- Pardon ?
- Phil et toi ? Ça fait longtemps ? »
Clément ne sut que dire.
« Attends… Ça fait dix ans qu’on ne s’est pas vu… Et c’est tout ce que tu trouves à me dire ?
- Désolé. C’est juste que ça m’a surpris. Je ne pensais pas… »
Nathan ne continua pas sa phrase, mais il était déjà trop tard :
« Tu ne pensais pas quoi ? »
Nathan se mordit les lèvres :
« Que tu irais vers un autre homme. »
Clément en resta bouche bée. Toute sa rancœur resurgit brusquement, faisant bouillir le sang dans ses veines. L’occasion était trop belle :
« Je sais que pour toi notre histoire n’a été qu’un jeu, une expérience due à la jeunesse. Mais pas pour moi.
- Tu dis ça, mais t’en sais rien en réalité. »
Nathan s’approcha de Clément et l’embrassa. Ce fut violent, quoiqu’entraînant. Mais étrangement, Clément ne ressentit pas cette chaleur l’envahir, ces picotements remonter le long de son dos, ou encore cette impression de perdre pieds. Comme tout autour d’eux, il avait changé. Il repoussa Nathan qui le regarda sans comprendre :
« Qu’est-ce que tu crois faire ? »
Nathan essuya ses lèvres du dos de sa main.
« Je sais que j’ai fait le con. Je m’en rends compte aujourd’hui. Alors… On pourrait… enfin… »
Clément n’arrivait pas à croire ce qu’il entendait.
« Tais-toi. Tu… Est-ce que tu as conscience de ce que tu es en train de dire, là ? Tu serais capable de quitter Justine ? Vous ne devez pas vous marier ? Et il me semble que tu vas bientôt être père, non ? Alors il me semble que c’est un peu tard pour te rendre compte de tes erreurs, tu crois pas ? Mais ça a toujours été ça le problème, avec toi : tout a toujours été trop tard. Tu te lances sans jamais réfléchir, et quand tu le fais, ce n’est même pas pour toi ! Tu as été incapable d’assumer notre relation, de t’assumer, toi, devant les autres. Et ça, ça ne changera pas.
- Moi, je ne m’assume pas ? Mais qui est allé se cacher avec son copain y a dix minutes ? T’es mal placé pour parler, Clément. Toi non plus tu n’assumes pas ton homosexualité !
- Ce n’est pas pareil. Notre famille, nos amis… ils sont tous au courant.
- Même au travail, Clément ? Et si c’était vraiment le cas, pourquoi est-ce que vous ne vous affichez pas ensemble ce soir ? Arrête de te foutre de moi… Tu me mets tout sur le dos, mais je ne suis pas le seul fautif dans cette histoire. Tu… Tu n’as même pas cherché à me comprendre ! Tu crois que j’aurais pu tout lâcher ? Dire à mes parents que je suis gay ? Ils m’auraient mis à la porte, Clément ! Et Justine, elle…
- Mais c’est pas ce que tu voulais faire à l’instant ? C’est pas ce que tu allais me proposer ?
- J’avais dix-huit ans à l’époque. Pas de travail, même pas de diplôme. Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Toi tu avais ta famille, tu avais Phil… Moi je n’avais que toi et des gens qui m’auraient rejeté !
- Tu n’en sais rien…
- Non, c’est toi qui n’en sais rien. Tu avais des problèmes et ça t’a empêché de voir ceux des autres. Toi tu as réussi à t’en sortir, pas moi. Et je ne m’en sortirai jamais. »
Clément avait l’impression de s’être pris une gifle. Effectivement, la vérité faisait mal à entendre. Mais ils avaient tort tous les deux :
« Tu aurais pu rompre avec Justine il y a des années. Tu aurais pu le dire à tes parents après le Bac, ou même encore plus tard. Je ne te demandais pas de t’afficher avec moi du jour au lendemain. Même moi, j’en aurais été incapable. Mais maintenant… Tu as ta vie, j’ai la mienne. On est loin de ce que j’avais imaginé, mais… Je n’en changerai pas. »
Nathan se mordait les lèvres jusqu’au sang. Clément ferma les yeux avant de soupirer.
« On aurait peut-être pas dû se parler. Ça n’arrivera plus. Tu devrais retrouver ta fiancée. »
Sur ce, Clément lui tourna le dos. Il avait envie de crier, mais il ne fit qu’avancer plus vite, comme pour laisser tout ça derrière lui, tout son passé, tout ce qui l’avait fait souffrir. Il rejoignit Phil qui soupira de soulagement, mais comprit vite que ça n’allait pas. Il l’entraîna à l’écart et le prit alors dans ses bras. Nathan, lui, mit plus de temps à rentrer. Tel un automate, il rejoignit Justine qui parlait avec un convive qui ne rappelait vraiment rien à Nathan. Quand elle le vit arriver, elle se colla contre lui et dit, très bas :
« Tu en as enfin fini ? »
Nathan ne fut même pas surpris. Il allait répondre à sa fiancée quand Lucie vint les voir, demanda à Nathan s’il était possible qu’il se parle, tous les deux. Justine haussa les épaules et les laissa s’éloigner. Lucie prit appui sur le bras de Nathan et ils allèrent s’asseoir à une table miraculeusement vide. Lucie souriait tendrement à Nathan.
« On s’est vu souvent toi et moi… Mais on a jamais eu de vraie conversation ensemble.
- Les « vraies conversations » ne me réussissent pas vraiment en ce moment.
- C’est ce que j’ai cru comprendre. Mais tu aurais peut-être dû lui dire ce que tu as fait pour nous. Pour nous sauver. Tu ne crois pas ? »
Nathan resta figé. Ses traits s’étaient durcis, ses mains étaient crispées sur ses genoux.
« Je ne vois pas de quoi tu veux parler…
- Je t’ai vu, Nathan. Le jour où Clément a été hospitalisé à cause de… de mon père. J’étais allée à la maison pour le voir. Je… Je voulais lui faire payer, une bonne fois pour toutes. Je ne voulais pas que ça recommence, peu importe ce qui m’arriverait par la suite. Mais toi… Toi tu m’as devancé.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Quand je suis arrivée devant chez moi. Il y avait la voiture de mon père garée devant l’entrée. Je ne savais pas ce que tu faisais, alors je n’ai rien dit. Ce n’est que lorsque la police est venue nous dire que mon père était mort que j’ai compris que tu avais trafiqué ses freins. »
En cet instant, Nathan ressemblait plus à une statue qu’à un être fait de chair et de sang.
« Je ne vois pas…
- Tout le monde sait que tu as toujours été doué en mécanique. Tu adorais ça, passer des heures sur les voitures. Alors, ça n’a pas dû t’être difficile. »
Voyant que Nathan se levait précipitamment, Lucie s’empressa de rajouter :
« Je ne dirai rien. Personne n’en saura rien. Je… Ce que je voulais dire, c’est que… Je t’en suis reconnaissante. Vraiment. Car si toi tu ne l’avais pas fait… Alors c’est moi qui m’en serais chargée. Mais je crois… que tu aurais dû lui dire. »
Nathan se mordit l’intérieur de la joue, mit les mains dans ses poches, et dit :
« Non. Ce n’aurait pas été une chose à faire. Et ça ne l’est toujours pas. Certaines choses ne doivent pas être dites.
- Tu en es sûr ? »
Nathan ne répondit pas. Il sentit soudain une main sur son épaule. Il se retourna et vit son frère :
« Manu vient de me dire qu’ils sont prêts et qu’ils vont commencer. »
Nathan acquiesça et laissa les jeunes mariés seuls. Xavier le regarda partir et aida sa femme à se lever :
« Tu lui as dit ?
- Oui. J’ai mal fait ?
- Non. »
Xavier prit sa femme par la taille :
« On y va ? »
Et il l’entraîna dehors, comme l’exigeait la personne au micro, qui invitait tout le monde à sortir. Ils se faufilèrent au milieu de la foule, croisant au passage Phil et Clément qui se demandaient bien ce qu’il se passait. Les deux hommes se tenaient un peu à l’écart, derrière les gens qui attendaient impatiemment de voir ce qu’on leur avait réservé. Clément allait mieux, Phil y avait veillé, mais la cicatrice de nouveau ouverte mettrait du temps avant de se refermer. L’avocat sentit une main dans la sienne et se tourna étonné vers son amant qui lui sourit timidement. C’était déjà un petit pas en avant. Soudain, des explosions retentirent les unes à la suite des autres, accompagnées de centaines de couleurs. Clément ferma les yeux et posa sa tête sur l’épaule de Phil avant de murmurer :
« Il a fait ça… Merci. »
Phil, qui n’avait rien entendu à cause des détonations, lui demanda :
« Quoi ? »
Clément leva son visage vers lui :
« Je t’aime.
- Moi aussi. »
Ils s’embrassèrent et se serrèrent un peu plus l’un contre l’autre. Nathan, qui n’avait rien perdu de la scène, sentit son cœur se serrer et les larmes lui monter aux yeux. Que fallait-il faire maintenant ?
La foule s’agita soudainement, les gens s’élançant vers l’avant. Nathan eut juste le temps
d’entendre quelqu’un demander qu’on appelle une ambulance, puis Justine vint le voir pour lui dire que Lucie allait accoucher. Alors, il eut sa réponse : la vie continuait, tout simplement,
mais lui resterait à jamais une âme tourmentée.
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Enfin finie...
Oui, je sais, je suis vraiment méchante avec mes personnages, lol. Mais qu'en avez-vous pensé ? J'ai eu beaucoup de mal à faire cet épilogue, mais j'espère qu'il vous aura plu bien qu'il ne
finisse pas dans la joie et la bonne humeur.
J'espère vraiment que vous me donnerez votre avis sur cette histoire maintenant qu'elle est finie. Je m'excuse d'avance pour les fautes, j'avoue ne pas avoir eu le courage de la relire
attentivement (après plusieurs heures passées dessus, j'en pouvais plus, désolée...).
Je vous dis à bientôt, normalement pour la suite de Tel est pris...
Merci de me suivre^^
« Dix ans et rien n’a changé… ou presque. »
Vêtu d’un magnifique costume noir qui lui avait coûté une petite fortune, Clément buvait son verre avec lenteur, écoutant les paroles du boulanger du village pour lequel Lucie avait travaillé dans sa jeunesse. Le bon homme avait toujours cette même stature imposante, bien que désormais, Clément le dépassa d’une bonne tête. Non pas que Clément ait grandi, mais le pauvre homme se faisait vieux. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir la langue bien pendue… Depuis une demi-heure, il lui racontait ce qui s’était passé au village ces dix dernières années : qui était parti, qui les avait remplacé, qui avait eu une histoire avec qui,…
« Si seulement il savait… » pensa ironiquement Clément.
Son sourire s’effaça quand il avala la dernière gorgée de son verre et Clément profita qu’il soit vide pour mettre fin à sa conversation avec le boulanger. Il posa son verre sur la grande table couverte d’une nappe en papier bordeaux et blanche et se fraya un chemin à travers la foule pour atteindre sa sœur. On ne voyait qu’elle, dans sa robe blanche rehaussée de fines perles, lui laissant les épaules nues, son bouquet tombant aux fleurs rouges et blanches venant agrémenter le tout de couleurs vives. Lucie lui sourit, et tendit une main gantée vers lui afin qu’il la prenne. Elle était rayonnante. Son frère déposa un baiser sur son front et lui murmura :
« Tu es magnifique.
- Tu rigoles ? J’ai l’impression de ressembler à une baleine ! »
Lucie posa sa main libre sur son ventre de huit mois qu’elle caressa sans cesser de sourire. Clément se pencha un peu en avant et dit, un peu plus haut :
« Les baleines aussi ont le droit d’être belles… »
Lucie donna une légère tape sur le bras de son frère, qui prit son visage dans ses mains pour lui dire plus sérieusement :
« Je suis fier de toi et je suis sûr que maman l’est aussi. »
Lucie sourit, même si cette fois, la tristesse pouvait se lire dans ses yeux. Leur mère était décédée un an plus tôt, alors que Lucie commençait les préparatifs du mariage. La pauvre femme ne s’était jamais « réveillée », bien que Clément l’ait faite entrer dans l’hôpital le mieux réputé du pays et qu’elle ait reçu les meilleurs traitements qui soient. Bien que préparés depuis des années à sa disparition, sa mort avait été une véritable tragédie pour ses enfants.
« Et moi je suis sûre qu’elle aurait été très heureuse de te voir me donner le bras pour mon mariage. »
Lucie serra tant bien que mal son frère dans ses bras et dit :
« Arrêtons là, sinon je vais finir pleurer et je ne veux pas que mon maquillage coule. »
Ils se mirent à rire, puis Lucie se sentit tirée en arrière. Étant l’une des figures centrales de la fête, d’autres personnes cherchaient à lui parler. Elle put seulement dire à Clément :
« Tu veux bien me ramener mon mari ? »
Clément lui fit un clin d’œil pour toute réponse, et la laissa entre les griffes de ses invités. Il fit rapidement le tour de la salle des fêtes du village, mais ne trouvant l’heureux élu, il sortit dans la cour. Là, Clément croisa une jeune femme blonde, portant la robe des demoiselles d’honneur, et qui semblait plutôt énervée. Tant et si bien qu’elle ne l’aurait pas vu si Clément ne l’avait pas interpellée :
« Alice, est-ce que tu sais où est…
- Non ! »
Clément se dit que cela avait au moins le mérite d’être clair. Il fit quelques pas en avant quand surgit un homme qui lui était parfaitement inconnu, criant à en perdre haleine :
« Alice ! »
Clément le regarda d’un mauvais œil, mais il était trop occupé pour se charger de cette histoire dans l’immédiat. Il reprit ses recherches, et dut pour cela sortir de la cour. Il se retrouva alors sur le parking où jouaient un petit groupe d’enfants de tout âge sous le regard attentif d’un homme en costume noir. Il s’en approcha en silence, faisant discrètement signe aux enfants de ne pas faire de bruit. Mais l’un d’eux, bien plus espiègle, s’exclama :
« Papa, y a tonton ! »
Le mari se retourna vers Clément qui dit en plissant les yeux :
« Merci, Tim. »
Le neveu de Clément, pas plus haut que trois pommes mais très vif pour son âge, se précipita dans les bras de son oncle et après un sourire des plus innocents, répondit :
« De rien. »
Clément secoua la tête et le reposa au sol avant de dire au marié :
« Y a pas à dire, Xavier, il te ressemble…
- Tu trouves ? Moi j’ai plutôt l’impression d’avoir Lucie en face de moi. »
Xavier s’était tourné vers son beau-frère avec un immense sourire, qui disparut finalement, pour ne laisser place qu’à un visage inquiet. Clément posa sa main sur son épaule :
« Est-ce que ça va ? »
Xavier se pinça les lèvres. Il mit un temps avant de répondre :
« Oui. Je me dis juste que ça fait bizarre de revenir ici après toutes ces années. »
Clément hocha affirmativement la tête. Huit ans plus tôt, Xavier avait débarqué chez eux à la capitale, en plein milieu de la semaine, avec la ferme intention de rester et de finir ses études là-bas. Il ne supportait plus d’être loin de Lucie. La jeune femme comprit alors que c’était le bon. Un an plus tard, ils emménageaient ensemble. Deux ans après, alors qu’ils avaient tous deux un travail fixe -Lucie était devenue coiffeuse, alors que Xavier avait intégré une grosse entreprise de construction et de rénovation de bâtiments - ils avaient agrandi leur famille avec la naissance de Tim.
« Mais je suis quand même inquiet, reprit Xavier. Les travaux sur votre ancienne maison ne sont pas finis, et avec le deuxième bébé qui va arriver…
- Tout se passera très bien. Lucie a confiance en toi : tout sera prêt à la naissance. Tu as pris des vacances pour ça, non ? »
Xavier acquiesça. Il claqua ses mains l’une contre l’autre, et dit :
« Allez, tout le monde retourne dans la salle ! »
Les enfants rouspétèrent, mais ils finirent par obéir quand le marié leur jeta un regard des plus explicites. Clément salua l’autorité de Xavier qui poussa un profond soupir :
« Allons affronter les fauves… »
Clément sourit, compatissant. Ils allaient entrer dans la cour quand une voiture klaxonna dans leur dos. Un C4 gris se gara près de l’entrée, puis laissa sortir un couple que Clément n’avait pas vu depuis très longtemps. Son cœur se serra, et il n’eut qu’une envie : partir. Il croisa le regard de Nathan, et son envie s’en vit grandie. Il n’avait presque pas changé. Peut-être un plus costaud, le nez cassé et remis en place prouvait bien que lui avait continué le rugby. Justine non plu n’avait pas changé, comme si les années écoulées n’avaient eu aucune incidence sur elle. La seule différence résidait dans ses cheveux, coupés en un carré court. Le couple se prit par la main, et s’approcha des deux hommes. Clément se mordit la joue et croisa le regard de Xavier qui le surprit : il avait presque l’air désolé. Justine fut la première à parler :
« Félicitations, Xavier ! »
Celui-ci la remercia, puis il dut accueillir l’accolade de son frère, ainsi que ses félicitations. Justine salua ensuite Clément comme une simple connaissance, ce qui ne l’offusqua en rien. Lui avait prévu de ne même pas lui adresser la parole. Même après dix ans, il la détestait toujours autant. Vint le moment de saluer Nathan. Clément hocha seulement la tête à son encontre. Il n’était pas très fier de lui, mais il ne se sentait pas le courage de faire plus. Tout le monde rentra à l’intérieur, Xavier critiquant son frère pour son retard, mais le portable de Clément le força à rester en arrière. Quand il lut le nom de l’appelant, son visage s’illumina. Il resta dix bonnes minutes au téléphone avant de rejoindre sa sœur et de lui tendre le portable, coupant Nathan qui s’excusait de leur arrivée tardive en accusant les automobilistes sur l’autoroute. Sachant que Justine écoutait avec attention, Clément dit à Lucie :
« C’est Chloé. Fais vite car elle n’a pas beaucoup de temps. »
Cela ne manqua pas : Justine lança un regard noir à Clément qui souriait tel un amant follement épris. C’était bien bas, certes, mais tellement jouissif… Il savait pertinemment que Justine et sa sœur avaient presque perdu tout contact, notamment parce que Chloé avait décidé de s’engager dans des associations humanitaires l’obligeant à se rendre dans des pays très éloignés et pas toujours sûrs, mais aussi parce qu’elles ne se comprenaient plus. Clément, en revanche, avait vu ses liens avec Chloé se fortifier avec les années : ils étaient restés très proches, la femme ayant même vécu quelques mois chez lui. Malheureusement, depuis qu’elle s’était engagée dans des œuvres humanitaires, Clément la voyait beaucoup moins et devait se contenter d’appels téléphoniques irréguliers et du portrait qu’elle avait fait de lui dix auparavant. Lucie finit par rendre le téléphone à son frère et remarqua l’ambiance tendue qui régnait dans le petit groupe. Son mari et elle échangèrent un regard : personne ne parlait.
« Nathan, j’ai vu tes parent courir après Tim. Je crois que ça leur ferait plaisir de vous voir toi et Justine. »
Lucie sourit, puis elle posa une main sur le bras de Xavier qui décida de les accompagner, afin de garder un œil sur son fils. Xavier embrassa sa femme et il s’éloigna en compagnie de Nathan et Justine, au grand soulagement de Clément. Ce dernier ne put néanmoins s’empêcher de trembler en croisant le regard de son ancien amant. Espièglerie et tendresse se mêlait à un regard dont l’une des nuances échappaient à Clément, que ces yeux avait si bien connu. Lucie tira son frère par le bras pour le faire revenir à lui.
« Tu vas bien ?
- Oui. Je crois oui. »
Lucie raffermit sa poigne. Qui a dit qu’une femme enceinte était une femme faible ?
« Vous ne vous êtes pas reparlés depuis tout ce temps ?
- Non. C’est la première fois que je le revois en dix ans. »
Clément rangea son portable dans la poche intérieure de sa veste. Il hésita, mais demanda tout de même :
« Qu’est-ce qu’ils deviennent ? »
Lucie fut étonnée par cette question :
« Eh bien… Ils se sont fiancés… il y a deux ans. Et je crois que le mariage est pour l’été prochain. Ah et Justine est enceinte de trois mois. Elle a de la chance, elle aura accouché avant de se marier. Ils vivent sur la côte maintenant, près de la ville où enseigne Justine. Je crois qu’elle a une classe de CM1… Peu importe. Nathan a fondé sa société, ça marche très bien. C’est d’ailleurs lui et son équipe qui ont… Aïe ! »
Lucie se pencha légèrement en avant, les deux mains sur son ventre. Clément s’inquiéta pour elle et la fit aussitôt asseoir un peu à l’écart, tout en rassurant les gens alentours. Lucie lui dit, la voix un crispée par la douleur :
« Fille ou garçon, cet enfant saura se battre… »
Clément sourit, presque rassuré, lui proposa d’aller chercher Xavier, mais elle refusa, disant que ce n’était son premier enfant.
« C’est toute cette agitation, ajouta-telle. Il y a beaucoup de monde, et il fait très chaud. »
Son frère acquiesça, regarda sa montre puis l’entrée de la salle. Lucie en fut amusée :
« Il y a beaucoup de monde, mais il manque encore quelqu’un, n’est-ce pas ? »
Clément en aurait presque rougit, mais il se reprit plutôt bien :
« Oui. Pourtant l’avion de Corentin a dû arriver depuis une bonne heure… »
Lucie sourit tendrement. Elle s’installa plus confortablement sur sa chaise en s’appuyant contre le dossier. Elle allait se moquer ouvertement de son aîné quand elle aperçut deux visages familiers :
« Quand on parle du loup… »
Clément se tourna vivement vers l’entrée pour voir une tête aux cheveux noir corbeau surgir dans son champ de vision.
« Salut ! »
Clément regarda Corentin en fronçant les sourcils :
« C’est quoi cette couleur de cheveux ?
- On appelle ça « noir ». Moi aussi je suis ravi de te revoir. »
Clément soupira et prit son frère dans ses bras, trop heureux de l’avoir avec eux en cet instant après un mois. Afin de perfectionner son anglais, Corentin était parti pour une immersion totale d’un mois en Angleterre, chez un correspondant. Il était revenu tout spécialement pour le mariage de sa sœur qu’il félicita et embrassa.
« Corentin, tu as oublié ta besace… »
Rien que le son de sa voix fit frissonner Clément. Il eut l’impression que son cœur s’était arrêté de battre pour repartir à une allure folle. Il n’avait plus dix-huit ans, n’était plus un gamin, mais les sentiments étaient ce qu’ils étaient. Il fixa la main qui brandissait le sac de Corentin, et ses yeux remontèrent lentement le long du bras auquel elle appartenait, parcourant la manche d’un costume bien taillé, remontèrent jusqu’à l’épaule carrée de l’homme qui se trouvait dans le dos de Clément, puis le long du cou, pour arriver à ce visage mal rasé, ferme mais tendre. Phil sourit à Clément et le salua, Clément lui répondant en bégayant avant de le regarder serrer Lucie avec tendresse et attention. Corentin demanda où se trouvait Alice, et Lucie lui proposa d’aller la trouver. Elle se leva péniblement, aidée par Corentin et Clément, avant de ne faire un clin d’œil plus qu’équivoque à ce dernier. Une fois qu’ils furent éloignés, Phil se rapprocha du jeune homme :
« Alors, comment ça va ? »
Un sourire apparut au coin de ses lèvres.
« Bien. Et toi ?
- Très bien. Ton affaire ?
- On a gagné. »
Phil sourit, fièrement. Clément avait suivit ses études de droit avec sérieux et succès, et était désormais un avocat au futur prometteur. Phil l’avait fait entrer dans son cabinet, dont il était désormais l’un des dirigeants, mais ils se voyaient très peu, car la position de Phil l’amenait à voyager très souvent. Tous deux souriaient comme deux idiots, voyant que leur conversation n’était pas des plus savantes.
« Tu veux boire quelque chose ? proposa Phil.
- Pas vraiment. »
Phil se mit à rire.
« Tu préfères peut-être sortir ?
- Plutôt, oui. »
Clément suivit Phil jusque sur le parking, puis sur la route qui reliait la salle à la place centrale du village. Combien de fois avait-il prit cette route pour aller au lycée ? Ou pour rentrer chez lui ? Tellement de choses avaient changé depuis, des maisons avaient été bâties, de nouvelles familles s’y étaient installées… Ils marchèrent ainsi pendant un certain temps, puis Phil s’arrêta. Il regarda Clément qui continuait de marcher, tranquillement.
« Ça fait deux mois piles, aujourd’hui, qu’on ne s’est pas vus… »
Clément s’arrêta. Il se tourna vers Phil, défit légèrement sa cravate et dit, avec un sourire moqueur :
« Parce que tu comptes ? »
Phil se rapprocha de Clément, les mains dans les poches, et haussa les épaules. Le jeune avocat avança aussi vers lui, de façon à ce que leurs torses se touchent. Leurs lèvres s’effleurèrent, Phil dépassant tout de même Clément de quelques centimètres. Celui-ci pouvait sentir le parfum de son aîné, qu’il adorait retrouver dans ses draps quand l’homme était absent.
« J’ai toujours compté, ajouta Phil. Toujours. »
Comprenant à quoi faisait allusion l’avocat, Clément fit la grimace, quoique très content d’avoir enfin le droit à cette révélation. Il prit sa cravate entre ses mains, la regarda sous toutes les coutures, et dit :
« Jolie cravate.
- C’est toi qui me l’a… »
Phil ne put finir sa phrase, happé par les lèvres de Clément qui réclama un passage pour lier sa langue à celle de son amant. Phil sortit enfin les mains de ses poches pour enlacer la taille de Clément. Leur couple avait tenu dix ans, ou presque. Il avait connu des hauts et des bas, comme tout le monde, passant même par une séparation d’un an, quand les deux hommes eurent l’impression que leurs caractères s’opposaient trop. Mais au final, ils revenaient toujours l’un vers l’autre, avec toujours plus d’envies, de passion. Deux mois, pour eux, étaient pires qu’un an désormais. Clément sentait bien le désir de Phil, et lui n’était pas en reste, mais bizarrement, ses pieds étaient encore bien ancrés au sol. Les lèvres de Phil quittèrent les siennes pour plonger dans son cou, sa barbe naissante le chatouillant presque, le faisant sourire. Les mains de Phil glissèrent de sa taille vers ses fesses, et Clément passa alors ses bras derrière sa nuque. Puis il s’arrêta.
« On devrait pas.
-Hein ? »
Clément se mit à rire devant la mine dépitée de son amant. Qui était le plus vieux et le plus sage ?
« On devrait pas faire ça maintenant. Je sais que ça fait longtemps, mais partis comme ça, on n’est pas prêt de retourner à la fête. »
Phil relâcha Clément, pas du tout satisfait :
« J’ai quoi, en contrepartie ?
- Tu veux quoi ? »
Phil afficha alors un sourire plus qu’expressif :
« Tu veux vraiment savoir ?
- Non, je crois que je devine parfaitement. Crétin. »
Clément soupira. Effectivement, à y regarder de plus près, personne n’aurait pu dire que Phil était l’aîné dans leur couple. On lui donnait à peine cinq ans de plus que lui, quand certaines ne pensaient qu’il était plus jeune que lui. Seule leur carrière respective prouvait leur différence d’âge. Il dit, légèrement amusé :
« Ah, au fait : ça fait exactement deux mois et un jour. »
Phil se mit à rire, puis il l’embrassa. Ils se prirent ensuite par la main, puis remontèrent leur chemin pour revenir vers la salle. Devant le parking, Clément relâcha la main de Phil, mimant une grimace d’excuses. Ils se trouvaient dans leur ancien village, là où les homophobes régnaient en maîtres. De plus, il s’agissait du mariage de sa sœur, et il ne pensait pas que ses beaux-parents seraient contents de le voir en compagnie de Phil. Ce dernier mit les mains dans ses poches, déçu, comme à chaque fois. Ils allaient entrer dans la salle quand Nathan surgit devant eux, leur barrant le passage malgré lui. Il les fixa, puis salua Phil avant de demander à Nathan :
« Est-ce qu’on peut parler ? »
Clément fut surpris et regarda Phil, comme pour y chercher une réponse. Phil resta
impassible, alors Clément accepta. Il suivit Nathan, ne se retourna qu’une seule fois vers Phil. Bien que celui-ci fasse tous les efforts possibles, il était inquiet, et c’était à contrecœur
qu’il les regarda s’éloigner. Les deux anciens amis avancèrent sans parler vers la voiture de Nathan. Là, Nathan s’adossa contre la porte du conducteur. Ils se regardèrent sans rien dire, ne
sachant pas trop où commencer, et pour Clément, ne sachant pas trop ce qu’il faisait là.
Partie 2
« Prendre un nouveau départ… »
Lucie serrait fortement la main de Xavier, lui coupant presque la circulation du sang dans les doigts. Mais il ne disait rien, il regardait comme elle, l’endroit où elle avait vécu pendant des années, et qu’elle allait devoir abandonner. Deux mois étaient passés depuis le décès de Stéphane, et depuis, Lucie, Clément, Alice et Corentin vivaient ensemble entre la maison de Phil et la leur. Ils avaient commencé à faire leurs cartons pour emménager temporairement dans la maison de Phil, jusqu’à ce que ce dernier l’ait vendue et signé les papiers pour acheter une nouvelle maison située dans les banlieues chics de la capitale. À plus de trois heures de train du village natal de Lucie. Mais la jeune femme avait abdiqué, car Clément et l’avocat avaient pensé que ce serait mieux pour les études des enfants, les études de Clément à l’université, et pour que Phil puisse rentrer tous les jours chez eux. Mais avant tout cela, ils devaient vendre la maison qui avait vu grandir la famille de Lucie, et bien qu’il se soit passé énormément de choses pas toujours joyeuses sous ce toit, Lucie avait un poids sur le cœur à l’idée qu’elle ne reviendrait plus y dormir.
Elle regardait les vieux murs de pierres, qui malgré toutes ces années, tenaient encore debout, fièrement dressés. La peinture avait vieilli, la toiture était loin d’être neuve, et le jardin aurait bien eu besoin d’être mieux entretenu, mais c’était sa maison. Que le père de son père avait construit lui-même, avec amour, pour sa famille. Et même si cet amour avait quelque peu disparu de la bâtisse ces dernières années, Lucie ne pouvait s’empêcher d’y être attachée. Elle ne se rendit compte qu’elle pleurait que lorsque sa vue se brouilla, alors elle ferma les yeux. Elle se sentit à cet instant tirée sur le côté, et son visage se posa comme de lui-même sur l’épaule de Xavier qui ne lâchait pas sa main. Il lui caressait ses cheveux libres, frôlant quelques fois la peau nue de son cou, ce qui la faisait frissonner. Et Xavier alors ? Qu’allait-il devenir ?
« Tu sais… commença le jeune homme. Trois heures de train, c’est pas beaucoup. Puis mes parents t’aiment bien. Et Phil ne me dérange pas. Alors… si tu veux… Tous les week-ends… On pourra se voir… Et quand tu viendras chez moi, on pourra toujours venir voir ta maison…»
Lucie sourit. Elle avait bien fait d’attendre, finalement.
« Oui, tu as raison. Trois heures de train, ce n’est vraiment rien. »
Elle essuya ses yeux à l’aide de sa manche, et sourit à Xavier avec qui elle échangea un léger baiser. Ils tournèrent ensuite le dos à la demeure, et Lucie dit, avant qu’ils ne soient vraiment éloignés :
« J’espère juste qu’on arrivera à la vendre… Je ne supporterai pas de la voir décrépir… »
Lucie hésita un instant, puis elle finit par ajouter :
« J’espère vraiment que ses prochains propriétaires seront plus heureux que nous. »
ooOOoo
« Dans quelques heures, ce sera fini… »
Clément eut une impression bizarre en pensant cela. Il regarda un instant le carton volumineux qu’il était sur le point de fermer, le dernier contenant ses affaires personnelles, puis il soupira et se décida à le fermer, sans oublier de glisser à l’intérieur les livres de Droit que Phil lui avait offert pour fêter sa réussite au Bac, et son entrée à la faculté la plus réputée de la capitale. Les vacances d’été touchaient à leur fin, les cours ne reprendraient que dans un mois pour lui, mais ils devaient s’être installés rapidement, car les plus jeunes devaient rentrer dans moins d’une semaine, ainsi que Lucie, qui avait décidé de reprendre sérieusement ses études, poussée -ou plutôt forcée- par un Phil qui s’amusait énormément à jouer les grands frères protecteurs envers elle.
Clément scotcha son carton afin d’être sûr qu’il ne s’ouvre pas pendant le voyage, puis il le souleva avec une grimace. Il avait beau avoir récupéré depuis son séjour à l’hôpital, il n’avait plus la même force qu’avant. Les entraînements de rugby lui manquaient, mais il devrait s’y faire, car les sports brutaux de ce genre lui étaient désormais interdits. Le départ du village arrivait donc au bon moment, il lui serait ainsi plus facile de rompre avec l’une de ses passions. Il porta le carton jusque dans le couloir, où attendaient bon nombre de ses semblables aux tailles diverses. Il le posa délicatement sur le sol et sentit une main sur son épaule :
« Tu as besoin d’aide ? »
Phil, habillé d’un jean et d’une chemise grise, plongea son regard dans celui de Clément qui sourit :
« Merci. J’ai fini. »
Ils se dirigèrent ensuite vers la cuisine, où Clément leur servit un simple sirop, soit tout ce qui restait encore comme apéritif dans la maison. Le jeune homme remarqua le regard amusé de Phil qui avait dû prendre l’habitude d’avoir du monde chez lui, d’avoir une famille à entretenir. Mais aussi d’avoir des gens qui s’occupent de lui. Clément lui tendit son verre de menthe et demanda tout en s’asseyant à côté de lui :
« Tu n’es pas trop triste de devoir vendre ta maison ?
- Triste ? Tu veux dire, triste de quitter cette maison qui se trouve très loin de mon lieu de travail ? Triste de quitter ce village ou je ne suis que le gay de service ? Quitter un endroit où tout le monde me regarde de travers ?
- Ouais, ça va j’ai compris… »
Phil éclata de rire, chose qui lui arrivait de plus en plus souvent depuis quelques mois. Clément rougit de plus belle, un peu honteux de sa question.
« Non, je ne suis pas triste. C’est un nouveau départ qu’on prend. Tous. Et c’est bien de se dire que je ne suis pas seul. Non ? »
Clément sourit, sans répondre, et but son verre d’un trait. Il lava ensuite leurs verres, Phil les essuya, puis ils les mirent dans du papier journal, prêts à être rangés dans un carton de vaisselle qu’ils posèrent aussi dans le couloir.
« Y a plus qu’à attendre les déménageurs. »
Clément se retrouva soudain plaqué contre le mur libre par les mains puissantes de Phil qui sourit de plus belle. Clément sourit aussi, mais il n’esquissa pas un seul autre mouvement, non pas pétrifié, mais plutôt en attente. Les lèvres de Phil se posèrent délicatement sur les siennes, puis sa langue se mit à chercher la sienne, et lorsque Clément se lia à lui, ils échangèrent un baiser passionné, prouvant que ce n’était pas le premier. Phil finit par reculer et regarda attentivement Clément. Il posa une main sur le mur, juste à côté de son visage, et dit, tout bas :
« Doucement, hein ? »
Clément pencha la tête de côté et s’apprêtait à dire quelque chose, quand Lucie descendit les escaliers et débarqua dans le hall. Phil se redressa et dit, le plus naturellement du monde :
« Tu as fini tes cartons ? »
Lucie le regarda, puis scruta son frère des pieds à la tête. Elle finit par dire, souriante :
« Moi oui, mais Corentin a tendance à ressortir toutes ses affaires des cartons quand j’ai le dos tourné. »
Phil hocha la tête sans perdre son sourire :
« J’ai compris, je vais lui descendre ses cartons. Vérifiez qu’il n’y a plus rien qui traîne pour ne pas gêner les déménageurs quand ils vont venir prendre les meubles. »
L’avocat monta ensuite les marches quatre à quatre, laissant le frère et la sœur seuls. Lucie mit les mains dans son dos, s’approcha de son frère qui regardait les cartons avec une légère gêne et dit, avec une petite pointe de moquerie :
« Je n’ai rien contre… Mais, je t’en prie, ne faites pas le couple roucoulant devant moi. Je risquerai d’être jalouse. »
Clément la regarda avec étonnement, ce qui provoqua un fou rire de la part de sa sœur :
« Je vais rejoindre Xavier. Je ne reviendrai que dans trois heures, quand tout sera chargé. Je compte sur toi… »
Lucie lui fit un clin d’œil et sortit, alors que les déménageurs arrivaient tant bien que mal avec leur gros camion. Trois heures ne furent pas exagérées pour qu’ils chargent tous les meubles et ensuite les cartons, alors que Clément et Phil s’occupaient des petits. Finalement, la maison fut vidée, froide, et tout le monde se retrouva dehors, à charger la voiture de Phil. Clément attacha son frère à l’arrière, puis il claqua la porte de la voiture et échangea un sourire avec Phil. Il posa sa veste sur le dossier du fauteuil passager et fit un dernier tour d’horizon. La maison lui parut soudain sinistre, ainsi que le village. Il sortit du jardin, alla sur la route d’où il pouvait voir la place du village. Tout lui paraissait triste, terne, soit à l’extrême opposé de ce qu’il ressentait en ce moment-même. Il se figea brusquement. Bien plus loin, telle une ombre, Nathan regardait dans sa direction. Ils ne firent aucun pas l’un vers l’autre. Ils étaient loin, mais il n’y avait aucun doute : Nathan le fixait lui, était là pour le voir. Mais Clément attendait autre chose de lui. Avait attendu autre chose de lui. Il lui aurait suffi d’un pas en avant, un seul. Lui il ne pouvait pas le faire, mais, même s’il n’était pas croyant, il priait intérieurement pour que Nathan fasse un geste vers lui.
« Clément, tu viens ? »
Le jeune homme se retourna : Lucie venait d’arriver, sans qu’il la voie, accompagnée de Xavier. Clément regarda une dernière fois Nathan qui n’avait pas bougé, puis il sourit finalement à sa sœur avant de se diriger vers la voiture. Il n’arrivait même plus à être déçu.
« Dans quelques heures… Tout commencera. »
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Hellooo (c'est bien la première fois que je dois couper un article en deux..... je m'en excuse...)
Tout d'abord, désolée de ne pas avoir posté de chapitre plus tôt, mais je n'ai pas pu faire mieux à cause de certaines problèmes avec internet et mon pc... En contrepartie de cette semaine
d'attente supplémentaire, j'ai écris un chapitre plus long que d'habitude.
Vous a-t-il plu ?
L'histoire touche à sa fin, et j'ai beaucoup de mal à dire aurevoir à mes petits personnages... J'espère pouvoir vous poster l'épilogue le week-end prochain, un épilogue qui sera plus long que
prévu, à en juger par la forme qu'il prend... N'hésitez pas à me donner votre avis sur cette histoire depuis le début, pour que je vous fasse une fin correcte et répondant au mieux à vos
attentes^^
Sur ce, je vous laisse.
A très bientôt, et encore merci à tous ceux qui passent par ici^^
Bises
« Comment peut-on faire ça ? Est-ce que c’est à cause de moi ? »
Phil haïssait l’odeur des médicaments, des produits aseptisant. Il détestait le personnel. Il détestait ces longs couloirs aux couleurs qui lui paraissaient ternes. Mais par-dessus tout, il détestait ce bip incessant, venant lui rappeler l’état dans lequel se trouvait Clément à qui il n’osait même pas tenir la main. Le jeune homme, après plusieurs heures passées en soins intensifs, était couché dans son lit d’hôpital, des perfusions et des appareils électroniques étant reliés à son corps mutilé. Les médecins l’avaient dit hors de danger désormais. Mais il allait devoir passer plusieurs semaines, voire mois en rééducation et n’était pas près de sortir de l’hôpital. Pour l’instant, il ne s’était même pas réveillé. La porte s’ouvrit à la volée dans le dos de Phil. Lucie entra en pleurs dans la chambre alors qu’une infirmière refermait la porte derrière elle. Phil se leva pour lui laisser la place, alors la jeune femme s’écroula sur la chaise et prit la main de son frère dans les siennes, avec toute la douceur dont elle était capable. Comprenant sa douleur, Phil posa une main sur son épaule et attendit qu’elle arrête de pleurer.
« Comment… Comment avez-vous su ? demanda Lucie.
- Ils ont trouvé mon numéro de téléphone dans l’une de ses poches. Je suis venu aussitôt. Il n’avait pas d’autre papier sur lui. »
Lucie tourna son regard clair et terrible vers lui :
« Racontez-moi ce qui s’est passé. »
Phil se mordit les lèvres et retira sa main de son épaule.
« Les médecins ne savent pas vraiment. Quelqu’un l’a laissé aux urgences alors qu’il était déjà inconscient. D’après ses blessures, il semblerait qu’il ait été frappé à plusieurs reprises. Il ne craint plus rien, mais il va lui falloir du temps pour se remettre. Notamment pour ses côtes et son dos. »
Lucie reporta son regard sur le visage boursouflé de son frère et ravala ses larmes.
« Vous aussi c’est ce que vous pensez ? Que c’est mon père qui lui a fait ça. »
Phil ne voulait pas répondre à cette question. Bien sûr qu’il le pensait, mais il était avocat. Et pour l’instant, il n’avait aucune preuve prouvant que le père de Clément était son agresseur.
« On ne sait pas où est votre père. Il ne répond pas au téléphone.
- Et je ne l’ai pas vu non plus depuis ce matin. »
Lucie regarda le monitoring. Ses poings étaient serrés si fort, qu’ils tremblaient. Mais c’est avec une certaine douceur qu’elle demanda :
« Il était chez vous, n’est-ce pas ? Il a passé la nuit chez vous ? »
Phil la regarda. Il mit les mains dans ses poches et répondit :
« Oui.
- C’est une bonne chose. »
Phil ne sut pas comment comprendre ces mots, mais il ne nota aucune méchanceté venant de la jeune femme.
« Vous allez rester ?
- Oui. »
Lucie sourit en voyant que l’avocat n’avait pas hésité une seule seconde. Elle se leva, embrassa son frère, et se tourna vers la sortie.
« Je reviendrai dans quelques heures. Je dois… »
Elle ne finit pas sa phrase. Elle fixa son regard dans celui de Phil qui eut du mal à le soutenir.
« C’est lui vous savez. Je suis sûre que c’est lui. »
Phil ne répondit rien, mais il en était lui aussi persuadé malgré tout. Le père de Clément avait dû le voir avec lui et il en avait tiré de mauvaises conclusions.
« On le saura bien assez vite.
- Il ira en prison ?
- Oui.
- Qu’est-ce qu’on deviendra, alors ? »
Phil fut étonné par cette question, mais moins par ce qui suivit :
« Je ne veux pas être séparé de mes frères et de ma sœur. »
Phil lui sourit, bien que cela lui parut au-dessus de ses forces. Il pencha légèrement la tête de côté et dit :
« Je m’occupe de tout. »
Lucie le remercia d’un signe de tête et sortit la tête haute. Phil retourna s’asseoir à sa place, et cette fois, il prit la main de Clément dans la sienne. Une heure passa ainsi, où Phil sursautait à chaque nouveau bruit qui pouvait retentir dans la chambre, à chaque frisson qui parcourait le corps de Clément. Il décida finalement de sortir s’aérer un peu et prendre un café bien corsé à la machine située dans le hall du bâtiment. À peine fut-il sorti de la chambre qu’il tomba nez-à-nez avec Nathan, paniqué.
« Mon frère m’a dit… Il est là ? Comment il va ? Est-ce que… »
Phil le fit taire en l’entraînant avec lui dans le couloir. Nathan ne semblait pas vouloir le suivre, mais la poigne de Phil était trop ferme sur son bras. L’avocat prit une voix dure pour s’adresser à lui :
« Tu ne devrais pas être là.
- Clément est mon ami, je…
- Non, Nathan. Il n’est plus ton ami, il n’est plus rien pour toi. »
Le jeune homme le regarda avec de gros yeux ronds. Il parut se calmer d’un seul coup et dit :
« Alors il te l’a dit…
- Non, il ne m’a rien dit. Mais il faudrait vraiment être un abruti pour ne pas voir ce qui se passait entre vous. Et comprendre que s’il n’allait pas bien, c’était parce que tu l’as abandonné.
- Je ne l’ai pas abandonné ! Je… non… »
Phil gifla Nathan. Ce dernier porta une main à son visage et le foudroya du regard.
« Clément est allongé dans un lit d’hôpital en ce moment. Il ne s’est pas encore réveillé, mais je doute qu’il ait envie de te voir à ses côtés, surtout si tu n’es pas prêt à assumer une relation avec lui. Il souffre déjà bien assez, tu ne crois pas ?
- Je ne peux pas, j’…
- Alors va-t’en. Va-t’en, ou entre dans cette chambre, et assume votre relation. Mais je t’interdirai de le faire souffrir à nouveau. »
Comme s’y attendait Phil, malheureusement, Nathan capitula bien vite. Il le trouva alors minable, et ressentait presque de la pitié pour lui.
« Qui lui a fait ça ? » demanda Nathan.
Phil soupira. Il haussa les épaules et répondit :
« Probablement son père. On n’arrive pas à le joindre. On a prévenu la police, mais ils attendent que Clément se réveille pour qu’il puisse nous en apprendre plus, ce qui devrait arriver sous peu. Alors retourne chez toi, Nathan.
- Tu me préviendras si tu as du nouveau ? Tu peux au moins faire ça ? »
Phil ne put qu’acquiescer. Nathan jeta un dernier regard en direction de la chambre de Clément et se décida enfin à partir. Sans se retourner.
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« Est-ce que c’est à cause de moi ? »
Cette question revenait sans cesse à l’esprit de Nathan, alors qu’il marchait seul sur la route menant chez Clément. Il n’avait pas voulu rentrer chez lui, et encore moins rejoindre Justine. Il ne l’aurait pas pu. Il lui fallait savoir ce qui s’était passé, pourquoi Clément s’était retrouvé à l’hôpital. Il devait confirmer ses soupçons. Voilà pourquoi il était sur cette route, à marcher résolument vers une maison où il s’était passé tant de choses pour Clément et sa famille. Il prit bien garde que la voiture du père de Clément ne soit pas garée devant la maison, et voulant éviter au mieux de se faire voir, il passa par derrière. N’importe qui l’aurait vu l’aurait pris pour un voleur, mais lui cherchait seulement la vérité. Il marchait rapidement dans la cour derrière la maison, espérant que la porte de la cuisine ne soit pas verrouillée. Il était déterminé, mais la peur le tenaillait, c’est pourquoi son pas était raide. Il arriva devant la porte dont un rideau cachait l’intérieur et manipula la poignée. En vain. La porte était bien fermée à clefs.
Nathan tourna alors le dos à la maison et posa les mains sur ses hanches tout en balayant la cour mal tondue. Il fit quelques pas en avant, puis s’arrêta. Il avait cru apercevoir quelque chose au milieu des brins d’herbe. Il n’en sut pas vraiment les raisons, mais il se dirigea vers cet objet, attiré comme un aimant. Il resta figé, et sentit les larmes lui monter aux yeux. Il prit l’objet entre ses mains, soupesant le poids du métal, essayant de ne pas toucher le sang séché… Puis il laissa retomber la barre là où il l’avait trouvée. Il prit sa tête dans ses mains, enfonçant ses doigts dans son cuir chevelu. Il aurait voulu laisser exploser sa haine, sa douleur. Il avait enfin la preuve de ce que tout le monde pensait tout bas : le père de Clément était bien son agresseur. Que faire alors ? Téléphoner à la police ? Ou plutôt à Phil ? Ou encore à Lucie ? Rien ne semblait convenir à Nathan qui reprenait peu à peu contrôle de lui-même. Alors, il entendit une voiture arriver, et devinant très bien de qui il s’agissait, il se cacha à l’un des angles de la maison pour l’observer. Stéphane, le père de Clément, sortit de a voiture en trombe, et pénétra chez lui avec difficultés : ses gestes fébriles l’empêchaient d’ouvrir la porte d’entrée. Nathan le regardait faire, les poings serrés. Que faisait donc la police ? Ne viendrait-elle pas punir cet homme ? La haine de Nathan ne fit que grandir, en même temps que des idées germaient dans son esprit torturé. S’il ne pouvait pas être avec Clément, il pouvait néanmoins faire quelque chose pour lui et sa famille. Il alla chercher la barre derrière la maison, et rejoignit la voiture. Il allait donner un premier coup dans le pare-brise quand il se retint. Il y avait des manières plus douces de se venger.
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« Il faut que je me dépêche. »
C’était quelque chose d’indescriptible. Une sorte de flou permanent, dont il ne ressortait que par à coups. Mais ses prises de conscience lui faisaient trop peur. Il pensait avoir fait ce qui se devait d’être fait. Il était père, et c’était son rôle de remettre ses enfants sur le droit chemin. Alors il avait frappé. Chaque coup lui avait laissé une impression bizarre, comme si cela effaçait les erreurs, les mauvais côtés et mauvais penchants de son fils. Il savait qu’il lui avait fait du mal, mais il l’avait emmené à l’hôpital… Il ne savait pas si Clément allait s’en sortir. Néanmoins, il était persuadé d’avoir fait une bonne chose. Alors pourquoi n’arrivait-il pas à sortir de ce brouillard ?
Il savait bien que tout le monde ne verrait pas son geste de la même façon. C’est pourquoi il avait passé des heures sur les routes, sans but, avant de se décider à revenir chez lui. Si pour l’instant personne n’était au courant quant à son geste, il était sûr qu’un jour quelqu’un finirait par l’apprendre : Clément finirait bien par se réveiller. Personne ne comprendrait son geste. Il faisait donc ses valises, ne sachant pourtant pas où se rendre. Son sac à peine rempli, il descendit quatre à quatre les escaliers, prit le peu d’argent qui lui restait, et sortit de chez lui sans chercher à fermer la porte. Il se figea. Le sang lui monta aux oreilles, sa gorge se serra, ses mains devinrent moites. Il s’approcha lentement de sa voiture :
« Qu’est-ce que tu fous là ? »
Nathan, assis sur le capot du véhicule, le fixa avec un regard glacial. Il se redressa et dit :
« Vous, que faites-vous encore ici ?
- En quoi ça te regarde ?
- Mon meilleur ami est à l’hôpital. Voilà en quoi ça me regarde.
- Ton « meilleur ami » ? »
Le père cracha au sol devant les pieds de Nathan. Ce dernier ne cilla pas, essayant de rester le plus neutre possible.
« Les amis ne couchent pas ensemble… »
Nathan avait enfin ce qu’il voulait. Il cacha sa douleur du mieux qu’il put, mais sa haine…
« Vous racontez n’importe quoi…
- Je vous ai vu. Et entendu. T’as peut-être largué mon fils, mais il n’empêche que vous restez deux sales PD… »
Nathan se rapprocha, menaçant, de cet homme qu’il avait autrefois craint. Il ne desserra les dents que pour lui dire :
« C’est pour ça que vous l’avez battu ?
- Qu’est-ce que tu dis ? Je n’ai pas touché à mon fils. »
Nathan sourit. Le père de Clément était si faible…
« Vous l’avez battu parce que vous avez appris qu’il était homosexuel. N’essayait pas de me mentir, j’ai la preuve de ce que j’avance.
- Quelle preuve ? Je lui ai rien fait je te dis !
- J’ai la barre avec laquelle vous l’avez frappé. Je suis sûr que si la police fait analyser le sang dessus, on verra qu’il s’agit de celui de Clément. Et ils trouveront aussi vos empreintes sur cette barre… »
Stéphane recula d’un pas, puis il posa son sac au sol, entre ses jambes :
« Qu’est-ce que tu veux exactement ? »
Nathan sortit un portable tout neuf de sa poche, cadeau de Justine. Il le montra à Stéphane qui avait ouvert deux gros yeux paniqués.
« Je veux que vous partiez. Le plus loin, et le plus vite possible. Vous ne devrez jamais revenir ici. Vous oublierez vos enfants, vos terres… vous n’existerez plus, et effacerez ce village de votre mémoire. Je vous laisse une heure avant de téléphoner à la police.
- Mais…
- De toute façon, vous êtes foutu. Quand Clément se réveillera, il vaudra mieux pour vous que vous soyez loin.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ? »
Nathan ramassa le sac et le tendit à cet homme fini.
« Parce que je ne veux pas que Clément assiste à la déchéance de son père. Pas de nouveau. »
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« Pourquoi est-ce que… »
Voilà une semaine que Clément s’était réveillé. Il avait eu du mal à parler, mais il lui avait quand même fallu répondre aux questions des policiers venus l’interroger à propos de son agression. Difficilement, il avait dénoncé son père, omettant son homosexualité et disant qu’il l’avait battu sans raison. Il ne fut pas étonné quand on lui eût dit que son géniteur était introuvable. Mais cinq jours auparavant, la carcasse d’une voiture fut retrouvée au pied d’une falaise. Il n’en restait presque plus rien : tout avait brûlé. Mais les résultats ADN étaient formels : il s’agissait bien de Stéphane. Le seul témoin de l’événement était un automobiliste qui avait croisé la voiture avant sa chute, et il était sûr de lui : le véhicule avait filé tout droit vers le ravin, sans freiner. Résultat : la police avait conclu à un suicide. Le père aurait regretté son geste envers Clément et se serait tué, pensant ainsi mettre fin à ses problèmes. Mais cela n’empêchait en rien Clément de le haïr. Le lendemain des résultats annonçant la mort de son père, Clément s’était décidé à aller voir sa mère pour tout lui raconter, bien qu’il savait qu’elle ne lui répondrait pas, qu’elle n’aurait même pas conscience de sa présence. Les médecins l’avaient donc autorisé à sortir pour une demi-journée, mais il devait se déplacer en ambulance, et Phil ne le lâcherait pas d’une semelle. Lucie, quant à elle, avait préféré rester avec Alice et Corentin qui posaient déjà pas mal de questions. Clément allait donc affronter cet instant seul.
Phil poussait son fauteuil roulant en silence, sans cesser de lui jeter des coups d’œil inquiets. Le jeune homme n’avait rien dit à l’annonce de la mort de son père, si ce n’est un « ah » à peine audible. Après ce que lui avait fait Stéphane, Phil ne s’attendait pas à ce que Clément fonde en larmes, mais il avait eu l’impression que pendant un instant, toute humanité avait disparue chez le lycéen. Clément lui fit soudain signe de s’arrêter. Ils étaient devant la porte de la chambre de sa mère.
« Tu peux me laisser maintenant.
- Tu vas arriver à te déplacer tout seul ?
- Oui. Referme juste la porte derrière moi s’il te plaît. »
Phil posa sa main sur l’épaule de Clément puis il ouvrit la porte, résigné, et l’aida à entrer à l’intérieur. Une fois cela fait, Clément se retrouva face à sa mère, assise comme toujours dans son fauteuil jaune près de la fenêtre. Avec une grimace de douleur et plusieurs tentatives infructueuses, Clément se rapprocha d’elle en faisant tourner les roues de son fauteuil à l’aide de ses bras blessés. Il n’osait pas la regarder : certaines de ses blessures étaient mineures au niveau du visage, mais il avait une grande balafre cachée par un gros pansement sur la joue droite dont la cicatrice le marquerait à vie. Il se mit à rire, nerveusement. Pourquoi s’inquiétait-il ? Pourquoi était-il là ? Elle ne se rendrait même pas compte de ce qui se passait autour d’elle… Clément prit son visage abîmé entre ses mains et respira profondément. Il s’agissait de sa mère, qui bien que malade, venait d’être veuve. Il fallait qu’il le lui dise. Il posa sa main sur celle de sa mère, et rapprocha son visage d’elle. Il hésita plusieurs secondes :
« Maman… Je dois te dire quelque chose. Quelque chose de grave. Je ne sais pas si tu vas m’entendre. Si tu vas me comprendre. Mais… Il y a deux jours, on… on a retrouvé la voiture de papa. Il… Il s’est suicidé. Il est mort maman… »
Clément baissa la tête. C’était dit. Peut-être pas de la meilleure façon, mais au moins, c’était dit. Maintenant, devait-il lui révéler pourquoi son père avait mis fin à ses jours ? Lui dire ce qu’était devenu son père pendant toutes ces années ? Ce qui leur avait fait subir à ses frères et sœurs et à lui-même ? Ne dit-on pas que toute vérité n’est pas bonne à dire ? Clément avait décidé de se taire quand il releva la tête et aperçut une larme unique, couler le long de la peau laiteuse de sa mère. Il serra sa main, et avec une voix enrouée, il commença à lui dire ce qu’elle ignorait. Tout.
« … je pleure ? »
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« Que dire ? Que faire ? »
Le cercueil était déjà bien bas sous terre, mais le petit groupe n’était pas pressé de quitter le cimetière. Tous regardaient la pierre tombale sur laquelle n’était gravés que le nom et le prénom du père de Clément, ainsi que ses dates de naissance et de décès. Clément et sa sœur étaient là, certes, mais ils n’avaient pas eu le courage de mettre d’inscriptions plus personnelles sur la tombe de leur père. Néanmoins, malgré tout le mal qu’il leur avait fait, ils étaient venus lui rendre un dernier hommage. Lucie finit par tourner le dos au défunt, et croisa le regard de Clément. Elle était magnifique, dans sa robe noire serrée à la taille, ses cheveux ramenés en un chignon dont quelques mèches rebelles s’échappaient. Magnifique, malgré l’endroit dans lequel ils se trouvaient, malgré l’ambiance qui régnait. Clément n’avait pas besoin qu’elle parle. Son regard en disait assez : « Et maintenant ? ». Clément releva la tête vers Phil qui s’accrochait avec force à son fauteuil. Leurs regards se croisèrent, et Phil esquissa un léger sourire. Il fit tourner le fauteuil, et tous commencèrent à sortir du cimetière. Lucie prit la main de Xavier qui ne la quittait plus désormais, et se colla à lui comme s’il était son soutien. Le jeune homme avait décidé de s’investir complètement dans leur relation, mais la tournure que prenaient les événements lui faisait peur. Il se fit alors porte-parole des pensées de Lucie et Clément :
« Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? »
Clément et Lucie ne répondirent rien, tous deux fixaient un point au lointain. Effectivement, ce n’était pas à eux de répondre :
« Je vais tout prendre en charge, dit Phil. Votre mère ne peut pas être considérée comme votre tutrice, et votre père étant décédé… je vais faire les démarches nécessaires pour devenir votre tuteur. Je ne pense pas qu’il y ait de problèmes : j’ai un travail stable, l’endroit où je vis m’appartient et est assez grand pour tous vous accueillir. Il est hors de question que l’on vous sépare. »
Phil se retourna alors vers Lucie qui acquiesça vivement pour montrer toute sa sympathie envers cet homme qui avait compris qu’elles étaient ses priorités.
« Je ne serai pas souvent là, mais je ferai de mon mieux.
- Je peux continuer à travailler, dit Lucie. Ce n’est pas un problème pour moi.
- Mais pour moi, si. Tu es jeune, tu peux reprendre tes études, faire ce que tu aimes. C’est pareil pour toi Clément. Tu vas passer ton Bac cette année, et l’année prochaine, je veux que tu t’inscrives à la fac. Il en sera de même pour Corentin et Alice. »
Clément regarda leur bon samaritain et sourit :
« Merci Phil… mais je crois qu’on ne va pas pouvoir rester ici. »
Quelque chose passa dans le regard de Clément, et Phil comprit immédiatement. Il inspira profondément et se mordit la lèvre inférieure.
« Je vais vendre la maison. De toute façon, elle est un peu trop loin de la ville. Même si tu passes ton permis, Clément, il faut que les autres puissent se déplacer sans avoir à dépendre de toi.
- Pourquoi est-ce qu’on doit partir ? »
Chloé ne cacha pas sa tristesse à travers ces mots, mais aussi son incompréhension. Phil la fixa, tentant de cacher sa gêne, et dit, un peu top durement :
« Je suis gay, Lucie. Personne ne l’a accepté ici, et je ne voudrais pas que quelqu’un utilise mes préférences sexuelles contre moi. Ou contre nous. »
Clément ne bougeait pas d’un cil, mais intérieurement, il remerciait infiniment Phil. Il le remerciait, car il avait compris que Clément ne voulait plus prendre le risque de croiser Nathan. Mais il savait aussi que ses paroles ne le concernaient pas lui uniquement. Désormais, Phil n’était pas le seul homosexuel du village. Il releva la tête et croisa le regard de sa sœur qui le fixait avec une attention particulière, comme essayant de déchiffrer ses pensées que, pour une fois, elle ne partageait pas.
« Phil a raison. On doit partir. On a vécu trop de choses ici. »
Et ce fut tout.
Partie 2
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