »

Et Cément ravalait ses larmes.

ooOOoo

« Je ne sais plus… »

Nathan faisait les cent pas sur le parking de l’aéroport, devant ses parents qui avaient tenu à l’accompagner, et avait même réussi à emmener Xavier avec eux, bien que ces derniers temps, le jeune homme ne fut pas souvent au domicile familial, trop heureux de vivre enfin une vraie relation avec Lucie. Nathan ne savait plus vraiment comment il était arrivé là, les deux jours qui étaient passés à une allure folle ne lui avait laissé qu’une impression furtive de profonde tristesse. En revanche, son malaise ne cessait de croître, comme si il avait commis quelque chose de grave. Sa famille l’observait, sa mère amusée, son frère avec un regard plutôt scrutateur. Son père, en revanche, finit par lui dire, agacé :

« Arrête-toi un peu, bon sang ! Elle ne va pas tarder. »

Nathan grogna. Était-il vraiment dans cet état à cause de l’arrivée imminente de Justine ? Il avait quelques doutes… Les parents de la jeune femme l’attendaient à l’intérieur, son avion avait déjà dû atterrir. Ils avaient préféré que Nathan reste dehors, afin de surprendre le plus possible sa petite amie qui serait déjà pas mal déboussolée. La mère de Nathan fut la première à les voir arriver :

« Nathan, regarde ! »

Son fils se retourna lentement, et aperçut Justine, sa sœur et leurs parents, qui venaient dans leur direction. Sa petite amie finit par le voir, et ses yeux se mirent à briller. Elle était soulagée d’être enfin rentrée chez elle, mais voir Nathan ici, en cet instant même, avec ses parents et loin de Clément, lui faisait ressentir quelque chose qui était au-delà du soulagement. Elle laissa ses parents derrière elle et courut jusque dans les bras de Nathan qui sur le coup, ne sut plus quoi faire. Il lui fallut un instant, bien que court, pour enrouler ses bras autour de la taille de Justine et de plonger son visage dans le creux de son cou. Justine pleurait des larmes de joie, et lui, la laissait faire sans rien dire. Mais son hésitation n’avait pas échappé à son frère, qui regardait son visage triste en fronçant les sourcils. Nathan comprit, et esquissa un sourire avant de serrer Justine un peu plus fort. Pourquoi serait-il triste alors que sa petite amie venait de rentrer ?

« …où j’en suis... »

ooOOoo

« Il faut que je le voie… »

« Clément ? Tu rêves ? »

Le jeune homme croisa le regard moqueur de Chloé et sourit :

« Excuse-moi. Je pensais à autre chose. »

Son amie sourit de plus belle, et reprit son cahier à dessin. Son passe-temps favori, était de caricaturer les gens autour d’elle ; Chloé ne faisait que très rarement des portraits fidèles, elle trouvait cela trop intimiste. Elle avait donné rendez-vous à Clément sur la place du village afin de lui faire sa caricature, pensant ainsi le remercier pour son soutien lorsque sa famille avait appris pour l’accident d’avion. Clément n’avait pas eu le choix, Chloé l’avait presque obligé à venir avec elle, s’asseoir sur ce banc où depuis une bonne heure, elle peaufinait son dessin. Clément tenta de le voir, mais Chloé lui jeta un regard noir, et il se ravisa. Il reprit alors sa position initiale, bien droit, et observa son amie qui avait les sourcils froncés, concentrée. Elle était belle, à sa façon. Elle n’aurait pas gagné un concours de beauté, mais ses traits étaient fins, son regard franc et clair, et la gentillesse dont elle faisait preuve venait combler ce qui lui faisait défaut.

« Oui, ça serait facile… »

Des tas de pensées traversaient son esprit depuis qu’il ne voyait plus Nathan. Il en venait à se dire que depuis qu’ils avaient entamé leur relation, il ne s’était pas passé une journée sans qu’il ne se pose des questions, sans qu’il n’ait des doutes. Mais tout couple à ses débuts ne se trouve-t-il pas dans ce cas ? Il fallait juste apprendre à les surmonter, non ? Fuir ne servait à rien, Clément le savait bien, lui qui avait longtemps fuit avant que Nathan ne fasse preuve de « persuasion ». Si Nathan n’avait pas fait le premier pas, jamais Clément ne lui aurait avoué ses sentiments, jamais il n’aurait su que son ami d’enfance l’aimait.

Clément se leva soudainement, fixant un point, droit devant lui. Chloé le regarda faire avec surprise, puis se tourna dans la même direction que lui. Nathan venait vers eux, et semblait légèrement tendu.

ooOOoo

« Mais qu’est-ce que je fais ? »

Nathan se rendait comme tous les jours chez Justine, qui devait sûrement l’attendre impatiemment. Depuis qu’elle était rentrée, elle sortait rarement, sinon accompagnée. Alors, Nathan faisait de son mieux pour être le plus disponible possible.  Néanmoins, lui rendre visite l’arrangeait énormément ces derniers temps, car il souffrait de rester chez lui, avec son père en vacances. Cela faisait trois jours. Trois jours qu’il ne supportait plus de le voir, d’entendre sa voix ou de simplement le savoir dans la même maison que lui. Son père ne le dégoûtait pas, non. C’était autre chose. De la déception peut-être… Doucement mais sûrement, Nathan revint à cet événement.

La télévision était allumée, diffusant le journal du vingt heures, présenté par une femme qui avait encore beaucoup à apprendre. Nathan mettait la table, pendant que sa mère finissait de préparer le repas, et que son père regardait le journal. Nathan ne cessait alors de penser à Clément, en se disant qu’il fallait à tout prix qu’il aille le voir, car il en avait plus que besoin. Il ne faisait pas attention à ce qui se passait autour de lui, et s’appliquait uniquement à mettre convenablement le couvert. Il finit par poser la bouteille d’eau et la bouteille de vin sur la table, et regarda sa mère apporter l’entrée avant qu’elle n’aille s’asseoir en compagnie de son mari. Alors, son fils l’entendit s’exclamer :

« Mon Dieu, mais c’est horrible ! »

Nathan se rapprocha du canapé pour regarder la télévision. La voix fluette de la présentatrice lui parvint, lui arrachant le cœur par ses propos :

« Hier soir, deux jeunes hommes sont morts dans un petit village du sud de la France, assassinés par un groupe de lycéens qui côtoyaient le même établissement qu’eux. Un crime homophobe, d’après les autorités, les deux jeunes hommes semblaient avoir une relation… »

Nathan n’écouta alors plus la journaliste, mais sa mère :

« Les gens sont vraiment capables de n’importe quoi. Tuer parce que…

- Ils n’auraient pas dû s’exposer. »

Nathan avait été surpris par l’intervention de son père et était resté stoïque. Son père s’était alors levé du canapé pour se servir à boire.

« Deux hommes ensemble, ce n’est pas normal. Tout comme deux femmes. C’est répugnant, quoiqu’on essaye de nous faire croire de nos jours. Depuis quelques temps, on nous montre que ce type de relation n’a rien de bizarre, que c’est presque naturel. Moi je ne vois rien de naturel là-dedans. Si ça l’était, alors deux femmes ensemble devraient pouvoir avoir des enfants, non ? Imagine chérie : ton fils est homosexuel, il ramène un autre homme sous ton toit. Tu pourrais l’accepter ? Tu ne dirais rien ? Et les gens, autour de toi ? Tu crois qu’ils regarderaient ça en souriant ? Bien sûr, au bout d’un moment, tu finirais par le tolérer, tout en sachant que jamais tu ne seras grand-mère, et quelle déception ce serait… c’est peut-être bête de dire ça, mais il faut en avoir conscience. Deux hommes ensemble, ce n’est pas et ne sera jamais normal. »

Nathan croisa alors le regard de son père et en eut des frissons. Cela n’avait pas duré longtemps, un simple regard, mais il avait pu y lire du dégoût.

Ce jour-là, Nathan avait compris beaucoup de choses. Sur lui, sur ses parents, sur les liens qui les unissaient. Et sur sa relation avec Clément. Voilà pourquoi il essayait d’éviter du mieux qu’il pouvait de croiser son amant en public, chose au combien difficile dans un si petit village. De plus il savait qu’avec la reprise des cours, dans deux jours, il ne pourrait pas l’éviter bien longtemps. Pourtant, quand il aperçut Clément et Chloé, assis sur la place du village si près l’un de l’autre, le sourire aux lèvres, il avait ressenti une colère incroyable. Il n’avait pas pu s’empêcher de se diriger vers eux, même s’il savait que ce n’était pas une chose à faire.
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On se rapproche vraiment de la fin...
Désolée de poster aussi tard, mais rien n'a changé de mon côté, et ça risque de rester ainsi pendant un loooong moment. Je ferai de mon mieux pour vous apporter la fin de cette histoire, et je l'espère, une fin correcte (Hiro, ne sors pas le fouet, je suis fragile, lol).
Sinon qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Vous avez eu le droit à quelques révélations, mais malheureusement, pas bien joyeuses... Vous allez finir par croire que je suis une personne qui voit tout en noir XD
Sur ce, je vous laisse, je m'en vais retrouver mon lit bien chaud et mon sirop pour la toux. T__T (et dire que demain, je dois aller bosser....).
Comment s'est passée la rentrée pour ceux/celles dont ça a été le cas ? (comment ça je suis trop curieuse >__<)

P.S: Ce que dit le père de Nathan, n'est pas tout à fait fictif, malheureusement... Merci Hiro^^

Par Naishou - Publié dans : Jeunesse tourmentée [finie]
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Dimanche 31 août 2008


« Je me demande bien ce que je fais… »

Nathan avançait tranquillement sur le chemin menant à la maison de Phil, les mains dans les poches de son survêtement bleu marine, les yeux baissés sur le sol quand il ne regardait pas tout autour de lui pour être sûr que personne ne le voyait… ou l’espionnait. Cinq jours étaient passés depuis que Clément était parti, et depuis, il était sans nouvelles. Chaque jour, il s’était rendu chez Phil dans l’espoir d’y retrouver son amant, mais chaque jour lui avait apporté une déception de plus. Il en avait même été jusqu’à penser à ne plus y aller, croyant que cela ne servirait à rien. Mais finalement, après avoir passé deux bonnes heures sur le moteur de sa voiture – car Nathan avait toujours aimé la mécanique - il se trouvait de nouveau sur le chemin menant à l’entrée du village. Pourtant, les paroles de son frère revenaient sans cesse à son esprit, le tiraillant, lui donnant l’impression que ce qu’il faisait était mal. Mille questions venaient ainsi le torturer : Clément se préoccupait-il de leur relation ? Cherchait-il à le fuir ? Et si ce n’était pas le cas, que feraient-ils ? Comment…

Nathan avait passé le petit portail d’entrée, et se trouvait à présent dans le jardin devant le bâtiment, statufié. Clément, assis devant la porte de la maison, lui fit un signe de la main et se leva pour l’accueillir. Nathan en oublia tout ses doutes, toutes ses questions, et avança plus vite, sans pour autant courir, afin de se rapprocher de Clément. Ce dernier lui prit les clefs des mains et ouvrit la porte afin qu’ils entrent, et la referma derrière eux. Nathan eut alors une drôle d’impression : le regard de Clément était brillant, mais légèrement froid, et ses gestes étaient quelque peu tremblants. Nathan avait une idée de ce qui avait pu se passer mais Clément l’empêcha de s’étendre sur le sujet en le plaquant au mur pour l’embrasser.

D’abord surpris, Nathan se laissa faire avant de ne chercher lui aussi à prendre les devants. Il ne pensait pas Clément capable de faire une telle chose, d’être demandeur, mais cela lui plaisait énormément, même s’il avait l’impression que tout allait un peu vite. Il força Clément à s’écarter, et dit en souriant :

« C’est pour te faire pardonner de n’être pas venu pendant cinq jours ?

- Oui. Mais aussi parce que j’en meure d’envie. »

Clément voulut embrasser de nouveau Nathan, mais ce dernier usa de sa force pour l’en empêcher. Le comportement de Clément l’amusait, lui plaisait, mais il voulait que les choses aillent un tout petit peu plus loin, afin de voir jusqu’où pouvait aller son amant.

« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Clément.          

- On va voir ce qu’il y a au fond du jardin. »

Nathan ne laissa pas le choix à son compagnon qui le suivit docilement à travers le salon, la cuisine, et à travers le jardin. Ce n’est que lorsqu’ils arrivèrent devant un grand bâtiment en bois et vitré que Clément sourit, comprenant tout de suite ce qu’il avait devant lui.

« Phil gagne vraiment bien sa vie… »

La porte s’ouvrit sur une immense piscine rectangulaire entourée de deux chaises longues, d’un bar, d’un ensemble de deux chaises et d’une table ronde blanches, ainsi que d’une autre porte qui donnait sur une sorte de vestiaire, et d’une douche dernier cri. Les deux lycéens en firent rapidement le tour et revinrent s’installer près du bar d’où Nathan sortit deux sodas.

« Tu crois qu’on peut ? demanda Clément.

- Je suis même sûr qu’on peut. Il n’y a que des sodas ou des jus de fruits là-dedans. Phil a tout prévu. »

Ils s’installèrent sur les deux chaises blanches pour boire leurs sodas, sans parler, si ce n’est avec les yeux. Malgré la forte chaleur qui régnait près de la piscine, les ardeurs de Clément semblaient s’être dissipées, ce qui déçut Nathan qui s’était vraiment attendu à ce que son amant ne lui saute dessus. Il avala les dernières gorgées de sa canette et se dit que c’était à lui d’agir pour leur bien à tous les deux. Il se leva, et sous le regard interrogatif de Clément, il commença à se déshabiller. Une fois nu, il s’approcha de la piscine et dit :

« Tu viens ? »

Clément sourit et imita son compagnon, jusqu’à le rejoindre au bord de la piscine. Là, il lui dit :

« On refait la course ?

- Tu veux encore prendre le risque de te noyer, comme la dernière fois ?

- Si tu me réchauffes de la même façon, je ne vois pas pourquoi je ne prendrais pas le risque. »

Ils se sourirent, puis se mirent en position, essayant d’ignorer le corps tout proche de l’autre. Ils plongèrent au signal de Nathan et firent l’aller-retour aussi vite qu’ils le purent, cherchant à surpasser l’autre. Ce fut finalement Clément qui arriva le premier :

« Tu vois, je ne me suis pas noyé. »

Nathan se mit à rire, et se laissa aller dans l’eau, appréciant cette caresse sur sa peau nue. Il sentit Clément se rapprocher de lui, alors il recula, faisant cela chaque fois que son amant essayait de le toucher.

« Je sors, » finit-il par dire.

Clément le regarda émerger de l’eau puis se diriger vers le vestiaire. Il soupira, se demandant bien ce qui lui prenait, et se rapprocha de l’échelle pour sortir à son tour. Lorsqu’il parvint sur le sol dallé, Nathan était déjà de retour, une serviette autour des hanches, et une autre dans la main. Il tendit la serviette à Clément qui la mit lui aussi autour de sa taille, puis il s’assit au bord de la piscine, les pieds toujours dans l’eau. Clément l’imita, bien qu’il aurait voulu faire quelque chose de beaucoup moins sage. Il balança ses pieds dans l’eau et regarda Nathan. Ils n’avaient pas vraiment parlé, ce qui l’arrangeait, car il n’en avait pas envie, notamment après ce qui s’était passé avec son père. Celui-ci, après s’être défoulé verbalement sur son fils, était retourné se coucher, la fièvre étant remontée. Depuis, il n’avait pas quitté sa chambre si ce n’est pour manger ou combler d’autres besoins. Clément avait donc laissé les enfants chez l’ancienne institutrice qui acceptait toujours de les garder avec joie, et s’était rendu directement chez Phil, après avoir prévenu Lucie. La jeune femme ignorait tout de cet épisode avec leur père, et dans un sens, Clément se disait que c’était beaucoup mieux ainsi.

Il surprit le regard insistant de Nathan sur lui, et se demanda depuis combien de temps lui-même le fixait, perdu dans ses sombres pensées. Il se pencha vers Nathan, frôlant ses lèvres puis l’embrassa tout en le faisant basculer en arrière. Il passa un bras au-dessus de lui pour prendre un meilleur appui et prolongea leur baiser, Nathan ne semblant pas vouloir prendre les devants. Ils restèrent ainsi pendant un bon moment, n’échangeant qu’un tendre baiser, puis Clément sentit la main de Nathan sur son torse. Alors il décida d’aller un peu plus loin, afin de montrer à son compagnon que cette fois-ci, il dirigerait lui-même les choses. Il passa une main sous la serviette de Nathan, et la posa sur les jambes froides de son amant avant de les caresser dans un mouvement ascendant, passant de l’extérieur à l’intérieur de la cuisse. Nathan frissonnait sous cette délicieuse promesse de plaisirs plus poussés, mais cela ne l’empêcha pas de passer lui aussi une main sous la serviette de Clément, imitant le moindre de ses gestes. Sa main ne se crispa qu’un instant en sentant celle de Clément s’emparer de sa virilité, et il décida d’en faire de même. Oubliées les questions qui l’avaient torturé… Oubliée, l’opinion des gens… Penser à l’instant présent, rester dans les bras de l’autre… Voilà ce qui comptait.

ooOOoo

« J’ai besoin de vacances… de très longues vacances… »

L’affaire pour laquelle Phil avait du s’éloigner lui avait donné beaucoup de mal, mais finalement, le jugement était vite tombé. Phil avait gagné, encore une fois, et son cabinet était bien le seul que cela réjouissait.

« À quoi bon gagner si l’on est seul à fêter une victoire ? »

Cet illustre avocat était fier de sa victoire, mais il aurait aimé pouvoir partager sa joie avec quelqu’un de plus intime que de simples collègues de travail. L’un d’eux, un très séduisant avocat de trente-quatre ans, lui avait proposé d’aller boire un verre dans un bar situé - quelle coïncidence ! - tout près de son duplex. Mais cette invitation n’avait même pas tenté Phil. Ce dernier aspirait à bien autre chose. Mais sachant que celle-ci était loin à portée de mains, il se satisferait uniquement d’un bon lit moelleux, contrairement à la pierre sur laquelle il avait dormi à l’hôtel.

Phil rangea sa voiture devant le garage, puis en sortit pour se diriger vers l’entrée de la maison, une unique petite valise en main. Il fut surpris de voir que la porte était fermée : il aurait parié que ses deux jeunes amis seraient en train de profiter du salon, et qu’il aurait ainsi pu les surprendre en rentrant plus tôt que prévu. Finalement, la demeure était calme, et personne ne semblait y être entré. Phil posa ses clefs sur la table du salon, et monta à l’étage pour se délester de sa valise. Il ouvrit les volets de sa chambre qui donnait sur le jardin derrière la bâtisse, et sourit. Finalement, l’endroit n’était pas si désert que ce à quoi il avait pensé. De sa chambre, il pouvait apercevoir la piscine abritée, et se dit que Clément et Nathan avaient peut-être voulu profiter de la piscine à défaut de se jeter sur les jeux vidéo. Il redescendit alors tranquillement les escaliers menant au rez-de-chaussée, traversa la cuisine et le jardin, et arriva enfin devant la porte donnant sur la piscine. Il ne l’avait qu’entrouverte quand il stoppa tout geste. Il ne pouvait avoir aucun doute quant à ce que faisaient les deux lycéens. Il referma alors la porte en silence et retourna dans la maison. Avec des mouvements un peu secs, il ouvrit une console fermée à clef, et en sortit un verre et une bouteille de cognac dont il but la première gorgée au goulot. Ce fut finalement son fétiche fauteuil en cuir qui l’accueillit, et non pas son lit.

ooOOoo

« Qu’est-ce que… ? »

La porte d’entrée claqua brusquement sous l’effet d’un courant d’air, ce qui fit peur à Nathan. Le jeune homme se redressa brusquement, obligeant Clément à arrêter ses caresses pourtant si délicieuses. Il se leva avec difficultés, arrangea sa serviette autour de ses hanches, et alla refermer correctement la porte. Il resta un moment la main sur la poignée, un sentiment étrange s’étant emparé de lui. Clément vint dans son dos et passa ses bras autour de ses épaules avant de l’embrasser dans le cou :

« J’ai mal fermé la porte. Désolé. »

Nathan secoua la tête pour lui montrer que ce n’était pas grave, puis il se retourna vers lui mais évita son baiser. Il n’en avait plus envie, le plaisir ayant laissé place à un sentiment qui se rapprochait fortement de l’angoisse. Clément ne fit aucune remarque bien que frustré, et tout comme son compagnon, il se rhabilla en silence. Ils rangèrent ensuite les affaires qu’ils avaient dérangées, puis quittèrent la piscine pour retourner dans la maison, s’assurant toutefois que la porte était bel et bien fermée. Ils passèrent par la cuisine, jetant au passage leurs canettes de sodas, puis entrèrent dans le salon. Quelle ne fut pas alors leur surprise de voir Phil, assis dans un fauteuil, la mine sombre. Ce dernier se retourna vers eux et Nathan dit, d’une voix légèrement faible :

« Oh… Phil tu…

- Ah mais vous étiez là ? Je pensais que j’étais seul… »

ooOOoo

« Bon… Faut bien que je sache à quoi m’en tenir, non ? »

Xavier attendait qu’il soit dix-neuf heures pour que Lucie sorte enfin de la boulangerie. Il tenait dans ses mains la lettre froissée qu’il n’avait pas réussie à ouvrir depuis cinq jours. Chaque fois, qu’il essayait, la peur de l’échec prenait le dessus, et il lui était alors impossible d’aller jusqu’au bout. Il savait que c’était lâche, qu’il passait pour un faible, mais il n’arrivait pas à faire autrement. Mais il devait bien savoir la réponse. Alors il avait décidé de demander à la personne en qui il avait le plus confiance d’ouvrir cette lettre. Il se demandait maintenant si ce n’était pas justement une erreur. Si jamais la réponse lui était défavorable, qu’en penserait la jeune femme ? Elle serait probablement déçue, et le verrait d’un autre œil. Xavier ne serait plus le bon élève, celui qui n’échoue jamais. Il aurait alors l’impression d’être…

« Coucou. »

Lucie s’était approchée de lui sans qu’il ne le remarque, et le regardait à présent avec un sourire éclatant. Comme toujours, Xavier la trouvait ravissante et sans chichis : elle portait un jean simple ainsi qu’un tee-shirt vert comme ses ballerines, et ses cheveux étaient relevés en une queue de cheval pour libérer son visage fin. Xavier se leva en tirant un peu sur son polo rayé gris et blanc et répondit par un coucou très faible, voire inaudible, ce qui surprit Lucie qui avait l’habitude d’avoir en face d’elle un Xavier assez sûr de lui. Mais elle remarqua bien vite ses traits tirés et l’inquiétude qui le rongeait :

« Il est arrivé quelque chose ? »

Elle ne sut pas pourquoi, mais ce fut la seule question qu’elle put poser, son cœur s’étant serré au fur et à mesure qu’elle prononçait ces mots. Xavier secoua la tête, et d’un geste très hésitant, il lui remit son enveloppe. Lucie la prit dans ses mains et ouvrit de grands yeux ronds en voyant l’expéditeur :

« C’est la réponse ? Alors ? C’est bon ? »

Xavier regarda sur le côté et dit, presque énervé :

« Je sais pas. Je l’ai pas ouverte. »

Lucie fut d’abord étonnée, puis un large sourire apparut sur son visage. Elle tira Xavier par la manche pour l’emmener s’asseoir sur un banc un peu à l’écart et dit :

« Bon, alors je vais l’ouvrir pour toi. »

Ils s’installèrent l’un à côté de l’autre, mais Xavier évitait du mieux qu’il pouvait de voir Lucie décacheter l’enveloppe. Celle-ci prenait son temps, non pas dans l’intention de faire languir le jeune homme, mais trop heureuse qu’il lui ait en quelque sorte demandé d’ouvrir l’enveloppe pour lui. Elle finit par avoir une lettre couleur crème entre les mains, et demanda :

« Tu veux que je la lise ou tu veux juste la réponse ? »

Xavier la regarda avec des yeux de chien battu, et elle décida :

« Ok, juste la réponse alors… »

Elle lut pour elle-même, puis arrivée à l’endroit le plus intéressant, elle lui dit, les yeux brillants :

« Oh, Xavier… Tu as réussi ! »

Elle se leva, et contrairement à Xavier, elle laissa exploser sa joie :

« Tu te rends compte ? Bon sang, c’est bon ! Tu es admis ! Tu… Tu as réussi ! Je… suis vraiment fière de toi ! Très contente pour toi ! Tu le méritais tellement ! »

Alors qu’elle continuait dans son monologue exclamatif, Xavier s’était levé. Nulle joie ne se lisait sur son visage, il ne tremblait pas, et droit comme un i, il dit à cette jeune femme :

« Je t’aime, Lucie. »

Cette dernière en resta pétrifiée avant de sourire de nouveau et de lui tendre sa lettre. Elle se rapprocha de lui, se collant à son torse :

« J’espère bien. »

ooOOoo

« Pourquoi ce malaise ne veut pas partir… »

Nathan et Clément saluèrent une dernière fois Phil qui les regardait partir de l’entrée de sa maison, puis ils empruntèrent le chemin qui les mènerait vers le centre du village. En voyant leur ami, Nathan avait été persuadé d’une chose : il les avait vu et ne pouvait avoir que compris ce qu’il se passait entre les soi-disant amis d’enfance. Mais l’attitude de l’avocat l’avait amené à douter : bien que sa voix fut sèche au départ, il leur avait parlé de son voyage, de son affaire bien que vaguement, et leur avait demandé si rien de spécial n’était arrivé en son absence, ce à quoi les deux lycéens avaient répondu que non. Se servant de la fatigue comme excuse, Nathan avait pris la décision de laisser Phil se reposer. Mais la vérité était qu’il était très mal à l’aise en sa présence. La conversation qu’il avait eue avec son frère ne revenait alors que plus forte dans son esprit, venant lui reprocher sa relation avec Clément. Relation qui commençait à apporter plus de tortures que de bonheur à Nathan.

Ils ne parlèrent pas tout le long du chemin qui les mena chez Nathan : d’un commun accord, ils avaient décidé d’aller chez le jeune homme afin de passer un peu plus de temps ensemble, ne serait-ce qu’à discuter. Mais vu la tournure que prenaient les choses, ils n’allaient pas beaucoup parler. Clément ne savait plus quoi faire : Nathan d’habitude si loquace, si entreprenant, était devenu d’un seul coup effacé, lointain, alors que Clément avait cherché à faire des efforts en s’impliquant davantage dans leur relation naissante. Il avait l’impression que leurs places avaient été échangées, qu’il était devenu la personne qui voulait s’investir sans réfléchir dans une relation vouée à l’échec, et que Nathan était la personne la plus sensée, celle qui s’investissait avec précaution. Il ne put  pousser sa réflexion plus loin, car ils venaient d’arriver chez Nathan. Son père, ses cheveux grisonnants en bataille, la cravate et quelques boutons de sa chemise défaits, était en train de faire les cent pas sur le perron de leur maison. Ce n’est que lorsqu’il vit son fils arriver qu’il s’arrêta, et quiconque l’aurait vu à cet instant précis aurait pris peur. Clément et Nathan montèrent à hauteur de ce dernier qui ne leur laissa pas le temps de poser de question :

« Nathan… C’est Justine… Sa mère vient de nous téléphoner. Il y a eu un accident avec son avion… »
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Votre avis ?
Je pensais poster demain, mais finalement, j'ai écrit ce chapitre plus vite que je ne le pensais v^__^v
Je pense vous poster le chapitre 11 d'ici une semaine voire un peu après, car j'ai deux looooongues semaines bien chargées qui m'attendent et je ne sais pas à quel rythme je pourrais écrire...
Mais bon je pense quand même avoir fini cette histoire à la fin du mois, étant donné qu'il reste peu de chapitres...
Ensuite, je m'attaquerai plus sérieusement à Tel est pris...
Bon dimanche à tous / toutes (quel plaisir de savoir que la gente masculine passe aussi sur ce blog^^) et bonne rentrée pour tous ceux qui ont cette "chance".
Merci de me suivre^^

Par Naishou - Publié dans : Jeunesse tourmentée [finie]
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Mercredi 27 août 2008



Le cours du professeur Monroe, célèbre chirurgien, était réputé pour sa difficulté. Celle-ci ne résidait pas dans sa matière, mais plus dans le savoir qu’il fallait posséder et mettre en œuvre. Il était très exigeant : aucun élève, s’il n’était sûr de lui, ne devait répondre à ses questions, et seuls les meilleurs pouvaient participer aux autopsies. Son cours était donc tout simplement le préféré d’Andy, celui où il pouvait montrer le meilleur de lui-même, écrasant à l’occasion quiconque essayait d’atteindre son niveau en voulant éblouir leur professeur. Le seul cours qui rimait le mieux avec « compétition », en somme.

Cela était, bien entendu, très mal vu par un groupe d’élèves qui suivait le même cours. Andy était d’ailleurs plus particulièrement en concurrence avec Lio, qui avait décidé de ne pas se laisser faire. Le professeur Monroe faisait passer sur un écran géant des photos de différentes autopsies pratiquées en hôpital, afin d’étudier des maladies cardiaques. Lio et Andy rivalisaient donc, tentant chaque fois de répondre avant l’autre, amusant ainsi Monroe devant une assemblée d’étudiants médusés. Du moins pour la plupart. Tout en haut de l’amphithéâtre, Jesse regardait la scène, ni amusé, ni étonné, et encore moins fasciné. Le cours l’intéressait, mais la petite bataille dans laquelle étaient entrés ses camarades l’exaspérait.

La sonnerie annonçant la pause de midi retentit, mais personne ne se leva, car Monroe avait établi une règle très simple : il était le seul à pouvoir donner l’autorisation à ses élèves de se lever. Les étudiants durent donc attendre dix bonnes minutes avant de pouvoir sortir de l’amphithéâtre en silence. Jesse fut le dernier à sortir. Il enfila son sac à dos gris foncé par-dessus l’une de ses épaules, arrangea son jean et son pull vert, puis il descendit sous le regard attentif de son professeur. Ce dernier lui montra un dossier noir tout en hochant la tête affirmativement, et entreprit de ranger ses affaires alors que Jesse lui répondait en baissant la tête dans une sorte de respect. Une fois dehors, le jeune homme décida de rattraper Lio qui était loin devant lui et se dirigeait vers la cafétéria. La jeune femme se balançait sur ses longues jambes habillées d’un slim noir, et portait un fin pull blanc. Sa veste reposait sur l’un de ses bras alors qu’elle tenait un livre dans ses mains. Jesse la fit sursauter en s’approchant d’elle :

« Il faut que je te parle.

- Je vais manger. On aura qu’à parler à ce moment-là.

- Non, Lio. »

L’étudiante balança ses cheveux blonds en arrière et proposa en levant les yeux au ciel :

« Le toit ? »

Jesse acquiesça. Lio le suivit jusque sur le toit du bâtiment dans lequel il se trouvait, et ne put s’empêcher de frissonner en sentant la légère brise venir lui caresser le visage. Elle enfila sa veste pendant que Jesse vérifiait que personne ne pourrait les entendre et dit, passablement agacée :

« Bon, qu’est-ce qui se passe ? »

Jesse posa son sac par terre, entre ses jambes pour le maintenir, et enfonça ses mains dans les poches de son jean. Il regarda sur le côté et dit :

« Il est là depuis deux mois maintenant. Deux mois que vous n’arrêtez pas de… de vous battre comme deux pauvres gamins. Vous n’en avez pas marre ? »

Lio le fixa en haussant les sourcils, surprise, mais l’agacement pouvait toujours se lire sur ses traits fins.

« Parce que tu crois que ça m’amuse ? Tu crois sérieusement que ça me plaît d’agir ainsi ? Eh ben je vais t’en apprendre une bien bonne : non, pas du tout.

- Alors pourquoi tu n’arrêtes pas ? Pourquoi tu laisses pas tomber ?

- Parce que je ne peux pas ! Est-ce que tu as envie de voir les autres baisser ? Est-ce que tu as envie de voir Erick et Sabrina partir ? Tu crois que Mathis serait content de voir sa copine tout abandonner ? Non, et c’est pour ça que je me bats, que je révise comme une folle, chaque soir, chaque heure que j’ai de libre ! »

Lio marqua une pause. Elle se mettait rarement dans un état semblable, seul Jesse l’avait vu ainsi : au bord des larmes, furibonde. Elle sortit un paquet de cigarettes de son sac, un paquet tout usé, presque sans couleurs, et presque plein. Elle en sortit une qu’elle alluma avec difficulté à cause de ses tremblements et du vent, et dit :

« On a tous une raison de rester dans ce putain de classement. Tu le sais. Cette université est la porte ouverte aux plus grands hôpitaux mondiaux, mais encore faut-il le mériter… »

Leurs regards se croisèrent, et Jesse baissa la tête, désolé. Il comprenait ce que ressentait la jeune femme ou ses camarades, même s’il ne vivait pas la même chose qu’eux. Il adorait ce qu’il faisait, et cela se voyait dans sa place de numéro un jamais battu. Mais il était parfois mal à l’aise face à ses amis qui trimaient chaque semestre pour rester au niveau. Lio coinça sa cigarette entre deux doigts, croisa les bras et dit comme si elle avait lu dans ses pensées :

« Tu n’as pas à t’en vouloir pour tout ça… Et tu as le droit d’être agacé par notre comportement. Mais on doit agir comme on le fait. »

Jesse releva les yeux pour voir Lio écraser sa cigarette à peine entamée au sol. Elle posa une main sur son épaule et lui dit avant de partir :

« Réfléchis bien à tout ça… »

Jesse se retrouva alors seul, l’estomac noué. Il s’avança jusqu’au bord du toit en soupirant, et regarda les étudiants se déplacer de bâtiment en bâtiment. Il sursauta lorsqu’il entendit une voix familière dans son dos, tout près de lui :

« Alors, on prend l’air ? »

Jesse se retourna et recula d’un pas en voyant qu’Andy était à peine à trente centimètres de lui. Il serra les dents et dit, sans cacher sa colère :

« Qu’est-ce que tu fais ici ?

- Je viens manger ici tous les jours. Pourquoi, ça pose un problème ? »

Jesse ne répondit pas et regarda Andy s’asseoir sur le sol en béton, face à la grille qui marquait la limite du toit. En le voyant, Jesse avait eu peur qu’il n’ait tout entendu, c’est pourquoi il s’était énervé, ne voyant en cet étudiant qu’un démon à l’allure angélique. De plus, ce qu’il ressentait parfois en le voyant lui faisait peur.

« Tu as faim ? »

Andy lui tendit un sandwich que Jesse regarda en haussant un sourcil avant de le refuser. Il lui tourna franchement le dos, ne manquant pas au passage de voir sa mine amusée et partit :

« Bon appétit. »

Son amant d’un soir le laissa s’en aller et mordit dans son sandwich. Ses yeux ne quittèrent pas sa silhouette des yeux tant qu’elle n’eut pas passé les escaliers menant à l’intérieur du bâtiment, se délectant de ses formes, de sa démarche. Andy reporta ensuite le regard sur le ciel bleu, inspira un grand bol d’air frais et dit :

« C’est quoi ta raison, à toi ? »

ooOOoo

Elle donnait tout ce qu’elle avait, comme si sa vie en dépendait, et le sac de sable encaissait chacun de ses coups dans un bruit sourd. Seule dans la salle d’entraînement, Sabrina tentait d’ignorer les larmes qui coulaient le long de ses joues, fixant un point qu’elle frappait comme pour vouloir le percer. Son débardeur noir était trempé, et son court survêtement lui collait à la peau. Depuis combien de temps était-elle ici ? Depuis combien de temps frappait-elle ce sac, seule, dans une quasi-obscurité ? Les autres boxeurs semblaient partis depuis si longtemps…

Sabrina recula, laissant le sac se balancer dans le vide, puis l’arrêta de ses deux poings gantés. Elle posa ensuite le front dessus et tenta de calmer ses pleurs qui lui brûlaient les yeux. Ce n’est que lorsqu’elle sentit deux mains d’homme la tirer en arrière qu’elle se calma, reconnaissant un parfum familier. Elle pencha la tête en arrière pour la poser sur le torse de son petit ami et sentir son souffle contre son cou.

« Raconte-moi tout… »

Sabrina se retourna pour fixer un homme blond, grand aux yeux bleus, et désigna son sac de sport qui traînait près d’un banc. Le jeune homme s’y rendit, ouvrit le sac et prit une liasse de feuilles dactylographiées très froissées. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre la colère et la tristesse de Sabrina.

« J’ai échoué, Mathis, dit cette dernière. Tu te rends comptes ? Comment je vais faire pour remonter un huit ? »

Mathis rangea les feuilles dans le sac et revint prendre dans ses bras Sabrina qui n’avait pas osé le regarder faire, comme ayant peur que son petit ami ne soit déçu. Tout en lui caressant le dos, Mathis lui dit :

« Un huit, ce n’est pas catastrophique, tu pourras toujours le remonter. Et tu auras de meilleures notes dans d’autres matières…

- Mais tu comprends pas, avec lui, maintenant ça…

- Vous vous prenez trop la tête avec Andy. Ce qui compte, c’est ton travail, ce que tu fais, ce que tu obtiens. Et moi je te dis que tu vas réussir.

- Tu es trop confiant. »

Mathis sourit. Il embrassa sa petite amie, la serrant plus contre son torse, se moquant qu’elle soit trempée.

« Il faut bien que je le sois assez pour deux… »

ooOOoo

Couché sur son lit, Jesse révisait ses cours du jour, confortablement installé sur le ventre, et la chaîne hifi assez forte pour le couper du reste du monde. Il essayait tant bien que mal de se concentrer sur ses notes prises le matin-même pendant le cours de Monroe, mais bizarrement, tout ce qu’il lisait disparaissait de son esprit, la page tournée. Il regarda furtivement l’heure affichée par son réveil et chercha à se persuader que sa déconcentration provenait de la fatigue. À deux heures du matin, cela n’aurait rien eu d’incroyable, pour lui qui était plutôt du genre à se coucher tôt. Il ne pouvait malheureusement oublier la conversation qu’il avait eue avec Lio dans la journée, sachant très bien qu’elle avait raison, mais que la façon dont elle s’y prenait n’était peut-être pas la meilleure.

Jesse se retourna afin de se mettre sur le dos, et sursauta quand il aperçut ce sourire éclatant et sadique qui lui faisait face, debout devant la porte close de sa chambre. Tout son corps se mit à trembler, de peur… et d’autre chose, qu’il aurait préféré taire. Il se redressa sur ses coudes mais ne put en faire plus : Andy était déjà sur lui.

« Tu es assez négligeant ce soir, pour avoir oublié de mettre le verrou à ta porte… Je te l’avais dit pourtant… »

Jesse se traita d’abruti pour avoir oublié une telle chose. Il avait pourtant compris qu’Andy n’était pas du genre à ne pas mettre à exécution ce qu’il menaçait de faire, soit, entrer dans sa chambre en pleine nuit. Andy se pencha pour l’embrasser et lorsque leurs lèvres se touchèrent, Jesse voulut lui donner un coup de genou bien placé, mais Andy avait prévu cela et le bloqua à l’aide de l’une de ses jambes. Il lui sourit et se pencha à nouveau pour l’embrasser, essayant d’y mettre un peu de tendresse. Jesse, sous lui, se débattait mais sans grande conviction. Cela faisait un peu moins deux mois qu’ils avaient couché ensemble, mais le jeune homme n’avait pas arrêté de sentir les mains d’Andy sur lui, ainsi que le plaisir et la douleur qui avaient suivi.

Andy posa ses mains sur les bras de Jesse, remontant parfois jusqu’à sa nuque, son visage, l’explorant comme si c’était la première fois qu’il le touchait. Il rompit leur baiser et sourit, une idée venant de lui traverser l’esprit. Il se pencha vers sa victime, mais cette fois-ci non pas pour l’embrasser, mais pour lui murmurer à l’oreille :

« Je sais que tu n’as pas pu oublier cette nuit… »

Ses mains glissèrent sous le haut de Jesse, venant caresser sa peau, son torse.

« Tu te souviens encore des baisers, des caresses… Et le simple fait de te toucher comme je le fait te fait en désirer de nouveau, beaucoup plus. »

Ses mains passaient parfois sur les tétons de Jesse, ce dernier se mordant les lèvres pour ne pas laisser s’échapper un seul bruit. Il déposa un baiser dans son cou qui lui procura des frissons agréables, alors que ses mains redescendaient vers le bas de son ventre, jouant avec l’élastique de son bas de pyjama. Il rapprocha à nouveau ses lèvres de ses oreilles :

« Tu aimes quand je fais ça, tu voudrais que j’aille plus loin, contrairement à tout ce que tu m’as dit… »

Soudain, Andy se redressa pour s’asseoir sur le bord du lit, il haussa les épaules et, d’un air désolé :

« Vraiment dommage qu’il soit si tard… Mais bon dans un sens, je te répugne, alors… »

Rouge écarlate, Jesse se redressa à son tour alors qu’Andy se levait pour sortir. Il lui lança un coussin qui n’atteignit pas sa cible et dit :

« C’est ça, et ne rentre plus jamais ici ! »

Andy lui fit un clin d’œil et ferma la porte derrière lui. Jesse s’empressa alors de se lever pour la verrouiller, et s’adossa contre elle, le souffle court, et les joues brûlantes. Il ne savait pas encore s’il était déçu ou rassuré qu’il l’ait laissé tranquille… Tout ce qu’il désirait était que son cœur arrête de battre si vite.

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Me revoilàààààà :D
Bien que extrêmement fatiguée par ces deux petites journées de vacances, je suis de retour avec des
idées plein la tête, et une motivation qui revient doucement^^

La preuve en est ce chapitre, terminé ce matin...

Je vous fais part de quelques photos de mon petit séjour de rêve(s), où l'enfant en moi n'a pas arrêté de s'amuser sous un soleil très joueur...


Malheureusement, le calvaire commence pour moi, avec le déménagement : finir de préparer les cartons, signature des papiers, blablabla...
Tout ça pour vous dire que je ne sais pas encore quand est-ce que je pourrais écrire de nouveau...
Sur ce, je vous laisse en espérant que ce chapitre vous ait plu, et vous dis : à bientôt^^
Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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