Bonjour, Bonsoir,
Je crois n'avoir jamais déserté aussi longtemps mon blog... C'est honteux de ma part, je l'avoue...
Je tiens quand même à vous "rassurer", l'écriture, pour moi, ce n'est pas terminé, disons juste que ces derniers temps, je fais un peu de ménage dans ma vie après avoir vécu trop de déceptions...
Mais mon envie d'écrire est toujours présente même si je n'écris plus aussi souvent et aussi vite qu'avant (quoique vite est un grand mot). Mes résumés sont prêts, je n'ai plus qu'à m'y mettre, à trouver un moment pour écrire.
Jean-Michel, merci pour ton message, cela fait du bien de voir que mes histoires manquent à quelqu'un ;)
Alors promis, même si c'est devenu difficile pour moi d'écrire, et ce pour plusieurs raisons, je ne vous laisserai pas attendre la fin de l'année pour avoir des nouvelles ! Je ne peux pas encore vous dire quel sera le prochain chapitre, mais il y en aura un dans quelques temps.
Bises à tous ceux qui passent par ici et prennent encore le temps de lire et, parfois, de commenter :)

Le feu qui crépitait face à lui l’hypnotisait, ses flammes créant des ombres dansant sur son visage fatigué. Afin de mettre le plus de distance possible entre la cité et eux, ils avaient marché
une bonne partie de la nuit ainsi que toute la journée, ne prenant qu’assez de repos pour manger. Et Iwan était épuisé. Il aurait pu puiser plus d’énergie en lui, mais il ne pouvait s’y résoudre.
Alors, il profitait du fait que Rain soit allé chasser pour se reposer tout en essayant de ne pas s’endormir. Il ne savait pas encore dans combien de temps ils repartiraient, ni combien de temps
il leur faudrait pour arriver à destination.
Rain apparut soudain entre deux arbres, tenant dans une main deux lapins bruns. Il se mit en face d’Iwan, de l’autre côté du feu et en silence, il commença à préparer la viande avec un couteau sorti de l’étui accroché à sa taille. Il fit ensuite cuire la viande, sous le regard attentif d’Iwan qui aurait bien voulu que son ventre se fasse plus discret. Mais l’odeur de la nourriture, même sans assaisonnement, était une torture pour ses papilles. Un sourire discret apparut sur le visage de Rain qui ne fit pourtant aucune réflexion. Lui aussi avait faim.
Lorsque les lapins furent cuits, il en donna une part conséquente à Iwan et ils purent manger en silence, l’un en face de l’autre. Et alors qu’Iwan mangeait avec appétit, Rain prenait tout son temps. Cela avait le don d’agacer son apprenti qui aurait aimé voir l’assassin faire preuve d’un peu moins de retenue pour se montrer plus humain, bien que, après ce qu’il avait vu la veille, il ne pouvait plus penser que Rain était quelqu’un de froid, d’insensible. Du moins pas complètement.
Rain l’avait entraîné dans les couloirs sombres de la Prison des Lamentations, qu’Iwan avait bien connue, pour retrouver un homme, un simple marchand. Sa cellule n’était pas bien gardée et il n’avait pas été difficile de le trouver. Mais il en avait été tout à fait différent pour le faire sortir. Le marchand Ghen avait été battu par les gardes las de l’entendre crier son innocence et il avait eu au départ du mal à marcher. Mais après avoir assommé quelques gardes, ils avaient pu sortir de la prison sans accro et à aucun moment Iwan n’avait perdu son calme. À croire que le petit tour de magie de Rain avait fonctionné… Ils avaient donc ramené le marchand chez lui, où il avait retrouvé ses trois filles, dont l’une des plus jeunes était malade. Rain leur avait donné de l’argent et de quoi soigner l’enfant, puis lui et Iwan les avaient aidé à faire leurs bagages pour les emmener avec eux loin en-dehors de la ville. Iwan n’avait participé aux adieux que de loin, mais il n’avait rien perdu de la scène, ni de la gêne de Rain. La famille du marchand devait être en sécurité maintenant, mais Iwan ne savait toujours pas pourquoi il l’avait sorti de prison… Il avala sa bouchée de viande et demanda :
« Pourquoi… Pourquoi avoir sauvé cet homme… ce marchand ? S’il était en prison, c’est qu’il y avait une bonne raison, non ? »
Rain ne regarda même pas Iwan :
« Tu étais là-bas toi aussi… Pourtant je suis venu te chercher.
- Mais c’est parce que vous aviez besoin de moi, dit Iwan avait un grand sourire.
- Je n’ai pas besoin d’un sauvage comme toi.
- Je ne crois pas que votre roi soit d’accord. »
Rain le regarda fixement :
« Il s’agit aussi de ton roi. Qui m’a donné son accord pour me débarrasser de toi si je n’arrive pas à te… dresser.
- Je ne suis pas un animal. »
Rain continuait à l’observer, mais son regard avait changé. Il était plus doux.
« Nous faisons ce voyage pour que tu nous le prouves. Tu vas apprendre beaucoup de choses. Notamment à faire taire le meurtrier qui est en toi.
- Je croyais que vous alliez me former pour être un assassin…
- Ce n’est pas pareil. Mais cette leçon-là viendra en temps et en heure. Pour l’instant, mange et dors. Nous avons encore de la route à faire, et tu peux me croire, il s’agit de la partie la plus agréable de ton apprentissage… »
ooOOoo
Assise dans son salon personnel, Mizu souriait. Le soleil commençait à poindre à l’horizon, annonçant une belle journée. Une couverture sur les jambes, installée dans un confortable fauteuil avec vue sur la ville, Mizu se sentait bien. Si bien qu’elle ne sursauta même pas quand Mel pénétra en trombes dans le salon. Vêtue d’une simple robe en laine bleue et les cheveux relevés en chignon, Mel salua sa Reine en s’inclinant et dit :
« Madame, je suis désolée de venir vous déranger ainsi, mais j’ai une nouvelle très importante. »
Mizu sourit de plus belle.
« Je t’écoute, Mel.
- Il semblerait que le marchand Ghen se soit échappé hier soir. Et d’après ce que j’ai entendu, on l’y aurait aidé… Madame, c’est un miracle ! »
La reine prit la main de sa servante dans la sienne et dit, d’une voix douce :
« Il y a donc une justice dans ce royaume… »
Son regard était perdu vers l’horizon, fixe, comme si elle réfléchissait. Elle se leva avec lenteur, posa sa couverture sur le dossier du fauteuil, et ajouta :
« Je dois aller voir mon époux. Cette nouvelle a dû lui parvenir, et je pense que c’est le bon moment pour aller lui parler.
- En êtes-vous sûre, madame ? »
Mizu lui sourit pour toute réponse et sortit de ses appartements. Sa longue robe grise traînait sur le tapis bordeaux qui parcourait les couloirs de cette partie du palais, cachant ainsi ses pieds nus. Elle avançait dans un silence rompu uniquement par les soldats qui se mettaient au garde-à-vous sur son passage. Mais dans sa tête, deux voix ne la quittaient pas : c’étaient elles qui lui avaient appris la nouvelle, bien avant que Mel ne vienne la prévenir. Elles l’avaient réveillée en douceur et depuis, Mizu n’avait pu se rendormir. Désormais, quoique lui dise Keith, elle resterait sur ses positions.
Arrivée devant les portes du bureau du roi, situé à l’écart des appartements de Mizu, celle-ci fit comme à son habitude et entra sans frapper. Elle savait d’avance que son mari se trouvait seul et qu’un messager de la prison venait de le quitter. Elle referma les portes derrière elle et s’approcha du bureau derrière lequel Keith ruminait, les mains croisés devant son visage. Il la regarda s’avancer mais ne parla que lorsqu’elle fut en face de lui :
« Tu dois être contente, je suppose ? »
Mizu haussa les épaules. Keith n’était pas idiot, il savait pourquoi elle était là.
« Un innocent a été libéré. Tu devrais aussi t’en réjouir. Justice a été faite.
- Cet homme va être recherché pour s’être évadé.
- Tu sais très bien qu’il n’a pas pu sortir de cette prison sans aide. Personne ne le peut.
- Les soldats qui étaient de garde cette nuit vont être questionnés. On parle déjà d’une faille dans la sécurité.
- Arrête. »
Mizu fit le tour du bureau et vint prendre le visage de Keith entre ses mains.
« Pourquoi me mens-tu ? Tu sais tout comme moi ce qu’il s’est passé là-bas. Pourquoi ne pas vouloir l’admettre ? »
Keith posa ses mains sur ses poignets pour qu’elle retire ses mains et se leva pour aller à la fenêtre :
« Parce que je suis sensé. Et que je ne crois pas aux légendes. Et j’aimerai que tu arrêtes de parler de cela. À quiconque.
- Il est hors de question que je me taise. Si un tel homme existe, cela doit se savoir.
- Si un tel homme existait, il serait poursuivit par la vraie Justice pour s’être opposé ainsi à nos lois. Une fois capturé, il serait torturé, jugé et jeté au fond d’une cellule avant qu’on ne le pende ou pire ! Celui que tu vois comme un justicier n’est qu’un meurtrier aux yeux des Juges ! Alors c’est à toi d’arrêter ! Arrête de le chercher, arrête de croire en… en une telle idiotie ! »
Mizu pencha la tête de côté et se plaça sur sa droite, étonnée qu’il s’emporte aussi vite. Elle essaya d’accrocher son regard, mais à chaque fois, Keith se dérobait. Ce qui ne lui arrivait jamais.
« Que caches-tu ? demanda-t-elle.
- De quoi parles-tu ? »
Mizu eut un mouvement de recul. Elle hésita avant de dire :
« Tu le protèges, c’est ça ? Et tu sais de qui il s’agit ! Que…
- Tu es complètement folle ! la coupa Keith. Tu oserais prétendre que moi, je protège ce meurtrier ? Reprends-toi Mizu. Si tu continues comme ça, les gens vont commencer à mettre en doute ta santé mentale. Et j’ai besoin d’une reine forte, qui a les pieds sur terre. Une reine en qui je peux avoir confiance. »
Mizu secoua la tête.
« Tu n’as pas confiance en moi. Et tu n’auras jamais confiance en moi. Je me demande même si tu n’as jamais réellement fait confiance à quelqu’un.
- Tu racontes n’importe quoi…
- Non. J’ai raison. Je suis peut-être ta femme sur le papier, mais c’est tout. »
Mizu s’approcha de Keith et posa sa main sur ses bras croisés. Ils n’avaient jamais été amis, jamais amants. Ils s’étaient mariés pour des raisons politiques et jamais Mizu n’y avait vu un sacrifice. Tous deux savaient ce qu’il en était de leur relation.
« Je ne te demande pas de m’aimer, car moi je ne t’aimerai jamais. Mais je te demande de me faire confiance comme un homme doit faire confiance à son épouse. Parce que j’aime ce royaume. Et que je ferai tout pour le protéger avec toi. »
Elle l’obligea à la regarder en posant son autre main sur sa joue :
« Je ne lui veux pas de mal. »
Mizu recula d’un pas, soupira et prit le chemin de la sortie. Dans son dos, Keith dit :
« Tu dois arrêter de fonder des espoirs en des chimères, Mizu. Cela ne t’apportera rien de bon. »
Mizu ne répondit pas et sortit du bureau. Lorsque la porte fut de nouveau close, Keith s’approcha de son bureau et d’un simple regard, il fit brûler tout ce qui se trouvait sur la table de travail : feuilles vierges, encrier, plumes… Puis il se prit la tête entre les mains. Il devait garder son calme. Et protéger ce qui comptait vraiment à ses yeux.
ooOOoo
Voilà presque deux jours qu’ils arpentaient les vieux sentiers d’une forêt plusieurs fois centenaires, dont les arbres encore touffus leur cachaient le ciel. Le vent avait peine à s’immiscer entre les troncs robustes, mais chaque vague d’air était un plaisir pour Iwan qui transpirait à grosses gouttes. La pente ardue qu’ils avaient gravie avec Rain était maintenant derrière eux, et il était presque sûr que la cime de la montagne ne devait pas être bien loin… Malgré l’ombre apaisante prodiguée par les arbres, la chaleur était étouffante et Iwan n’avait pas mis longtemps à suivre l’exemple de Rain en ôtant sa cape et son pull. Ils marchèrent ainsi pendant une bonne heure avant qu’une falaise ne se dresse devant eux. Iwan regarda de tous côtés, espérant apercevoir un sentier, même étroit. Car il n’était pas besoin d’espérer autre chose : leur but devait se trouver là-haut. Rain posa son sac au sol et en sortit des gants de cuir et de l’eau qu’il partagea avec Iwan avant de dire, le sourire aux lèvres :
« J’espère que tu n’as pas le vertige… »
Iwan ne prit pas la peine de répondre mais jeta un regard vers le sommet. La falaise semblait interminable, mais il fut soulagé d’apercevoir un renfoncement, bien que très haut, où ils pourraient faire une pause. Les deux hommes ajustèrent leur paquetage afin de ne pas être gênés dans leur ascension puis Rain lança le départ :
« Allons-y. »
Iwan inspira profondément puis laissa l’air s’échapper lentement. Une façon comme une autre de se préparer… Ils commencèrent à grimper, Rain suivant le rythme d’Iwan afin de toujours rester à son niveau, ce qui, dans un sens, rassurait le jeune homme. Ce dernier avait plus l’habitude d’escalader des murs construits par l’homme, aux prises sûres, que des falaises. Car cet escarpement était très traître : il fallait toujours vérifier si une prise était stable avant de prendre appui dessus. Personne n’était à l’abri d’un éboulement ou d’un effritement de la roche. Cette roche, qui pouvait être tranchante, une véritable torture pour les mains. Mais fort heureusement, les gants en cuir que Rain avait prévu les protégeaient et ils finirent par arriver indemnes - mais épuisés – au renfoncement qu’Iwan avait aperçu d’en bas. Ils se désaltérèrent et firent une pause plus qu’agréable de vingt minutes. Mais il fallait bien repartir.
Iwan était épuisé, mentalement et physiquement. La tête commençait à lui tourner et il sentait ses barrières faiblirent. Il s’arrêta, en équilibre. Des picotements parcoururent son corps, puis une brusque chaleur l’envahit. Il sentit le regard de Rain posé sur lui et reprit son ascension. Non, finalement il ne pouvait pas se servir de ça. Au bout d’une heure, Rain prit plus de vitesse que son apprenti qui était bien mal en point, tant qu’il avait la vue brouillée et ne vit pas Rain disparaître. En revanche, il se sentit tiré vers le haut, puis atterrir sur une surface dure, avec pourtant une certaine douceur. Lorsqu’il reprit ses esprits, il comprit qu’ils avaient terminé leur escalade et que, sentant le jeune homme défaillir, Rain l’avait hissé jusqu’en haut, avec un tel élan qu’il était tombé à la renverse, Iwan pensant sur lui de tout son poids. Iwan se laissa rouler sur le côté et allongé à côté de Rain, il reprit son souffle.
« Merci, » dit-il.
Rain s’assit et le fixa. Il se passa une main dans le cou et dit :
« On est bientôt arrivé. Tu tiendras le coup ?
- Laissez-moi cinq minutes. »
Rain posa une main sur le front d’Iwan qui eut soudain un regain d’énergie. Lorsqu’il pensa avoir repris assez de force pour reprendre la route, il attrapa la main de Rain et le fixa à son tour. C’est alors qu’une voix résonna dans leur dos :
« Rain, tu es trop gentil avec lui… »
Iwan se releva d’un bond, alors que son maître prenait son temps pour faire face à la femme qui les observait, à la lisière d’une nouvelle forêt. Elle ne devait pas avoir plus de quarante ans, fine, grande, elle avait un certain charme sans pourtant être d’une grande beauté. Ses cheveux blonds étaient nattés, dégageant ainsi un visage éclairé par le vert de ses yeux, mais assombri par une cicatrice allant de son menton à son oreille. Elle portait un ensemble noir composé d’une chemise à col montant et d’un pantalon près du corps, de hautes bottes en cuir et des gants qui remontaient jusqu’au coude. Le tout lui donnait un air très sévère. Son épée était rangée dans son fourreau suspendu à sa taille, et une sacoche renfermant quatre petits poignards était solidement attachée à sa cuisse droite. Elle toisait Rain qui s’approchait d’elle.
« Bonjour, Yann, dit l’assassin.
- Tu es fatigué rien que d’avoir gravi cette falaise et en plus tu lui donnes de ton énergie ? Tu es pathétique. Qu’as-tu fait de ce que je t’ai enseigné ?
- Nous sommes là pour ça. »
Rain fit signe à Iwan de s’avancer et reprit :
« Il s’appelle Iwan. Keith veut que je le forme.
- Et d’après ce que j’ai pu voir tu as besoin d’aide. »
Yann tourna la tête vers Iwan tout en s’adressant à Rain :
« Après tout, Tu sais à quel point il est difficile de former un animal.
- Arrêtez de dire que je suis un animal ! Je suis un humain comme vous ! » s’écria Iwan.
Yann s’approcha de lui, ne laissant que quelques centimètres entre eux et pointa un doigt sur sa poitrine.
« Oh que non... Je la sens, juste là. Une bête. Si je n’avais pas senti Rain, tu serais déjà mort… »
Iwan allait répondre quand Rain le força à reculer en posant une main autoritaire sur son épaule.
« Il faut que tu nous aides, dit-il à Yann.
- C’est Keith qui t’as demandé de venir ici ?
- Non, nous sommes là parce j’ai pensé que c’était la meilleure décision à prendre. Je me suis trompé ? »
Yann soupira et se mit à faire les cents pas devant les deux hommes qui attendaient sa réponse. Elle s’approcha de Rain et le fixa intensément avant de fusiller Iwan du regard. S’adressant alors à Rain, elle dit :
« Pour être arrivés jusqu’ici, je veux bien vous accueillir chez moi. Vous pourrez vous entraîner sur ces terres, librement. Mais vous devrez vous débrouiller pour manger. Je ne vous fourni que le toit. Et Rain, si c’est à toi qu’on a confié la formation de cette bête, alors sache que je n’interviendrai pas… »
Yann leur tourna le dos et reprit le chemin par lequel elle était venue. Rain fit signe à Iwan de ramasser leurs affaires pendant que lui rattrapait Yann. Tout bas, il lui dit :
« Tu étais venue pour nous tuer, n’est-ce pas ?
- Tu t’es signalé à moi à temps. Sinon, il serait déjà mort. »
Ils se turent alors qu’Iwan arrivait en ronchonnant derrière eux, le sac de Rain dans les bras et le sien sur le dos. Encore plus bas, Rain dit à la femme qui les escortait :
« Il n’est pas bien différent de moi à l’époque. Alors accorde-lui au moins la même chance. »
Yann s’arrêta, exaspérée :
« Tu n’étais qu’un enfant quand on t’a amené à moi. Pas un animal adulte ayant déjà goûté au sang. »
Elle se tourna vers Iwan qui lui lança un regard assassin. Elle ajouta :
« Et c’est encore pire quand cet animal y a pris goût. »
ooOOoo
« La liberté n’est pas loin. Juste au bout des doigts. Les barrières ont faibli, il a oublié. Juste une faille. Il faudrait juste une faille… Non… Non ! »
Rain inspira et expira profondément. Loin à l’horizon, face à lui, le soleil répandait ses derniers rayons sur les terres encore vertes. Et c’était dans cette direction que son esprit avait voyagé, emporté par le vent. Car oui, il avait oublié. Il avait oublié de renforcer les barrières. Mais on ne l’y reprendrait plus. Ce qu’il tenait enfermé était trop dangereux pour qu’il lui permette de sortir.
Il ouvrit les yeux et regarda le soleil se coucher, une vision encore plus magnifique de cette hauteur. Une vision faite pour être partagée. C’est pourquoi il ne dit rien lorsque Yann vint s’asseoir en tailleur à ses côtés, silencieuse, comme respectant sa méditation. Ils se regardèrent sans rien dire au départ, puis son amie de longue date et ancien maître soupira.
« Rain… Bon sang…
- Je sais. Mais je n’avais que cette solution.
- Ce ne serait pas le cas si tu n’étais pas aussi… dissipé. Rain te rends-tu compte de tout ce que tu pourrais faire ? Avec un tel pouvoir…
- Je ne crois pas l’utiliser à mauvais escient.
- Si tu l’utilisais convenablement tu n’aurais pas besoin de moi pour maintenir à sa place la bête que tu m’as ramenée ! »
Yann posa une main sur le bras de Rain :
« Qu’as-tu donc fait de tout ce que je t’ai enseigné ? Ce qui est en toi n’est pas tout à fait endormi et tu voudrais t’occuper d’Iwan ? Mais tu le savais n’est-ce pas… tu savais que tu ne pourrais sûrement pas te contenir et c’est pour ça que tu es venu ici. »
Rain ne lui répondit que par son silence. Pourquoi lui dire ce qu’elle savait déjà ?
« Rain… »
Yann soupira de nouveau avant de se lever. Elle allait repartir quand Rain lui demanda :
« Est-ce que je peux compter sur ton aide ?
- Je ferai ce que je peux. Mais tu devras d’abord faire un gros travail sur toi-même. Me prouver que tu es encore maître de ton corps, de ton esprit et de ton pouvoir. »
Rain se leva :
« Je ne te décevrai pas Yann. Je te le promets. Je te prouverai que je n’ai pas changé.
- J’ai confiance en toi. Mais lui… Il est très dangereux Rain, il ignore tout de…lui. Et il cache beaucoup de choses.
- Je sais.
- Alors sois prudent. Même un chien fidèle peut se retourner contre son maître. Et cet
animal là est déjà loin d’être digne de confiance… »
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Merci d'avoir lu ce chapitre tardif, merci pour votre patience et votre courage
!
Bonne Saint Valentin pour ceux qui la fêtent.
A très bientôt j'espère ;)
Deux semaines plus tard
Assis confortablement dans l’un des fauteuils du nouveau salon, Diran était concentré sur son bloc de feuilles posé de travers sur ses jambes. Depuis plus d’une heure, il accumulait les boules de papiers éparpillées à ses pieds, ne parvenant pas à trouver cette petite phrase, celle qui change du traditionnel « Bonjour » ou « Chère… », et qui vous permet d’embrayer naturellement sur la suite. Car même lorsqu’il écrivait une lettre, même destinée à une personne proche, Diran ne pouvait se suffire d’une introduction banale. Il se devait d’être original, différent, jusque dans sa correspondance. De nouveau insatisfait, Diran arracha l’avant-dernière feuille de son bloc, la roula en boule et la jeta avec colère à ses pieds. La boule de papier rebondit et alla rouler jusqu’au bord du tapis beige qui protégeait une partie du parquet du salon. Elle vint buter contre la chaussure de Denis, le majordome qui ne restait jamais loin de Diran.
Denis la repoussa et s’approcha du fauteuil de Diran pour tendre au jeune Anderson un nouveau bloc de feuilles. Diran le prit et le remercia :
« Je ne m’en sors pas… Je n’arrive pas à me concentrer.
- Vous avez trop de choses en tête ? »
Diran fixa le fauteuil placé face à lui. Ce nouveau fauteuil choisi par sa belle-mère pour meubler la nouvelle aile que son mari lui avait offerte. Un fauteuil fort confortable, comme avaient pu le constater Diran et Alann quelques mois plus tôt…
Oui, Diran avait beaucoup de choses en tête.
« Oui. Mais rien de déplaisant.
- Alors je crains que vous n’appréciiez ce que j’ai à vous dire. »
Cette grande armoire qu’était Denis prit un air penaud et croisa les mains dans son dos, tirant de la même façon sur son costume. Un géant mal-à-l’aise… Diran aurait pu en rire s’il ne connaissait pas aussi bien Denis. Il le laissa continuer :
« Lyle m’a appelé. Il a reçu une visite plutôt inattendue… Il semblerait que quelqu’un vous cherche.
- Quelqu’un ?
- Il n’a pas voulu m’en dire plus. Il voudrait vous voir pour en parler avec vous. Le plus rapidement possible.
- … »
Diran referma son bloc. De toute façon, il n’arrivait à rien. Il connaissait Lyle depuis pas mal d’années désormais, et même s’ils ne pouvaient se considérer comme des amis, ils savaient qu’ils pouvaient avoir confiance l’un en l’autre. Et si Lyle voulait le voir pour lui parler de cet homme qui recherchait Diran, c’est qu’il avait de bonnes raisons.
« Appelle-le. Dis-lui que je le retrouve ce soir.
- Qui vas-tu retrouver ? »
Se tenant droit dans son costume trois-pièces, les bras croisés dans son dos, le père de Diran le fixait de l’entrée du salon. Lorsque son fils se tourna vers lui, il répéta sa question avec bien plus de tension dans la voix, et Diran dut lui répondre, les mains crispées sur son bloc :
« Un ami.
- Quel genre d’ami ? demanda son père sans s’avancer. De ceux que tu fréquentais avant ? Il me semblait avoir été clair : tu sais ce qui t’attends si tu retombes là-dedans. Et cette fois, il n’y aura pas de deuxième chance. »
Diran se leva :
« Je le sais très bien. J’ai retenu la leçon.
- J’espère pour toi. Ne nous déçois pas plus… »
Anderson tourna le dos au salon, laissant son fils seul avec son majordome. Diran échangea un regard lourd de sous-entendus avec Denis qui acquiesça. Depuis toutes ces années, son homme à tout faire ne le connaissait que trop bien et savait que Diran ne se préoccupait plus de son père et de ses menaces quotidiennes. Lui, n’aurait qu’à le couvrir et réparer les dégâts. Car avec un homme comme Diran, il était impossible qu’il n’y ait pas de dégâts. Diran ouvrit son bloc, et écrivit, à la va-vite :
Tout se passe bien ici, je tenterai de venir te voir si on m’en laisse la possibilité. Soigne-toi bien. D.
Il tendit ensuite à Denis la feuille préalablement arrachée du bloc :
« Envoie-là au plus vite s’il te plaît. J’ai déjà du retard. »
Et sans prendre la peine de ramasser ses échecs éparpillés sur le sol, le jeune Anderson monta se préparer pour la longue soirée qui l’attendait. Bien plus longue qu’il ne le pensait.
ooOOoo
Alann essayait de se mettre dans l’ambiance. Ou plutôt avait essayé. Décidemment, il ne s’habituerait jamais au bruit qui avait remplacé la musique dans la majeure partie des discothèques. Non pas qu’il détestait cela, mais à trop forte dose, ces boum-boum avaient de quoi le rendre fou pour le reste de la soirée. Il avait néanmoins fait l’effort de danser avec Syrielle sur ce qui lui avait paru être quatre chansons, avant de penser qu’il devait vraiment être ridicule à se trémousser ainsi au milieu d’une dizaine d’adolescents – pour la majorité. Le pire dans toute cette histoire ? Pendant ces quelques minutes, il s’était amusé comme un fou… Ce qui ne l’avait pas empêché d’abandonner Syrielle pour rejoindre le bar, situé juste en face de la piste, afin de commander du champagne que le serveur apporta à la table que Syrielle avait réservée en arrivant. Situé dans la pénombre, Alann pouvait ainsi savourer son champagne et observer Syrielle qui dansait avec un homme blond mal rasé. Un homme à son goût. À elle. Et à lui. Alann en aurait presque été jaloux…
Assis négligemment sur le sofa mauve en arc de cercle autour d’une table basse ronde, Alann se servit une coupe de bulles au prix exorbitant justifié par un grand nom. Il repensa au regard que lui avaient jeté tout d’abord le videur à l’entrée, puis le barman, lorsqu’il avait demandé une bouteille de champagne. Le même regard de dédain qui l’amusait follement : oui, même un homme décoiffé, portant une chemise blanche froissée sur un jean noir usé et des chaussures qui auraient bien eu besoin d’être vernies, pouvaient se payer une bouteille à… Non, il ne pouvait même pas y penser. Il regretterait son achat demain, pas la peine de gâcher sa soirée.
Il reposa délicatement la bouteille dans son seau au milieu des glaçons, et voulut porter la coupe à ses lèvres lorsqu’une voix d’homme l’en empêcha :
« Du Dom Pérignon ? Rien que ça ? »
La voix appartenait à un homme légèrement plus grand que lui, châtain aux yeux noisettes, plutôt carré et bien habillé et dont le sourire en coin avait autrefois su charmer Alann.
« J’ai eu une promotion. Il fallait fêter ça ! répondit Alann.
- Et comme toujours, tu fêtes ça seul…
- Non, pas cette fois Gabriel… »
Alann désigna Syrielle sur la piste de danse alors que son ancien amant prenait place à côté de lui.
« Jolie… Pour une femme, dit Gabriel. Et ça ne te dérange pas que ta conquête fricote avec d’autres hommes ?
- C’est une amie.
- Ouf ! L’honneur est sauf, tu n’as pas tout à fait viré de bord ! »
Alann ne put s’empêcher de sourire, ce qui encouragea Gabriel qui demanda, de but en blanc :
« Donc, tu es libre ? »
Là, Alann se mit à rire franchement. Il but une gorgée de champagne avant de répondre :
« Tu sais que je ne le suis jamais tout à fait.
- C’est un gros problème chez toi. C’est bien dommage ! Mais… »
Gabriel se pencha vers Alann qui perdit son sourire, non pas par contrariété, mais plutôt attentif, car intéressé. Gabriel était ce genre d’homme au charisme incroyable, qui ne reculait devant rien, mais fonçait plutôt dès qu’il savait ce qu’il désirait. Alors qu’il se penchait toujours plus, une tornade passa par là, vêtue d’une petite robe noire et perchée sur de hauts escarpins. Syrielle prit place sur les genoux d’Alann, passa une main dans ses cheveux humides désormais méchés de prune et but à la même coupe que lui, savourant le regard dégoûté de Gabriel posé sur elle.
« Tu me présentes ? demanda-t-elle à Alann.
- Syrielle… Voici Gabriel. Un ancien ami à moi qui…
- Va vous laisser, finit Gabriel. Je vais rejoindre des amis.
- Tu es sûr ? Tu peux rester avec nous si tu veux. »
Mais comme pour contredire ces paroles, Syrielle passa ses bras autour du cou d’Alann.
« Non, c’est sympa, répondit Gabriel. Mais si tu veux… me voir, eh bien je n’ai pas changé de numéro. J’espère que tu l’as toujours… »
Alann acquiesça et salua Gabriel avant de se tourner furibond vers Syrielle qui dit, innocente :
« Tu gardes le numéro de téléphone de tes ex, toi ? C’est mignon !
- Ça t’amuse, hein ? De foutre en l’air…
- Une possible partie de jambes en l’air ? termina Syrielle. Oh, pour une fois qu’on sort, tous les deux ! Tu pouvais bien rester avec moi, non ?
- Oui, mais ça ne devrait pas m’empêcher de faire des rencontres ! Je ne t’en empêche pas moi !
- D’accord, c’est bon, j’ai compris ! Promis, le prochain qui se présente, je le laisse te rentrer dedans, ça te va ?
- C’est très poétique, mais merci.
- Je t’en prie. »
Syrielle but encore du champagne, essayant de ne pas penser à Colin, et à la promesse qu’elle lui avait faite. Elle ferait des efforts, certes, mais quand elle s’en sentirait capable. Alann, en écho aux pensées de la jeune femme, lui dit :
« Tu sais, je pense sérieusement que tu devrais te poser. T’établir quelque part, avec quelqu’un de bien, de sérieux. Une personne stable, qui t’aimera et t’apportera ce dont tu manques. Quelqu’un qui t’offrira la relation que tu mérites.
- Quelqu’un comme toi ! fit Syrielle en souriant de toutes ses dents.
- Je ne suis pas la personne qu’il te faut, dit Alann, presque inaudible à cause de la musique. Je ne peux pas t’apporter tout ça.
- Tu es sûr ? »
Syrielle posa sa main sur la joue d’Alann et le regarda droit dans les yeux, sans sourire cette fois. Son amant occasionnel, lui, semblait attristé. Alors, elle partit dans un grand fou-rire.
« Je plaisante, Alann ! Jamais je ne voudrais m’installer avec quelqu’un d’aussi bordélique que toi ! »
Alann la repoussa avec le sourire, quelque peu rassuré. Elle, elle le tira par la main pour qu’il vienne avec elle sur la piste de danse, se ridiculiser un peu plus. Fort heureusement, les boum-boum avaient laissé place à la musique des années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, un peu plus au goût de l’architecte. Contre toute attente, il se mit à danser sans se préoccuper du regard des autres, fidèle à ce bon vieil Alann qui portait des jeans troués. Mais au bout d’une dizaine de minutes, il se figea sur la piste de danse, le regard porté au loin, vers le bar. Syrielle suivit son regard et fit la moue avant de lui dire à l’oreille :
« Vas-y. Je t’attends ici. »
Alann fut surpris et ne le cacha pas.
« Je t’ai fait une promesse tout à l’heure, dit Syrielle. Même si ça ne me plaît pas, vas-y. »
Alann posa une main sur son épaule et la laissa pour rejoindre le bar. Là, il avait aperçut Diran qui parlait avec un homme noir, grand, plutôt bien habillé. Un homme qui venait de le laisser, ce qui tombait plutôt bien.
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« Quand est-ce qu’il est venu te voir ? »
Diran avait pris place sur l’un des hauts tabourets du bar, mais il avait du mal à finir son verre offert par Lyle.
« Un soir, il y a deux semaines. Je sais, j’aurais dû te prévenir plus tôt, mais je voulais mener ma petite enquête d’abord. »
Diran ravala ses remontrances et tira sur le col de sa chemise noire.
« Et qu’est-ce que ça a donné ?
- Rien n’a changé pour lui, il est toujours dans la même merde, si ce n’est pas pire. Je ne sais pas si c’est une bonne idée de reprendre contact avec lui.
- Comment il allait ?
- Il n’était pas en forme. Et c’est pas en restant comme ça que ça va s’arranger. »
Diran se força à boire et s’essuya les lèvres du dos de la main.
« Quand est-ce que tu l’a vu pour la dernière fois ?
- Y a des mois de cela. Mais je ne suis pas allé lui parler. Il venait juste de le rencontrer. J’aurais dû agir à ce moment-là.
- Il ne t’aurait pas écouté. Il était trop en colère contre toi. »
Diran fixa son verre qu’il reposa devant lui, le poussant du bout des doigts.
« Il t’a laissé un numéro de téléphone ?
- Non. Mais je ne pense pas qu’il puisse se permettre de nous le laisser. Il doit être très surveillé. Raison de plus pour que tu ne cherches pas à le retrouver. Tu vas au devant de gros ennuis. Une fois, ça ne t’a pas suffi ?
- On dirait mon père…
- Je te dis ce que je pense. Je sais que tu n’as jamais fait de grosse connerie, que tu ne l’as jamais suivi là-dedans. Mais tu n’as pas besoin de ça pour te foutre dans la merdre si tu reprends contact avec lui.
- Il a besoin d’aide. Sinon, il ne me chercherait pas. Je ne vais pas le laisser tomber. Tant pis, je prends le risque.
- C’est à tes risques et périls. Je ne pourrais pas te couvrir.
- Je sais. Merci Lyle. »
Diran ne dit rien de plus et ne salua pas Lyle qui partit en silence, le laissant seul au bar, à ruminer. Le voilà dans une mauvaise posture, c’était sûr. Lui qui commençait à y voir plus clair était d’un coup ramené dans un passé qu’il avait cherché à enfouir, tout comme les problèmes que cette époque lui avait apporté. Il soupira, il devait se calmer, ça ne servait à rien de s’énerver.
Une main se posa sur son épaule alors qu’il allait descendre de son tabouret pour partir. Il s’arrêta net, surpris de trouver Alann dans un tel endroit.
« Quoi ? fit ce dernier qui appréciait peu le regard que Diran posait sur lui.
- Je ne pensais pas que tu fréquentais des endroits pareils.
- C’est rare, mais ça m’arrive. Tu partais ? demanda Alann en fronçant les sourcils.
- Je suis pas mal occupé, j’ai pas le temps de m’amuser. »
Diran se leva et laissa Alann au bar derrière lui, abasourdi. Il regagna le vestiaire, tendu, et retrouva Denis qui l’attendait.
« Était-ce Monsieur Menson ? demanda l’ homme à tout-faire.
- …
- Vous ne désirez pas rester ? Je peux vous attendre. Et nos recherches aussi. »
Diran regarda à l’intérieur de la discothèque. Denis, qui détestait ce genre d’endroit, préférait rester avec les personnes gérant le vestiaire, dont une femme avec qui il avait sympathisé et que Lyle lui avait présenté. Ces deux géants que l’on aurait pu confondre n’étaient pas de la même famille, mais ils s’entendaient comme deux frères. Alors, si Diran décidait de rester, il le ferait aussi pour son ami. Il sourit à Denis et fit demi-tour tout en se mordant les lèvres. Il n’avait pas été des plus corrects avec Alann, mais comme toujours, celui-ci lui pardonnerait après quelques piques bien envoyées.
« Il ne peut pas me résister après tout… »
Il alla jusqu’à la piste de danse et chercha son amant du regard. Il eut du mal à le reconnaître, non pas parce qu’il lui tournait le dos - au contraire ! - mais parce que deux bras de femme entouraient son cou. Cette femme, il n’eut aucun mal à la reconnaître. La collègue d’Alann l’avait vu, mais elle ne prévint pas son partenaire. Elle préféra lui déposer de doux baisers dans la nuque, sans quitter Diran des yeux. Le message était clair. Il savait depuis longtemps qu’Alann entretenait une relation avec elle, mais dans le geste de la jeune femme, il voyait une déclaration de guerre… Et s’il avait perdu cette bataille, il ne perdrait pas la guerre. Il se retourna violemment et rejoignit Denis qui discutait avec une femme élancée, rousse, qui, lorsqu’elle vit arriver Diran, lui tendit sa veste.
« Tu peux rester, Denis. Je pense que je vais faire un tour dans le quartier.
- Comme ça je vous retrouverai, avec beaucoup de mal, dans une rue sordide et Dieu sait seulement dans quel état…
- Ce ne serait pas la première fois, répondit Diran, fier.
- Je viens. Attendez-moi. »
Denis s’adressa une dernière fois à la femme que Lyle lui avait présenté et lui tendit une carte avant de faire signe à Diran qu’il était prêt. Amusé, ce dernier ne put s’empêcher de s’exclamer :
« Quel Dom Juan ! »
Denis se retourna alors vers l’homme qui était plus que le fils de son patron :
« Ne confondez pas les rôles… »
ooOOoo
Une semaine plus tard
Même s’il ne s’agissait pas d’une artère principale, la rue était assez bien éclairée et très fréquentée. Pourtant, personne ne s’y arrêtait. On n’y voyait aucun enfant. Aucune famille. Parfois, des couples s’y engageaient, mais la plupart du temps, il s’agissait de personnes seules, venant chercher un peu de réconfort. Car c’était ce que vendait cette rue, du réconfort, sous diverses formes : poudre, petites pilules… Du moins le vendait-elle aux personnes qui savaient où chercher et qui demander.
Adossé au mur d’un immeuble, Diran, plongé dans l’ombre, observait les passants, attendant d’apercevoir la bonne personne. Il essayait de ne pas bouger pour se faire le plus discret possible, mais le vent qui s’engouffrait dans ses vêtements ne l’aidait pas à tenir en place et il finit par allumer une cigarette. Il était rare qu’il fume, mais depuis plus d’une semaine, il était nerveux. Et la nicotine était la seule chose qui l’empêchait d’exploser. Il se mit à taper le sol du pied d’un rythme régulier, signe qu’il commençait à s’impatienter. Il sentit son téléphone vibrer dans la poche intérieure de sa veste. Denis, avec qui il avait rendez-vous, devait s’inquiéter. Voilà une heure que Diran aurait dû le rejoindre. Mais un ami lui avait téléphoné et les renseignements qu’il lui avait donnés étaient trop importants pour que Diran les ignore. Raison pour laquelle il se trouvait là, à attendre.
Alors qu’il allait se décider à répondre à Denis, la personne qu’il cherchait fit son apparition. Il était persuadé qu’il s’agissait bien de lui : le même nez pointu, des airs de fouine accentués par de petits yeux noirs, une coupe en brosse, le dos un peu voûté… Mais avant d’aller le voir, Diran devait s’assurer d’une chose.
La fouine, s’adossa à une voiture, puis alluma une cigarette. Comme Diran put le constater, cet homme avait ses habitués, et une jeune femme ne tarda pas à l’accoster. Il y eut un bref échange entre eux, puis la femme repartit, les mains dans les poches, pressée. Diran avait ce qu’il voulait. Il écrasa sa cigarette sur le trottoir et traversa la rue à grandes enjambées. La fouine le vit arriver sur lui au dernier moment et ne réussit pas à échapper à la poigne ferme de Diran qui le maintint contre le capot de la voiture. L’autre lâcha sa cigarette sous le choc et toussa avant de dire :
« Putain je peux savoir ce qui te prends ?!
- Salut Sy… Tu te souviens de moi ? »
L’autre fronça les narines :
« Ouais… Diran…
- Je vois que t’as de la mémoire.
- Qu’est-ce que tu veux ? Je croyais que ça t’intéressait p…
- Je veux pas de la merde que t’as dans les poches. Je cherche Noah.
- Qui ? fit Sy, trop innocemment.
- Tu sais très bien de qui je veux parler, joue pas à ça avec moi ! Dis-moi où je peux le trouver.
- Allons, tu sais très bien que je peux rien te dire.
- T’es sûr ? Je crois bien t’avoir mis une raclée une fois… Rien ne m’empêche de recommencer.
- Parce que tu crois que tu me fais peur ? Mais mon gars, tu sais vraiment pas où tu mets les pieds. C’est toi qui devrais avoir peur. Parce que, tu vois, le patron, il aime pas trop qu’on mette le nez dans ses affaires. Et encore moins qu’on cherche à prendre ce qui lui appartient. »
Sy fit un signe en l’air de la main, et Diran vit deux hommes, deux armoires à glace, sortir de l’ombre. Il rit :
« Pourquoi ça ne m’étonne pas de toi, hein ? Trop peureux pour te débrouiller tout seul.
- Ce n’est pas de la peur mon ami… C’est juste que je suis plus malin que toi. »
Diran donna un coup de tête à Sy qui hurla en se tenant le nez. Il n’aurait pas ce qu’il
voulait ce soir, mais il aura au moins eu le plaisir de lui avoir cassé son sale nez de fouine. Il leva la tête vers les deux hommes qui s’avançaient vers lui, l’un faisant craquer ses doigts
comme dans un mauvais film de gangsters. Diran sourit. Il allait avoir mal, certes, mais il ne s’enfuirait pas.
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C'est un peu la tête dans le brouillard que je poste ce chapitre ce matin après
une rapide correction (je m'excuse pour les fautes qui n'ont pas voulu se montrer à moi^^) et que je vous souhaite un très joyeux Noël, en espérant que vous avez été bien gâtés.
Je vous retrouve probablement en janvier, dernier mois où je serai à peu près tranquille pour écrire ^^
Encore merci de votre passage par ici, et bonnes fêtes de fin d'année !
Chapitre 5
Présent
Vue splendide sur la ville et l’océan. Que demander de plus ? De nouveaux meubles ? Il les avait eus. Une secrétaire ? Il s’était toujours très bien débrouillé seul. Non, vraiment, Alann n’avait aucune raison de se plaindre. En gagnant le pari qui l’opposait à son père, il avait atteint le niveau qu’il s’était fixé. Et la paye qui allait avec. Pourtant, depuis trois mois qu’il avait emménagé dans l’un des plus grands bureaux du bâtiment, quelque chose le dérangeait. Certes, il était très fier de lui pour avoir gagné son pari, et pour avoir mené à terme le contrat avec les Anderson, mais il avait du mal à s’en contenter. Même les contrats à venir ne l’enchantaient guère… Il ressentait un manque qu’il n’arrivait pas à définir, comme lorsque vous avez envie de faire quelque chose - que vous devez faire quelque chose - sans savoir quoi, et que cette boule dans votre gorge commence à se former, accompagnée d’un étrange mal de tête, le tout ayant pour seule conséquence de vous énerver…
Alann soupira. Finalement, le trafic fluide des automobilistes et la vaste étendue bleue face à lui ne l’intéressaient plus. Il s’assit à son bureau et alluma son ordinateur. Sur sa gauche, derrière les stores vénitiens toujours clos, il pouvait facilement imaginer ses collègues bavarder, courir d’un bureau à l’autre, ou occupés à remplir ou à chercher des dossiers… Une effervescence à laquelle il ne participait pas, démotivé. À bien y réfléchir, il n’était motivé pour rien ces derniers temps : il travaillait parce qu’il le fallait, faisait ses courses machinalement, et n’était plus sorti « pour s’amuser » depuis longtemps… Depuis un mois et demi.
« Depuis qu’il est parti… »
Alann tapa avec rage sur son clavier pour entrer son mot de passe. Pourquoi pensait-il à cet homme ? Cet homme avec qui il avait pris l’habitude de sortir toutes les semaines, naturellement, cet homme qui s’était absenté avec une vague excuse, et qui ne l’avait pas appelé depuis. Un homme parmi d’autres, un de ces amants occasionnels. Sauf qu’Alann ne s’était jamais autant préoccupé de l’un de ses amants. Si ce n’était Syrielle. Mais là encore, sa relation avec Diran était bien différente de celle qu’il entretenait avec sa collègue de travail. Une collègue qu’il voyait de moins en moins ces temps-ci, en-dehors des bureaux. Elle, elle était prise entre son maçon et un autre homme rencontré lors d’une soirée dont Alann n’avait rien retenu. Quant à lui, eh bien… Alann n’avait aucune excuse. Il soupira. Il lui proposerait de sortir dans la semaine. Cela ferait sûrement plaisir à Syrielle en plus de l’étonner, Alann n’étant pas du genre à proposer de sortir.
Son téléphone sonna – un appel provenant de l’accueil de l’entreprise.
« Monsieur Menson, fit une voix féminine, tendue. Un homme est en train de monter à votre bureau, j’ai essayé de l’arrêter car il n’avait pas rendez-vous, mais il ne m’a pas écouté alors j’ai appelé la sécurité. Je… »
Mais Alann, immobile, n’écoutait plus. Diran, un grand sourire aux lèvres, venait d’entrer dans son bureau, et refermait la porte en silence, tout en s’assurant que personne ne le regardait.
« Vous pouvez rappeler la sécurité. Tout va bien, dit Alann dans le combiné.
- D’accord, Monsieur, » répondit la standardiste, étonnée.
Et il raccrocha. Il se leva de son fauteuil et fit le tour de son bureau alors que Diran s’approchait. Il portait un manteau noir sur un jean brut et un pull blanc, ses cheveux étaient attachés en une queue de cheval et il tenait dans sa main gantée un chèque qu’il tendit à Alann. Ce dernier le fixa avec dédain et ne le prit pas.
« Tu aurais pu me l’envoyer…
- Oh je passais par là et je me suis dit que ce serait plus rapide comme ça, répondit Diran comme s’il s’agissait d’une évidence.
- Plus d’un mois après, tu appelles ça rapide, toi ? J’ai déjà amené ma veste chez le teinturier depuis longtemps, tu sais…
- J’ai pas eu le choix, dit Diran en haussant les épaules. Je te l’ai dit, je devais m’absenter pendant un temps.
- Oui, j’ai vu ça. »
Alann avait l’impression que l’homme qui tenait face à lui était… différent. Plus calme, plus posé. Mais ce n’était qu’une impression : Diran sourit et attira Alann à lui en l’agrippant par son polo. Il le frôla de ses lèvres et demanda, en chuchotant :
« Je t’ai manqué ? »
Il se pencha légèrement pour l’embrasser, mais Alann se déroba.
« Je ne dirai pas ça, non. »
Il prit le chèque des mains de Diran et le posa sur son bureau dans son dos. Diran vint se coller à lui, retira gants et manteau, et sans laisser la moindre possibilité à son amant de s’échapper, il posa les mains sur ses joues. Alann en eut des frissons : malgré les gants, le froid n’avait pas épargné les mains de Diran qui étaient glaciales.
« Tu mens mal, » dit ce dernier.
Il l’embrassa tout en faisant glisser ses mains sur les épaules d’Alann, sur son torse, les faufila sous son polo…
« Arrête. Je suis au travail je te rappelle.
- Tu n’en as pas envie ?
- Non…
- Tu mens décidemment très mal… Moi, en tout cas, j’en ai très envie. »
La colère qu’Alann essayait de masquer sous un air neutre fondit comme neige au soleil, effacée par les mains de Diran sur sa peau sensible. Comment en était-il arrivé là ? Alann se retrouvait dans un état de dépendance qui ne lui plaisait pas. Mais il allait en profiter, encore une fois, parce qu’il était comme ça : profiter de ce qu’on lui donne, là, tout de suite. D’un geste plein de force, habile, il renversa Diran sur son bureau, faisant voltiger toutes ses affaires. Son amant se mit à rire, avant qu’Alann ne le fasse taire.
Car rien ne dure éternellement.
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Deux mois plus tôt
« Je ne sais pas encore… Je ne suis pas sûr d’avoir des vacances… Non, il ne me fera aucune faveur, c’est pas son genre… Surtout maintenant. »
Le sourire aux lèvres, Alann se frayait un chemin au milieu de la foule qui lui donnait l’impression d’avancer au milieu d’un troupeau, dont tous les animaux allaient dans la même direction… Une direction autre que la sienne. Il essayait de ne pas y faire attention, trop occupé à tenir une conversation cohérente au téléphone. Il entra dans le tabac-presse qui faisait le coin de la rue où se trouvait son bureau, et baissa la voix :
« Oui, j’essayerai quand même de venir te voir. Mais pour une fois, Clara, tu pourrais te déplacer.
- Non, je déteste cette ville. Et puis dans trois semaines, je te rappelle que je ne pourrai plus aller nulle part… »
Alann se mordit les lèvres, et se traita de sombre crétin avant de répondre :
« Alors je ferai ce que je peux pour venir te voir avant. Promis. »
Alann prit des mots croisés, choisis au hasard sur le présentoir, et se dirigea vers la caisse où attendaient déjà quatre personnes. Une femme, assez âgée, cherchait sa petite monnaie pour faire l’appoint, pensant ainsi faire plaisir à la caissière, mais ne causant que l’impatience des autres clients.
« Il ne te cherche pas trop au moins ? Je sais comment il peut être…
- Non, il me laisse plutôt tranquille en ce moment. Et je ne fais pas attention à lui non plus. Je suis plus occupé à chercher un nouveau logement.
- Tu quittes ton appartement miteux ?
- Arrête, tu parles comme Syrielle.
- Et alors ? Il était grand temps que tu déménages : tes voisins sont insupportables, ton immeuble n’est pas situé dans le meilleur quartier de la ville, et ton appartement est trop petit.
- Mais assez grand pour une personne.
- … »
La queue avança enfin, et deux minutes plus tard, Alann payait et sortait du tabac-presse, mots croisés en mains. Il prit la direction du café L’Hirondelle, situé à trois cents mètres de là et s’arrêta devant l’entrée pour continuer sa conversation :
« Je n’ai pas besoin non plus d’avoir une villa ! Une maison avec deux chambres, salon-salle à manger, cuisine séparée, un petit peu de verdure…
- Monsieur est quand même exigent ! Une maison, rien que ça ! Un appartement ne t’aurait pas suffi ?
- Je veux m’éloigner le plus possible du centre-ville. Il y a des maisons plutôt pas mal en périphérie.
- Oui, mais ça va aussi t’éloigner de ton boulot.
- J’ai prévu d’acheter une voiture. »
Clara se mit à rire à l’autre bout du fil, ce qui vexa Alann :
« Je peux savoir ce qui te fait rire ?
- Toi ? Tu vas te remettre au volant ? Tu n’as pas conduit depuis quoi… deux ans ?
- Et alors ?
- Et alors ? répéta Clara à moitié hilare. Alors tu dois reprendre des leçons de conduite, même si tu as le permis ! Ou alors, investi dans un vélo ou dans une carte de bus !
- Non. Je reprendrai des leçons. Là, contente ?
- Si toi tu te sens capable de reprendre le volant… Oui. »
Alann resserra son manteau et soupira. Voilà deux ans qu’il n’avait pas conduit, traumatisé par un accident qui avait failli lui coûter la vie, à lui et aux deux personnes qui l’accompagnaient. Au début, il avait essayé de reprendre, pour ne pas laisser la place à la peur de s’installer. Mais il avait voulu aller trop vite : les tremblements, la sueur, les étourdissements, le souffle haché…il était passé par tout les symptômes, et ce, à chaque fois qu’il avait eu le volant entre les mains. Puis, il avait laissé tomber, ignorant ses amis et sa famille qui le poussaient à reprendre progressivement, quitte à s’aider d’un moniteur d’auto-école, ou d’un psychologue. Mais Alann ayant déjà trop côtoyé ce dernier, il avait refusé, disant qu’il pouvait très bien s’en sortir sans. Seul. Bien mal lui en prit.
« De toute façon, je n’ai pas le choix. Je ne veux plus dépendre de personne, et les transports en commun me sortent par les yeux. Ne t’inquiète pas, je ne foncerai pas tête baissée. »
Alann regarda l’heure. Ne pas être ponctuel ne le dérangeait pas, mais avoir dix minutes de retard n’était pas non plus ce qu’il appréciait vraiment. Même si lui était déjà en retard à la base. Il regarda à l’autre bout de la rue, espérant voir arriver son rendez-vous, puis décida finalement de mettre fin à sa conversation pour entrer dans le bar :
« Je vais te laisser. Fais attention à toi.
- Promis. Et appelle-moi pour me dire quand tu veux passer. Même si c’est dans deux mois. Tu me manques tu sais…
- Je ferai tout ce que je peux pour vite venir te voir. Dès que j’ai réservé le train, je t’appelle.
- T’as intérêt !
- Oui. À bientôt, Clara. »
Il raccrocha et se frictionna les mains avant de se retourner. Là, il sursauta. Presque collé à lui, Diran, qui ne semblait pas souffrir du froid dans son léger manteau, le regarda de sous ses mèches noires. Un regard sombre, qui démentait le ton doucereux de sa voix :
« J’espère que tu n’attends pas depuis longtemps ?
- N… Non.
- On entre ? »
Sans attendre de réponse, Diran entra dans le café et se dirigea vers une table qui lui semblait le plus à l’écart de l’agitation ambiante. Il était énervé, et tentait tant bien que mal de le cacher à Alann. Ce dernier n’aurait pas pu comprendre, il ne partageait pas les mêmes idées que Diran en ce qui concernait les relations, amoureuses ou tout simplement sexuelles. Diran, qui avait assisté à la fin de la conversation d’Alann, savait au moins une chose : il détestait déjà cette Clara. De toute façon, il détestait toute personne avec qui Alann avait une relation un peu trop personnelle. Il n’était pas amoureux, ça non, mais il aimait que ses amants lui vouent une relation exclusive. Comme lui ne tolérait pas d’avoir plusieurs amants à la fois.
Ils s’installèrent en silence et commandèrent chacun un café. Alors que le serveur repartait, Diran aperçut les mots croisés d’Alann et sourit. Il montra le livret d’un signe de tête et dit :
« Alors, on se la joue vieux garçon ?
- Tu dis ça parce que tu n’es pas assez intelligent pour remplir une grille ?
- On ne va quand même pas entamer ce rendez-vous en se disputant ?
- Ce n’est pas un rendez-vous.
- C’est quoi alors ? demanda Diran, ahuri.
- Tu voulais qu’on se retrouve ici, j’ai accepté, point.
- Eh bien je suis ravi de t’apprendre que c’est ça un rendez-vous.
- Si tu veux… »
Diran soupira alors que le serveur leur apportait les cafés fumants qu’ils avaient commandés. Voilà deux mois qu’il fréquentait Alann, et c’était toujours lui qui faisait le premier pas. Mais il était prêt à tout pour l’avoir à lui, entièrement, ne serait-ce que pour quelques heures. Et il était sûr que ce premier vrai rendez-vous ne serait que le début d’une longue liste.
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Présent
Syrielle referma la porte comme si de rien n’était. Elle ne savait pas encore ce qu’elle ressentait, et c’est dans un état comateux qu’elle regagna son bureau, à l’autre bout du couloir. Elle déposa sur son bureau de verre le nouveau contrat qui venait d’être accepté par leur entreprise et dont elle devait s’occuper en collaboration avec Alann et prit ensuite place dans son fauteuil. Elle alluma son ordinateur et fixa l’écran sans le voir. Ils ne l’avaient pas vue, c’était déjà ça. Mais elle, elle avait vu. Et elle ne comprenait pas.
C’était la première fois. La toute première fois. Jamais Alann n’avait affiché une telle expression sur son visage quand il était avec elle. Elle aurait pu se vexer de le voir avec le fils Anderson, car jamais il ne lui avait dit qu’il entretenait une relation avec lui. Mais non. Ce qui l’avait marquée, profondément, c’était son visage. Il exprimait du plaisir, mais pas seulement. Elle n’aurait su dire quoi, mais c’était quelque chose de fort, de différent. Elle se mordit les lèvres. Puis sourit.
Elle créa un nouveau dossier sur son ordinateur et commença à travailler. Elle savait quelles étaient les envies de leurs nouveaux clients, elle pouvait donc prendre de l’avance. Elle commença par choisir la dépourvu lorsque viendra le temps de passer les commandes. Elle dut mettre tout cela de côté lorsque l’on frappa à sa porte. Quand son visiteur entra dans la pièce, en prenant bien soin de refermer derrière lui, Syrielle s’enfonça dans son fauteuil et lui demanda, sans fioriture :
« Qu’est-ce que tu veux Colin ? »
Le maçon dont s’était rapprochée Syrielle ces derniers temps prit une mine coupable et s’avança vers le bureau. Toujours debout, il dit, en la regardant droit dans les yeux :
« Je suis venu pour m’excuser… De ce que je t’ai dit l’autre soir.
- Que je n’étais qu’une sale putain qui se tapait tous les mecs qu’elle voyait passer ? »
Colin ne répondit, il n’y avait pas à le faire. Syrielle soupira, pensant faire évacuer la colère. Colin fit le tour du bureau et vint s’accroupir devant elle.
« Je suis vraiment désolé. Je ne pensais pas ce que je t’ai dit. J’étais en colère. Je… suis un imbécile.
- Ça, tu peux le dire. »
Trois jours plus tôt, alors qu’ils dinaient au restaurant, Colin avait demandé à Syrielle si elle voulait bien s’installer avec lui. Avec cette demande, Colin lui demandait aussi de renoncer au train de vie qu’elle menait, à toutes ces aventures auxquelles elle se consacrait… Il voulait lui donner une vie stable. Quoi de mal à ça ? Sauf que Syrielle n’en avait pas voulu. Et cela n’avait pas plu à Colin, qui, sans élever la voix, l’avait insultée, et était parti du restaurant. Depuis, ils ne s’étaient pas revus.
« Je sais que j’ai vraiment été con, mais je regrette tout ce que je t’ai dit… Et si tu voulais bien me laisser une chance, je… Je me rattraperai, je te le promets. »
À le voir si désolé, Syrielle en eut un pincement au cœur. Elle avait l’impression de céder trop facilement, mais une part d’elle-même lui disait que dans l’histoire, elle n’avait pas été très juste non plus. Ce n’était pas la prenière fois qu’elle y songeait, mais, après tout, il était peut-être temps qu’elle se fixe quelque part, avec quelqu’un…
« D’accord. Je veux bien réessayer. »
Colin leva les yeux vers elle, des yeux pleins de joie… et d’espérance. Ce qui rebuta Syrielle :
« Mais… je ne peux rien te promettre. Je ferai des efforts, mais pour le moment il n’est pas question d’emménager ensemble. Tu peux accepter ça ?
- Si tu y réfléchis, si tu y penses sérieusement, ce sera déjà un bon début. »
Syrielle voyait bien que son amant n’était pas tout à fait convaincu, mais le baiser qu’il lui donna ensuite lui fit comprendre que pour l’instant, il se contenterait de cela. Pour l’instant.
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Vingt-deux heures quarante. Et il n’était pas là où il devait être. Cela, à coup sûr, allait lui coûter cher. Mais il devait tenter le tout pour le tout. Il délaissa le vent glacial pour entrer dans un bar qu’il ne connaissait que trop bien pour en avoir été un client fidèle. Les gens y entraient et en sortaient en masse, dans un va-et-vient incessant, et le bar ne désemplissait pas. La tête enfoncée dans les épaules, le regard fuyant, espérant que personne ne le reconnaisse, il avança vers le barman qui, avec des gestes habiles et rapides, servaient les clients amassés face à lui. Il prit la place que venait de quitter un client, et attendit que le barman vienne vers lui pour lui demander, de sa voix qui parvenait difficilement à s’élever du brouhaha :
« Serait-il possible de parler à Lyle ? »
Le barman acquiesça et appela une serveuse qui passait devant le bar avec son plateau afin qu’elle conduise leur client vers leur patron. La serveuse – blonde un peu trop pulpeuse pour que cela soit tout à fait naturel – entraîna le jeune homme dans un couloir peu fréquenté, et alla toquer à une porte en bois, vierge de toute indication. Alors qu’elle attendait que son patron lui réponde, elle eut tout le loisir d’observer le visiteur qui, bien qu’ayant une piètre apparence, n’en restait pas moins séduisant. Il ne devait pas avoir vingt-cinq ans, devait bien faire un mètre soixante-dix, et quelques kilos de plus ne lui aurait pas fait de mal. Mais emmitouflé dans son manteau, avec ses cheveux noirs mi-longs emmêlés et ses yeux marron rougis ajoutés à un teint pâle, il paraissait fatigué, voire malade. La serveuse, soudain mal à l’aise, refrappa à la porte. On entendit quelqu’un grommeler dans la pièce, puis un pas rapide, avant que la porte ne s’ouvre sur un homme noir, gigantesque, qui, une cigarette à la bouche, dit avec virulence à son employée :
« Tu ne sais vraiment pas ce que ça veut dire que « Ne venez pas me déranger, j’ai du boulot » ? »
La serveuse le regarda puis désigna le visiteur :
« Vous avez de la visite, Lyle… »
Et elle repartit en haussant les épaules. Son patron aurait pu la réprimander, mais son regard était fixé sur le jeune homme en face de lui, comme s’il avait d’abord eu du mal à le reconnaître. Sans rien dire, il le fit entrer dans son bureau, une simple pièce meublée d’un bureau, et d’étagères sur lesquelles reposaient de nombreux dossiers, le tout dans un ordre impeccable. Lyle fit signe au jeune homme de s’asseoir et lui dit, tout en prenant appui sur son bureau :
« Tu sais ce qu’il va m’arriver si jamais on te voit ici ? Et ce qu’il va t’arriver, à toi ?
- Je ne reste pas. Je cherche Diran. »
Lyle haussa un sourcil :
« Pourquoi ? Je croyais que c’é…
- Je cherche Diran, » répéta le visiteur avec un peu plus de fermeté.
Lyle secoua la tête :
« Il n’est pas venu ici depuis des mois.
- Tu ne sais pas où je pourrai le trouver ?
- Non. Je n’ai vraiment aucune nouvelle.
- Tu n’as aucune nouvelle ou tu ne veux tout simplement rien me dire ?»
Lyle se redressa :
« Tu vois… personne ne savait ce que tu étais devenu. Et puis un jour, tu es revenu, tu as débarqué avec le pire de tous les connards qui puissent exister. Tu as failli mettre Diran dans la merde, tu as failli me mettre dans la merde… Alors même si j’avais des nouvelles de lui, je suis pas sûr que je te dirais quoique ce soit… »
L’autre jeune homme se leva, manqua de trébucher, et dit, avant de partir :
« S’il te plaît, si tu le vois, dis-lui que je le cherche. »
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Plus d'un mois sans chapitre, là, j'ai fait fort... J'espère que vous m'excuserez
(enfin, si une âme charitable et courageuse passe encore par ici...), mais les temps sont durs (et pas que pour moi, je le conçois bien^^).
Je ne pense pas pouvoir poster de nouveau chapitre avant fin décembre (pour les fêtes !^^), mais j'espère néanmoins avoir un avis sur ce chapitre pour savoir si cela vaut la peine que je continue à poster cette histoire ici.
Bon courage à ceux qui passent des examens.
Merci et bisous à tous !
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