Il s’assit sur le bord de son lit, et pencha la tête en avant pour faire retomber ses longs cheveux noirs devant ses yeux. Il les ramena rageusement derrière son crâne et soupira. Ils étaient l’une des raisons pour lesquelles on le prenait souvent pour une fille. Il attrapa un élastique gris qui traînait sur sa table de nuit et les attacha. Il se leva pour descendre dans la cuisine sans faire de bruit, espérant ne réveiller personne. Il entra dans la cuisine et s’arrêta en apercevant Lio, vêtue de l’une de ses éternelles nuisettes, assise derrière son ordinateur portable, seule source de lumière de la pièce. Il alla ensuite jusqu’au frigo pour en sortir sa bouteille d’eau. Il sentait le regard de la jeune femme posé sur lui, mais il avait décidé de l’ignorer. Il savait que son comportement était puéril. Lio l’avait gentiment taquiné, et lui s’était énervé, tout simplement parce qu’il ne pouvait pas lui parler de ce qui se passait avec Andy. Or, il en mourait d’envie : s’asseoir à ses côtés, lui raconter tout ce qui s’était passé depuis l’arrivée d’Andy, lui demander conseil,… Retrouver son amie. Mais cela n’était pas possible. Tout ce qu’il obtiendrait d’elle, ce serait du dégoût, un rejet qui le ferait souffrir.
Il but une longue gorgée d’eau, puis rangea sa bouteille dans la porte du frigo avant de la refermer. Il allait ressortir de la pièce en trainant des pieds lorsque la voix de Lio s’éleva dans son dos :
« Je suis désolée si je t’ai vexé. C’est pas ce que je voulais. »
Jesse se retourna pour la fixer malgré la semi-obscurité. Il croisa les bras sur son torse.
« Ce n’est pas de ta faute. Tu t’inquiétais.
- Mais tu ne veux pas en parler…
- Non. »
Lio soupira. Jesse s’avança et posa les deux mains sur la table. Malgré tout, il ne voulait pas perdre son amie. Ils se regardèrent dans les yeux, puis il lui dit :
« Mais tu peux peut-être me rendre un service…
- Bien sûr. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
- Venir avec moi dans la salle de bains.
- Hein ? Pourquoi faire ? Et maintenant ?
- Maintenant. Et tu verras. »
Lio se leva, poussée par la curiosité, et suivit Jesse qui s’était emparé d’un tabouret. Ils montèrent à l’étage et pénétrèrent dans la salle de bains où Jesse posa le tabouret au beau milieu du carrelage, juste devant la glace en pied. Il fouilla dans le placard sous le regard désormais inquiet de Lio, puis revint vers elle pour s’asseoir sur le tabouret.
« Ferme la porte. »
Lio haussa un sourcil mais obéit. Elle se plaça dans le dos de Jesse qui lui tendit les ciseaux avant de défaire l’élastique qui retenait ses cheveux.
« Coupe-les moi. Et vas-y franchement. »
ooOOoo
Jesse passa une fois de plus la main sur son crâne. Sans pour autant le lui avoir rasé, Lio lui avait coupé les cheveux très courts. Mais il aimait plutôt bien sa coupe, se félicitant du travail de son amie. Cela les avait un peu rapprochés, mais sans pour autant combler entièrement le fossé qui les séparait. Tant que Jesse ne pourrait pas lui parler d’Andy, rien ne changerait. Du haut de l’amphithéâtre, Jesse jeta un regard à Andy. Ce dernier l’avait regardé avec surprise quand il était arrivé en cours, mais depuis, il ne s’était pas tourné vers lui, contrairement à ce qu’il avait l’habitude de faire. En un sens, cela arrangeait Jesse qui avait décidé de ne plus le laisser jouer avec lui. Si Andy ne pouvait pas assumer une relation, alors il valait mieux que les choses restent ainsi… Cela permettrait à Jesse de se concentrer désormais sur ses études, entièrement.
Il se tendit en voyant Monroe pénétrer dans la salle, un paquet de copies dans les bras. Un silence de mort s’installa dans les gradins, tous ayant compris ce qui allait se passer. Monroe s’installa sur l’estrade, brancha son micro, et dit, tout en pointant un doigt vers les copies :
« Vous avez fait un travail plutôt correct. Il y a de très bonnes copies. Miraculeusement, je ne suis pas descendu en dessous de douze. Mais, à votre place, je n’en serais pas fier. Il s’agissait d’un devoir vraiment facile… »
Il donna ensuite la moyenne générale, puis commença la distribution des copies. Chaque élève eut le droit à son petit commentaire, rarement élogieux. Tous durent descendre, chacun leur tour, pour aller chercher leur note. Et tous partageaient cette même impression d’aller à la rencontre de leur bourreau. Jesse tapotait sa table du bout des doigts, impatient. Il s’arrêta lorsque Lio fut appelée. Il la vit se lever, presque tremblante, et aller chercher son devoir. Elle sourit et soupira de soulagement lorsqu’elle vit sa note, ne prêtant aucune attention à ce que lui disait leur professeur. Jesse, en fut heureux, mais la boule était toujours présente dans sa gorge lorsqu’il pensait à son amie. Puis il sursauta à son tour en entendant son nom. Il se leva et descendit petit à petit les marches pour aller vers l’estrade. Il croisa le regard de Monroe et sut. Il n’avait pas de souci à se faire :
« Très bon devoir, comme toujours. »
Jesse posa les yeux sur sa copie, légèrement rouge. Il retourna sur ses pas et croisa à ce moment-là le regard d’Andy. Le jeune homme avait un visage froid, un regard dur. Il avait caché sa bouche avec sa main, mais Jesse devinait facilement qu’il ne souriait pas. Après leur dispute, cela n’avait rien d’incroyable, d’autant plus qu’avec cette note, Jesse représentait pour lui un obstacle pour atteindre la première place…
Alors, Andy espérait que sa note serait meilleure. Il essaya de ne pas penser à Jesse. À ses envies. À cette nouvelle coupe qui le vieillissait. À leur dispute… Il fallait qu’il se concentre sur l’instant présent. Sur son nom, que Monroe venait de prononcer. Il se leva. Il avait un étrange pressentiment, un mauvais pressentiment. Et cette impression prit de l’ampleur lorsqu’il vit Monroe lui sourire, mais sans aucune bienveillance. Il lui tendit sa copie, mais elle était encore trop loin pour qu’Andy s’en empare.
« Je dois admettre que c’est un excellent devoir. Le meilleur de votre promotion. Mais il n’y a rien d’étonnant à cela, surtout quand on est le fils du brillant Mattesson… »
Andy se figea, la main à cinq centimètres de sa copie. Elle se referma lentement en un poing, et il fut heureux qu’un bureau haut sépara les deux hommes. Andy bouillonnait de rage. Et Monroe était aux anges. Ils se jaugèrent un instant, Andy tentant de retrouver son calme, puis il détendit sa main et attrapa sa copie avant de tourner brusquement le dos à son professeur. Face à l’amphithéâtre, il put remarquer que ce qu’il craignait était arrivé. Tout le monde le regardait comme une bête curieuse, en murmurant. Certains devaient montrer leur étonnement, d’autres devaient le critiquer, et rares devaient être ceux pour qui cela n’avait aucune importance. Tout en montant les marches, Andy vit Lio, tournée vers lui. Elle ne souriait pas. Ne semblait pas en colère non plus. Elle paraissait juste… pensive. Peut-être était-elle en train de se demander comment elle pourrait tourner la situation en sa faveur.
Andy s’assit à sa place. Il ne se préoccupa même pas de sa note et jeta sa copie sur le côté. Monroe avait repris sa distribution, et bientôt, il passerait à la correction. Mais cela n’atténuerait pas les murmures, les rumeurs. Andy croisa les mains devant son menton, rongeant son frein. La vie paisible qu’il avait espérée prenait fin avant même d’avoir commencé.
ooOOoo
Un phénomène étrange arriva ce fameux jour, obligeant les étudiants de l’Université de médecine à lever les yeux au ciel. Des cris de rage provenant du toit retombaient sur la cour, mais personne n’aurait osé monter pour voir de quelle gorge ils pouvaient sortir. Bien entendu, cela arrangeait Andy. Les mains agrippées au grillage de sécurité, il hurlait à pleins poumons, essayant d’exhumer cette rage qui était née en lui pendant le cours de Monroe. Il se mit à donner des coups dans le grillage qui avait connu des jours meilleurs, puis, légèrement épuisé, il se retourna afin de s’y adosser pour n’y donner que des coups de poings. Les yeux fermés, il essayait de retrouver une respiration normale. Il avait rarement haï un homme à ce point. Il avait l’impression qu’on venait de lui voler une partie de lui en révélant ce qu’il voulait garder caché. Et tous ces regards rivés sur lui, tous ces murmures qui ne devaient pas l’épargner…
Il soupira et ouvrit enfin les yeux. Jesse s’approchait de lui, une main dans la poche de son jean, l’autre sur l’anse de son sac passé négligemment sur son épaule. Malgré sa colère, Andy fut étonné par l’apparence et l’attitude nouvelles du jeune homme. Sa nouvelle coupe lui donnait facilement cinq ans de plus, ne permettant plus de croire qu’il n’était que lycéen ou mieux… qu’il n’était pas un homme. De même, sa démarche était plus sûre, et son visage n’affichait plus cette timidité habituelle. Mais peut-être que cela n’était dû qu’à l’imagination d’Andy… Il serra les dents. Il n’avait envie de voir personne. Surtout quand cette personne lui avait fait comprendre qu’il ne voulait pas le voir lui.
« Qu’est-ce que tu fiches ici ? »
Jesse ne se démonta pas et continua à s’approcher de façon à n’être qu’à moins d’un mètre de lui.
« Qu’est-ce qui s’est passé en cours ? C’est quoi cette histoire avec…
- Tu as très bien compris ce qui s’est passé. Ce salopard de Monroe a pris grand plaisir à me pourrir la vie.
- Pourquoi tu dis ça ? Il t’a félicité, non ? »
Andy éclata de rire, mais son regard était mauvais.
« Tu ne peux pas comprendre.
- Bien sûr que je ne peux pas comprendre ! »
Jesse se retint du mieux qu’il put et dit entre ses dents :
« Tu ne t’ouvres pas à moi, je ne connais rien de toi !
- Parce qu’il y a des choses dont je ne veux pas parler ! Alors laisse-moi tranquille ! Tu dis que je ne sais pas ce que je veux, mais toi non plus : tu me rejettes, puis tu reviens vers moi ! »
Jesse laissa tomber son sac au sol, ahuri :
« Moi au moins je fais des efforts ! On ne peut pas en dire autant de toi. Tu es arrivé ici et tu as tout fait pour qu’on te haïsse.
- Tes amis ne m’ont pas aidé.
- Tu sais très bien pourquoi ils ont fait ça, je n’ai pas envie qu’on revienne dessus ! Tu n’es pas tombé dans le piège : tu es toujours là, et maintenant, c’est toi qui les fais souffrir. Tu comprends, maintenant pourquoi je te rejette ? Tu es égocentrique, tu fais du mal à mes amis, tu ne penses pas à ce que je ressens. Je suis écartelé entre deux camps qui me demandent de choisir l’un d’eux. Toi, tu vois ça comme un jeu dont tu veux sortir gagnant. J’ai une tout autre vision des choses. À cause de toi, je cache des choses à mes amis, parce que j’ai peur de ce qu’ils pourraient penser de moi. Parce que j’ai peur qu’ils… qu’ils… »
Il y eut un lourd silence entre eux. Puis leurs regards se croisèrent, et celui d’Andy se fit insistant. Il finit la phrase de Jesse :
« Tu as peur qu’ils te rejettent. Et ça te fait peur. Parce que s’ils te rejettent, tu vas forcément en souffrir, n’est-ce pas ? Le rejet fait souffrir. »
Jesse se mordit l’intérieur de la joue. Encore une fois, il avait foncé tête baissée dans la toile d’araignée.
« Oui, je comprends ce que tu ressens. Parce que c’est un sentiment auquel je suis habitué. Mais je ne peux rien y faire.
- Tu joues avec moi.
- J’ai joué avec toi. »
Andy se rapprocha de Jesse, ne laissant qu’une dizaine de centimètres entre eux.
« Tu me traites d’égocentrique, mais tu ne vaux pas mieux que moi. Tu dis qu’il n’y a rien de sérieux entre nous, mais c’est parce que c’est ce que tu veux. J’ai essayé de te faire comprendre… que… Je ne peux pas renoncer ! Je dois être le meilleur et je n’y peux rien si tes amis sont sur mon chemin. J’ai mes raisons pour le faire, et non, je ne veux pas en parler !
- Tu vois, c’est ça le problème ! s’exclama Jesse en tendant les mains devant lui. Si je te comprenais, alors oui, j’accepterais d’être avec toi, et oui, je dirais à tout le monde qu’on est ensemble, parce que je pourrais te défendre ! Mais je ne peux rien faire ! Et c’est de ta faute ! »
Jesse récupéra son sac et tourna le dos à Andy, énervé et sachant que leur conversation n’aboutirait à rien. Andy le regarda partir sans un mot. Il recula jusqu’au grillage auquel il s’accrocha de nouveau tout en regardant l’horizon. La neige commençait à tomber, blanchissant son blouson noir, se collant dans ses cheveux blonds. Il resta ainsi quelques minutes avant que deux bras n’entourent ses épaules. Il sursauta, mais les deux bras ne faiblirent pas. Il sentit un souffle chaud près de son oreille, et ferma les yeux. Bien entendu, ce n’était pas Jesse.
« Tu vas attraper froid si tu restes comme ça… »
Andy rouvrit les yeux et se retourna, la mine défaite :
« Qu’est-ce que tu fais là, Jérémy ? »
Son ami lui sourit et haussa les épaules.
« J’ai eu l’impression, au téléphone, que tu avais besoin de moi. J’avais des jours de repos à prendre, alors j’en ai profité… Et vu ce que j’ai entendu à l’instant, je crois que j’ai bien fait…
- Tu écoutes aux portes maintenant ?
- Je le fais depuis toujours, dit Jérémy en souriant et en haussant les épaules. J’ai juste dû prendre mes jambes à mon cou quand il a décidé de partir comme une furie. »
Voyant que son ami ne réagissait pas, Jérémy croisa les bras sur son torse et demanda :
« Qu’est-ce qui s’est passé, Andy ? Pourquoi vous êtes-vous disputés ainsi ? »
Andy secoua la tête. Tout s’était bousculé en quelques heures seulement et il avait l’impression que ses pieds ne touchaient plus le sol. Il avait mal à la tête, il commençait à avoir froid, et espérait de tout cœur qu’il n’était pas en train de retomber malade. Il n’avait pas besoin de ça en plus de tous ses problèmes actuels. Il leva les yeux vers Jérémy qui attendait toujours une réponse. Alors il lui raconta ce qu’il s’était passé avec Monroe.
« Comment l’a-t-il su ? demanda Jérémy.
- Je l’ignore. »
Andy soupira. Jérémy et lui se regardèrent droit dans les yeux pendant de longues minutes, mais la neige ne s’arrêtant pas de tomber, ils décidèrent de quitter le toit. Dans les escaliers déserts, Jérémy lui dit :
« Je te comprends. Je te connais, et je te comprends. Alors… Je pense que tu devrais lui dire. Ce… Jesse. Il a raison. Si tu t’ouvrais à lui, il te comprendrait sûrement, comme moi. »
Andy s’arrêta en bas des marches, mit les mains dans ses poches et dit, un peu sèchement :
« Je croyais que tu étais venu là pour m’aider ?
- C’est exactement ce que je fais, Andy.
- En prenant son parti ? »
Jérémy ne répondit pas mais secoua la tête. Il prit Andy par le bras :
« Je crois que tu ferais mieux de rentrer te coucher. Tu es pâle comme un mort… et je sais de quoi je parle, j’ai envoyé je ne sais combien de personne à la morgue ces derniers temps !
- Et ça te permettra aussi d’éviter de me répondre, n’est-ce pas ?
- Oui, aussi, » répondit Jérémy avec un grand sourire.
Il tira sur le bras d’Andy qui le suivit docilement. Ils traversèrent la cour sous les regards des élèves. Andy essaya de les ignorer, se concentrant sur Jérémy à ses côtés afin de ne pas tourner de l’œil. Ainsi, il ne vit pas Lio et Erick que Jesse avait rejoints.
« Son amant est revenu, on dirait, murmura Lio.
- On risque de mal dormir ce soir… dit Erick.
- Avoue que tu aimerais bien participer à leurs réjouissances !
- Oh que oui ! »
Ils continuèrent à plaisanter, sans remarquer Jesse, à côté d’eux, qui fixait les deux silhouettes qui s’éloignaient. Ses deux amis ne le regardèrent que lorsqu’il leur tourna le dos pour se diriger vers les salles de cours. Son dos était légèrement voûté, sa démarche, rapide.
« Hé ! s’exclama Erick. Où tu vas ? »
Jesse se retourna, lentement, et haussa les épaules.
« En cours. Où veux-tu que j’aille ? »
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Le prochain chapitre arrivera dans deux semaines, celui de Mensonges sera posté en toute fin de semaine prochaine.
J'espère néanmoins que vous aurez aimé celui-ci^^
Un énorme merci à Ayuluna pour son avis !
Bisous à tous et toutes et merci pour votre passage ici
!
Chapitre 2
Premières rencontres
Six mois plus tôt…
Toute l’équipe était assise dans la salle de réunion, attentive à la moindre parole proférée par le directeur qui voulait que tout soit parfait en ce qui concernait le contrat Anderson. Assis dans son fauteuil de bureau en cuir, il donnait les dernières directives, et seul Alann ne semblait pas l’écouter. Le jeune architecte regardait par la grande baie vitrée la ville qui s’étendait sous leurs pieds, mélange de métal froid et de lumière éblouissante. Il se disait à quel point il était triste de disposer d’une telle vue si ce n’était que pour observer la même chose à l’horizon : une ville qui s’engloutissait dans sa pollution, sa déchéance… Tout en se promettant de finir ses jours à la campagne, il revint à la conversation :
« … les travaux ne devront donc pas prendre plus de deux mois. Je sais que cela représente un travail titanesque, mais vous aurez tous les moyens à disposition. Un effectif triplé, des équipes qui se relayeront nuit et jour et nous ne lésineront pas sur les moyens financiers… »
Alann pensait qu’il s’agissait plutôt d’un chantier suicidaire, pour la société si jamais il n’aboutissait pas dans les temps, pour la santé de ses collègues, et aussi pour la sienne. Lui qui avait été désigné comme responsable de ce chantier devrait pratiquement vivre sur les lieux, et serait le premier visé – et à chuter – en cas d’échec. C’était son premier très gros contrat. Tous les gros contrats qu’il avait dû gérer auparavant n’étaient rien comparés à ce qu’on lui demandait aujourd’hui. Alors, il avait deux possibilités : voir cette situation comme une importante promotion… ou comme un risque de se voir relégué au fin fond d’un tiroir pour tout le restant de sa carrière. Si l’on pouvait encore parler de carrière dans ce dernier cas…
« Je compte donc sur vous. Nous nous revoyons dans une semaine pour un premier bilan. »
La réunion prit fin sur ses paroles, et tous rangèrent papiers, crayons et ordinateurs portables pour sortir de la salle. Alann mit plus de temps que les autres, sachant qu’il allait avoir le droit à une réunion bien plus intimiste avec son directeur. Ce dernier s’approcha d’Alann, tirant sur les manches de son costume au prix exorbitant et sortant un cigare de la poche intérieure de sa veste. Il avait toujours eu des goûts de luxe et ne s’en était jamais caché.
« Tu es prêt ? lui demanda le directeur.
- Toujours.
- Je l’espère. Tout cela repose sur tes épaules. »
Alann leva le regard vers son interlocuteur et sourit. N’était-il pas déjà assez stressé ?
« Je suis au courant. Mais vous n’avez pas à vous inquiéter. Les plans sont prêts et n’attendent plus que l’aval des Anderson. Mon équipe pourra se mettre au travail dès mercredi. Et j’ai une très bonne équipe.
- Je ne m’inquiète pas. Ce n’est pas spécialement mon avenir qui est en jeu, mon entreprise pourra toujours se relever, Anderson n’est pas le seul gros client que j’ai dans la poche. »
Il y eut un silence entrecoupé par le rire d’Alann qui sentait la colère monter.
« Je t’ai fait entrer dans cette entreprise, dit le directeur. Alors que j’aurais très bien pu te laisser là où tu étais. Alors ne me déçois pas.
- J’ai toujours honoré mes contrats, jamais aucun client n’a été déçu par mon travail. »
Alann se tourna complètement vers son directeur, puis, une main sur son dossier et l’autre s’emparant de sa besace, il le regarda droit dans les yeux et lui dit :
« Mais Monsieur Menson, si vous êtes si sûr de vous en disant que je vais échouer, nous pouvons toujours faire un petit pari, n’est-ce pas ? »
Le directeur prit place dans un fauteuil tout près du jeune architecte et l’éblouit de son plus magnifique sourire carnassier :
« Très bien. Dites m’en plus sur ce fameux pari, Monsieur Menson… »
ooOOoo
La porte de son minable bureau claqua, menaçant d’en briser la vitre et son nom marqué dessus. Alann posa sa besace et son dossier avec violence sur le bureau en bois noir et prit place dans son fauteuil dont les roulettes avaient rendu l’âme depuis des mois. Il posa ensuite les coudes sur la surface dure et prit sa tête entre ses mains pour essayer de se calmer. Alann, depuis tout petit, était sujet à de véritables crises lorsqu’il se mettait en colère : cris, coups, il n’épargnait rien ni personne. Mais depuis quelques années, il avait su se maîtriser – parfois difficilement – et il devait pour cela remercier les thérapies, mais aussi la patience de sa mère. Désormais, il n’avait plus besoin de prendre des médicaments, et à part les rares personnes qui avaient été témoins de l’une de ses crises, il passait aux yeux des gens pour quelqu’un d’effacé, de renfermé, de calme. Heureusement que les gens s’arrêtaient la plupart du temps à la surface des choses…
Il sentit deux bras l’enserrer et ne bougea pas en reconnaissant le parfum féminin qui emplit ses narines. Un parfum qu’il avait acheté lui-même, sa seule grosse dépense du mois. Les lèvres de Syrielle vinrent déposer un baiser sur sa joue, puis elle dit :
« Et si tu me racontais, hein ? »
Elle lui massa les épaules, et petit à petit, Alann se détendit entre ses mains expertes.
« J’ai parié avec lui.
- Encore ? »
Syrielle arrêta son massage et s’assit sur le bureau, jambes et bras croisés, attendant que l’architecte s’explique :
« Tu sais comment il est… dit Alann. Il n’a pas confiance en moi, il me sous-estime à chaque fois, et même quand je réussis l’impossible, il trouve toujours une solution pour me rabaisser. J’en ai eu marre.
- Et qu’avez-vous parié ?
- Rien de bien méchant, dit Alann après un silence.
- Tout ça ne me dit rien qui vaille…
- Tu n’as pas confiance en moi ?
- Bien sûr que si ! répliqua Syrielle, outrée. Je te confierai ma vie. Mais je n’aime pas du tout ces petits jeux dans lesquels tu te lances avec ton père. Je veux dire… Il reste ton patron. »
Alann soupira et acquiesça. Ils en resteraient là, cette fois encore. Tous deux savaient que cette conversation se réitérerait à l’avenir, mais qu’elle n’aboutirait jamais. D’un commun accord, ils reprirent leur travail. Alann avait rendez-vous le lendemain en fin de matinée, et il devait être fin prêt dès ce soir. Syrielle l’aida du mieux qu’elle put, lui procurant des échantillons de papiers peints, de tissus… afin que les Anderson aient une meilleure idée de ce qu’allait être leur future aile supplémentaire. Les heures défilèrent à une allure folle, et lorsque l’horloge indiqua vingt-heures, Syrielle se leva :
« On ne rentre pas ensemble ce soir. »
Alann s’enfonça dans son fauteuil et posa les bras sur ses accoudoirs.
« Est-ce que cela aurait un rapport avec le nouvel arrivé dans l’équipe de maçonnerie ?
- Plutôt craquant, non ? Et cette masse de muscles, c’est… »
La jeune femme n’eut pas besoin de mots supplémentaires pour que son compagnon la comprenne.
« Très bien, dit Alann. Mais fais attention, d’accord ?
- Bien sûr, comme toujours ! »
Syrielle lui fit un clin d’œil et s’apprêtait à sortir de la pièce, mais elle referma la porte et lui dit :
« Et toi, que vas-tu faire ?
- Dormir, répondit-il avec un grand sourire. Je dois être en forme demain.
- On sait tous les deux ce qui te met en forme. Alors… à ta place… J’irais rejoindre cette jolie petite secrétaire qui te fait les yeux doux depuis plus d’une semaine. Ou ce serveur au café où on va tout le temps. L’un ou l’autre fera l’affaire de toute façon… Enfin, lâche-toi un peu ! Prends du bon temps, ça te décrispera ! »
Elle s’assit sur ses cuisses et lui dit tout en caressant ses cheveux :
« Tu dois prendre soin de toi, ok ? »
Puis elle passa ses bras autour de son cou et l’embrassa. Alann aurait bien prolongé ce baiser, mais elle lui échappa :
« Je dois y aller. Passe quand même une bonne soirée. »
Puis elle disparut dans les couloirs de l’entreprise. Alann repensa à l’arrivée de la jeune femme dans l’entreprise. Tout le monde ne voyait en elle que le mannequin qu’elle avait été pendant des années, certains collègues s’étaient même amusés à accrocher des photos d’elle en sous-vêtements Victoria’s Secret un peu partout dans les bureaux. Mais Syrielle ne s’était jamais démontée. Elle s’en amusait même, allant jusqu’à titiller la jalousie de ses collègues féminines à la langue bien pendue en attirant les regards masculins et en s’affichant avec des hommes toujours plus beaux les uns que les autres. De plus, la jeune femme ayant gardé de très bons contacts avec certains pontes de la mode et un compte en banque bien fourni, ses allées et venues étaient à chaque fois un véritable défilé : vêtements et accessoires de luxe, voiture différente tous les mois, restaurant tous les soirs, soirées dans les lieux les plus huppés… Syrielle attisait la jalousie des autres femmes et adorait cela.
Alann se rappelait encore ce qu’elle lui avait répondu lorsqu’il lui avait demandé pourquoi elle avait décidé de mettre fin à sa carrière de mannequin pour s’engager dans la décoration d’intérieur :
« Je n’y ai pas vraiment mis fin. Je défile encore, quand l’envie m’en prend, pour le plaisir ou pour revoir d’anciennes connaissances. Mais je voulais un autre avenir que de finir anorexique ou droguée. Et je ne pouvais pas non plus rester à ne rien faire. Autant mourir tout de suite sinon ! »
Si cela avait étonné Alann, ce n’était rien par rapport au soir où elle l’avait invité, lui, le je-m’en-foutiste de service, à aller dîner après une longue journée de travail, et, ensuite, à aller chez elle pour prolonger leur rendez-vous. Alann avait refusé cette dernière invitation, jouant ainsi au gentleman mal fagoté comme aimait l’appeler Syrielle. C’était peut-être pour cela qu’elle avait continué à le fréquenter, faisant fi des racontars, et surtout des pulsions homosexuelles de son partenaire. Et si Alann avait continué à la voir, c’était pour tout ça à la fois, mais aussi parce qu’elle avait gardé pour elle bon nombre de choses que le jeune architecte ne voulait pas voir ébruitées. Il ne s’agissait pourtant pas d’une véritable relation. Tous deux n’étaient pas des oiseaux faits pour être en cage. Ils préféraient voler et batifoler à leur aise, bien que les femmes – ou les hommes – ne vinssent pas faire la queue devant la porte d’Alann. Syrielle lui avait toujours dit qu’il était bel homme, mais qu’il n’avait pas de succès à cause de son style vestimentaire et de son train de vie. Monsieur ne cherchait pas les conquêtes mais attendait qu’elles se présentent à lui…
Tout en regardant l’heure qu’il était, Alann décida que ce n’était pas le bon soir pour faire des heures supplémentaires. Il s’empara de sa besace pour y glisser dossier et papiers nécessaires pour son rendez-vous avec les Anderson et éteignit sa petite lampe de bureau qui pendait négligemment au bord de la table et que Syrielle regardait habituellement comme s’il s’était agi d’une chose bonne pour la poubelle – ce qui était vrai – mais qu’elle n’avait jamais osé remplacer, Alann tenant trop à ses « vieilleries ». Ce dernier sourit.
« Alors… la petite secrétaire ou le serveur du café d’en face ? »
ooOOoo
Alann détestait définitivement cette maison. Tout ce luxe, ces artifices venant rappeler à chaque visiteur que la personne vivant ici était l’une des plus grosses fortunes du pays, lui donnaient envie de vomir. Pourtant, Alann réussit à sortir du taxi que lui avait appelé Syrielle pour aller se présenter à l’entrée. La jeune femme l’avait obligé à prendre un taxi, ne pouvant supporter l’idée qu’il s’y rende de nouveau en bus puis à pieds. Si Alann avait cédé pour le taxi, en revanche, il avait laissé au bureau le costume qu’elle lui avait acheté pour remplacer ses « guenilles ». Il se sentait beaucoup mieux dans le jean troué et le pull bleu marine qu’il avait enfilés que dans un costume griffé Calvin Klein…
Alann n’eut pas besoin de frapper à la porte. Denis, le majordome qui l’avait accueilli lors de sa première visite, l’attendait déjà, bras croisés devant le torse, en molosse bien dressé. Alann lui offrit son plus beau sourire, mais le visage de Denis ne cilla pas, si ce n’est pour lui souhaiter le bonjour et la bienvenue. Il l’escorta ensuite jusque dans le salon où ils trouvèrent Madame Anderson en compagnie d’un homme pas plus âgé qu’elle et qu’Alann. Ce dernier reconnut celui que Syrielle avait présenté comme étant le fils Anderson. Mais Alann n’arrivait plus à se souvenir de son prénom.
En revanche, il sentit immédiatement qu’il n’arrivait pas au bon moment. Assis l’un en face de l’autre dans de gros fauteuils en cuir, ils semblaient pris dans une conversation importante et déplaisante, du moins pour le fils qui ne cachait pas sa contrariété. Sa belle-mère, au contraire, affichait toujours son visage calme et serein, peut-être trop pour une personne qui n’avait pas encore trente ans. Elle souffla quelques mots inaudibles pour Alann, mais qui eurent le don d’apaiser le fils, puis elle se leva pour venir saluer Alann. Après les civilités d’usage, elle fit les présentations :
« Monsieur Menson, je vous présente Diran, le fils unique de mon mari. »
Diran sembla alors enfin apercevoir Alann et se leva de son fauteuil pour venir lui serrer la main. Il ne manqua pas de le regarder de haut en bas comme s’il voulait l’étudier, et dit, avec un sourire qui ne plut pas à l’architecte :
« Bonjour, Monsieur Menson… »
Alann était presque sûr et certain que sa voix n’était pas aussi sensuelle au quotidien. Ils prirent place dans les fauteuils autour de la petite table basse en verre alors que Madame Anderson s’excusait pour l’absence de son mari, parti à l’étranger pour une raison qu’Alann ne prit même pas la peine de mémoriser. L’architecte sortit les plans pour obtenir l’approbation de sa cliente, décrivant dans les moindres détails ce qu’allaient être les travaux effectués : abattage d’un mur, bruit, construction de nouveaux murs, bruit… tout cela pour lui faire comprendre que les semaines à venir allaient être tellement pénibles qu’il était préférable qu’elle ne se trouve pas sur les lieux.
« Pour que tout soit fait dans les temps, mon équipe va devoir intervenir jours et nuits.
- De toute façon, mon mari a décidé d’aller dans notre appartement situé en centre-ville, mais il aura trop de travail pour venir tous les jours. Moi… eh bien je vais prendre deux mois de vacances au soleil… »
Madame Anderson sourit, regardant tour à tour Alann et Diran, ce dernier ne semblant pas partager sa joie.
« Mais Diran, lui, viendra vous voir tous les jours. Son père lui a confié cette… tâche. »
Alann hésita, étonné. C’était bien la première fois qu’un client tenait tant à se trouver sur les lieux des travaux au point de s’y rendre tous les jours…
« Mon père veut s’assurer que son argent est bien employé... »
Diran sourit, comme s’il avait lu dans les pensées d’Alann, ce que détesta celui-ci. Mais il lui dit, en lui rendant son sourire :
« Eh bien vous n’aurez qu’à me demander. Je me ferai un plaisir de vous accueillir et de vous faire faire le tour du chantier. »
« On verra bien si tu auras envie de revenir après avoir abîmé tes chaussures à cinq cents dollars sur le chantier, playboy… »
« Vous m’en voyez ravi, Monsieur Menson. »
Alann leur précisa ensuite qu’il voulait commencer les travaux dès le lendemain, ce à quoi Madame Anderson n’opposa aucune objection. Alann lui proposa de lui laisser les croquis et échantillons établis par Syrielle afin qu’elle en prenne connaissance et qu’elle les appelle si jamais quelque chose ne lui plaisait pas, puis il décida de prendre congé après lui avoir dit que son équipe et lui seraient là à la première heure le lendemain. Il se leva ensuite de son fauteuil, serra la main frêle de sa cliente et fut raccompagné par Diran qui le laissa passer devant. Etrangement, Alann se surprit à penser qu’il aurait souhaité que l’armoire à glace le raccompagne. Il pouvait sentir le regard de Diran dans son dos. Du moins préférait-il l’imaginer en train de fixer son dos… Mais peut-être avait-il trop d’imagination. Il n’avait jamais aimé être regardé comme un morceau de viande, mais il fallait dire que le regard vert de Diran avait vraiment quelque chose du prédateur… Un prédateur séduisant, certes, mais vu son attitude suffisante, Alann n’avait pas le moins du monde envie de se retrouver entres ses griffes.
Ils arrivèrent enfin devant la porte d’entrée, alors Alann se retourna vers Diran qui le regardait avec un sourire en coin :
« Vous êtes vraiment sûr de vouloir venir sur le chantier demain ? »
Diran croisa les bras sur son torse – musclé et bien apparent à travers sa chemise entrouverte – et pencha légèrement la tête sur le côté avant de dire, toujours souriant :
« Mon héritage en dépend alors… Désolé de vous décevoir, mais oui, je serai là.
- Oh mais au contraire, cela me réjouit. N’oubliez pas de me faire appeler quand vous arriverez.
- Sans problème, Monsieur Menson. Ce sera un véritable plaisir… »
« Connard… »
« Je vous dis donc à demain, Monsieur Anderson. »
Ils se serrèrent la main. Alann était persuadé que Diran avait fait exprès de retenir la sienne plus longuement, mais il ne s’attendait sûrement pas à ce que l’architecte soutienne son regard, avec – il l’espérait – la même lueur de malice. Il lui tourna le dos et sortit de la maison pour aller retrouver le taxi qui l’attendait, comme prévu. Lorsque le taxi se mit en route, Alann assis à l’arrière, le jeune homme jeta un bref regard vers la demeure. Diran était toujours là et regardait le véhicule s’éloigner, adossé au chambranle de la porte.
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Oui, vous ne l'attendiez pas... lol
Le chapitre de Tel est pris... arrivera dans deux semaines environ, juste le temps que les choses se passent.
J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop :S
Merci à vous qui passez par là !
Merci Cannibale pour la soirée "tubes & disco", ça fait passer le temps, et surtout, ça met de bonne humeur^^ (je pense qu'avec un peu d'entraînement, notre danse sur "night fever" sera
tellement géniale que Miss Fine n'aura plus qu'à bien se tenir XD)
Je vous dis à dans deux semaines (environ)
Lundi matin. Reprise des cours. L’amphithéâtre était plein d’étudiants se racontant librement ce qu’ils avaient fait durant leur week-end : visite chez les parents, sortie entre amis, les
rencontres faites et prolongées jusqu’au bout de la nuit… Jesse, lui, était bien content de s’être isolé, à son habitude, dans les derniers rangs de l’amphithéâtre. Même Lio ne l’avait pas suivi
et se trouvait dans les premiers rangs en-dessous de lui, à attendre patiemment que leur professeur arrive. Étrangement, ne pas être avec son amie le rassura : il avait déjà eu du mal à
l’éviter la veille, il ne voulait pas qu’elle lui pose de questions qui aurait pu le gêner. Il ne voulait surtout pas qu’elle lui demande pourquoi il portait une écharpe vingt-quatre heures sur
vingt-quatre. Mal à l’aise, il se gratta la gorge. Il avait chaud, mais pour rien au monde il ne l’aurait retirée. Andy était vraiment doué en matière de suçon…
Jesse se mit soudain à rougir malgré lui à cette pensée et enfouit son visage dans ses bras croisés sur sa table. Il avait bien pris soin de ne pas croiser Andy, en prenant pour prétexte qu’il était trop mal pour manger avec les autres ou ne serait-ce que pour se lever de son lit. C’est donc enfermé dans sa chambre que Jesse avait passé son dimanche.
Jesse se redressa pour chercher un mouchoir dans son sac. Il n’avait plus de fièvre et sa toux l’avait presque laissé tranquille, mais il n’était pas totalement guéri. Néanmoins, il voulait être là aujourd’hui. Tous, allaient recevoir la note la plus importante de leurs contrôles continus. La plus importante, car remise par Monroe. Celui-ci fit son apparition, à huit heures piles, faisant immédiatement descendre l’écran blanc sur lequel il avait pris l’habitude de diffuser des diapositives. Jesse fronça les sourcils. Il ne voyait pas vraiment le rapport avec la correction de leur devoir. Alors qu’il branchait le micro pour parler à l’assemblée d’élèves maintenant muette, Andy pénétra dans l’amphithéâtre, essoufflé, les cheveux ébouriffés.
« Nous vous remercions, Monsieur Killen, de bien vouloir faire acte de présence… »
Andy s’excusa et commença à gravir les marches de l’amphithéâtre pour gagner sa place favorite : bien au centre. Monroe ne l’attendit pas pour commencer son cours :
« Je vous rendrai vos devoirs demain. J’ai décidé de commencer cette semaine en abordant un sujet de neurologie. Je vais vous présenter une pratique mise en place par un chirurgien renommé, l’un des rares qui réussirent à la maîtriser : Monsieur Laurent Mattesson. »
Andy s’arrêta net. Puis il s’installa sur le premier siège à sa portée. Monroe était-il au courant ? L’avait-il fait exprès ? Ou bien n’était-ce qu’une pure coïncidence ? Andy sortit ses affaires avec tout le calme dont il était capable et fixa son enseignant. Monroe ne laissait rien transparaître et poursuivait son cours avec calme, décrivant la technique que le père d’Andy avait mise au point neuf ans auparavant, juste avant que… Cela ramena Andy des années en arrière, et il ne s’intéressa plus au cours. Il était alors tout jeune, ne pensait que vaguement à faire des études de médecine… C’était une époque lointaine, floue, notamment en ce qui concernait sa vie de famille. Et cela n’avait rien d’étrange en soi, tout comme le fait qu’il n’ait aucun souvenir de son père. Après tout ses parents étaient tous deux chirurgiens, et il ne les voyait que rarement, surtout Laurent, qui, comme l’avait souligné Monroe, était très brillant, et donc, très demandé…
Les deux heures de cours passèrent rapidement finalement, et rien dans le comportement de Monroe ne laissait penser qu’il avait fait ce cours pour prouver à Andy qu’il connaissait sa véritable identité. De plus, qu’est-ce que cela lui aurait apporté ? Andy rangea donc ses affaires dans sa besace et sortit de l’amphithéâtre comme n’importe lequel de ses camarades. Il alla acheter de quoi manger à la cafétéria - un simple sandwich - et se mit en route pour gagner son endroit favori. Bien que le ciel fût gris, il ne faisait pas trop mauvais, ce qui lui permettait de manger au calme sur le toit. Mais il savait que cela n’allait pas durer : la région était réputée pour avoir de rudes hivers, avec beaucoup de neige. Il devrait donc se trouver un autre refuge pour le déjeuner. En grimpant les dernières marches, il sut d’instinct qu’il serait là. Et il ne se trompait pas.
ooOOoo
Jesse regardait l’horizon, essayant d’ignorer son estomac qui criait famine. Il appréciait le vent sur son visage qui lui apportait un peu de fraîcheur. Comme toujours, il avait gardé son écharpe. Il passa une main sous le tissu en laine, posant ses doigts sur la marque qu’Andy avait laissée sur sa peau. Il se rappelait très bien sa réaction la veille au matin, lorsqu’il avait vu les résultats de ses ébats avec son colocataire. Debout devant la glace de la salle de bains, il avait hurlé de surprise et d’horreur en voyant ce qui lui était d’abord apparu comme une tache. Bien entendu, Lio était venue voir ce qui lui arrivait, et il avait eu du mal à la renvoyer d’où elle venait, se montrant tout de même assez aimable malgré la colère qui montait en lui. Ce n’était pas le geste d’Andy qui l’énervait. Non, il y avait pris trop de plaisir. Mais il se demandait bien comment il allait cacher cette chose. Andy aurait quand même pu trouver un autre endroit où…
Tout en pensant cela, Jesse laissa retomber son front contre le grillage de sécurité. Il avait vraiment du mal à contrôler ses pensées ces derniers temps… Heureusement qu’elles n’appartenaient qu’à lui. Il sursauta lorsqu’il sentit qu’on tirait sur son écharpe dans son dos pour la lui retirer, mais resta immobile lorsqu’Andy passa un bras autour de sa taille pour le coller contre son torse. Il lui retira complètement l’écharpe et embrassa l’endroit-même où se trouvait le suçon. Jesse ferma les yeux :
« Tu me suis ?
- Pas du tout, murmura Andy. Tu sais que je viens ici tous les jours. Alors… c’est plutôt toi qui me suis.
- Non. Je suis là parce que j’aime cet endroit. Pas parce que je pensais t’y trouver. Je ne voulais pas te voir.
- Tu mens. Si tu ne voulais pas me voir, tu aurais évité cet endroit.
- Je ne crois pas qu’il y ait marqué ton nom sur ce toit… »
Andy obligea violemment Jesse à se tourner vers lui pour le fixer droit dans les yeux :
« Tu veux vraiment qu’on se dispute ? »
Jesse le voulait-il ? Il ne répondit pas, n’ayant pas de réponse pour lui-même. Il prit son écharpe de la main d’Andy et entreprit de la remettre.
« Allons… commença Andy. Tu devrais l’enlever.
- Pour que tout le monde admire ton chef-d’œuvre ? Hors de question !
- Qu’est-ce que ça peut faire ?
- Tu as vraiment envie que tout le monde sache ce qui se passe entre nous ? Ah, mais je suis bête ! Il ne se passe rien entre nous, pas vrai ? Le petit Andy n’est pas du genre à assumer ou à s’engager, il ne fait ça que par intérêt ! Alors, tu m’excuseras, mais non, je n’enlèverai pas cette écharpe tant que tu ne sauras pas ce que tu veux ! »
Jesse remit son écharpe autour du cou et laissa Andy seul. Ce dernier se mit à donner de grands coups de pieds furibonds dans le grillage.
« Comme si toi, tu savais ce que tu veux… »
ooOOoo
Voilà plus de vingt-quatre heures qu’il n’avait pas dormi. Couché dans la salle de sommeil réservée aux internes de l’hôpital, Jérémy commençait à s’endormir sous les draps bleus et blancs du lit, malgré les ronflements de l’interne ayant pris place dans le lit de l’autre côté de la salle. Les Urgences étaient pleines depuis deux jours, à croire que les gens se précipitaient eux-mêmes dans les accidents, et Jérémy avait été plus qu’actif afin d’aider au maximum. Mais le responsable des internes lui avait ordonné d’aller dormir, et Jérémy avait obéi docilement, sachant qu’il ne serait bon à rien s’il s’écroulait de sommeil. Il enfouit son visage dans son oreiller mais en fut tiré par le vibreur de son téléphone portable qu’il avait enfin pu rallumer. Il se précipita sur l’appareil, espérant qu’il s’agissait de son compagnon parti à sa recherche dans les couloirs de l’hôpital, mais fut étonné en ne reconnaissant pas le numéro de l’appelant. Il décrocha et esquissa un sourire en reconnaissant la voix à l’autre bout du fil :
« Andy ! Depuis quand tu as un portable ?
- Peu importe. Tu vas bien ?
- Oui… Mais pourquoi tu me téléphones ? Je croyais que tu avais les portables en horreur ? Y a un problème ?
- Pas vraiment… un problème. Juste…
- Juste quoi ? »
Jérémy s’assit sur le bord de son lit et essaya de ne pas parler trop fort pour ne pas réveiller l’autre interne :
« Allez, dis-moi tout…
- En fait… Je voulais savoir… comment tu avais fait lorsque tu t’es engagé… avec ton obstétricien, là… »
Jérémy en resta bouche bée, puis reprit ses esprits et demanda :
« Andy… est-ce que tu vas bien ? Tu… es malade ?
- …
- Andy ?
- J’aurais pas dû téléphoner. Je te laisse.
- Non, non, non ! »
Mais Andy avait déjà raccroché. Jérémy regarda son téléphone en boudant, détestant qu’on lui raccroche au nez. D’autant plus qu’il s’agissait d’Andy, et qu’il lui avait semblé vraiment étrange. Jérémy se doutait bien de quoi il était question, mais il voulait savoir le fin mot de l’histoire, c’est pourquoi il rappela son ami, son numéro ayant été enregistré dans la mémoire du téléphone. Il y eut plusieurs sonneries, puis Jérémy tomba sur le répondeur et raccrocha sans laisser de message. Il sourit. Même si Andy semblait perdu, les choses semblaient avancer. S’il n’avait pas été aussi fatigué, il aurait bien pris le train pour aller le rejoindre, mais il se contenta seulement de rappeler et de laisser un message sur son répondeur :
« On ne prévoit pas ce genre de choses. Ça se fait, comme ça. Mais tu ne dois pas prendre cette décision à la légère. »
Andy, après avoir écouté le message, soupira. Encore fallait-il qu’il arrive à prendre une décision…
ooOOoo
« On est d’accord sur ce plan ? »
Les deux hommes assis sur le canapé en face de Lio acquiescèrent en un parfait ensemble. Ils ne se connaissaient pas, mais ils avaient beaucoup de points communs. Le calme, la patience, l’envie de protéger leurs proches… Antoine s’enfonça dans le canapé, et croisa les bras sur son torse.
« Ça va nous prendre des mois avant d’avoir tout mis au point. Je sais déjà quelles personnes contacter en premier, mais certaines seront difficiles à convaincre.
- J’ai de quoi les convaincre. »
Mathis reposa son verre sur la table basse et sourit à Lio qui le lui rendit péniblement. La jeune femme n’était pas très rassurée, mais elle essayait de ne pas le montrer à ses amis. Elle, avait conçu ce plan. Elle, les avait entraînés dans cette histoire. Mais tous prenaient de gros risques. Antoine se pencha par-dessus la table pour poser une main sur le genou de Lio. Il plongea ses yeux verts dans les siens et lui dit, doucement :
« Tout va bien se passer. On va réussir. »
Mathis acquiesça à ses paroles, et Lio sourit enfin sincèrement. Ils se mirent d’accord pour un nouveau rendez-vous et Antoine décida qu’il était temps pour lui de partir. Ils gagnèrent donc le hall d’entrée tout en discutant, puis ils se dirent au revoir alors que Lio ouvrait la porte. C’est à ce moment précis que Jesse arriva.
Il était furibond. Après avoir quitté le toit, il s’était rendu directement au pavillon pour attendre la reprise des cours. Il ne voulait pas voir ou entendre Andy. Il devait retrouver son calme, poser les choses au clair. Il s’était emporté, et pensait avoir de bonnes raisons, mais étrangement, il était très énervé… contre lui-même. Son écharpe, qui le grattait toujours autant, l’énervait elle aussi. Alors il la retira d’un geste brusque, comme si elle n’était qu’un substitut sur lequel il pouvait se défouler. Il regretta fortement son geste. Notamment quand la porte d’entrée du pavillon s’ouvrit devant lui et qu’il se retrouva face-à-face avec ses amis et un jeune homme qui lui était inconnu.
Les quatre jeunes gens se figèrent pour se jeter des regards étonnés. Antoine, qui se sentait de trop, s’excusa, jeta un dernier regard à Lio qui ne quittait pas Jesse des yeux et se retira pour gagner sa voiture garée devant le pavillon. Jesse voulut en profiter pour entrer à l’intérieur, mais Lio l’arrêta :
« Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne manges pas à la cafétéria ?
- Non. Pourquoi ? C’est un crime ? »
Lio eut un mouvement de recul face au ton dur de Jesse. Lui d’habitude si calme… Même Mathis marqua son étonnement en haussant un sourcil. Lio se rapprocha de Jesse, un grand sourire aux lèvres :
« Quoi ? On est de mauvaise humeur ? Pourquoi ? »
Elle attrapa le col de son pull, juste en-dessous de la marque apposée par Andy et demanda, le plus innocemment possible :
« Tu t’es disputé avec ta copine ? »
Alors, le visage de Jesse se décomposa sous ses yeux : il s’assombrit, ses yeux se plissèrent, et sa bouche s’ouvrit uniquement pour laisser passer ces quelques mots :
« Mêle-toi de tes affaires ! »
Lio ouvrit de grands yeux et ne trouva rien à dire lorsque Jesse passa comme une flèche entre elle et Mathis. Seul ce dernier semblait être resté impassible, ne quittant pas des yeux le jeune homme furibond qui montait les marches quatre-à-quatre. Lorsqu’ils entendirent la porte de sa chambre claquer, Lio et Mathis se tournèrent l’un vers l’autre.
« Si on ne peut même plus rigoler… » dit Lio en haussant les épaules.
Puis elle laissa à Mathis le bon soin de fermer la porte d’entrée et retourna dans le salon. Le jeune homme s’exécuta. Mais il ne la rejoignit pas. Il leva les yeux vers l’étage supérieur, et sourit.
« Tu n’as peut-être pas si tort, Lio… » murmura-t-il.
ooOOoo
Mathis était couché sur le lit qu’il partageait depuis plus d’un an avec Sabrina. Il lisait l’un de ses cours de la journée, sans rien en retenir. Il était absorbé par bien d’autres problèmes. Par ce qu’il cachait à sa petite-amie. Il n’était pas dans la nature du jeune homme de mentir, encore moins aux gens qu’il aimait. Mais Lio lui avait fait promettre de ne rien dire aux autres tant que leur plan n’aurait pas abouti. Mathis pensait qu’il s’agissait d’un bon plan. Certes, il avait un grand rôle à jouer, mais comme il l’avait assuré à la jeune femme, il les suivrait jusqu’au bout et leur apporterait tout ce dont ils auraient besoin. Il avait entièrement confiance en Lio et savait qu’elle ne lui demanderait pas une telle chose si elle n’était pas sûre d’elle. Lio était en quelque sorte une grande sœur pour lui. Pour eux tous.
Elle avait été la première à arriver dans cette université. Contrairement aux autres qui avaient débutés dans une autre faculté, elle avait fait sa Première année ici. Lorsqu’ils étaient arrivés, elle les avait donc aidés à s’intégrer. Erick avait été le premier. Pas facile pour lui qui, à l’époque, n’assumait pas son homosexualité… Il avait dû jouer un rôle auprès des autres jusqu’à ce que Lio intervienne. Mathis était ensuite arrivé. Solitaire, comme toujours. Silencieux. Grâce à Lio, il avait pu s’ouvrir et se faire des amis. Puis, Sabrina avait fait une entrée remarquée : fidèle à son caractère de fonceuse et étant une personne qui ne se laissait pas marcher sur les pieds, elle avait prouvé ses talents de boxeuse en mettant au tapis un étudiant un peu trop lourd. Mathis jeta un coup d’œil à sa petite-amie qui révisait, assise à leur bureau. Les choses avaient bien changées. Désormais, Sabrina était soucieuse, et manquait de confiance en elle. Mathis espérait que cela ne durerait pas. Il pensa ensuite à Jesse. Il était le petit prodige arrivé le dernier au pavillon. Tout le monde avait su qu’il aurait la première place du classement, mais à l’époque, cela n’avait dérangé personne. Jesse aimait ce qu’il faisait et avait des prédispositions qui faisait de lui le meilleur, comme s’il était né pour faire de la chirurgie. De plus, c’était une personne vraiment aimable, quoique très timide, mais qui pensait toujours aux autres – peut-être même trop – avant de penser à lui. Mathis ne savait que vaguement ce qu’il s’était passé entre lui et Lio, mais depuis, un véritable rapport de fraternité s’était installé entre eux. Du moins jusqu’à aujourd’hui. L’arrivée d’Andy avait tout chamboulé. D’habitude, lorsqu’un élève aussi doué que lui faisait son entrée dans leur université, ils arrivaient toujours à l’en faire partir. C’était horrible, certes, mais Lio menait les rennes avec une main de fer et ne connaissait pas la pitié. Elle les protégerait tous, quitte à se faire du mal à elle-même… Malheureusement, Andy n’était pas tombé dans leur piège. Ils s’étaient tous faits prendre à leur propre jeu.
Voilà pourquoi Mathis ne cessait de penser au plan de Lio. Voilà pourquoi il ne pouvait s’empêcher malgré lui d’avoir des doutes quant à sa réussite. On ne pouvait pas tout prévoir.
« Après tout, qui aurait pu croire qu’Andy était gay, et qu’en plus, il ferait de Jesse sa proie… »
Mathis se mit à sourire, mais cette image s’estompa vite. Oui, même Lio pouvait se tromper. Mais il restait une autre alternative. Un plan auquel elle n’avait pas pensé, mais qui trottait dans la tête de Mathis depuis quelques temps. Ce pourrait être radical s’il ne faisait pas attention, néanmoins, il pensait qu’il s’agissait de la meilleure chose à faire. Il porta son regard sur le dos de Sabrina qui menaçait de s’endormir et se leva pour aller éteindre la lampe de bureau.
« Qu’est-ce que tu fais ? demanda Sabrina.
- Viens te coucher.
- Je ne peux pas. J’ai encore trois cours à relire. »
Si Sabrina était une vraie tête de mule, elle avait du apprendre à ses dépens que son
petit-ami n’était pas loin derrière elle. Il ferma ses classeurs et la souleva de sa chaise comme s’il ne s’agissait que d’une plume. Il alla ensuite l’allonger sur le lit et la rejoignit après
avoir retiré son tee-shirt. Il l’enlaça et éteignit la lumière alors que leurs lèvres se rejoignaient. Oui, lui aussi protégerait ceux qu’il aime.
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Avec un peu d'avance sur la date prévue^^
J'espère que ce chapitre vous aura plu malgré l'attente... Le prochain n'arrivera malheureusement pas avant fin mars, étant donné que je passe mon concours mi-mars (T__T). En revanche, je pense
poster autre chose d'ici une semaine (voire deux...), mais n'ayant aucun rapport avec cette histoire.
Je vous fait de gros bisous à toutes et tous, merci énormément à ceux et celles qui passent par ici :)
Andy se retourna vivement, espérant sans trop y croire. Jesse lui faisait face, une mine indéchiffrable sur le visage. Il était adossé à la porte, les mains posées dessus comme s’il voulait
l’empêcher de bouger. Andy tenait encore ses vêtements propres dans les mains, et attendait, surpris. Jesse se mordit les lèvres. Il se redressa, mais Andy ne fit pas un pas vers lui. Il n’allait
pas lui faciliter la tâche. Hors de question. Jesse s’avança, prudemment. Andy n’attendait qu’une chose. Et le jeune homme mit du temps à comprendre de quoi il s’agissait. Alors il le dit, le mot
magique :
« Oui. »
Andy jeta ses vêtements avec rage, et s’élança vers Jesse, pour l’embrasser avec le plus de fougue possible, ce à quoi répondait Jesse, avide. Leurs mains étaient parties à la découverte du corps de l’autre, effleurant la peau, les cheveux,… Jesse était maladroit, mais Andy savait le guider, tout en étant très amusé par ce revirement de comportement. Il le fit tomber sur son lit, au milieu des coussins bleu nuit, et se mit à califourchon au-dessus de lui. Il l’obligea à retirer son tee-shirt et posa ses lèvres sur les deux petits bouts de chair qu’il avait délaissés un peu plus tôt. S’il ne voulait pas que Jesse lui échappe encore une fois, il devait y aller doucement, ne pas l’effrayer. Mais le jeune homme ne semblait pas inquiet, agrippé à la couette d’Andy qui se félicita qu’il ne s’accroche pas de cette façon à son corps. Tout en jouant de la langue, Andy maintenait avec plus de pression les hanches de Jesse, le collant à lui. L’une de ses mains descendit le long de sa cuisse, la caressant, allant jusqu’à son genou, et le força à le plier pour mieux le soulever à hauteur de sa propre hanche.
Il savait que l’angle était parfait, grâce, notamment, au souffle devenu plus rapide de Jesse lorsqu’il plaqua son corps contre le sien. Il retourna à ses lèvres, l’embrassa plus sagement, souriant face au désir que Jesse montrait ouvertement et sans gêne. Leurs torses s’effleurèrent, puis restèrent collés, Jesse maintenant le contact grâce au bras qu’il avait passé derrière la nuque de son partenaire pour qu’il continue à l’embrasser. Andy laissa l’une de ses mains glisser le haut de la cuisse de son compagnon, allant jusqu’à l’élastique de son pantalon qu’il commença à faire glisser d’un côté, effleurant au passage la peau brûlante et frissonnante. De sa main libre, Jesse dessinait les contours du torse d’Andy, descendant lui aussi vers les vêtements encombrants dont il essaya d’ouvrir la fermeture éclair sous les grognements d’Andy qui faisait tout pour rester maître de lui. Il voulait y aller doucement, mais Jesse semblait d’un tout autre avis. Il passa sa jambe au-dessus du dos de son amant pour se coller à lui et sentant son excitation, Andy ne put se retenir. Il repoussa sa jambe pour mieux lui retirer ses vêtements, en les envoyant à l’aveugle à l’autre bout de la pièce et le plaqua contre lui en posant ses mains sur sa peau nue.
Jesse ne cessait de frissonner, d’envie, et non plus de peur. Andy se pencha vers son visage, mais ne l’embrassa pas. Il plongea son regard dans le sien, et lui murmura, tout en caressant ses hanches :
« Si tu ne m’arrêtes pas maintenant, ce sera trop tard ensuite pour me dire stop… Alors, es-tu sûr de vouloir continuer ? »
Jesse cligna des yeux plusieurs fois, puis il les ferma. Il passa ses mains derrière la nuque d’Andy pour guider son visage près du sien. Ils s’embrassèrent, mais les lèvres d’Andy quittèrent vite les siennes pour descendre le long de son cou, de son torse. Leurs corps s’écartèrent, provoquant une drôle de sensation chez Jesse qui eut soudain froid. Ses mains, retombées sur le lit, se crispèrent quand Andy ne joua plus uniquement de ses lèvres, mais aussi de sa langue sur sa peau. Il ne fallut pas longtemps à ce dernier pour se détendre et commencer à soupirer de désir. Il put à peine prévenir Andy, à la fin, mais celui-ci ne dit rien, s’attardant sur le membre encore tendu. Il ne s’écarta de Jesse qu’un court instant pendant lequel le jeune homme put entendre un tiroir s’ouvrir et se fermer, puis il revint à ses côtés, nu lui aussi. Il posa quelque chose sur le lit, à sa droite, et Jesse se douta bien qu’il ne s’agissait pas de beurre, mais que cela signifiait aussi qu’ils allaient passer aux choses sérieuses. Il dut paraître anxieux, car Andy se mit entre ses cuisses, collant leurs corps, pour lui murmurer entre deux baisers que tout allait bien se passer.
Alors qu’il lui faisait un suçon dans le creux du cou, l’une de ses mains s’était emparée de son intimité pour la frotter contre la sienne. Il finit par la lâcher pour mettre ses mains dans le creux de ses genoux pour qu’il les plie. Il fit ensuite glisser l’une de ses mains entre les jambes de Jesse, et toujours à l’aveugle, il pénétra son intimité à l’aide d’un doigt. Jesse se crispa sous ses lèvres, poussant un gémissement qui n’était qu’à moitié de plaisir. Sûr d’avoir apposé une marque durable sur la peau de son amant, Andy s’arrêta pour remonter jusqu’à son oreille. Il ne lui dit rien, mais Jesse se calma en sentant son souffle contre son cou, en sentant ses lèvres effleurer le lobe de son oreille… Andy l’embrassa ensuite, lorsqu’il fit pénétrer un second doigt, et Jesse ne put empêcher une grimace sous ses baisers. Il avait le souffle saccadé, son cœur battait à tout rompre, et la douleur qu’il n’avait pas pu oublier ressurgit lorsqu’Andy fut véritablement en lui. Jesse enfonça ses doigts dans les bras de son amant qui ne bougeait pas, attendant qu’il s’habitue, d’une façon ou d’une autre. Jesse se sentait de nouveau déchiré en deux, mais à force de caresses, Andy réussit à lui faire ressentir du plaisir, et il put enfin se mettre à bouger. Petit à petit, Jesse oublia la douleur, se laissant aller entre les bras d’Andy. Celui-ci finit par se poser sa tête dans le creux du cou de son partenaire, et avant d’atteindre le summum du plaisir, Jesse l’entendit prononcer, d’une voix douce, et avec une tendresse dont il ne l’aurait jamais cru capable :
« Jesse… »
ooOOoo
Une main sur le volant et l’autre sur le levier de vitesse de sa BMW noire dont elle avait refermé la capote à cause du vent glacial, Lio roulait dans le quartier résidentiel le plus huppé de toute la région. Elle connaissait le chemin par cœur pour l’avoir emprunté des dizaines de fois avec ses parents depuis qu’elle était toute jeune. La voiture filait à une vitesse bien au-dessus de celle autorisée, mais peu lui importait si ce n’est qu’elle n’arrive rapidement à destination. Elle se devait de régler cette histoire. Tout de suite.
Finalement, la demeure lui apparut dans toute sa splendeur : style victorien, rouge brique, une tourelle démesurée, le tout entouré d’un jardin immense et trop beau pour être entretenu uniquement par ses propriétaires… Lio se gara juste devant l’allée menant à l’entrée de la maison, derrière une Mercedes grise qu’elle reconnut facilement. La demeure semblait pourtant vide : pas un bruit, pas un mouvement… Comme toujours. Les seules fois où cette demeure lui avait semblé vivante remontaient à loin, lorsque Lio y avait passé des journées entières à courir à l’intérieur ou dans le jardin, en compagnie de son meilleur ami. Mais tout cela lui semblait si lointain, presque irréel… Elle coupa le contact et sortit du véhicule pour remonter l’allée de pavés blancs et passa sur le perron où ses chaussures à talons aiguilles résonnèrent sourdement. Lio frappa trois coups à la porte, et voyant que personne ne venait lui répondre, elle appuya deux fois sur la sonnette qui fit retentir un bruit cristallin dans toute la maisonnée. Au bout d’une quinzaine de secondes, une femme d’une quarantaine d’années, blonde comme les blés et les yeux noisette, vint lui ouvrir.
« Tiens, Lio, fit-elle avec surprise. Que fais-tu ici ? »
La jeune femme afficha son plus beau sourire avant de dire :
« Je viens voir votre mari. J’espère que je ne dérange pas ?
- Non, pas du tout. Il joue au tennis avec Antoine.
- Toujours sur le même terrain ?
- Oui, oui, on ne change pas les bonnes vieilles habitudes. »
La femme proposa à Lio de l’accompagner, mais celle-ci préférait être seule : elle connaissait le chemin, et ce qu’elle avait à dire ne regardait qu’elle et le mari de cette femme. Elle partit à pieds, redescendant l’avenue empruntée un peu plus tôt, et finit par aboutir sur un complexe sportif composé entre autres des terrains de tennis où Lio devait se rendre. Il n’y avait pas grand monde en ce dimanche, et il lui fut facile de trouver l’homme qu’elle cherchait. Le directeur de l’Université jouait contre un autre jeune homme, tous deux vêtus d’un tee-shirt et d’un short blanc et bleu. Pour toute autre personne ne connaissant pas le directeur J. Ryland, il aurait été difficile de le reconnaître sans son costume-cravate, mais pas pour Lio. C’était un grand sportif, peut-être parce qu’il aimait la compétition, et lui et son fils unique adoraient s’adonner à leurs sports favoris tous les week-ends où ils arrivaient à se retrouver.
Lio ouvrit la grille et pénétra sur le terrain. Ryland lui tournait le dos et ne la vit pas, mais Antoine, qui venait juste de lui renvoyer la balle, aperçut la jeune fille et s’arrêta net. Il sourit en la reconnaissant, et Lio lui fit un petit signe de la main pour le saluer. Son père, voulant voir ce qui avait mis fin à leur match, se retourna vers Lio. Le père et le fils vinrent à elle pour la saluer et lui demander que leur valait l’honneur de sa visite.
« J’aimerais vous parler, dit Lio. Juste un instant. »
Ryland sourit, ce que n’apprécia pas l’étudiante en médecine, puis il accepta, et ils se dirigèrent ensemble vers un coin du terrain. Lio ne put que noter au passage la mine déçue d’Antoine. Il était vrai qu’ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps et qu’elle aurait bien aimé parler un peu avec celui qui avait été son meilleur ami d’enfance, mais elle avait une affaire hautement plus importante qui l’attendait. Et à sa grande surprise, le directeur savait déjà de quoi il en retournait :
« Alors, tu viens me voir à propos des résultats ? Erick n’était pas trop triste ? »
À ce moment précis, Lio eut une envie folle de faire disparaître le sourire brillant affiché par Ryland.
« Pourquoi avez-vous fait ça ? Vous ne donniez jamais les résultats autant en avance avant ! En plus, les examens ne sont pas encore passés ! Vous imaginez dans quel état vous avez mis Erick ?
- Mais c’était le but, ma chère Lio. Vous vous reposiez trop sur vos lauriers. Mais maintenant, avec l’arrivée de ce brave Killen, tout a changé. Un peu de compétition ne vous fait pas de mal.
- Non, mais vous vous entendez ? On travaille bien plus dur que ce que vous croyez et…
- Allons, nous savons tous les deux que tu n’as pas besoin de travailler… »
Le ton qu’avait employé le directeur ne plut pas le moins du monde à Lio qui dit, un peu trop sèchement :
« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »
Le sourire de Ryland s’agrandit :
« Nos deux familles se connaissent depuis très longtemps, tu sais. Et nous veillons tous sur nos enfants, d’une façon ou d’une autre. »
Voyant Lio froncer les sourcils, Ryland précisa :
« Tu n’as tout de même pas choisi mon université par hasard, n’est-ce pas ?
- Je l’ai choisie pour son haut niveau.
- Oui, très haut.
- Mais accessible.
- Surtout quand on a les moyens. »
Lio serra les dents et les poings.
« Mon père n’aurait jamais payé pour que j’entre dans votre université. J’y suis parvenue parce que j’avais le niveau pour. Je fais encore partie de ce classement, alors vous ne me ferez pas croire le contraire.
- Non…Mais ton père est mon ami… »
Ce que sous-entendait Ryland déplut totalement à la jeune étudiante, mais il ne lui laissa pas le temps de répliquer :
« Alors tu vois à quel point ce classement est important. »
J. Ryland se pencha un peu plus vers Lio qui recula, écœurée.
« Il ne te reste donc plus qu’une chose à faire, si tu veux prouver que tu as ta place dans mon université : bats-toi. Gagne. Et cela vaut aussi pour ton petit ami… »
La discussion était close. Les larmes aux yeux, la rage coincée dans la gorge, Lio quitta le terrain pour retourner à son véhicule. La voix grave d’Antoine retentit dans son dos, lui demandant de s’arrêter et de l’attendre. Mais elle n’avait pas vraiment envie de parler. Elle continua ainsi sur sa lancée jusqu’à ce que le jeune homme l’attrape par le bras et l’oblige à se tourner vers lui. Elle pleurait déjà.
« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-il.
Lio ne répondit pas, mais retrouva avec réconfort les bras de son ami qui la serra contre elle, frottant son dos tout en attendant de pouvoir lui demander :
« Il y a un problème à la fac ? Tu veux m’en parler ?
- Il y a toujours eu un problème à la fac, Antoine ! Toujours avec ton père et son foutu classement ! »
Le jeune homme connaissait bien le fonctionnement de l’Université de son père, et bien qu’il ne l’avouerait jamais à la personne concernée, il en était dégoûté.
« Tu… veux dire que tu n’es plus…
- Pas moi. Un ami. À cause de ça, il n’a plus confiance en lui… et… et moi non plus. Ton père me fait douter de moi. »
Antoine écarta un peu Lio et posa ses mains sur ses frêles épaules. Il la regarda en souriant, ses yeux verts exprimant une douceur incomparable sous ses mèches brunes :
« Tu n’as aucune raison de douter de toi. Peu importe ce que dit mon vieux. Tu es très douée, Lio. Petite, tu me mettais toujours K-O. »
Malgré la tristesse et les larmes, Lio ne put s’empêcher de rire.
« Oui, mais là, il s’agit pas d’une bagarre entre deux gosses. On est passé au niveau supérieur. »
Antoine serra de nouveau Lio contre lui, et la jeune femme se laissa faire, telle une poupée de chiffons.
« Au début, reprit-elle, je pensais que ce classement était une bonne chose : montrer aux autres ce que l’on savait faire, qu’on était le meilleur. Et puis, bien que cela n’ait rien de légal, ton père assurait aux cinq premiers une entrée dans n’importe quel hôpital, une bourse dont n’importe qui rêverait, un dossier… impeccable, brillant. Mais maintenant, quand je vois tout ce que cela exige en temps, en travail… la souffrance que c’est de devoir rester au niveau, de devoir battre ses amis… Je… J’avoue que je ne sais plus quoi faire. »
Elle sentit Antoine rire contre elle, alors Lio leva la tête pour le regarder :
« Excuse-moi, dit-il. J’ai… Enfin j’ai toujours eu l’impression que le titre dont tu t’étais affublé était… vrai. Tu sais, la BBB… Mais je suis content de voir que mon amie d’enfance n’a pas changé. Je suis rassuré. »
Lio donna un léger coup de poing dans le ventre d’Antoine qui en rit plus qu’il n’en eut le souffle coupé. Il lui frotta de nouveau le dos, lentement, et Lio passa ses bras autour de la taille de son ami retrouvé. Le père était peut-être un beau salaud, mais le fils était réellement quelqu’un sur qui l’on pouvait compter.
ooOOoo
Jesse avait la gorge en feu, et avait du mal à respirer à cause d’un nez bouché. Mais tout cela n’était rien par rapport à la douleur qu’il ressentait et qui l’empêchait de bouger à sa guise. Pourtant, la souffrance était moindre que lors de sa première fois avec Andy. Jesse retint sa respiration et se tourna sur le dos, la tête bien calée entre les coussins. Au passage, il aperçut les emballages de préservatifs usés sur la table de nuit, à côté d’un petit pot qu’il identifia facilement, et fit une grimace en se rendant compte qu’il était déjà quinze heures. Ils étaient restés au lit presque toute la journée. Jesse aurait bien voulu se lever afin de voir si les autres étaient là, et si ils se demandaient où lui était passé… Il n’osait pas imaginer leurs têtes si jamais ils apprenaient ce qui s’était passé dans cette chambre.
Il regarda Andy, allongé sur le ventre à côté de lui. Sa respiration était lente, silencieuse, preuve qu’il dormait encore. En le regardant ainsi, Jesse se demandait encore s’il n’avait pas fait une erreur en lui cédant. En cédant à ses propres envies. Après tout, qu’allait-il se passer ensuite ? Andy satisfait, il ne risquait pas de rester à ses côtés. Pourtant, et cela était quand même difficile à Jesse de se l’avouer, il aimerait que cet étudiant arrogant reste avec lui. Mais il ne pouvait pourtant accepter ce qu’il faisait subir à ses amis. Peu importait la raison. Ce n’était pas la bonne solution, mais cette tête de mule voudrait-elle l’écouter ? Jesse en doutait, d’autant plus qu’il ne savait pas le fin de mot de l’histoire. Il ne connaissait tout simplement rien de lui. Et Andy ne semblait pas du genre à s’ouvrir aux autres. Tout cela était bien compliqué…
Décidé à se lever, Jesse écarta les couvertures et entreprit de s’habiller, difficilement.
Il sentit Andy remuer dans son dos, puis plus rien. Il sortit alors de la chambre en faisant le moins de bruit possible. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’Andy était réveillé depuis longtemps, et
que lui aussi se posait beaucoup de questions… Et il ne savait pas s’il était assez fort pour qu’on lui en donne les réponses…
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Alalala, je les torture les pauvres petits.... Vous avez aimé ?
Je m'excuse par avance, mais je ne pourrais malheureusement pas poster de nouveau chapitre avant mi-, voire fin février... Désolée !
Merci Hiro pour m'avoir corrigé ce chapitre et m'avoir donné ton avis^^
Merci à ceux qui passent par là !
A bientôt !
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