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L'Ombre - Chapitre 4
Tel est pris qui croyait prendre - Seizième partie
Prochain chapitre à venir mi-juillet...

faut pas avoir le vertige....

Lundi 29 juin 2009

 

 

Vêtu uniquement d’un pantalon de toile beige coupé au niveau des genoux, Iwan suivait Rain en silence. Tôt, beaucoup trop tôt, Rain l’avait réveillé pour l’entraîner dans de sombres couloirs. Iwan n’avait eu qu’un seul jour pour se reposer et se remettre de sa guérison plutôt… rapide et brutale, et bien qu’il ne le montrât pas, il était fatigué et n’aurait pas refusé de dormir une heure de plus. Mais il savait qu’il n’avait pas le choix et qu’il devait rester ici, à faire ce qu’on lui disait. Dehors, rien ni personne ne l’attendait. Certes, il aurait très bien pu sortir, s’enfuir. Il aurait repris son train de vie passé, en volant pour survivre, en acceptant des contrats de gens puissants et riches… Il leva le regard vers le dos de Rain qui venait de s’arrêter devant un pan de mur. Quelque chose de fort et d’étrange émanait de lui, quelque chose de terrifiant.

Oui, si Iwan tentait de s’enfuir, il était fort possible que Rain le retrouve.

Alors pour l’instant, il resterait ici. Rain devait le former ? Lui apprendre à se battre ? Très bien. Cela ne pourrait que lui servir à l’avenir. Mais il allait devoir faire avec un élève plus que difficile. Iwan n’était pas du genre à obéir comme un gentil petit chien.

Le pan de mur devant lequel ils s’étaient arrêtés glissa sur le côté pour laisser place à un couloir aussi sombre que les autres dans lequel Rain s’engagea en silence. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, les flambeaux suspendus aux murs s’allumaient sous le regard surpris mais inquiet d’Iwan. Le couloir déboucha sur une salle carrée dont l’un des murs, opposé à la sortie, était habillé des armoiries du Roi – une branche d’olivier entourant la lame d’une épée – ainsi que d’une dizaine d’armes différentes. Une salle d’entraînement située dans les souterrains secrets du Palais, réservée uniquement à Rain… et désormais à Iwan.

Ils passèrent dans la salle, et Rain lui ordonna de se déchausser avant de marcher sur les tapis. Lui-même ne dérogea pas à cet ordre et retira ses chaussures qu’il posa près d’une chaise située non loin d’un petit placard en cerisier et d’un guéridon en bois brut sur lequel reposaient une bouteille de bourbon et un verre en cristal. Il rejoignit ensuite Iwan sur les tapis pour le tirer de sa contemplation de la salle :

 « Réveille-toi ! Tu n’es pas ici pour lambiner ! »

Iwan redressa le menton et serra les dents. La séance commençait mal.

« Avant de commencer un véritable entraînement, je voulais voir de quoi tu étais capable. On va donc faire très simple : essaye de m’attaquer.

- Et si je vous blesse ? »

Rain lui sourit :

« Il faudra d’abord que tu me touches… »

Iwan sourit à son tour. Il savait se battre, tuer des gens faisait partie de son ancien travail. Et il allait montrer avec plaisir à cet homme de quoi il était capable. Il ferma les yeux, se concentrant sur lui-même. Certes, il allait donner tout ce qu’il avait, mais il devait s’assurer que certaines choses resteraient à leur place, au plus profond de lui. Il prit une profonde respiration, et s’assura qu’il garderait le contrôle de lui-même, puis, il ouvrit les yeux et se mit en position. Face à lui, Rain ne bougea pas. Il s’élança donc, mais sans comprendre pourquoi ni comment, il se retrouva au sol, avec une forte douleur à l’estomac.

« C’est tout ? »

Il fusilla Rain du regard et se releva d’un bond, ignorant du mieux qu’il put la douleur. Il brandit son poing, mais à chaque fois, Rain l’arrêtait d’une poigne beaucoup plus puissante et ferme. Tous ses coups furent ainsi déjoués, le faisant enrager.

« Non, je dois me calmer… respirer à fond… doucement… »

Soudain, Rain, plutôt que de rester sur la défensive, profita de la déconcentration d’Iwan pour lui asséner un coup de poing violent au visage. Son apprenti se retrouva au sol, sonné, non par la force du coup, mais par la surprise. Rain lui tourna le dos, sortit de la limite fixée par les tapis, et se servit un verre de bourbon avant de s’asseoir sur l’unique chaise de la pièce. Il regardait Iwan avec son éternel visage neutre. Iwan porta une main à son nez et grimaça. Il avait mal, mais fort heureusement, son nez n’était pas cassé. Il se mit à saigner, mais rejeta la douleur afin de ne pas nourrir ce grondement au fond de lui.

« Pourquoi vous avez fait ça ? » dit-il sèchement.

Rain se leva, et pour toute réponse, il le frappa à nouveau, provoquant un cri de douleur horrible chez son élève. Ce dernier voulait se relever, mais cette fois, il avait trop mal. Il sentit Rain s’approcher  de lui et le vit s’accroupir.

« Le tuer… Faire couler son sang… Arracher sa tête… Se nourrir de sa souffrance… »

Iwan ferma les yeux et entreprit de contrôler sa respiration. Il ne devait pas s’emporter.

« J’ai fait ça, parce que tu n’étais pas assez concentré. Du moins, pas sur ce combat. Je ne sais pas à quoi tu pensais, mais… »

Rain s’arrêta brusquement. Un bourdonnement parvint à ses oreilles. Alors, aussi rapidement qu’il le put, il fit le vide dans son esprit et libéra un passage à ces voix que lui seul entendait, sans pour autant se livrer entièrement à elles. Il savait qu’il ne devait pas se fier à leur douceur, ou à leur bienveillance affichée. Si vous les laissiez vous transporter, si vous les écoutiez trop attentivement, alors vous deveniez leur esclave. Il écouta les quelques mots qu’elles avaient à lui adresser, puis ce fut le silence, comme s’il n’y avait que du vide autour de lui. Il ne sut pas combien de temps cela avait duré, mais il se dépêcha de reprendre contenance. Iwan, face à lui, haussait les sourcils, mais sa colère était toujours lisible sur ses traits. Rain termina sa phrase comme si de rien n’était :

« Mais tu n’étais pas assez concentré… sur ce qui t’entoure.

- Parce que vous l’étiez, vous, à l’instant ?

- …

- Moi non plus je ne sais pas à quoi vous pensiez, mais ce qui est sûr, c’est que j’aurais pu vous rendre votre coup sans que vous compreniez ce qui vous arrive ! »

Rain se releva, but son verre d’une traite, et dit, en tournant le dos à Iwan :

« Tu n’es pas encore assez doué pour me toucher. »

Il n’en fallut pas plus à Iwan pour se lever et se décider à attaquer Rain. Mais celui-ci se battait depuis qu’il était tout jeune et connaissait des techniques de parade et d’attaque totalement inconnues de son jeune élève. Voilà pourquoi, dans un bruit de verre brisé, il évita facilement son coup et réussit à l’immobiliser rapidement. Tout en lui maintenant les bras croisés dans le dos, il approcha ses lèvres de l’oreille droite d’Iwan et lui murmura :

« Tu vois… Tu ne peux pas me toucher, et encore moins me battre… »

Il relâcha sa prise pour mieux voir la haine brûler dans les yeux d’Iwan qui se massa les bras.

« Soigne-moi ce nez. Tu trouveras le nécessaire dans le placard. Et nettoie les tapis. Je reviens.

- Qui vous dit que je ne vais pas en profiter pour essayer de m’enfuir ?

- Parce que tu sais très bien que je te retrouverai… et de toute façon, je ne pense pas que tu aies réussi à mémoriser le chemin pour sortir des souterrains… »

Rain lui tourna le dos, et assuré qu’il ne le suivait pas, il prit le chemin menant au bureau de Keith. Ce dernier ne le savait pas encore, mais son assassin venait à son aide.

ooOOoo

« Je ne peux pas faire ça, Mizu. »

Face-à-face, le Roi et la Reine venait d’avoir une longue conversation suite à la promenade de Mizu dans le centre-ville. Keith n’était pas en train de la brimer parce que, une fois de plus, elle avait quitté le Palais sans l’en informer, et encore pire, sans réelle escorte, non, il essayait plutôt de lui faire comprendre qu’il ne pouvait pas aider l’homme qu’elle avait vu se faire arrêter. Mais Mizu n’allait pas céder facilement. Voilà deux jours qu’elle avait vu cet homme innocent aux prises avec les soldats du Roi, et depuis, elle n’avait pu oublier son visage, de même que celui que les voix avaient désigné comme étant l’Ombre.

Elle était donc arrivée en trombe dans le bureau de son mari, et avait renvoyé ses généraux sans que Keith ait le droit à la parole. Cela ne lui avait pas plu, elle s’en doutait. Même si elle portait le titre de Reine, elle n’avait pas à donner d’ordres aux généraux, et encore moins à son époux. Néanmoins, ce dernier avait bien vu dans quel état elle se trouvait et avait accepté de la recevoir. Il le regrettait un peu désormais. Car Mizu ne se contenterait pas d’un simple « Je vais voir ce que je peux faire… ». Keith avait épousé une vraie tête de mule. Mais il n’avait pas eu le choix.

« Si cet homme a été accusé de meurtre, je ne vois pas ce que je peux faire. Sans preuve, je ne peux intervenir. Cette affaire relève des tribunaux.

- Mais tu es le Roi ! Fais quelque chose !

- Et que veux-tu que je fasse ?! »

Keith avait élevé la voix, ce qui ne ressemblait pas à l’homme qui avait pour réputation auprès de son peuple et de ses politiciens, de rester calme en toute situation. Mizu en resta muette, ne comprenant pas pourquoi son époux et Roi réagissait avec une telle violence. Son visage était crispé, ses poings étaient serrés.

« L’Ombre, Mizu, est une légende, reprit Keith avec plus de calme. En tant que Reine, tu ne peux croire à de telles chimères. Je comprends que tu veuilles protéger ton peuple, mais je pense sérieusement que cet homme est coupable de ce dont on l’accuse, et que, comme pour beaucoup, il cherche à se protéger en mentant. »

Mizu et Keith se regardèrent pendant quelques secondes sans rien dire, l’un sachant qu’il avait gagné, l’autre se jurant de ne pas en rester là. La jeune femme se leva de son fauteuil en faisant jouer les pans de sa robe en soie sauvage beige et dit, avant de quitter le bureau :

« Moi, je sais que cet homme existe et qu’il n’est pas qu’une légende. Et je te le prouverai.

- Tu n’es pas devenue Reine pour cela.

- Non. Mais étant donné que je ne partage pas ton lit, il faut bien que je serve à autre chose. »

Sur ces mots prononcés avec froideur, Mizu lui tourna le dos. Après qu’elle ait violemment claqué la porte, Keith se retrouva seul, se doutant que ses généraux devaient attendre dans le hall. Il n’alla pas les chercher immédiatement, car il avait besoin de réfléchir au calme. Il se leva pour se servir un verre de whisky, l’un des meilleurs remèdes pour apaiser sa colère. Il huma son verre au liquide plutôt clair, appréciant son odeur riche, boisée, puis en but une gorgée en fermant les yeux. Excellent.

Il sentit ce petit courant d’air frais familier, puis entendit la clé des portes principales tourner dans la serrure. Personne n’entrerait dans le bureau. Pas tant que son assassin n’en ait décidé autrement. Alors qu’il n’avait toujours pas ouvert les yeux, il sentit qu’on lui retirait son verre des mains. Un souffle chaud vint lui chatouiller la nuque, et il inspira profondément. Il se pencha légèrement en arrière et fut accueilli par le torse de Rain qui le soutint en lui tenant les bras. Il cala sa respiration sur la sienne et ouvrit les yeux. Tournant doucement la tête sur la droite, il toucha de sa joue le menton de Rain. L’assassin, impassible, ne bougea pas. Keith se retourna complètement pour lui faire face, et, par ce qui aurait pu être un accident, il frôla ses lèvres, mais Rain recula. Rien dans ce geste ne représentait un quelconque rejet,  mais, même s’il n’en montra rien, Keith fut déçu.

« Que fais-tu ici ? demanda-t-il.

- J’avais l’impression que tu avais besoin de moi.

- Ton sixième sens ? se moqua Keith.

- En quelque sorte… Ou mon instinct protecteur. »

Rain alla vers le bureau de Keith et en fit le tour pour se mettre à la place de son Roi qui ne broncha pas. Il tira les lourds rideaux de velours afin d’empêcher la lumière du soleil d’entrer dans la pièce et les regards indiscrets de le voir, lui. Il regarda ensuite les documents qui jonchaient le meuble de travail, et y mit un semblant d’ordre alors que Keith se rapprochait, face à lui. Il lui raconta ce qui venait de se passer avec Mizu :

« Cette femme… Elle est bien trop curieuse et ne sait pas rester à sa place. Je me demande bien pourquoi j’ai accepté de l’épouser… »

Rain lui dit, impassible :

« Les mariages politiques ne laissent pas énormément de place au plaisir de choisir… Mais c’est une femme brillante, perspicace, et loin d’être dupe.

- Mais elle croit en ta légende.

- Son sixième sens, peut-être… » dit Rain avec un sourire en coin.

Il fit plusieurs piles de papiers et continua :

« Elle ne laissera pas tomber. Ce n’est pas parce que tu ne veux pas l’écouter qu’elle ne va pas me chercher.

- Qu’est-ce que je pouvais bien faire ? Personne ne doit apprendre ton existence. Je dois continuer à te faire passer pour une légende, et ce n’est pas facile, je ne te le cache pas. En tant que Roi, je me dois de nier ton existence, sinon, je serai forcé de donner mon aval pour lancer les patrouilles à tes trousses. Et ce n’est pas ce que nous voulons, n’est-ce pas ? »

Les deux hommes se jaugèrent un instant, puis Rain se laissa tomber dans le fauteuil de son souverain. Ils avaient eu cette conversation des centaines de fois et aboutissaient toujours au même résultat. Keith fit le tour du bureau et se plaça derrière Rain. Il posa ses mains sur ses épaules et reprit :

« Si je donnais l’ordre aux patrouilles de t’arrêter, tu ne pourrais plus sortir, et toi comme moi savons que ce n’est pas possible. Tu es incapable de rester enfermé. Mais si l’on venait à t’attraper, alors…

- Ils finiraient par faire le lien entre nous, termina Rain. Et le pire, serait qu’ils apprendraient qui je suis vraiment. Et ce ne serait bon ni pour toi, ni pour moi.

- Exactement. Et pour te cacher, nous devons mentir. Comme pour le meurtre du Duc de Lorn. »

Rain leva ses yeux noirs vers le visage sérieux de Keith :

« Tu as des nouvelles ?

- Comme il a été convenu, sa femme a été reconnue coupable : elle l’aurait tué par jalousie. Elle aurait soudoyé l’un des domestiques pour droguer son époux et sa maîtresse et aurait payé un assassin pour qu’il s’occupe du reste. Bien sûr, elle continue de clamer son innocence…

- Ce qui est normal, puisque je suis l’assassin. »

Keith prit le visage de Rain entre ses mains.

« Tu es mon assassin. C’est moi qui t’ais demandé de tuer cet homme.

- Ça ne change rien à ce que j’ai fait, Keith…

- Si. Tu l’as fait pour me protéger. Et moi, je veux te protéger comme tu le fais avec moi. »

Du bout des doigts, il caressa la joue de Rain, puis ses lèvres pâles tendues comme une offrande. Keith lui-même se les mordit jusqu’au sang, avant de se décider. Il se pencha doucement vers Rain, vers cet homme déjà torturé, pour l’apaiser d’un baiser. Ses lèvres étaient froides, mais avaient le goût du bourbon, alors que les siennes devaient avoir gardé des traces de whisky. Keith passa entre le bureau et le fauteuil, puis s’assit sur les genoux de Rain qui le laissa faire, à l’abandon. Il approfondit leur baiser, toujours avec tendresse, mais ses mains quittèrent le visage de l’Ombre pour caresser son torse à travers le tissu rêche. Un à un, il entreprit de défaire chaque bouton de la chemise en toile de Rain, puis passa ses mains sur sa peau pour lui procurer des frissons. Mais alors qu’il voulait aller plus loin dans leur étreinte, Rain s’empara de ses poignets et l’obligea à arrêter. Il le poussa sur le côté et se leva, laissant Keith seul sur le fauteuil.

Rain reboutonna sa chemise, puis passa une main devant ses yeux tout en soupirant. Ils avaient failli dépasser la limite, et cela le mettait hors de lui.

« Non… pas cette fois… »

Il posa les mains sur ses hanches et respira lentement pour évacuer sa tension. Il n’osait pas regarder Keith, dans son dos, qui devait afficher ouvertement son désappointement. Il fit quelques pas en avant, sans rien dire, puis actionna le mécanisme pour pouvoir entrer dans les passages secrets. Ce n’est que lorsque l’entrée fut totalement ouverte qu’il dit, prouvant ainsi qu’il avait entendu Mizu avant qu’elle ne parte :

« Tu dois donner un fils au royaume… »

ooOOoo

L’enfant joue avec un cheval de bois taillé grossièrement, l’imaginant galopant à travers des vallées merveilleuses. Sa mère lui jette de fréquents coups d’œil tout en préparant une soupe de potiron. Un feu brûle dans l’âtre, nécessaire par ce temps d’hiver. Dehors, des flocons tombent dru, cachant peu à peu les toits sombres tendus vers le ciel noir. Tout est calme au dehors : pas un bruit, pas un passant. La bâtisse semble isolée dans un cocon de douceur. L’enfant, du haut de ses quatre ans, se roule par terre sans tenir compte des réprimandes de sa mère.

On frappe à la porte.

La mère pose ses ustensiles et va ouvrir. Une personne dont le visage est caché entre et entreprend de fermer tous les rideaux. L’enfant la regarde avec curiosité, mais elle ne semble pas s’intéresser à lui. Ses gestes sont rapides, et les mots qu’elle prononce n’ont aucun sens pour un garçon de quatre ans. Soudain, elle pointe un doigt vers lui, mais sa mère vient rapidement le prendre dans ses bras.

On frappe à la porte.

Puis, tout se déroule rapidement. Sa mère fait sortir l’autre personne qui insiste pour rester, et une fois seule avec son fils, elle le cache dans un placard du couloir menant aux chambres, et lui dit, plus sévère que jamais :

« Ne bouge pas tu entends ? Ne dis pas un mot ! Quoiqu’il arrive, je veux que tu restes caché ! »

Elle le regarde une dernière fois, l’embrasse sur le front, et ferme la porte du placard à clé. Soudain, un bruit de bois cassé retentit dans toutes les pièces, puis des voix d’hommes se font entendre. L’enfant sait qu’il devrait partir, s’enfuir…Mais ce n’est pas ce qu’il veut. Il veut obéir à sa mère.

Il regarde par le trou de la serrure en se hissant sur ses pieds. Il entend les voix s’élever, puis des cris, des pleurs… Et rien. Plus rien. Le temps passe…et l’enfant a mal. De nouveau, des bruits de voix, d’objets qu’on fait tomber et d’autres bruits inconnus au milieu des cris d’hommes. L’enfant a peur. Il recule au fond du placard quand il perçoit le bruit d’une clé qu’on enfile dans la serrure. La porte s’ouvre sur une lumière éblouissante qui oblige le garçon à fermer les yeux. Il sent une main sur son épaule et son seul réflexe est de l’attraper et de la mordre jusqu’au sang. L’homme hurle, mais laisse sa place à une voix masculine beaucoup plus douce.

« Viens avec moi… Je vais t’aider. Je veillerai sur toi, je te le promets. »

L’enfant essuie ses lèvres et sors avec méfiance de sa cachette pour faire face à un jeune garçon d’une dizaine d’années, au sourire triste, tout de gris vêtu. Il regarde tout d’abord la main tendue vers lui, puis il est attiré par autre chose, en provenance du salon. Le bras de sa mère, ensanglanté, lui apparaît comme dans un cauchemar. Il sait sans vraiment le comprendre que sa mère est morte. Une douleur bien plus grande s’empare de sa poitrine, le forçant à se plier en deux. Ses petits poings se crispent, il montre les dents et hurle, d’un hurlement surhumain. Alors qu’il allait se jeter sur le jeune garçon, celui-ci lui porte un coup qui l’assomme.

« Désolé… Mais tu ne me laisses pas le choix… »

Rain émergea de son rêve avec difficulté. Il se leva de son lit, jeta un coup d’œil à Iwan qui dormait sur le sol nu dans un coin de la chambre et se dirigea vers la salle de bains où il trempa son visage pour se remettre de ses émotions. Il ne se rappelait que trop bien de cette période mouvementée de sa vie. L’assassinat de sa mère, son arrivée au Palais, et… son éducation.  Mais depuis quelques temps, ses rêves se faisaient beaucoup plus fréquents, et il ne doutait pas que cela avait un rapport avec l’arrivée d’Iwan. Rain retourna se coucher, mais avant de fermer les yeux, il ne put s’empêcher de fixer son élève. Il avait toujours accordé une grande importance aux songes… Mais pour l’instant, il ne savait quelle leçon en tirer…

Dans son coin, Iwan n’avait pas perdu une miette de la scène.
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Bonjour, Bonsoir,
Eh oui, je n'ai pas encore fini le chapitre de Tel est pris, mais je vous poste à la place ce chapitre, en espérant que vous aurez aimé. Je ne pense pas poster de nouveau chapitre avant un "moment", j'espère que vous ne m'en voudrez pas, mais d'autres affaires réclament mon attention en ce moment^^
Je vous embrasse, et vous remercie de continuer à passer sur ce pauvre blog.
A très bientôt !
Par Naishou - Publié dans : L'Ombre
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Lundi 8 juin 2009




La première partie des examens arrivait à grands pas, juste une semaine avant les fêtes de fin d’année. Jesse n’aurait que deux épreuves à passer, puis quatre en janvier, et même si son niveau lui aurait permis de s’y rendre l’esprit tranquille, il révisait comme si sa vie en dépendait. Du moins quand Andy n’était pas dans le coin pour l’en empêcher en demandant une attention particulière. Excepté, quand ce n’était pas Jesse qui réclamait cette même attention… Voilà deux semaines qu’ils vivaient comme un couple normal, même si cela voulait dire pour Jesse que Lio ne lui adressait plus la parole. Jesse secoua la tête comme s’il pouvait ainsi chasser ses pensées noires. Il ne s’était pas réfugié à la bibliothèque universitaire pour penser à ses problèmes, au contraire, mais pour avoir un endroit tranquille où réviser.

Il regarda sa montre qui indiquait déjà dix-huit heures quarante. Il rangea donc les livres qu’il avait étalés sur la table où il s’était installé, éteignit l’ordinateur sur lequel il avait fait ses recherches, et rangea ses feuilles de cours éparpillées dans un désordre cohérent. Dans un peu moins de vingt minutes, la bibliothèque allait fermer, et Andy serait là, dehors, à l’attendre. Son amant n’avait pas voulu venir avec lui, sachant très bien qu’il était incapable de se concentrer autant que Jesse s’ils restaient ensemble pour travailler. Des révisions séparées étaient donc, dans leur cas, préférables. De plus, les retrouvailles n’en étaient que meilleures. Jesse pensa soudain à la longue séparation qui les attendait après les examens de la rentrée, et rejeta immédiatement cette pensée. Il devait rester concentré sur l’instant présent, et sur ses partiels.

Il poussa les grandes portes vitrées de la bibliothèque et avança lentement dans la cour déserte. Il s’inquiéta au début, car Andy n’était pas encore arrivé, lui qui aimait la ponctualité. Il alla s’asseoir sur un banc, bien en vue, n’osant pas rentrer seul de peur qu’Andy le cherche. Il regarda sa montre. Ils avaient rendez-vous dans un peu moins de dix minutes. Son amant n’allait pas tarder.

ooOOoo

Andy, le baladeur sur les oreilles, révisait assis tranquillement dans le canapé du salon. Il jetait de fréquents coups d’œil à ses colocataires rassemblés pour la même bataille autour de la table du salon et s’amusait de les voir trimer sur certains points chirurgicaux. Il avait essayé de baisser le volume de sa musique pour entendre ce qu’ils disaient, mais rien ne lui parvenait, Sabrina ayant exigé de son petit-ami et d’Erick qu’ils chuchotent en sa présence. Le plus simple aurait été qu’ils aillent réviser ailleurs, mais la table de la cuisine ne pouvait accueillir tous leurs manuels, et ils ne pourraient pas parler comme ils le voudraient à la BU. Elle ne pouvait pas non plus ordonner à Andy d’aller travailler ailleurs. Sabrina savait parfaitement qu’Andy se serait fait un plaisir de lui rappeler que lui aussi vivait ici… La jeune femme reprit sa lecture, essayant de ne plus porter d’attention au jeune homme.

« Mathis, tu pourrais m’expliquer cet exercice ? J’ai vraiment rien compris… »

Erick tendit un cahier à son ami qui secoua la tête après avoir vu de quoi il s’agissait.

« Désolé, mais j’ai rien compris non plus. Monroe a mis la barre très haut cette année… »

Erick présenta ensuite son cahier à Sabrina qui ne put l’aider. Il soupira de lassitude et dit :

« Cette fois, c’est sûr, je n’aurai pas cette fichue bourse. Je vais être éjecté du classement. »

Sabrina posa une main sur son bras qu’elle serra fort, mais elle ne sut pas trouver de paroles réconfortantes.

« Je vais lui demander son aide. »

Mathis fit mine de se lever, mais Sabrina le retint :

« Quoi ? Mais de qui tu parles ? Lui ? fit-elle en désignant Andy. Hors de question !

- Il t’a déjà aidée. Je ne vois pas pourquoi il ne le referait pas.

- Tout simplement parce qu’il est la raison pour laquelle on est tous si inquiets. »

Mathis haussa les épaules mais se leva tout de même pour s’approcher d’Andy. Ce dernier leva les yeux vers lui et retira ses écouteurs, ayant compris qu’il voulait lui parler. Mathis n’y alla pas par quatre chemins :

« Est-ce que tu pourrais nous aider s’il te plaît ? »

Andy jeta un coup d’œil à Sabrina qui le fixa intensément.

« Qu’est-ce que j’aurais en échange ? »

Andy entendit Sabrina jurer, mais il n’y fit pas attention.

« Nos remerciements. Notre reconnaissance.

- Je vois. »

Andy retourna à son livre et fit comme si Mathis n’existait pas. Ce dernier se détourna de lui et alla reprendre sa place. Sabrina se pencha vers son petit-ami pour lui dire :

« Tu vois ? Qu’est-ce que je t’avais dit ! »

Elle secoua la tête, imitée par Erick. Tous deux ne purent s’empêcher de sursauter lorsque la voix d’Andy retentit juste à côté d’eux.

« Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ? »

Alors que Sabrina et Erick le regardait avec de gros yeux, Mathis lui sourit et l’invita à s’asseoir à ses côtés. Il lui présenta le cahier d’Erick et lui montra ce qui posait problème. En quelques minutes et avec patience, Andy leur décortiqua l’exercice et le résolut de telle façon qu’ils étaient capables de le refaire sans souci. Mathis le remercia.

« De rien. »

Andy se tourna vers Sabrina :

« Est-ce que je peux faire autre chose ? »

La jeune femme en resta abasourdie. Elle hésita, bégaya, puis finit par demander :

« Tu veux vraiment nous aider ?

- Pourquoi je ne le voudrais pas ?

- Parce qu’on est un obstacle pour toi. »

Andy se mit à rire, franchement, devant trois colocataires étonnés.

« D’après ce que j’ai pu voir, vous n’êtes vraiment pas une menace pour moi. Même si je vous aide, je n’ai pas d’inquiétude à avoir.

- T’es vraiment prétentieux ! Et après de telles paroles, qui me dit qu’on peut avoir confiance en toi ? Qui me dit que tu ne vas pas nous mentir en nous donnant de fausses explications ? »

Andy la regarda droit dans les yeux. Pour lui la confiance était à la base de tout, et il ne l’accordait pas si facilement. Il comprenait donc ce qu’exigeait Sabrina. Mais elle avait dit vrai : ils n’étaient pas amis, loin de là. Ils suivaient les mêmes études, étaient colocataires… néanmoins, Andy n’était pas là pour se faire des amis.

« Mais je n’étais pas là non plus pour trouver un amant… »

Le jeune homme sourit à cette pensée. Finalement, beaucoup de choses avaient changé. Il allait répondre à Sabrina, lui dire qu’ils pouvaient lui faire confiance, qu’il n’était pas du genre à vouloir gagner de cette façon, mais bien de manière honnête. Il serait le meilleur grâce à ses capacités, pas par ruse. Mais avant qu’un seul son ait pu passer ses lèvres, Mathis dit à Sabrina :

« Jesse a confiance en lui. Alors moi aussi. »

Sabrina n’arrivait pas à croire que son petit-ami venait de dire cela. D’autant plus qu’Erick renchérit :

« Alors moi aussi. »

Elle regarda les deux jeunes hommes avec surprise et incompréhension, puis voyant qu’elle n’était pas dans la meilleure position, elle abdiqua, quoique pas très sûre d’elle :

« Très bien… Révisons alors. »

Certes, elle n’était pas le moins du monde enthousiaste, mais au bout d’une heure elle se surprit à apprécier ces révisions en compagnie d’Andy qui se montra excellent professeur. Elle dut alors convenir que ce n’était pas désagréable, qu’il n’était pas désagréable, au contraire, mais bienveillant. Elle n’aurait jamais dit qu’elle commençait à l’apprécier, mais rire avec lui était déjà un bon point de départ. Après un peu plus d’une heure, l’ambiance autour de la table avait changé : Andy qui semblait avoir déjà été admis depuis longtemps par Mathis le semblait aussi, désormais, par Erick, qui n’avait d’yeux que pour lui, et par Sabrina, qui n’hésitait pas à lui lancer des piques qu’Andy lui renvoyait habilement. C’est cette impression de bonne entente qui accueillit Lio chez elle.

Plantée dans l’encadrement de la porte du salon, son manteau toujours sur le dos et les bras croisés sur sa poitrine, Lio regardait ses amis rire en compagnie de celui qui était la cause de tous leurs problèmes. Ce fut Mathis qui la vit le premier, puis Erick et Sabrina, qui baissèrent les yeux, comme pris en faute. Enfin, elle croisa le regard clair d’Andy, qui la fixa sans sourire, sans rien dire. Lio serra les dents, secoua la tête, et prit la direction de sa chambre. Andy grogna quelque chose d’incompréhensible et la suivit, passablement énervé. Ce n’est que devant la porte de la chambre de Lio qu’il put enfin l’arrêter.

« Qu’est-ce que tu me veux ? fit-elle avec violence.

- Déjà que tu te calmes. Il faut qu’on parle.

- Je n’ai pas le moins du monde envie de parler avec quelqu’un comme toi !

- Et qu’est-ce que c’est « quelqu’un  comme moi » ? dit Andy qui commençait à s’énerver.

- Un menteur égocentrique, arriviste, une sale peste prétentieuse. »

Andy se mit à rire, puis la regarda droit dans les yeux.

« C’est tout ? Parce que ton portrait de moi me fait penser à une autre personne, tu vois… Une personne comme toi.

- On n’est pas du tout pareil.

- N’en sois pas si sûre…Voyons voir… Premièrement, quand je suis arrivé, tu m’as menti et trompé en ce qui concernait tes intentions et Jesse. Deuxièmement, tu n’as pas pensé à ce que pouvait ressentir Jesse en le faisant passer pour une nana, mais juste à ce que ça pouvait t’apporter. Troisièmement, tu es aussi obnubilée que les autres par le classement.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles. Moi je fais tout ça pour eux ! Pas que pour moi.

- C’est ce que tu dis ! Mais qui était en train de les aider à revoir ce qu’ils n’avaient pas compris, là, avant que tu n’arrives ? »

Lio pointa un doigt menaçant sur le torse d’Andy :

« Mais ce n’est pas moi qui ait séduit Jesse pour arriver à mes fins. »

Andy releva la tête, l’air furieux. Il passa une main dans sa nuque, puis finit par dire, avant que la jeune femme n’ait pu ajouter quoique ce soit :

« Quand je suis arrivé ici, je n’ai pas menti. C’est toi la première à l’avoir fait, à avoir attaqué, parce que tu me voyais comme une menace. Moi j’ai été honnête. Mes motivations étaient claires depuis le départ. Je n’y pouvais rien si vous deviez être sur mon chemin. Mais ce qui est sûr, c’est que je ne joue à aucun jeu avec Jesse. Bien entendu, ce n’est pas quelque chose que tu peux comprendre. Tu es un leader, Lio, je le reconnais. Mais tu es un mauvais leader qui ne peut pas accepter que ses compagnons… ses soldats, soient heureux avec une personne que tu n’as pas choisie. »

Andy tourna le dos à une Lio muette, mais avant de redescendre dans le salon, il dit :

« Une dernière chose : ce n’est pas moi qui fait souffrir Jesse aujourd’hui. C’est toi qui l’as utilisé au départ. Et c’est toi qui ne lui adresse plus la parole dans un moment où il a le plus besoin de parler à quelqu’un d’autre qu’à son petit-ami. »

Il descendit ensuite les marches pour arriver dans le salon où il était clair que tout le monde avait entendu les paroles échangées. Mathis vint à sa rencontre et posa une main sur son épaule alors qu’Erick, après un sourire à son attention, montait à l’étage pour voir Lio. Seule Sabrina resta à l’écart, indécise.

« Je dois y aller. J’ai promis à Jesse de venir le chercher à la BU. »

Mathis acquiesça et le laissa partir, sans rien dire. Sabrina vint se lover dans ses bras, comme à chaque fois qu’elle se sentait perdue. Il la serra fort contre lui.

« On est peut-être des monstres… fit-elle.

- Alors il existe des monstres vraiment très beaux… » répondit-il en lui caressant la joue.

Elle lui sourit, savourant cette étreinte pendant quelques minutes encore. Elle finit par apercevoir le blouson d’Andy qui trainait sur le canapé.

« Il a oublié son blouson… » murmura-t-elle.

ooOOoo

Andy était énervé. Et plutôt content de lui. Depuis le temps qu’il rêvait de remettre Lio à sa place, il était enfin exhaussé. Ça n’allait probablement pas arranger les choses, mais au moins, il se sentait soulagé. Il espérait juste que Jesse n’allait pas lui en vouloir quand il lui dirait pourquoi il avait failli être en retard. Il traversa la rue et sentit une bourrasque de vent froid passer à travers ses vêtements. Il jura, puis accéléra le pas. Les rues n’étaient pas complètement désertes, certains étudiants étaient encore à la terrasse du seul café du campus, ou rentraient de cours après une journée bien chargée. Andy ne faisait pas attention à eux, trop pressé de se rendre à la bibliothèque. Il mit les mains dans ses poches et avança, certaines mèches blondes venant parfois lui brouiller la vue. Il croisa deux hommes qui sortaient du café, dont l’un, légèrement plus grand que lui, lui demanda s’il avait une cigarette.

« Je ne fume pas.

- Quelle excuse de merde ! »

Andy voulut l’ignorer et continuer son chemin, mais l’autre homme en avait décidé autrement. Ce n’était décidemment pas sa journée. Le fumeur lui tenait fermement le bras.

« Allez, donne-en une, merde !

- Qu’est-ce que tu comprends pas dans « je ne fume pas », hein ? J’ai pas de clope. Maintenant tu me lâches.

- Sinon quoi ? Hein ? Tu crois que j’ai peur de toi ? »

Andy soupira intérieurement. Il y avait vraiment des cons de partout, désormais, c’était une certitude. Mais quelle folie tout de même, de voir qu’un homme qu’il ne connaissait pas, qu’il avait juste croisé comme ça dans la rue, pouvait l’agresser sans raison, et qu’en plus, il semblait s’agir d’une personne tout à fait sobre ! Andy serra les poings et essaya de l’ignorer, mais l’autre homme ne l’entendait pas de cette oreille :

« Oh ! T’écoute quand je te parle gros con ! »

Andy était quelqu’un de patient, comme l’exigeait le métier de chirurgien. Mais comme tout le monde, sa patience avait des limites, surtout quand quelque chose ne lui plaisait pas ou qu’il avait un imbécile face à lui. Alors, il réagit en poussant l’homme qui répondit par un direct du droit qu’Andy ne put éviter. Le deuxième homme, qui n’avait pas bougé jusque là, entra dans le jeu en donnant un coup de pied dans le dos d’Andy qui se trouvait désormais dans une mauvaise posture. Autour d’eux, personne. La rue était déserte, le café, trop loin. Aucune aide ne serait apportée à Andy.

C’est alors que retentit une voix féminine, que le jeune homme commençait à connaître. Le souffle coupé, il releva néanmoins la tête pour voir arriver Sabrina, furieuse. Elle pointa un doigt vers l’un des agresseurs d’Andy :

« Toi là ! Laisse-le tranquille !

- Ohhh sa copine vient à son secours ! »

L’homme éclata de rire, imité par son acolyte. Ils s’approchèrent de Sabrina, ne s’occupant plus d’Andy :

« Allez viens ma belle… On va s’amuser un peu… »

Sabrina lui fit un doigt d’honneur, puis le laissa s’approcher alors qu’il la traitait de tous les noms d’oiseaux possibles et inimaginables. Andy ne fit aucun geste, sachant très bien que la jeune femme pouvait s’en sortir seule, et sûrement bien mieux que lui… En effet, après deux directs, la boxeuse qu’était Sabrina avait donné une raclée bien méritée aux agresseurs d’Andy. Elle passa à côtés des deux hommes avachis sur le trottoir et s’approcha d’Andy à qui elle tendit son blouson :

« Tu l’avais oublié sur le canapé. Je me suis dit que tu pourrais en avoir besoin. »

Andy, qui vérifiait que sa mâchoire était toujours en place, attrapa son blouson.

« C’est… gentil.

- Ce que tu as fait pour nous… et pour Jesse, l’était aussi. »

Ils ne dirent rien de plus. Sabrina lui sourit, puis elle se détourna pour rentrer. Andy l’arrêta :

« Attends ! Je… Tout ça… fit-il en désignant les deux hommes. Ça reste entre nous ?

- Ne t’inquiète pas, Jesse ne saura pas que son petit-ami a été sauvé par une fille. »

Elle lui fit un clin d’œil et partit de son côté, après un regard dédaigneux envers les deux hommes qui reprenaient difficilement conscience. Andy haussa les épaules, puis respira un bon coup. Il se regarda dans le rétroviseur d’une voiture garée non loin, puis soupira. Il allait devoir expliquer à Jesse l’hématome qui ferait son apparition sur sa joue. Voyant qu’il n’était pas en avance, il se mit à courir jusqu’à la bibliothèque. Dès que Jesse le vit, il vint à sa rencontre sans cacher son inquiétude :

« Bon sang, mais où t’étais ? Je t’attends depuis vingt minutes ! Et… C’est quoi ça ?! »

Il pointa un doigt sur la joue d’Andy qui fit une grimace.

« J’ai pas le droit à un baiser de bienvenue ?

- Dis-moi d’abord ce qu’il s’est passé. Tu t’es battu ? Avec qui ? Me dit pas que c’est Sabrina ? Non… Si ça avait été elle, tu ne serais plus debout… Qui alors ? Erick ? Non, lui il ne se bat pas… Lio ? Oh non me dit pas que…

- Arrête ! Calme-toi ! Je me suis battu avec un type qui me cherchait des noises, là, un peu plus loin. Tes amis vont très bien. Et moi aussi au passage. Merci de demander.

- Désolé.

- Un baiser et c’est oublié ! »

Jesse ne se fit pas prier et passa ses bras autour de la nuque d’Andy. Après un long baiser, Jesse lui dit :

« On rentre ?

- Pressé ?

- J’ai beaucoup travaillé aujourd’hui, et j’ai besoin de réconfort.

- Tu en as beaucoup besoin en ce moment…

- Je pensais que c’était plutôt à ton goût.

- Je n’ai jamais dit le contraire. Je faisais une constatation, c’est tout. »

Andy déposa un baiser sur les lèvres de Jesse. Il le regarda un instant, ressassant la conversation qu’il avait eu à son sujet avec Lio. Le retour chez eux aurait dû être plein de délicieuses promesses, mais Andy savait qu’il n’en serait rien. C’était le moment de raconter à Jesse ce qu’il s’était passé avant qu’il ne parte le rejoindre. Bien que cette tête de mule qu’était Andy ne regrettât en rien ce qu’il avait dit à Lio, il devait en parler à Jesse. Il avait fait une promesse au jeune homme, et comptait bien la tenir : plus de secrets. Alors, il lui dit tout. Il dut tout de même faire un effort pour ne pas se montrer trop fier de lui, après tout, Lio était toujours une amie importante pour Jesse. Essayant de garder un ton neutre, il rapporta du mieux qu’il put l’altercation avec la jeune femme. Lorsqu’il eut fini, Jesse lui tenait toujours la main, mais son regard démontrait une certaine surprise.

« Tu lui as vraiment dit… tout ça ?

- Oui. Et j’espère que tu ne m’en veux pas, parce que moi… Je ne pense pas avoir eu tort. »

Jesse regarda Andy et lui sourit. Il se trouvait plutôt bien logé, avec toutes ces fortes têtes autour de lui… Une bourrasque vint ébouriffer les cheveux blonds d’Andy dans lesquels il passa ses doigts fins. Il se serra contre son amant, profitant un peu de sa chaleur, puis leva les yeux vers lui.

« On rentre. »
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Je m'excuse pour le retard, mais je n'ai rien pu poster hier à cause d'un épuisant déménagement (Cannibale, on a enfin un appartement qui ressemble à quelque chose :D), j'espère néanmoins que vous ne m'en voulez pas et que vous aurez apprécié ce chapitre.
On approche doucement de la fin...
Je vous dis à dans deux semaines si tout va bien, et si j'ai réussi à survivre au critérium...
Merci à tous.

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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Dimanche 24 mai 2009




Andy n’arrivait pas encore à se rendre compte de tout ce qu’il lui arrivait. Il n’était pas question du changement de comportement chez Jesse, non, il avait désormais l’habitude de voir son amant changer du tout au tout… Non, il était plutôt question de lui. De son rapport avec autrui. Jamais il n’aurait cru pouvoir parler de son père avec quelqu’un. Il avait déjà du mal à aborder le sujet avec des personnes comme Jérémy, qu’il connaissait depuis des années, ou encore avec sa mère, alors de là à en parler avec Jesse… Néanmoins, il avait l’impression qu’on lui avait enlevé un poids. Il se sentait plus léger, plus libre. Heureusement qu’il tenait la main de Jesse dans la sienne pour garder les pieds sur terre… Si c’était cela, parler avec quelqu’un, peut-être réessaierait-il…

Le soleil brillait, les oiseaux chantaient presque, il était bien, et pensait qu’à coup sûr, si Jérémy le voyait ainsi à gambader main dans la main avec Jesse, il se foutrait royalement de lui. Mais ce petit paradis n’était pas fait pour durer, et même le Diable pouvait apparaître n’importe quand : Andy força Jesse à s’arrêter à quelques mètres du taxi, ce que ne comprit pas le jeune homme. Pourquoi Andy ne s’approchait pas de sa mère ? Parce que la voir ici relevait vraiment du miracle.

La mère d’Andy adressa quelques mots au chauffeur qui laissa tourner son moteur, puis elle s’approcha du couple, la démarche assurée, jetant des coups d’œil fréquents à Jesse qui se sentit brusquement moins à l’aise. Sans s’en rendre compte, sa main lâcha celle d’Andy.

« Maman… Qu’est-ce que tu fais là ?

- Bonjour, Andy. Comment vas-tu ? Moi je vais très bien. »

Le ton était assez dur devant le manque d’éducation dont faisait preuve Andy, mais les yeux d’Hélène étaient rieurs, toujours tendres.

« Désolé, dit Andy. Mais j’avoue que te voir ici…

- Oui, oui, je sais. J’ai enfin réussi à quitter le bloc pour voir mon mal élevé de fils ! Tu ne me présentes donc pas ? » demanda-t-elle en désignant Jesse.

Ce dernier tendit une main vers elle et prit les devants en faisant de vagues présentations :

« Jesse, Madame. Je… euh… Je suis l’un des colocataires de votre fils…

- Colocataire ? C’est comme ça qu’on désigne son petit-ami de nos jours ? »

Voyant Jesse devenir écarlate, Andy réprimanda gentiment sa mère et lui proposa d’entrer à l’intérieur pour pouvoir en parler. Il la savait au courant de son homosexualité depuis qu’il était sorti avec Jérémy, et même si lui ne lui en avait jamais parlé, la douce Cathy l’avait fait pour lui. La pauvre avait dû affronter les foudres de sa meilleure amie, ainsi que ses larmes, mais grâce à elle, Hélène avait décidé de laisser son fils diriger lui-même sa vie privée, à défaut de lui laisser une entière liberté en ce qui concernait sa vie estudiantine. Et à l’avenir, probablement garderait-elle toujours un œil sur sa vie professionnelle…

« Je n’ai pas besoin d’en parler. Tout cela me semble assez clair. Et de toute façon, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi.

- J’en étais sûr ! dit Andy, las. Tu n’es pas venue pour me voir.

- Je suis venue pour assurer tes arrières. »

La mère d’Andy croisa les bras et prit un air fier, presque conquérant. Andy, lui, fronça les sourcils en se demandant ce que sa mère avait bien pu faire.

« C’est-à-dire ? demanda-t-il, inquiet.

- Juste quelques petits arrangements avec ton directeur. Pour m’assurer que tu viendras bien faire ton stage dans mon hôpital. »

Il y eut comme un froid entre eux, peut-être perçu uniquement par Jesse qui n’osait pas intervenir. Le jeune homme regardait le fils et la mère tour à tour, comme s’ils ne faisaient pas partie du même univers que lui. Pourtant, ils parlaient d’une chose qui le regardait lui aussi, du moins était-ce ce qu’il pensait.

« Je t’avais dit que je ferai ce que je peux, non ? reprit Andy.

- Là, au moins, je suis sûre qu’il n’y aura aucun problème. J’ai su trouver des arguments… très convaincants. D’ailleurs, si un jour tu as besoin de faire pression sur lui, n’hésite pas à m’appeler ! »

Andy aurait voulu dire à sa mère qu’elle n’avait pas à régir sa vie, qu’il pouvait se débrouiller seul… Mais il savait aussi qu’elle agissait ainsi pour son bien, et qu’il serait inconvenant de la blesser en rejetant son aide. Or, sa mère avait été assez blessée par le passé…

« Je le ferai, » conclut Andy sous le regard étonné de Jesse qui n’avait pas l’habitude de le voir si docile. Hélène regarda sa montre, et voyant qu’elle avait pris un peu de retard, elle salua Jesse une dernière fois, puis prit le bras de son fils pour aller jusqu’au taxi. Cela lui permit de lui chuchoter :

« Je veux bien accepter ça… dit-elle en parlant de Jesse. Mais je ne veux pas que ça perturbe ton travail.

- Bien sûr que non…

- Et ce n’est pas parce que tu sors avec lui que tu dois lui céder la première place, c’est clair ?

- Alors tu en as entendu parler…

- Bien sûr, je suis au courant de tout. Je te rappelle que je suis ta mère !

- Comme si je pouvais l’oublier ! »

Ils se sourirent, puis sa mère l’embrassa sur la joue, chose si rare ! Mais quelque chose chagrinait encore Andy :

« Tu n’as quand même pas fait pression pour que je sois premier ?

- Pour qui est-ce que tu me prends ? J’ai confiance en tes capacités ! Tu es comme ton père : le meilleur ! »

Andy se força à sourire, mais sa mère ne le remarqua pas. Elle l’embrassa une dernière fois et monta dans le taxi après un dernier signe de la main à l’intention de Jesse. Andy claqua la porte du véhicule, puis il rejoint Jesse. Il avait l’habitude de voir sa mère en coup de vent, c’est pourquoi il ne se retourna pas pour la voir partir. Il reprit plutôt la main de Jesse et l’entraîna en direction de l’université et de leurs cours auxquels ils ne seraient pas en avance.

Hélène les regarda partir, grimaçant en apercevant leurs doigts entremêlés, puis, lorsque le chauffeur démarra, elle regarda droit devant elle, les lèvres pincées. Et éclata de rire. Monroe ne s’attendait probablement pas à ce que ses deux meilleurs élèves soient ensemble ! Mais de son propre point de vue, Hélène pensait que cela ne venait que pimenter l’histoire. Or, elle adorait tout ce qui était pimenté… Mais que n’aurait-elle pas donné pour voir la tête que Monroe ferait lorsqu’il l’apprendrait ! Certes, l’histoire se répétait, mais sans pour autant être tout à fait pareille…

De plus, même si elle avait encore du mal avec la sexualité de son fils, elle devait avouer qu’il avait bien choisi son compagnon. Il avait l’air sérieux, pas comme ce Jérémy qui, bien que très doué, ne lui inspirait pas le moins du monde confiance. Mais elle connaissait le système universitaire, et elle connaissait le monde hospitalier, et elle savait que cette relation ne serait peut-être pas faite pour durer dans un environnement aussi hostile. Après mûre réflexion, Hélène décida qu’après tout, elle pouvait bien passer un autre coup de fil. Le directeur ne l’avait sûrement pas encore oubliée…

ooOOoo

Midi douze. Elle était en retard.

Antoine soupira. Il avait passé une mauvaise matinée, à courir d’un endroit à l’autre pour rencontrer toutes les personnes sur sa liste, et il n’était pas déçu de s’être enfin arrêté pour manger un peu. Il avait rendez-vous avec Lio à midi, et étrangement, celle qui vénérait la ponctualité par-dessus tout était en retard. Alors bien sûr, il s’inquiétait. Il avait essayé de la joindre sur son portable, mais il finissait toujours par tomber sur son répondeur, chose rare chez la jeune femme qui l’avait habituellement à portée de main. Du bout des doigts, il tapotait la table en marbre, alors que ses yeux balayaient la rue à travers la baie vitrée du bistrot. N’y tenant plus, il tira sur le nœud de sa cravate grise pour la défaire légèrement, puis fit signe à la serveuse pour qu’elle lui apporte à boire. Alors que celle-ci lui apportait sa bière avec un grand sourire, il vit Lio traverser la rue. Il soupira de soulagement, et se leva pour l’accueillir, un peu gauche. Ils se firent la bise, puis Lio s’assit en face de lui en soupirant. Il n’en fallut pas plus à Antoine pour comprendre que son amie d’enfance n’allait pas bien.

 « Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Lio haussa les épaules :

« J’ai passé une mauvaise nuit. Je suis un peu fatiguée. »

Elle sourit, mais cela ne rassura pas Antoine. Lio avait de belles cernes sous les yeux qu’elle avait eu du mal à cacher, et bien qu’elle ait soigné sa toilette, ses gestes et sa voix reflétaient sa fatigue.

« Pourquoi ? »

Lio parut surprise par cette question, et sembla chercher ses mots avant de répondre :

« Un très bon ami à moi a ramené chez nous la personne qu’il fréquente en ce moment… Et je ne trouve pas que ce soit une bonne idée.

- Tu n’aimes pas cette personne ?

- Je la déteste. C’est quelqu’un de… prétentieux, d’égoïste, d’arriviste… Comment peut-on fonder une relation avec quelqu’un comme ça ?

- Tu as peur pour ton ami ?

- Oui. Cette relation ne peut que le faire souffrir. »

Antoine se mit à rire, ce qui vexa Lio qui le lui fit comprendre sèchement.

« Je suis désolé, mais on dirait vraiment une mère poule… se justifia Antoine. À moins qu’il ne s’agisse d’autre chose…

- C’est-à-dire ?

- De la jalousie, peut-être ?

- Je ne vois pas comment je pourrais être jalouse d’une telle personne !

- Parce qu’elle est avec ton ami, tout simplement. »

Avant même que Lio puisse répondre, Antoine poursuivit :

« Ton ami n’est sûrement plus un gamin, Lio. Il a le droit de choisir avec qui il veut être, et il est en âge de faire des erreurs. Et tu n’as pas vraiment le droit de t’opposer à ses décisions. Tu peux lui donner ton avis, certes, mais tu ne peux pas t’ériger en juge. »

Lio allait répondre lorsque la serveuse se présenta pour leur apporter les menus. Lio la foudroya du regard, mais la jeune femme n’avait d’yeux que pour Antoine qui la remercia avec un sourire en coin. L’étudiante en médecine serra les dents, et, n’ayant pas vraiment faim, elle ne commanda qu’une salade. Lorsque la serveuse repartit avec leurs commandes, Antoine la surprit en lui prenant la main et en se penchant vers elle :

« Je ne veux pas me disputer avec toi… alors disons que cette discussion est close. »

Ce n’était une proposition, mais un ordre véritable. La conversation était finie. Lio en resta abasourdie, elle qui n’avait pas l’habitude qu’on lui donne des ordres. Encore moins lorsqu’il s’agissait de son ami d’enfance qu’elle n’avait jamais connu ainsi. Son regard habituellement doux était dur, sa voix ferme. Lio découvrait un autre aspect de la personnalité d’Antoine.

« Parlons plutôt de choses importantes. »

Il lui tendit une liste de noms et prénoms rédigée à la main, et dit :

« Comme convenu, j’ai commencé les visites. Sur les trois personnes que j’ai vues ce matin, deux sont partantes pour notre projet. J’ai de la chance, j’ai pu les voir à leur bureau. Mais l’une des personnes que nous devons aller voir tout à l’heure habite à plus d’une heure en voiture d’ici. Tu te sens prête à me supporter pendant tout ce temps ? »

Lio retira sa main de celle d’Antoine et s’enfonça dans son fauteuil :

« Oui, si tu me laisses conduire ta voiture… dit-elle avec un sourire.

- Ma Golf ? Hors de question ! »

S’il ne devait y avoir qu’un seul amour dans la vie d’Antoine, c’était sa voiture. Il ne s’agissait pas du dernier modèle, et pour ce qui était du moteur, tout était « fait maison », le jeune homme aimant jouer au mécanicien à ses heures perdues. Il avait passé des semaines sur son petit bolide, et avait soigné l’extérieur comme l’intérieur. Un véritable petit bijou qu’il n’avait jamais prêté à personne, ce que savait bien Lio. Elle se mit donc à rire, détendant ainsi l’atmosphère autour de la table.

« C’est bien qu’on passe l’après-midi ensemble, dit Antoine. On pourra rattraper le temps perdu.

- Oui, mais on est quand même là pour le travail.

- Mais on peut travailler et discuter. »

La serveuse leur apporta leurs assiettes à ce moment précis, alors que les deux jeunes gens se regardaient en souriant. Antoine s’empara de sa fourchette et désigna l’assiette de son amie avant de dire, autoritaire :

« Mange, tu vas avoir besoin de force pour ce qui nous attend. »

ooOOoo

Andy montait quatre à quatre les escaliers qui le séparaient du toit de l’établissement et où l’attendait Jesse. Ils voulaient profiter des derniers jours avant le grand froid pour y manger ensemble, au calme. Deux cannettes dans les mains, Andy poussa la lourde porte blindée et inspira une grande bouffée d’air frais. Reprenant son souffle petit à petit, il s’approcha du mur contre lequel s’était adossé son amant, assis au sol, pensif. Il le sortit de sa torpeur en lui présentant sa boisson, puis s’assit à ses côtés. Ils se rassasièrent en silence, chacun plongé dans ses propres pensées. Mais lorsqu’ils eurent fini de manger, ils étaient toujours muets. Andy comprit alors que quelque chose n’allait pas, et regarda Jesse qui faisait tourner sa cannette dans ses mains.

« Tu veux autre chose ? lui proposa-t-il.

- Non.

- Tu veux redescendre ?

- Pas spécialement.

- Qu’est-ce qui t’arrive ?

- Rien. »

Pus qu’agacé devant une telle attitude désinvolte, Andy s’empara de l’une des mains de son compagnon et l’obligea à se tourner vers lui. Il détestait que les gens se dérobent ainsi face à lui, il en avait eu une trop grande expérience avec sa mère depuis la mort de Laurent.

« Maintenant, je veux que tu me dises ce que tu as. On était bien d’accord pour être honnête l’un envers l’autre, non ? On doit tout se dire, Jesse. »

Le jeune homme regardait Andy, triste. Il soupira mais ne prononça pas un mot et détourna le regard. Andy lui empoigna le menton et lui dit :

« D’une façon ou d’une autre, je te ferai parler, et tu sais que je peux me montrer très persuasif. »

Il approcha ses lèvres de celles de Jesse et l’embrassa avec tendresse. Il sentit alors deux mains passer dans sa nuque et Jesse se redressa pour s’asseoir sur les cuisses d’Andy qui eut bien du mal à mettre fin à leur étreinte. Mais le jeune homme s’agrippa violemment à son pull et lui dit, dur :

« Je ne veux pas que tu partes. »

Andy le regarda sans comprendre, les sourcils froncés. Il enserra la taille de Jesse et dit, avec conviction :

« Je te l’ai dit. Je reste avec toi. On est ensemble maintenant. »

Andy vit bien que cela ne semblait pas contenter Jesse, mais avant qu’il n’ait pu poser de question, Jesse fit glisser ses mains pour s’attaquer à la ceinture de son pantalon.

« Je veux le faire, Andy. »

Ils se fixèrent un instant, puis, Jesse ayant complètement défait le pantalon d’Andy, celui-ci lui agrippa fermement les poignets, peut-être en les serrant trop fort.

« Tu sais ce que je t’ai dit tout à l’heure… Quand tu réclames, ça m’excite… Alors, tu es sûr que tu veux le faire ? Ici ? »

Jesse n’hésita pas une seconde, et ne regarda même pas autour de lui, comme Andy s’y serait attendu. Ce dernier ne dit rien lorsque Jesse défit son pantalon, il le laissa l’embrasser, et y répondit avec tendresse. Mais Jesse ne semblait pas en vouloir. Tel un affamé, il embrassait avec ardeur son amant, comme jamais, et ses mains, accrochées à son pull, le collaient à lui avec une force dont Andy ne l’aurait pas cru capable. Lorsqu’il essaya de rompre leur baiser, Jesse enfonça ses doigts dans le tissu, alors Andy fut obligé de se montrer brutal. Quelque chose n’allait vraiment pas. Il le maintint à une distance raisonnable de ses lèvres, et bien que très tenté de continuer comme son corps le lui réclamait, il reprit son souffle et dit, désormais en colère :

« Écoute, je suis le plus obsédé de tous les obsédés, et je ne peux pas dire que je n’en ai pas envie maintenant. Mais, si tu ne me dis pas ce qu’il y a vraiment, on n’ira pas plus loin. »

Il serrait les dents pour ne pas se jeter littéralement sur les lèvres si douces de Jesse, pour ne pas céder à son envie de sentir sa peau contre la sienne, pour rester maître de lui. Il sentit les mains de Jesse relâcher leur prise, son amant baissa la tête, et Andy aurait juré qu’il était prêt à pleurer. Il posa une main sur sa joue, ce qui donna le courage à Jesse de dire, d’une voix cassée :

« Je pensais que… c’était bon. Qu’on était enfin ensemble, qu’on allait arrêter… de se courir après. Mais c’est pas le cas.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda Andy qui ne comprenait pas de quoi parlait son compagnon.

- Ce que ta mère a dit ce matin… C’est vrai ? Tu vas aller dans l’hôpital où elle travaille ?

- Eh bien… Oui, je pense. Elle y tient vraiment. Mais je ne vois pas… »

Andy finit par comprendre. Le sourire triste qu’affichait Jesse était très significatif. Lui, n’avait pas le choix en ce qui concernait l’hôpital dans lequel il devrait effectuer son stage de second semestre. Celui-ci s’effectuait dans des établissements choisis par l’université, qui se chargeait elle-même de faire des groupes d’environ dix étudiants par hôpital. Il était donc impossible au vu du traitement de faveur dont Andy avait fait l’objet, que lui et Jesse se retrouvent ensemble pour leur stage. Presque six mois à passer loin l’un de l’autre, alors qu’ils venaient à peine de décider de passer à la phase couple officiel. Andy comprenait enfin ce que devait ressentir Jesse en cet instant… Mais il ne pouvait revenir en arrière, sa décision était prise, sa mère avait tout arrangé.

« Peut-être qu’on n’est pas fait pour être ensemble… » murmura Jesse.

Andy s’empara brutalement du visage de Jesse, et le força à le regarder.

« J’ai fait de gros efforts depuis que je suis arrivé ici, j’ai beaucoup changé. J’ai réussi à m’investir dans une relation, et ça, c’est pas rien. Alors tu vas m’écouter attentivement maintenant : je n’ai pas fait tout ça pour rien. Je l’ai fait parce que c’était toi, parce que j’en avais envie, et parce que j’y crois. Et toi, tu dois y croire aussi. Ce n’est pas la distance qui va avoir raison de nous. On a la voiture, le train, l’avion… On peut se téléphoner quand on le veut. On se verra dès qu’on aura un jour de libre. Alors ne dis pas qu’on n’est pas fait pour être ensemble, car tu risques de vraiment me mettre en colère. Compris ?

- Mais…

- Ne continue pas, sinon ça va mal aller. Déjà que tu m’as excité pour des prunes et que je t’en veux énormément pour ça… »

Jesse baissa de nouveau les yeux, ses pensées se bousculant dans sa tête. Andy lui caressa la joue et dit, de sa voix la plus sensuelle :

« Et pense à nos retrouvailles… Je serai tellement en manque que je ne te laisserai pas dormir de la nuit… »

Jesse sourit enfin, bien que timidement, puis accueillit avec plaisir les lèvres de son amant. Il passa ses bras autour de son cou, et lui dit, tout bas :

« Et si tu me donnais un aperçu de ces retrouvailles ? »
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Le prochain chapitre n'arrivera pas avant deux semaines, j'ai malheureusement pas mal de choses à faire d'ici là...
Merci Hiro pour ton avis (la facture de téléphone risque d'être salée...), je n'oublie pas ce que tu m'as dit, et vivement fin juin !
Merci à ceux qui passent par ici.
Bisous

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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Dimanche 10 mai 2009



Exténué, Jesse allongé à ses côtés avec un bras possessif sur son ventre, Andy réfléchissait. Il était un peu perdu, certes, mais… satisfait. Peut-être même…heureux ? Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était bien, là, et qu’il n’avait aucune envie de se lever. Et à voir le regard que Jesse posait sur lui, il en était de même pour son compagnon. Pourtant, ils n’avaient pas le choix. Ils allaient devoir affronter cette journée. Ensemble. Et bien plus tôt que ce qu’ils pensaient.

Jérémy entra soudain dans la chambre, sans frapper. Il les salua rapidement, mais les deux amants étaient tellement pris l’un par l’autre qu’ils ne dirent rien et le regardèrent prendre son sac :

« Vous avez enfin fini ? Non parce que ça fait une heure que j’attends pour récupérer mes affaires ! Ah, et je vous signale qu’avec le boucan que vous avez fait, vous avez réveillé tout le monde ! Vive la discrétion ! »

Andy, tout en repoussant le bras de Jesse qui s’était crispé à cette nouvelle, se redressa sur ses coudes et demanda, comme si il n’avait pas écouté ce que son ami venait de lui dire :

« Tu pars déjà ? »

Jérémy le regarda, les joues rouges et l’air un peu paniqué :

« Oui… Oui ! Je quitte cette maison de fous ! Il y a beaucoup trop de tentations ici !

- De quoi tu par…

- Je t’en supplie, le coupa Jérémy. Ne pose pas cette question ! »

Il enfila un pull et sa veste, puis mit son linge sale dans son sac. Il le passa ensuite par-dessus son épaule et s’approcha du lit. Tout en se penchant vers Andy, il fit un clin d’œil à Jesse, juste avant de prendre le visage de son ami dans sa main pour l’embrasser tendrement. Il se recula pour ne laisser qu’une vingtaine de centimètres entre leurs visages, assez pour remarquer l’air furibond de Jesse, et dit à Andy d’une voix pleine de tristesse :

« Nos parties de jambes en l’air vont vraiment me manquer, chéri. »

Andy ne fit pas attention à ce que disait son ami, et fronça les sourcils, remarquant enfin la fine coupure sur les lèvres de Jérémy :

« Qu’est-ce que tu t’es fait à la lèvre ? »

Ce fut Jesse qui répondit à la place de Jérémy, très fier de lui :

« Un petit souvenir de ma part… »

Andy le regarda, amusé, et se retourna vers son ami avec une mine désolée. Jérémy haussa les épaules et commença à sortir de la pièce. Il s’arrêta néanmoins sur le pas de la porte et dit à Jesse :

« Tu te rappelles sûrement de ce que je t’ai dit la première fois qu’on s’est parlé, non ? J’espère qu’un de ces jours, tu suivras mon conseil… »

Après un denier clin d’œil destiné à un Jesse rouge écarlate, Jérémy sortit de la chambre en prenant soin de fermer la porte derrière lui. Jesse se tourna alors vers Andy qui le regardait avec un grand sourire. Son amant se mit à lui caresser le ventre, et lui dit, doucement :

« De quoi est-ce qu’il voulait parler ? »

Jesse eut soudain trop chaud et bégaya :

« Je... Que… Ri… Rien. J’en sais rien. »

Il pensait qu’Andy n’allait pas le laisser s’en sortir si facilement, pourtant, le jeune homme haussa les sourcils et dit seulement :

« Comme tu veux… »

Trop facile ? Peut-être. Mais Jesse préférait que cela soit comme ça. Il ne se sentait pas encore prêt à « suivre le conseil » de Jérémy…

ooOOoo

Cela lui avait pris une heure, mais elle avait enfin obtenu ce qu’elle voulait. Ce directeur d’université n’était décidément pas difficile à convaincre. Il fallait juste savoir s’y prendre en lui donnant ce que beaucoup d’êtres humains désirent : de l’argent. Même cet homme, qui n’était pourtant pas à plaindre, avait ouvert des yeux avides lorsqu’elle avait sorti son chéquier. Ce n’est que lorsque la secrétaire est entrée dans le bureau qu’elle comprit qu’elle pouvait aller encore plus loin. Le chantage lui permettrait d’obtenir tout ce qu’elle voulait, sans avoir à débourser un centime. Et Ryland ne pourrait aller contre. Sa femme n’apprécierait pas d’apprendre qu’il la trompait… Les négociations étaient donc ensuite allées plus vite.

Déambulant dans les couloirs vides de l’université, le portable à l’oreille, Madame Mattesson visitait l’endroit qu’avait choisi son fils pour terminer ses études. Elle s’arrêta et mit fin à son appel. Le taxi qui la ramènerait à la gare serait là dans dix minutes, de quoi lui laisser le temps de terminer sa visite. Elle se remit en marche, trainant dans les couloirs qui lui rappelaient ses propres années universitaires. Elle se revoyait, trainer avec Cathy entre deux cours, réviser sur un banc, boire un café avec d’autres étudiants. Elle se revoyait aussi aux côtés de son défunt mari, en dernière année, et sentit les larmes lui monter aux yeux en repensant à ses années de bonheur désormais trop lointaines. Elle était tellement absorbée par ses souvenirs que le temps n’avait plus d’influence sur elle et qu’elle en avait même oublié le taxi qui devait venir la prendre. Elle se croyait seule. Et elle se trompait.

« Ce n’est pas bon de ressasser trop de souvenirs… »

Cette voix, elle l’aurait reconnue entre mille, même après toutes ces années. Elle se retourna et fit face à Monroe, qui la regardait avec un petit sourire en coin. Elle ne le trouva pas vraiment changé, si ce n’est que, comme elle, les années ne l’avaient pas épargné, et ses cheveux grisonnants étaient là pour le leur rappeler.

« Ce sont de bons souvenirs, dit-elle.

- Pas pour tout le monde. »

Même son regard froid était toujours le même, si insensible, si dur. Ils se regardèrent un instant, et n’y tenant plus, Monroe l’invita à boire un café. Elle hésita, tout d’abord parce que son chauffeur avait dû arriver, mais aussi parce qu’elle ne savait pas si rester avec son ancien camarade était une bonne idée.

« Il s’agit juste d’un café, Hélène, » soupira Monroe.

Elle soupira à son tour et le suivit jusque dans ce qui devait être la salle des professeurs, bien qu’elle soit encore vide à cette heure. Monroe dut surprendre son regard interrogatif, car il lui dit :

« Les autres professeurs sont déjà dans leurs salles.

- Et pas toi…

- Je m’y rendais quand je t’ai croisée. Mais ça n’a aucune importance. Mon cours est prêt depuis longtemps. »

Hélène sourit. Beaucoup de choses n’avaient décidemment pas changé, Monroe ne faisant jamais les choses importantes au dernier moment. Elle alla s’asseoir sur une chaise autour d’une grande table ronde placée au centre de la salle et l’observa pendant qu’il  lui servait un café chaud.

« Professeur, alors ? » lui dit-elle.

Il la regarda et s’assit à côté d’elle.

« Oui. Mais je n’ai pas abandonné le bloc pour autant.

- Je sais. Le cas Perkins : tu as réussi cette opération alors que tous les chirurgiens qu’avait vus cette pauvre femme l’avait dite inopérable. C’était quand même un gros risque. Mais tu t’en es très bien sorti.

- Mais je n’aurais pas fait aussi bien que Laurent. »

Hélène haussa les épaules et fit tourner la tasse entre ses mains.

« Laurent était très doué. Peut-être plus que quiconque.

- C’est pour ça que tu es partie avec lui… »

Hélène releva la tête et le fusilla du regard :

« Tu veux vraiment revenir sur cette histoire ? »

Monroe se leva et lui tourna le dos. Il mit les mains dans ses poches et commença à faire les cent pas dans la salle.

« Pour toi, c’est peut-être de l’histoire ancienne. Mais moi… Avoir ton fils pour élève, puis te voir ici… Ça fait mal. »

Hélène se mit à rire :

« Ça te fait mal ? Parce que Cathy n’a pas eu mal, elle ? »

Hélène se leva et fit face à Monroe :

« Tu savais que j’aimais Laurent. Mais tu as quand même essayé de nous séparer, alors que tu étais toi-même avec Cathy. Tu t’es servi d’elle autant que tu as pu, mais lorsqu’elle a eu besoin de toi, tu n’étais plus là ! Tout ce que tu as pu lui répondre, c’est que tu ne l’aimais pas ! Et c’est moi qui aie dû l’accompagner à la clinique, moi qui aie dû la soutenir !

- J’ai été honnête avec elle. Je ne pouvais pas avoir d’enfant avec une femme que je n’aimais pas. »

Hélène en fut atterrée. Il se rapprocha d’elle.

« Je savais que c’était mal. Je savais que j’étais un monstre. Mais qu’aurais-tu voulu que je fasse ? Que je fonde une famille avec elle ? Je ne crois pas que ça aurait été une solution. Et je crois avoir été assez puni pour ce que je lui ai fait. J’ai dû te voir partir avec Laurent, vous voir fonder une famille. Et lui, qui m’était toujours supérieur en tout ! Et votre fils… Non mais franchement, il croyait sérieusement que je n’allais pas le reconnaître ? Il lui ressemble tellement ! Il est si doué… Et dire que ça aurait pu être le mien…

- Andy n’aurait jamais pu être ton fils. »

Hélène avait été catégorique, sèche. Monroe la regarda et secoua la tête.

« Je savais qu’on finirait par se disputer. C’est allé plus vite que je ne pensais.

- C’était inévitable.

- Alors pourquoi tu as accepté de venir ici ? »

Hélène lui sourit, et dit, avec froideur :

« Pour m’assurer que tu ne t’en prendrais pas à mon fils. »

Monroe la fixa lui aussi en souriant et dit :

« Andy est quelqu’un de très doué comme je te l’ai dit. Et il n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

- Comme son père. Tu es bien placé pour le savoir, vous avez toujours été en compétition tous les deux.

- Oui, grommela Monroe. Mais ce n’est pas une raison pour moi de m’en prendre à ton fils. »

Il eut un sourire énigmatique. Puis il se mit à rire.

« En fait, je n’en aurais pas besoin je pense. Comme quoi, l’histoire se répète.

- Pourquoi est-ce que tu dis ça ?

- Andy a rencontré, dès son arrivée, le meilleur élève de sa promotion. Et je dois dire qu’entre eux, il risque d’y avoir une sacrée bataille. Et ce n’est pas sûr que la victoire appartienne aux Mattesson cette fois… Ce Jesse est vraiment très fort.

- C’est que tu ne connais pas Andy.

- Et tu ne connais pas Jesse. »

Hélène secoua la tête de gauche à droite. Cette conversation ne les mènerait nulle part, elle l’avait su dès le départ. Elle regarda sa montre.

« Je dois y aller. Mais sache que je saurais tout de suite si tu t’attaques à mon fils.

- Je te l’ai déjà dit : je ne lui ferai rien. Il a assez d’ennemis comme ça. Si tu ne me crois pas, tu n’as qu’à aller jeter un œil là où il habite. »

Il lui indiqua ensuite où elle pourrait trouver Andy, ce qui la fit rire. Elle lui tourna le dos, et dit, avant de partir :

« Je ne peux pas dire que j’ai été contente de te voir… »

Et elle disparut dans les couloirs. Son sens de l’orientation aidant, elle retrouva sans mal la sortie, ainsi que le taxi qui l’attendait depuis un moment et qui était prêt à partir. Elle fit ses excuses au chauffeur, le remercia d’avoir patienté, et monta à l’arrière. Lorsque le chauffeur fut installé, il lui demanda :

« Où est-ce que vous vous aller ? »

Elle regarda l’heure. Elle avait un peu de temps devant elle.

ooOOoo

Jérémy était parti depuis une heure, mais ils n’avaient pas encore eu le courage de sortir du lit chaud et douillet. Jesse, était le plus réticent à en sortir et s’accrochait au matelas pour résister à Andy qui lui, était déjà habillé et prêt à descendre prendre le petit déjeuner. Il alla même lui chercher des vêtements propres dans son armoire, mais rien n’y fit. Andy s’assit à côté de lui, fatigué :

« Tu ne vas pas rester cloîtré ici toute ta vie ?

- Mais, tout le monde sait…

- Et alors ? Ce n’est pas ce qu’on voulait ?

- Si, mais pas de cette façon… »

Andy poussa un profond soupir. Il posa sa main sur le dos de Jesse :

« Ce qui est fait, est fait. Rester ici ne va rien changer. Quoique… si tu restes dans mon lit à m’attendre dans cette tenue tous les jours, ça ne me déplaît pas ! »

Jesse lui lança un regard noir, puis décida de se lever sous la mine réjouie de son amant qui se délectait de cette vue. Il s’habilla rapidement, gêné d’être ainsi épié, mais il allait bien devoir s’y habituer. Une fois Jesse prêt, Andy se leva et le prit dans ses bras pour l’embrasser. Il passa une main dans ses cheveux et le regarda droit dans les yeux :

« Cette coupe te va très bien. J’avais oublié de te le dire. »

Il lui prit la main et commença à ouvrir la porte, mais Jesse le tira en arrière :

« Embrasse-moi encore. »

Andy le fixa un instant et répondit, brutalement :

« Non. »

Jesse eut un mouvement de recul, étonné. Andy le tira à lui et dit, d’une voix sensuelle :

« Pas maintenant. Quand tu réclames, ça m’excite… »

Il lui sourit et franchit la porte en le tirant derrière lui. Jesse, complètement abasourdi mais aussi amusé, se laissa entraîner dans les escaliers. Des choses plus importantes les attendaient. Arrivés au rez-de-chaussée, ils entendirent du bruit dans la cuisine. Jesse serra plus fortement la main d’Andy, puis ils entrèrent à l’intérieur, son cœur battant plus vite que la normale.

Assise face à eux, Lio finissait ses biscottes beurrées ainsi que son thé. Les yeux cernés, ses cheveux ramenés en une longue queue de cheval et fin prête pour sortir, elle paraissait fatiguée… et énervée. Elle les fixa, et ils ne bougèrent pas. Jesse eut la désagréable sensation d’être une proie potentielle face à un dangereux fauve prêt à bondir sur lui. Le silence devint pesant, mais il ne savait pas quoi dire pour le briser. Il aurait voulu disparaître pour qu’elle arrête de le regarder ainsi, comme un traître. Il savait qu’elle devait le maudire. Mais il n’arrivait pas à s’en vouloir. Du moins, pas complètement…

Il sursauta lorsque son amie se leva pour aller mettre sa tasse dans l’évier. Elle se retourna et tout en le fixant, elle passa devant lui pour sortir. Elle ne dit rien, mais sa mâchoire était serrée et la colère se lisait dans son regard. Juste avant de les dépasser, elle croisa le regard d’Andy, mais lui non plus ne dit rien, si ce n’est qu’il la fixa avec dédain et d’un air supérieur. Ils la laissèrent sortir, puis entrèrent et prirent place autour de la table, Andy se chargeant de leur préparer le café. Alors qu’il tendait sa tasse à Jesse, Mathis entra dans la pièce, les yeux à moitié fermés.

« Salut vous deux… »

Il bâilla et se gratta la tête avant de se diriger vers la cafetière. Puis, il vint s’asseoir avec eux et leur sourit. Plus qu’étonné par cette attitude… normale, Jesse lui se pencha vers lui pour lui parler, mais Andy fut plus rapide :

« Depuis quand est-ce que tu sais ? »

Mathis se tourna vers lui :

« Depuis… J’ai commencé à avoir des doutes… un peu après ton arrivée. Après la fête. »

Jesse devint rouge. Son ami le savait donc depuis le début, mais il s’était tu. Mathis lui sourit. Il se fichait bien de la personne avec qui Jesse partageait son lit, tant que ça n’avait aucune incidence fâcheuse…

« Comme hier soir, précisa-t-il. Personne n’a pu dormir. Ils vont être très remontés contre vous.

- Pas toi ? demanda Jesse.

- Pour cette fois, non. Mais contrairement aux autres, je n’ai pas été surpris d’apprendre que tu étais homosexuel. Ce n’est pas que ça les dérange : regarde Erick ! Non… C’est plutôt… Comment dire…

- C’est plutôt le fait que tu sois avec moi, termina Andy. Mais cela, il fallait s’y attendre.

- Ça va prendre du temps aux autres pour l’accepter. Encore plus pour Lio.

- Si elle l’accepte un jour… » soupira Jesse.

Mathis ne répondit pas. Ils finirent de boire en silence, grignotèrent quelques biscottes, puis Mathis sortit sans un mot. Jesse soupira, puis prit une mine abattue. Andy passa une main dans son dos, puis sur sa nuque, et l’attira à lui pour l’embrasser. Jesse y répondit, tendrement. Il lui sourit timidement. Andy se leva donc et prit leurs tasses pour les laver. Cela fait, ils montèrent chercher leurs sacs ; ne croisant personne en chemin.

« Ça va être une très, très longue journée, dit Jesse.

- Tu préfères rester ici ? » demanda malicieusement Andy en lui faisant un clin d’œil.

Jesse rit mais enfila sa veste, ce qui fut une réponse suffisante. S’ils n’affrontaient pas le regard des autres aujourd’hui, alors ils risquaient de ne jamais le faire. Ils mirent tout de même plus de temps que de nécessaire pour se préparer et redescendre. Devant la porte d’entrée, Andy s’empara de la main de Jesse, lui sourit, et ouvrit la porte. Dehors, le vent soufflait assez pour que les feuilles des arbres se balancent, mais pas assez pour qu’il fasse froid. Alors que Jesse fermait la porte derrière eux, Andy éternua plusieurs fois, et moqueur, son amant lui dit :

« Ben alors… Tu nous fais une allergie ?

- Non. Ça m’arrive parfois, comme ça. »

Il lui reprit la main et ils avancèrent en direction de l’université. Ils ne firent pas plus de cinq pas qu’un taxi se gara non loin d’eux, et qu’une femme, vêtue d’un long manteau gris, en sortit. Elle ne souriait pas, mais une certaine tendresse se lisait dans ses yeux. Tendresse qui disparut lorsqu’elle vit Jesse tenant la main d’Andy. La voyant approcher, Jesse demanda :

« Tu la connais ? »

Andy déglutit.

« Plus que bien. C’est ma mère. »
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Voilà comme promis j'ai pu poster le chapitre 14 aujourd'hui ! 14 déjà ! Et dire que je ne voulais pas continuer cette histoire :P
Le prochain chapitre sera là dans deux semaines, j'espère que vous serez au rendez-vous^^
Bisous et merci !

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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