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faut pas avoir le vertige....

Dimanche 15 novembre 2009

Chapitre 5

Présent

Vue splendide sur la ville et l’océan. Que demander de plus ? De nouveaux meubles ? Il les avait eus. Une secrétaire ? Il s’était toujours très bien débrouillé seul. Non, vraiment, Alann n’avait aucune raison de se plaindre. En gagnant le pari qui l’opposait à son père, il avait atteint le niveau qu’il s’était fixé. Et la paye qui allait avec. Pourtant, depuis trois mois qu’il avait emménagé dans l’un des plus grands bureaux du bâtiment, quelque chose le dérangeait. Certes, il était très fier de lui pour avoir gagné son pari, et pour avoir mené à terme le contrat avec les Anderson, mais il avait du mal à s’en contenter. Même les contrats à venir ne l’enchantaient guère… Il ressentait un manque qu’il n’arrivait pas à définir, comme lorsque vous avez envie de faire quelque chose - que vous devez faire quelque chose -  sans savoir quoi, et que cette boule dans votre gorge commence à se former, accompagnée d’un étrange mal de tête, le tout ayant pour seule conséquence de vous énerver…

Alann soupira. Finalement, le trafic fluide des automobilistes et la vaste étendue bleue face à lui ne l’intéressaient plus. Il s’assit à son bureau et alluma son ordinateur. Sur sa gauche, derrière les stores vénitiens toujours clos, il pouvait facilement imaginer ses collègues bavarder, courir d’un bureau à l’autre, ou occupés à remplir ou à chercher des dossiers… Une effervescence à laquelle il ne participait pas, démotivé. À bien y réfléchir, il n’était motivé pour rien ces derniers temps : il travaillait parce qu’il le fallait, faisait ses courses machinalement, et n’était plus sorti « pour s’amuser » depuis longtemps… Depuis un mois et demi.

« Depuis qu’il est parti… »

Alann tapa avec rage sur son clavier pour entrer son mot de passe. Pourquoi pensait-il à cet homme ? Cet homme avec qui il avait pris l’habitude de sortir toutes les semaines, naturellement, cet homme qui s’était absenté avec une vague excuse, et qui ne l’avait pas appelé depuis. Un homme parmi d’autres, un de ces amants occasionnels. Sauf qu’Alann ne s’était jamais autant préoccupé de l’un de ses amants. Si ce n’était Syrielle. Mais là encore, sa relation avec Diran était bien différente de celle qu’il entretenait avec sa collègue de travail. Une collègue qu’il voyait de moins en moins ces temps-ci, en-dehors des bureaux. Elle, elle était prise entre son maçon et un autre homme rencontré lors d’une soirée dont Alann n’avait rien retenu. Quant à lui, eh bien… Alann n’avait aucune excuse. Il soupira. Il lui proposerait de sortir dans la semaine. Cela ferait sûrement plaisir à Syrielle en plus de l’étonner, Alann n’étant pas du genre à proposer de sortir.

Son téléphone sonna – un appel provenant de l’accueil de l’entreprise.

« Monsieur Menson, fit une voix féminine, tendue. Un homme est en train de monter à votre bureau, j’ai essayé de l’arrêter car il n’avait pas rendez-vous, mais il ne m’a pas écouté alors j’ai appelé la sécurité. Je… »

Mais Alann, immobile, n’écoutait plus. Diran, un grand sourire aux lèvres, venait d’entrer dans son bureau, et refermait la porte en silence, tout en s’assurant que personne ne le regardait.

« Vous pouvez rappeler la sécurité. Tout va bien, dit Alann dans le combiné.

- D’accord, Monsieur, » répondit la standardiste, étonnée.

Et il raccrocha. Il se leva de son fauteuil et fit le tour de son bureau alors que Diran s’approchait. Il portait un manteau noir sur un jean brut et un pull blanc, ses cheveux étaient attachés en une queue de cheval et il tenait dans sa main gantée un chèque qu’il tendit à Alann. Ce dernier le fixa avec dédain et ne le prit pas.

« Tu aurais pu me l’envoyer…

- Oh je passais par là et je me suis dit que ce serait plus rapide comme ça, répondit Diran comme s’il s’agissait d’une évidence.

- Plus d’un mois après, tu appelles ça rapide, toi ? J’ai déjà amené ma veste chez le teinturier depuis longtemps, tu sais…

- J’ai pas eu le choix, dit Diran en haussant les épaules. Je te l’ai dit, je devais m’absenter pendant un temps.

- Oui, j’ai vu ça. »

Alann avait l’impression que l’homme qui tenait face à lui était… différent. Plus calme, plus posé. Mais ce n’était qu’une impression : Diran sourit et attira Alann à lui en l’agrippant par son polo. Il le frôla de ses lèvres et demanda, en chuchotant :

« Je t’ai manqué ? »

Il se pencha légèrement pour l’embrasser, mais Alann se déroba.

« Je ne dirai pas ça, non. »

Il prit le chèque des mains de Diran et le posa sur son bureau dans son dos. Diran vint se coller à lui, retira gants et manteau, et sans laisser la moindre possibilité à son amant de s’échapper, il posa les mains sur ses joues. Alann en eut des frissons : malgré les gants, le froid n’avait pas épargné les mains de Diran qui étaient glaciales.

« Tu mens mal, » dit ce dernier.

Il l’embrassa tout en faisant glisser ses mains sur les épaules d’Alann, sur son torse, les faufila sous son polo…

« Arrête. Je suis au travail je te rappelle.

- Tu n’en as pas envie ?

- Non…

- Tu mens décidemment très mal… Moi, en tout cas, j’en ai très envie. »

La colère qu’Alann essayait de masquer sous un air neutre fondit comme neige au soleil, effacée par les mains de Diran sur sa peau sensible. Comment en était-il arrivé là ? Alann se retrouvait dans un état de dépendance qui ne lui plaisait pas. Mais il allait en profiter, encore une fois, parce qu’il était comme ça : profiter de ce qu’on lui donne, là, tout de suite. D’un geste plein de force, habile, il renversa Diran sur son bureau, faisant voltiger toutes ses affaires. Son amant se mit à rire, avant qu’Alann ne le fasse taire.

Car rien ne dure éternellement.

ooOOoo

Deux mois plus tôt

« Je ne sais pas encore… Je ne suis pas sûr d’avoir des vacances… Non, il ne me fera aucune faveur, c’est pas son genre… Surtout maintenant. »

Le sourire aux lèvres, Alann se frayait un chemin au milieu de la foule qui lui donnait l’impression d’avancer au milieu d’un troupeau, dont tous les animaux allaient dans la même direction… Une direction autre que la sienne. Il essayait de ne pas y faire attention, trop occupé à tenir une conversation cohérente au téléphone. Il entra dans le tabac-presse qui faisait le coin de la rue où se trouvait son bureau, et baissa la voix :

« Oui, j’essayerai quand même de venir te voir. Mais pour une fois, Clara, tu pourrais te déplacer.

- Non, je déteste cette ville. Et puis dans trois semaines, je te rappelle que je ne pourrai plus aller nulle part… »

Alann se mordit les lèvres, et se traita de sombre crétin avant de répondre :

« Alors je ferai ce que je peux pour venir te voir avant. Promis. »

Alann prit des mots croisés, choisis au hasard sur le présentoir, et se dirigea vers la caisse où attendaient déjà quatre personnes. Une femme, assez âgée, cherchait sa petite monnaie pour faire l’appoint, pensant ainsi faire plaisir à la caissière, mais ne causant que l’impatience des autres clients.

« Il ne te cherche pas trop au moins ? Je sais comment il peut être…

- Non, il me laisse plutôt tranquille en ce moment. Et je ne fais pas attention à lui non plus. Je suis plus occupé à chercher un nouveau logement.

- Tu quittes ton appartement miteux ?

- Arrête, tu parles comme Syrielle.

- Et alors ? Il était grand temps que tu déménages : tes voisins sont insupportables, ton immeuble n’est pas situé dans le meilleur quartier de la ville, et ton appartement est trop petit.

- Mais assez grand pour une personne.

- … »

La queue avança enfin, et deux minutes plus tard, Alann payait et sortait du tabac-presse, mots croisés en mains. Il prit la direction du café L’Hirondelle, situé à trois cents mètres de là et s’arrêta devant l’entrée pour continuer sa conversation :

« Je n’ai pas besoin non plus d’avoir une villa ! Une maison avec deux chambres, salon-salle à manger, cuisine séparée, un petit peu de verdure…

- Monsieur est quand même exigent ! Une maison, rien que ça ! Un appartement ne t’aurait pas suffi ?

- Je veux m’éloigner le plus possible du centre-ville. Il y a des maisons plutôt pas mal en périphérie.

- Oui, mais ça va aussi t’éloigner de ton boulot.

- J’ai prévu d’acheter une voiture. »

Clara se mit à rire à l’autre bout du fil, ce qui vexa Alann :

« Je peux savoir ce qui te fait rire ?

- Toi ? Tu vas te remettre au volant ? Tu n’as pas conduit depuis quoi… deux ans ?

- Et alors ?

- Et alors ? répéta Clara à moitié hilare. Alors tu dois reprendre des leçons de conduite, même si tu as le permis ! Ou alors, investi dans un vélo ou dans une carte de bus !

- Non. Je reprendrai des leçons. Là, contente ?

- Si toi tu te sens capable de reprendre le volant… Oui. »

Alann resserra son manteau et soupira. Voilà deux ans qu’il n’avait pas conduit, traumatisé par un accident qui avait failli lui coûter la vie, à lui et aux deux personnes qui l’accompagnaient. Au début, il avait essayé de reprendre, pour ne pas laisser la place à la peur de s’installer. Mais il avait voulu aller trop vite : les tremblements, la sueur, les étourdissements, le souffle haché…il était passé par tout les symptômes, et ce, à chaque fois qu’il avait eu le volant entre les mains. Puis, il avait laissé tomber, ignorant ses amis et sa famille qui le poussaient à reprendre progressivement, quitte à s’aider d’un moniteur d’auto-école, ou d’un psychologue. Mais Alann ayant déjà trop côtoyé ce dernier, il avait refusé, disant qu’il pouvait très bien s’en sortir sans. Seul. Bien mal lui en prit.

« De toute façon, je n’ai pas le choix. Je ne veux plus dépendre de personne, et les transports en commun me sortent par les yeux. Ne t’inquiète pas, je ne foncerai pas tête baissée. »

Alann regarda l’heure. Ne pas être ponctuel ne le dérangeait pas, mais avoir dix minutes de retard n’était pas non plus ce qu’il appréciait vraiment. Même si lui était déjà en retard à la base. Il regarda à l’autre bout de la rue, espérant voir arriver son rendez-vous, puis décida finalement de mettre fin à sa conversation pour entrer dans le bar :

« Je vais te laisser. Fais attention à toi.

- Promis. Et appelle-moi pour me dire quand tu veux passer. Même si c’est dans deux mois. Tu me manques tu sais…

- Je ferai tout ce que je peux pour vite venir te voir. Dès que j’ai réservé le train, je t’appelle.

- T’as intérêt !

- Oui. À bientôt, Clara. »

Il raccrocha et se frictionna les mains avant de se retourner. Là, il sursauta. Presque collé à lui, Diran, qui ne semblait pas souffrir du froid dans son léger manteau, le regarda de sous ses mèches noires. Un regard sombre, qui démentait le ton doucereux de sa voix :

« J’espère que tu n’attends pas depuis longtemps ?

- N… Non.

- On entre ? »

Sans attendre de réponse, Diran entra dans le café et se dirigea vers une table qui lui semblait le plus à l’écart de l’agitation ambiante. Il était énervé, et tentait tant bien que mal de le cacher à Alann. Ce dernier n’aurait pas pu comprendre, il ne partageait pas les mêmes idées que Diran en ce qui concernait les relations, amoureuses ou tout simplement sexuelles. Diran, qui avait assisté à la fin de la conversation d’Alann, savait au moins une chose : il détestait déjà cette Clara. De toute façon, il détestait toute personne avec qui Alann avait une relation un peu trop personnelle. Il n’était pas amoureux, ça non, mais il aimait que ses amants lui vouent une relation exclusive. Comme lui ne tolérait pas d’avoir plusieurs amants à la fois.

Ils s’installèrent en silence et commandèrent chacun un café. Alors que le serveur repartait, Diran aperçut les mots croisés d’Alann et sourit. Il montra le livret d’un signe de tête et dit :

« Alors, on se la joue vieux garçon ?

- Tu dis ça parce que tu n’es pas assez intelligent pour remplir une grille ?

- On ne va quand même pas entamer ce rendez-vous en se disputant ?

- Ce n’est pas un rendez-vous.

- C’est quoi alors ? demanda Diran, ahuri.

- Tu voulais qu’on se retrouve ici, j’ai accepté, point.

- Eh bien je suis ravi de t’apprendre que c’est ça un rendez-vous.

- Si tu veux… »

Diran soupira alors que le serveur leur apportait les cafés fumants qu’ils avaient commandés. Voilà deux mois qu’il fréquentait Alann, et c’était toujours lui qui faisait le premier pas. Mais il était prêt à tout pour l’avoir à lui, entièrement, ne serait-ce que pour quelques heures. Et il était sûr que ce premier vrai rendez-vous ne serait que le début d’une longue liste.

ooOOoo

Présent

Syrielle referma la porte comme si de rien n’était. Elle ne savait pas encore ce qu’elle ressentait, et c’est dans un état comateux qu’elle regagna son bureau, à l’autre bout du couloir. Elle déposa sur son bureau de verre le nouveau contrat qui venait d’être accepté par leur entreprise et dont elle devait s’occuper en collaboration avec Alann et prit ensuite place dans son fauteuil. Elle alluma son ordinateur et fixa l’écran sans le voir. Ils ne l’avaient pas vue, c’était déjà ça. Mais elle, elle avait vu. Et elle ne comprenait pas.

C’était la première fois. La toute première fois. Jamais Alann n’avait affiché une telle expression sur son visage quand il était avec elle. Elle aurait pu se vexer de le voir avec le fils Anderson, car jamais il ne lui avait dit qu’il entretenait une relation avec lui. Mais non. Ce qui l’avait marquée, profondément, c’était son visage. Il exprimait du plaisir, mais pas seulement. Elle n’aurait su dire quoi, mais c’était quelque chose de fort, de différent. Elle se mordit les lèvres. Puis sourit.

Elle créa un nouveau dossier sur son ordinateur et commença à travailler. Elle savait quelles étaient les envies de leurs nouveaux clients, elle pouvait donc prendre de l’avance. Elle commença par choisir la dépourvu lorsque viendra le temps de passer les commandes. Elle dut mettre tout cela de côté lorsque l’on frappa à sa porte. Quand son visiteur entra dans la pièce, en prenant bien soin de refermer derrière lui, Syrielle s’enfonça dans son fauteuil et lui demanda, sans fioriture :

« Qu’est-ce que tu veux Colin ? »

Le maçon dont s’était rapprochée Syrielle ces derniers temps prit une mine coupable et s’avança vers le bureau. Toujours debout, il dit, en la regardant droit dans les yeux :

« Je suis venu pour m’excuser… De ce que je t’ai dit l’autre soir.

- Que je n’étais qu’une sale putain qui se tapait tous les mecs qu’elle voyait passer ? »

Colin ne répondit, il n’y avait pas à le faire. Syrielle soupira, pensant faire évacuer la colère. Colin fit le tour du bureau et vint s’accroupir devant elle.

« Je suis vraiment  désolé. Je ne pensais pas ce que je t’ai dit. J’étais en colère. Je… suis un imbécile.

- Ça, tu peux le dire. »

Trois jours plus tôt, alors qu’ils dinaient au restaurant, Colin avait demandé à Syrielle si elle voulait bien s’installer avec lui. Avec cette demande, Colin lui demandait aussi de renoncer au train de vie qu’elle menait, à toutes ces aventures auxquelles elle se consacrait… Il voulait lui donner une vie stable. Quoi de mal à ça ? Sauf que Syrielle n’en avait pas voulu. Et cela n’avait pas plu à Colin, qui, sans élever la voix, l’avait insultée, et était parti du restaurant. Depuis, ils ne s’étaient pas revus.

« Je sais que j’ai vraiment été con, mais je regrette tout ce que je t’ai dit… Et si tu voulais bien me laisser une chance, je… Je me rattraperai, je te le promets. »

À le voir si désolé, Syrielle en eut un pincement au cœur. Elle avait l’impression de céder trop facilement, mais une part d’elle-même lui disait que dans l’histoire, elle n’avait pas été très juste non plus.  Ce n’était pas la prenière fois qu’elle y songeait, mais, après tout, il était peut-être temps qu’elle se fixe quelque part, avec quelqu’un…

« D’accord. Je veux bien réessayer. »

Colin leva les yeux vers elle, des yeux pleins de joie… et d’espérance. Ce qui rebuta Syrielle :

« Mais… je ne peux rien te promettre. Je ferai des efforts, mais pour le moment il n’est pas question d’emménager ensemble. Tu peux accepter ça ?

- Si tu y réfléchis, si tu y penses sérieusement, ce sera déjà un bon début. »

Syrielle voyait bien que son amant n’était pas tout à fait convaincu, mais le baiser qu’il lui donna ensuite lui fit comprendre que pour l’instant, il se contenterait de cela. Pour l’instant.

ooOOoo

Vingt-deux heures quarante. Et il n’était pas là où il devait être. Cela, à coup sûr, allait lui coûter cher. Mais il devait tenter le tout pour le tout. Il délaissa le vent glacial pour entrer dans un bar qu’il ne connaissait que trop bien pour en avoir été un client fidèle. Les gens y entraient et en sortaient en masse, dans un va-et-vient incessant, et le bar ne désemplissait pas. La tête enfoncée dans les épaules, le regard fuyant, espérant que personne ne le reconnaisse, il avança vers le barman qui, avec des gestes habiles et rapides, servaient les clients amassés face à lui. Il prit la place que venait de quitter un client, et attendit que le barman vienne vers lui pour lui demander, de sa voix qui parvenait difficilement à s’élever du brouhaha :

« Serait-il possible de parler à Lyle ? »

Le barman acquiesça et appela une serveuse qui passait devant le bar avec son plateau afin qu’elle conduise leur client vers leur patron. La serveuse – blonde un peu trop pulpeuse pour que cela soit tout à fait naturel – entraîna le jeune homme dans un couloir peu fréquenté, et alla toquer à une porte en bois, vierge de toute indication. Alors qu’elle attendait que son patron lui réponde, elle eut tout le loisir d’observer le visiteur qui, bien qu’ayant une piètre apparence, n’en restait pas moins séduisant. Il ne devait pas avoir vingt-cinq ans, devait bien faire un mètre soixante-dix, et quelques kilos de plus ne lui aurait pas fait de mal. Mais emmitouflé dans son manteau, avec ses cheveux noirs mi-longs emmêlés et ses yeux marron rougis ajoutés à un teint pâle, il paraissait fatigué, voire malade. La serveuse, soudain mal à l’aise, refrappa à la porte. On entendit quelqu’un grommeler dans la pièce, puis un pas rapide, avant que la porte ne s’ouvre sur un homme noir, gigantesque, qui, une cigarette à la bouche, dit avec virulence à son employée :

« Tu ne sais vraiment pas ce que ça veut dire que « Ne venez pas me déranger, j’ai du boulot » ? »

La serveuse le regarda puis désigna le visiteur :

« Vous avez de la visite, Lyle… »

Et elle repartit en haussant les épaules. Son patron aurait pu la réprimander, mais son regard était fixé sur le jeune homme en face de lui, comme s’il avait d’abord eu du mal à le reconnaître. Sans rien dire, il le fit entrer dans son bureau, une simple pièce meublée d’un bureau, et d’étagères sur lesquelles reposaient de nombreux dossiers, le tout dans un ordre impeccable. Lyle fit signe au jeune homme de s’asseoir et lui dit, tout en prenant appui sur son bureau :

« Tu sais ce qu’il va m’arriver si jamais on te voit ici ? Et ce qu’il va t’arriver, à toi ?

- Je ne reste pas. Je cherche Diran. »

Lyle haussa un sourcil :

« Pourquoi ? Je croyais que c’é…

- Je cherche Diran, » répéta le visiteur avec un peu plus de fermeté.

Lyle secoua la tête :

« Il n’est pas venu ici depuis des mois.

- Tu ne sais pas où je pourrai le trouver ?

- Non. Je n’ai vraiment aucune nouvelle.

- Tu n’as aucune nouvelle ou tu ne veux tout simplement rien me dire ?»

Lyle se redressa :

« Tu vois… personne ne savait ce que tu étais devenu. Et puis un jour, tu es revenu, tu as débarqué avec le pire de tous les connards qui puissent exister. Tu as failli mettre Diran dans la merde, tu as failli me mettre dans la merde… Alors même si j’avais des nouvelles de lui, je suis pas sûr que je te dirais quoique ce soit… »

L’autre jeune homme se leva, manqua de trébucher, et dit, avant de partir :

« S’il te plaît, si tu le vois, dis-lui que je le cherche. »

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Plus d'un mois sans chapitre, là, j'ai fait fort... J'espère que vous m'excuserez (enfin, si une âme charitable et courageuse passe encore par ici...), mais les temps sont durs (et pas que pour moi, je le conçois bien^^).

Je ne pense pas pouvoir poster de nouveau chapitre avant fin décembre (pour les fêtes !^^), mais j'espère néanmoins avoir un avis sur ce chapitre pour savoir si cela vaut la peine que je continue à poster cette histoire ici.

Bon courage à ceux qui passent des examens.

Merci et bisous à tous !

Par Naishou - Publié dans : Mensonges
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Jeudi 8 octobre 2009



Chapitre 6

Mizu repensa toute la journée à ce qui était arrivé au tribunal, au fait qu’elle ait manqué de peu de pouvoir parler à l’Ombre, cet homme qui devait l’aider selon ce que lui avaient dit les Voix. Mais ayant échoué à le rattraper, elle ne pouvait désormais compter que sur elle-même. Raison pour laquelle elle attendait, depuis plus d’une heure, qu’on daigne la faire entrer dans le bureau des Juristes. Elle aurait pu se servir de son titre pour accélérer les choses, mais elle n’en avait pas le droit : personne ne devait savoir qu’elle était ici. Du moins pour l’instant. Elle jeta un coup d’œil vers le bout du couloir où Mel devait l’attendre. Son garde du corps avait été plus que claire : elle était contre l’idée de sa Reine. C’était contraire à toutes les règles qu’elles avaient respectées jusqu’à aujourd’hui pour protéger Mizu lorsqu’elle sortait. Mais Mizu pensait qu’elle n’avait pas d’autre choix.

Les portes s’ouvrirent sans crier gare, laissant la place à un soldat en livrée bleu et blanche qui sembla hésiter en la voyant. Finalement, il la salua en se pencha légèrement en avant et l’invita à entrer. Cette attitude si respectueuse mit la puce à l’oreille de Mizu qui entra dans le bureau privé du Juriste le plus influent de la ville et qui avait participé à la condamnation du pauvre Ghen. Le Juriste Parnis se leva de son fauteuil et fit le tour de son bureau. Il portait toujours sa longue robe, mais ouverte sur un pantalon et un haut noirs. Il salua Mizu en se penchant bien bas, alors Mizu n’eut plus aucun doute et rabattit sa capuche pour qu’il puisse voir son visage :

« Majesté, c’est un plaisir de vous voir ici… Mais aussi une grande surprise.

- Vous ne me paraissez pas si surpris. Comment m’avez-vous reconnue ?

- Lorsque vous vous êtes empressée de sortir du tribunal. J’ai pu voir votre visage. Une coïncidence. »

Mizu n’y croyait pas, mais elle n’était pas là pour s’attarder sur le sujet. Essayer d’extirper la vérité de la bouche du Juriste n’avancerait en rien son affaire. Mais elle se promettait de s’en occuper plus tard... Elle dépassa le Juriste et alla s’asseoir sur le fauteuil devant le bureau. Parnis haussa un sourcil grisonnant et sourit, en partie amusé. Il fit le tour du bureau et prit place face à sa Reine :

« Que puis-je pour vous, Majesté ? »

Mizu alla droit au but :

« Je veux que vous reveniez sur votre sentence concernant le marchand Ghen. Ce pauvre homme accusé à tort de meurtre.

- Un double meurtre pour être précis.

- Un double meurtre pour lequel vous n’avez aucune preuve accusant cet homme.

- Et vous, avez-vous une preuve de son innocence ? En ce qui concerne cette affaire, le motif de la vengeance est amplement suffisant pour accuser le marchand Ghen. Cet homme a assassiné les deux agresseurs de sa fille. Majesté, vous n’avez tout de même pas adhéré aux croyances du peuple ? Ou bien allez-vous vous aussi vous ranger du côté de ces gens qui accusent une légende pour tenter de défendre le marchand Ghen ? »

Mizu ne répondit pas, et le ton moqueur du Juriste lui fit enfin voir toute l’ampleur du ridicule de sa présence ici. Elle comprit aussi ce qu’avait voulu lui dire Keith. Dans sa position, croire à une légende comme l’Ombre était puéril, déplacé. Quelle image Mizu donnait-elle en tant que Reine ? Allait-on la croire folle ? Son statut allait s’en voir dénigré et plus personne ne la prendrait au sérieux, comme le Juriste Parnis en ce moment-même. Pourtant, elle savait qu’elle avait raison. Mais elle devait reprendre la situation en mains, montrer qu’elle avait toute sa tête et qu’elle n’avait pas l’intention de se laisser faire par un homme qui lui devait le respect dû à son rang.

« Vous vous trompez… murmura-t-elle.

- Je vous demande pardon, votre Majesté ?

- Vous vous trompez. Ils n’accusent pas une légende. Ils n’accusent personne en réalité, si ce n’est le système judiciaire lui-même. Vous avez accusé le marchand Ghen parce que c’était le seul coupable potentiel à vos yeux. Mais vous n’avez aucune preuve. Vous allez mettre à mort un innocent pour… l’exemple. Et pour faire taire le peuple, pour que tous arrêtent de croire en l’Ombre. Ce que vous désirez avec ce procès, c’est détruire une figure potentiellement dangereuse pour vous et le pouvoir en place.

- Mais vous êtes ce pouvoir. Et vous vous devez de montrer l’exemple. Le peuple n’a pas besoin de croire en de telles inepties ! Il a besoin de croire en du concret, en vous et moi ! »

Mizu se leva.

« Non. Vous faites erreur. Il a besoin de croire en un sauveur, en quelqu’un qui le comprendra, qui aura la force de le protéger et de l’aider en toute situation. Et cette personne, ce n’est ni vous ni moi.»

Elle lui tourna le dos et sortit, ne l’écoutant plus. Elle laissa les larmes glisser sur ses joues pâles. Elle n’avait pas réussi à sauver le pauvre marchand.

ooOOoo

Il savait qu’il ne trouverait pas mieux qu’ici. Entre ces murs de pierres qui abritaient le pire de l’espèce humaine. Et il ne pouvait s’empêcher de trembler, lui qui était pourtant un homme au mental et à la poigne de fer. Il rajusta sa cape, pour s’assurer qu’on ne le reconnaitrait pas. Seul le gardien en chef de la prison savait que cet homme influent se trouvait dans son bâtiment, et malgré le danger auquel s’exposait le visiteur, il avait refusé d’être accompagné par les gardiens, afin d’assurer son anonymat. Il se déplaçait devant les cellules, ces lourdes portes blindées qui abritaient les pleurs, les cris, les insultes… Et qui le protégeaient, lui.

Il brandit sa torche devant lui, éclairant une porte en fer agrémentée de barreaux épais et de trois lourdes serrures. Difficile d’y entrer. Et encore plus d’en sortir. Seule une petite lucarne, elle-même possédant une porte en fer, permettait de voir à l’intérieur. Il l’ouvrit, et essaya de distinguer une forme humaine à travers l’obscurité. Le bruit de chaînes qu’on secoue lui parvint, ainsi qu’un rire. Léger. Dément.

« Un visiteur… Cela me va droit au cœur ! »

Le visiteur entendit les chaînes remuer. Bien que certain que le prisonnier était solidement attaché, il ne put s’empêcher de reculer. Il avait l’impression que le visage de l’assassin était face lui, juste devant l’ouverture par laquelle il pouvait voir l’intérieur de la cellule. Le visiteur perçut un reniflement, comme si l’autre… homme, humait l’air.

« Quelle délicieuse odeur… Vous embaumez la peur. »

Il partit d’un grand rire, un rire horrible, rauque, tout en agitant ses chaînes qui donnèrent l’impression au visiteur d’avoir affaire à un démon tout droit sorti de l’enfer. Et il n’était pas loin de la vérité.

« J’ai un marché à vous proposer.

- Oh… Voler ? Tuer ?

- Tuer. »

Le rire du prisonnier retentit de plus belle, alimenté d’une joie perverse. Il applaudit et son futur employeur était persuadé qu’il s’était levé pour être au plus près de la porte, tirant au maximum sur ses chaînes. Chaînes qui avaient été ensorcelées afin de ne jamais se briser. Mais rien n’était sûr, même dans le monde de la magie.

« Je vous ferai sortir d’ici. Je vous rendrai votre liberté.

- Superbe marché ! »

Son rire ne semblait pas s’arrêter.

« Qui dois-je tuer ? » fit le prisonnier, jubilant.

Le Juge sourit enfin. Il prenait énormément de risques à agir ainsi. L’arme qu’il comptait utiliser pouvait s’avérer à double tranchant. Mais pour parvenir à ses fins, il était prêt à tout.

ooOOoo

Keith était assis derrière son bureau et, chose rare, il était tout à fait absorbé par les comptes-rendus que venait de lui apporter un messager venu de la frontière. Les nouvelles n’étaient ni bonnes ni mauvaises, car rien ne bougeait, ce qui pouvait être rassurant… comme inquiétant. Keith leva les yeux vers la grande carte accrochée au mur, sur laquelle reposaient plusieurs drapeaux verts, mais un seul de couleur rouge. Bien plus au nord se trouvait un territoire dont le régent, il y avait bien longtemps, avait ouvert les hostilités en tentant  de faire assassiner le père de Keith. Mais leur ennemi avait réussi à s’en sortir, et par-là même à éviter une guerre qui lui aurait été fatale, car l’homme qui avait été arrêté pour tentative d’assassinat avait avoué avoir agi de sa propre initiative, parce qu’il était en désaccord avec le pouvoir en place. Et le père de Keith n’avait pu utiliser les informations recueillies par ses espions contre son ennemi pour le faire accuser. Cela n’était donc pas allé plus loin. Lorsque, quatre ans plus tôt, le père de Keith était décédé, il avait mis son fils en garde : si son ennemi leur vouait une haine mortelle, ce n’était rien par rapport à son héritier. Jill Herl était loin d’être pacifiste. Et sa haine était peut-être plus forte que celle de son père envers la famille de Keith. Ce dernier attendait donc que Jill, au pouvoir depuis six mois, lance les offensives.

Mais rien.

Jill Herl, était connu pour ses crises de nerfs, dérivant souvent vers la folie : il en venait aux mains, et à ce qu’on disait, il avait déjà tué dix de ses serviteurs et deux de ses généraux car il avait été insatisfait de leur travail. Alors, savoir qu’il détestait Keith et rêvait de s’emparer de son trône, et que malgré tout cela, il n’avait encore rien tenté, était plus qu’inquiétant.

Keith se frotta le front, puis soupira avant de claquer les doigts. Quelques secondes plus tard, un verre en cristal vint se poser près de ses dossiers. Keith se désaltéra et rangea ses comptes-rendus. Ce fut le moment que choisit Mizu pour entrer dans le bureau, sans se faite annoncer, comme à son habitude. Une habitude qui agaçait son époux au plus haut point.

Elle portait une robe verte dont le corsage tout en dentelle était couvert d’un châle en laine noire. Ses cheveux d’ébène étaient ramenés en un chignon bas qui laissait s’échapper quelques mèches sur sa nuque blanche. Mizu croisa les bras sur sa poitrine tout en serrant le châle autour de ses épaules et dit, avec une certaine lassitude :

« Tu as demandé à me voir ? »

Keith ne lui répondit pas mais l’observa plus attentivement. Oui, elle était belle, intelligente et avait tout de suite plu au peuple qui l’avait accueillie avec joie comme reine. L’épouser n’avait été qu’un choix stratégique. Un bon choix que Keith ne regrettait qu’à moitié. Elle était très investie dans son rôle de reine, et était très proche du peuple. Mais cette fois, elle était allée trop loin.

« On est revenu me rapporter qu’hier, tu t’es rendue en ville. Je me moque de tes sorties, tu es assez intelligente et prudente pour ne pas avoir besoin d’escorte, et je sais qu’il ne servirait  rien d’essayer de t’empêcher de sortir du palais. Mais dis-moi, qu’est-ce qui t’a pris d’aller voir les Juristes ? Je croyais avoir été très clair en ce qui concernait cette histoire avec l’Ombre, non ?

- Je ne veux pas revenir là-dessus, Keith.

- Il le faudra pourtant ! Tu te rends compte de l’image que tu as donnée de toi ? Envers un homme de loi ! Il a du bien rire, oh ça oui… à penser que j’avais épousé une petite crédule !

- Cela n’a rien à voir avec l’Ombre, Keith ! s’emporta Mizu à son tour. Ils ont accusé un innocent, juste pour l’exemple ! Comment peux-tu laisser passer ça ? »

Keith se leva de son fauteuil et tourna le dos à Mizu pour regarder par la fenêtre. En cet instant, elle lui faisait beaucoup penser à une autre personne. Quelqu’un qui menait le même combat qu’elle… Mizu se rapprocha de lui, le fixa un instant, puis posa une main sur son bras :

« Ne peux-tu donc rien faire pour aider ce pauvre homme ?

- Les Juristes ont rendu leur jugement. Aller à leur encontre… Ce serait causer trop de problèmes.

- Mais ce n’est pas impossible.

- Le Conseil est déjà sur mon dos, je n’ai pas envie qu’il en soit de même pour les tribunaux. Et qu’est-ce que je pourrais bien leur dire ? Tu en as toi, des preuves de l’innocence de cet homme ? »

Mizu se mordit les lèvres. Remettre l’Ombre sur le tapis ne l’avancerait en rien. Keith se mettrait en colère, comme toujours, et leur conversation n’irait pas plus loin.

« Non, » murmura-t-elle.

Keith retourna s’asseoir et prit sa tête dans ses mains :

« Désolé, Mizu. Mais je ne peux rien faire. »

Sa femme vint se placer derrière lui et posa ses mains sur ses épaules. Elle reçut alors comme une petite décharge, et le visage de l’Ombre lui revint à l’esprit. Keith se retourna brusquement vers elle :

« Est-ce que ça va ? »

Mizu était très pâle, et son visage était comme figé.

« Ri… rien. La fatigue je pense. Je… vais te laisser… »

Le pas incertain mais pourtant rapide, elle sortit du bureau sous le regard inquiet de Keith. Une fois la porte refermée, elle s’y adossa. Elle ne comprenait décidemment rien à rien. Peut-être que le sauveur qu’elle recherchait n’était pas aussi loin qu’elle l’avait imaginé.

ooOOoo

« On devrait peut-être lui dire la vérité… »

Keith sursauta. Il n’avait pas vu venir Rain, et avait encore moins entendu le passage secret s’ouvrir.

« Tu es fou ? dit Keith.

- Tu serais tranquille au moins. Elle arrêterait de te harceler.

- Ou cela pourrait aussi envenimer les choses. Non, ton anonymat est ta sécurité, il est hors de question qu’on lui dise que tu existes. On serait en plus obligés de lui dire qui tu es vraiment, et ça, c’est impossible. »

Rain regarda Keith, impassible. Il n’avait pas son mot à dire, il le savait, même s’il n’était pas entièrement d’accord avec son Roi. C’est pourquoi il changea de sujet. Il avait pris une décision, et il n’était pas sûr que Keith l’approuve.

« Je suis venu te voir parce que… je vais devoir partir.

- Où ?

- Chez Yann. Je veux lui amener Iwan. Je pense qu’on avancera plus vite ainsi.

- Combien de temps penses-tu être absent ?

- Je ne sais pas, tout dépendra d’Iwan. Mais je serais de retour avant la fête.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je pourrais avoir besoin de toi ici.

- Tu pourras toujours me contacter, je garderai la montre avec moi. Mais tu sais qu’on n’a pas le choix. Emmener Iwan là-bas est la meilleure solution que j’ai trouvée pour qu’il soit prêt à temps. »

Keith n’était pas d’accord et ne se sentait pas rassuré à l’idée que son assassin allait se retrouver à des centaines de kilomètres de lui, dans un endroit inaccessible à ceux qui n’y avaient pas été invités au moins une fois. Mais il se résigna :

« Quand est-ce que vous partez ?

- Demain. Mais j’ai d’abord quelque chose à faire. Et un test à faire passer à Iwan.

- Est-ce que tu vas m’en dire plus ? »

Rain lui sourit difficilement et lui tourna le dos. Même s’il essayait de prouver le contraire, lui non plus n’était pas à l’aise à l’idée de laisser Keith sans protection. Mais il devait partir.

« On se revoit dans moins de trois semaines. Contacte-moi uniquement en cas d’urgence. »

Il repartit par le passage secret et Keith se retrouva seul, dans son grand bureau vide. Il serra les papiers et la plume qu’il tenait dans ses mains. Les jointures de ses mains se mirent à blanchir, puis, soudain, tout se transforma en cendres alors que tout ce qui se trouvait sur son bureau voltigeait à une allure folle autour de lui. Lorsqu’il remarqua ce qu’il se passait, Keith prit une profonde inspiration pour se calmer et tout retomba au sol. Il prit son visage dans ses mains. Il devait se calmer. Après tout, ce n’était pas la fin du monde…

ooOOoo

Ils allaient dans l’obscurité, deux ombres presque semblables : même allure, même vitesse... Iwan épousait les mouvements de son maître et était aussi silencieux que lui, bien qu’éprouvant plus de difficultés. Rain était venu le chercher une heure plus tôt, un sac vide à la main qu’Iwan avait du remplir du peu d’affaires qui lui appartenaient : des vêtements de rechange, de quoi manger, et un carnet qu’il avait demandé à Rain lorsqu’il avait su qu’ils allaient partir pour un assez long voyage à destination d’un refuge à l’écart de toute civilisation. Mais avant de se mettre en route, Rain lui avait dit qu’il avait encore une mission à accomplir, et que son disciple devait l’accompagner. Il ne lui avait rien dit de plus et Iwan se posait beaucoup de questions. Il savait pourtant qu’il ne lui servirait à rien de les poser, et que les réponses viendraient d’elles-mêmes.

Alors qu’ils arrivaient à l’orée de la ville, Rain lui fit signe de s’arrêter. Une pente assez raide descendait vers une forêt, et au-delà de cette étendue d’arbres se trouvait la prison des lamentations, bien gardée par de hautes murailles et une bonne centaine de soldats devant veiller à ce que les prisonniers ne s’évadent pas. Iwan frissonna. Il ne connaissait que trop bien cet endroit et tout ce qui s’y cachait, tout ce qu’on y faisait. Comme torturer des hommes comme lui… Mais il ne devait pas y repenser. Il avait subi tout cela parce qu’il le fallait. Désormais, il était là où il devait être. Il tourna la tête vers Rain.

« Pour devenir plus fort… »

Rain capta son regard et lui désigna la prison du menton.

« Voilà notre destination première. Je suppose que tu ne l’as pas oubliée… »

Iwan ne dit rien, mais Rain n’attendait pas de réponse.

« Nous allons entrer là-dedans afin de sauver un homme. Et j’attends de toi que tu respectes quatre règles : être rapide, silencieux, on ne tue personne, et surtout, on ne montre nos visages à personne. Il ne faudrait pas qu’on puisse te reconnaître…

- Et vous ? Que se passerait-il si quelqu’un vous reconnaissait ?

- Tu ne peux même pas imaginer… » murmura Rain.

Son regard se porta au loin alors que son visage se crispait. Puis il se retourna brusquement vers Iwan :

« Te sens-tu capable de respecter ces règles ?

- Je vais essayer.

- Je ne veux pas que tu essayes. Ce dont j’ai besoin, c’est d’être sûr que je peux compter sur toi. Si ce n’est pas le cas, sache qu’au moindre faux pas, je n’hésiterai pas à me débarrasser de toi. »

Iwan serra les poings. Il sentait la colère monter en lui, mais il devait la freiner. Il serra les dents et répondit :

« Oui. Je respecterai ces règles. »

Rain acquiesça. Il ramena sa capuche sur son visage et arrangea sa besace afin qu’elle ne le gêne pas dans ses mouvements. Pendant ce temps, Iwan, lui, tentait de se détendre. Il ouvrait et fermait plusieurs fois les paumes de ses mains, comme pour s’assurer qu’il avait un contrôle total de son corps, et essayait au mieux de respirer lentement. Il sentit soudain deux mains se poser sur ses joues et il rouvrit les yeux. Rain se tenait devant lui, ses yeux noirs plongés dans les siens, concentré. Ses mains, à défaut d’être tout à fait douces, instillaient une agréable chaleur au corps d’Iwan qui se sentit complètement détendu. Puis, il prit conscience d’autre chose. C’était en lui, mais aussi en Rain. Il pouvait le sentir, presque le toucher. Et cela l’attirait. Il fit un pas en avant, mais Rain recula aussitôt et retira ses mains. Le contact rompu, Iwan reprit ses esprits :

« Qu’est-ce que… c’était ? »

Rain, le dos tourné, hésita avant de répondre :

« Je t’ai juste aidé à te calmer. Par magie. Mais c’est tout ce que je peux faire pour toi. Pour l’instant. »

Iwan fronça les sourcils. Il était sûr d’avoir senti quelque chose d’autre. Quelque chose d’à la fois familier et inconnu. Dangereux. Et attirant. Il fixa le dos de Rain devant lui. Et mettant de côtés ses doutes, ses questions, il le suivit pour cette mission à titre bien plus personnel que ce que Rain laissait entendre…
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Et voilà j'ai enfin eu / pris le temps de finir et poster ce chapitre ! Je sais que les chapitres se font rares en ce moment, mais comme beaucoup, j'ai repris les cours, avec tout cela comporte de travail et de... stress. Ajoutez à cela une perte de motivation (dont les raisons sont nombreuses et variées) et vous obtenez donc un résultat médiocre, que j'ose tout de même vous faire lire XD
J'espère tout de même que vous aurez apprécié un minimum ^^
Je pense malheureusement que je ne vais pas pouvoir avancer plus vite à l'avenir, et ce sera déjà un miracle si j'arrive à poster un (voire deux) chapitre par mois, et je m'en excuse sincèrement....
Néanmoins, j'espère vous "revoir" très bientôt !
Merci à vous d'être passés par ici ! Bises

Par Naishou - Publié dans : L'Ombre
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Dimanche 13 septembre 2009


Lorsque son réveil émit pour la troisième fois les rituels bips stridents censés le pousser à se lever, Alann eut la désagréable sensation que la journée qui commençait n’allait pas être des meilleures. Voilà près de trois semaines qu’il se rendait tous les jours sur le chantier de la maison des Anderson, se levant dès l’aube pour ne revenir dormir qu’en fin de journée, au moment où les équipes se relayaient, restant tout de même assez longtemps pour s’assurer que les directives étaient bien transmises. Mais faire le trajet tous les jours l’épuisait, et il s’en rendait d’autant plus compte aujourd’hui qu’il avait du mal à tenir debout.

Le pas mal assuré, il se dirigea vers sa cuisine où il mit la cafetière en route, puis prit la direction de sa salle de bains pour se regarder dans le miroir. Il avait de belles cernes sous les yeux, ses cheveux auraient mérité un rendez-vous chez le coiffeur, et sa barbe naissante commençait à le démanger. Il balaya tout cela d’un mouvement ample de la main. Cela pouvait bien attendre ! Au moins, Syrielle pourrait s’en donner à cœur joie pour critiquer son style… Si tant est que l’on puisse parler de style…

Alors que sa cafetière le prévenait à l’aide de petits bips que son café était prêt, Alann s’approcha du calendrier suspendu sur la porte de son frigo à l’aide d’aimants argentés. L’information eut du mal à trouver son chemin, mais lorsqu’elle parvint à son but, Alann en oublia son café et fonça dans la salle de bains prendre une douche, en semant son pantalon et son boxer au hasard sur son chemin. L’eau volontairement froide eut l’effet escompté et réveilla parfaitement le jeune architecte. Il sortit de la douche, et, une serviette autour de la taille, il retourna dans sa chambre pour prendre un jean et une chemise blanche, le tout un peu passe-partout, qu’il enfila avec difficulté, trop pressé. Ce qui ne l’arrangea en rien lorsqu’il s’aperçut que sa besace n’était pas à sa place habituelle sur son bureau. Pris de panique, il courut jusqu’au salon. Là, tranquillement assise en train de boire une tasse de café, Syrielle lui fit un grand sourire.

« Tu cherches ça ? » fit-elle en désignant du menton la besace rapiécée posée sur le canapé à côté d’elle.

Alann soupira de soulagement et la remercia d’une bise sur la joue, peu surpris de la trouver là puisqu’elle possédait un double des clés. Alors qu’il enfilait ses chaussures, Syrielle lui prépara une tasse de café tout en lui disant, assez fort pour qu’il l’entende :

« J’étais sûre que tu aurais oublié le rendez-vous avec Anderson… Alors j’ai pris les devants. Ma voiture est garée devant l’entrée. On pourra être au bureau en dix minutes si tu te dépêches ! »

Alann surgit derrière elle pour attraper sa tasse de café, et sans rien dire, il la but d’une traite tout en tapant du pied comme si cela pouvait faire accélérer les choses. Une fois fin prêts, ils descendirent jusqu’à la voiture de Syrielle qui prit place au volant. Ce n’est qu’une fois sur le trajet qu’Alann lui dit enfin, avec beaucoup de tendresse :

« Merci. »

Syrielle pencha la tête à son intention et dit, amusée :

« Que ferais-tu sans moi, je me le demande ! »

Alann sourit. Moins de dix minutes plus tard, ils étaient enfin garés dans le parking réservé au personnel de l’entreprise Mconstructions et montaient dans leurs bureaux par l’ascenseur. Ils prirent ensuite la direction de la salle de réunion et s’installèrent l’un à côté de l’autre à l’une des tables formant un grand U. Ils étaient pile à l’heure et leur directeur ne tarda pas à faire son entrée, accompagné d’Anderson père et fils. Alann se crispa en voyant ce dernier suivre son père. Il n’avait jamais été question de sa présence parmi eux. Depuis l’incident qui avait eu lieu sur le chantier, les deux hommes ne s’étaient plus parlé, et c’était un simple ouvrier qui avait à chaque fois fait la visite à Diran pour lui montrer l’avancée des travaux au jour le jour. Eh bien que deux semaines eurent passé depuis, Alann ressentait toujours de la colère envers cet homme qui se croyait tout permis. Syrielle, à qui il n’avait rien dit, le fixa intensément, comprenant que quelque chose n’allait pas. Pour se calmer et faire bonne figure, Alann respira lentement, comme on le lui avait appris quelques années plus tôt. Il serra tout d’abord la main du père, qui lui dit :

« J’espère que vous ne voyez aucun inconvénient à ce que mon fils soit présent… Mais il je pensais qu’il était indispensable à cette réunion, étant donné qu’il est allé tous les jours sur le chantier à ma place. »

Alann lui fit son plus beau sourire et répondit, par pure politesse :

« Je comprends tout à fait, Monsieur Anderson. »

Diran s’avança à son tour pour lui serrer la main, et c’est avec une certaine forme de dégoût qu’Alann lui tendit la sienne. Contrairement à ce qu’il s’était attendu, leur poignée de mains ne dura que ce qu’il fallut, et il n’y eut aucune chaleur, aucune sensualité dans la voix de Diran lorsqu’il lui dit bonjour. Alann fronça les sourcils. Il aurait dû s’en réjouir, mais cette attitude était si différente de ce qu’il avait connu qu’il ne put qu’en être étonné. Une fois les salutations faites, tous s’installèrent dans la salle de réunion que le directeur ferma pour ne pas attirer d’oreilles indiscrètes. Ils commencèrent immédiatement le briefing, mené en majeur partie par Alann qui exposa l’avancée des travaux, à l’aide de plans et de rapports.

« Il vous reste un peu plus d’un mois avant l’échéance, dit Anderson. Êtes-vous sûr de pouvoir finir ce chantier dans les dates convenues ? »

Alann regarda le requin de la finance droit dans les yeux, cherchant ainsi à lui montrer que de telles petites attaques ne suffiraient pas à le démonter. Il allait lui répondre lorsque Diran prit la parole :

« Père, pour avoir vu le travail fourni par les équipes de Monsieur Menson,  je peux vous assurer que tout sera fini dans les temps. Ils font vraiment un travail extraordinaire, et vous avez bien fait de leur confier ces travaux. Monsieur Menson excelle dans son domaine et nous pouvons lui faire entièrement confiance, à lui et à ses collègues. »

Un tel discours était presque trop élogieux pour être honnête, surtout lorsqu’il sortait de la bouche d’un tel homme. Néanmoins, Alann en resta bouche bée. Si une autre personne que Diran avait dit cela, il l’aurait probablement remercié chaleureusement. Mais il s’agissait de Diran, et bien qu’un tel comportement soit étonnant de sa part, Alann le remercia d’un simple signe de tête. Leur réunion se poursuivit et prit fin une demi-heure plus tard, sans aucun accroc. Le directeur, prétextant un rendez-vous important, fut le premier à partir, laissant le soin à Syrielle et à Alann de raccompagner leurs clients. La jeune femme devança le petit groupe en compagnie d’Anderson avec qui elle discutait de la décoration choisie par sa femme, laissant Alann et Diran seuls, légèrement en arrière. Suite à l’intervention de Diran, Alann, bien que réservé, se sentit plus… docile, ouvert envers l’autre jeune homme. Ils ne dirent pas un mot, mais arrivés dans le hall, tous s’arrêtèrent.

« Nous nous revoyons donc à la fin des travaux, Monsieur Menson, » dit Monsieur Anderson.

Alann acquiesça, et ils échangèrent une poignée de mains. Alors que Syrielle disait au revoir à leur client, Diran serra la main d’Alann et lui dit, après s’être assuré qu’on ne leur prêtait aucune attention :

« Quant à nous, Monsieur Menson, nous nous reverrons très bientôt…»

Alann se crispa sous la poigne devenue caresse de Diran. Finalement, il ne s’était pas trompé sur son compte, et c’est avec grande difficulté qu’il se retint de lui abîmer sa belle gueule d’ange… Une fois les Anderson partis, Syrielle demanda à son collègue :

« Bon, et si tu me disais exactement ce qu’il se passe, hein ? »

ooOOoo

Syrielle haussa les sourcils. Et ce fut tout. Alann venait de lui raconter comment il en était venu à encore plus haïr Diran, et c’était à peine si elle réagissait. Elle croisa les jambes et soupira. Elle se mit à jouer avec l’un des stylos billes de son collègue, songeuse. Assis derrière son bureau de misère, Alann la regardait en espérant qu’elle allait parler, mais elle n’en fit rien et ce fut à lui de dire :

« Tu vois maintenant pourquoi je ne peux plus le supporter ? »

Syrielle fit claquer sa langue dans un pseudo signe d’acquiescement, puis elle dit :

« Dans un sens, on aurait pu facilement le deviner rien qu’à la façon dont il te regarde. Mais je ne comprends pas pourquoi tu as réagi comme ça. D’habitude, tu ne résistes pas à un homme de… cet acabit. Je veux dire, outre son caractère et son attitude de playboy, il est très séduisant et il ne te cache pas son attirance pour toi.

- Il s’amuse, Syrielle.

- Et alors ? Tu ne t’amuses pas avec des partenaires occasionnels toi ? Et ce n’est pas ce que je fais aussi ? Du moment que cela reste un jeu, et que tout le monde en est conscient et l’accepte pleinement, je ne vois pas où est le problème !

- Il n’est pas comme nous… »

Syrielle décroisa les jambes et se pencha par-dessus le bureau pour lui dire :

« Tu aimerais le croire, hein ? »

Elle se mit à rire puis sous le regard médusé d’Alann, elle lui dit :

« Moi, je vais voir mon petit maçon. Sa masse de muscles me manque tout d’un coup… Toi, tu devrais réfléchir un peu, ça ne te ferait pas de mal ! »

Elle se leva de son fauteuil et ouvrit la porte du bureau :

« Tu sais… Je ne l’aime pas. Mais peut-être que je me trompe. »

Elle regarda Alann droit dans les yeux :

« Quoique tu choisisses, fais bien attention. Ce type me donne l’impression de cacher beaucoup de choses. Et je ne veux pas qu’on te fasse du mal… »

ooOOoo

Diran grimpa les trois marches le séparant de la porte d’un air guilleret. Il avait établi un plan, du moins une sorte de plan, simple, et plutôt direct. Et il s’apprêtait à le mettre en marche. Il posa la main sur la poignée et jeta un dernier regard autour de lui. Personne. Tout le monde était trop absorbé par le travail pour s’occuper de lui. Il remit derrière son oreille droite une mèche de cheveux rebelle et entra sans frapper. Alann leva la tête de ses plans et sursauta en apercevant Diran. D’une part parce qu’il ne s’attendait pas à le voir, et d’autre part, parce que sa tenue était tout à fait différente de ce qu’il avait l’habitude de mettre. Il portait un jean déchiré dont Alann aurait pu être jaloux, un tee-shirt blanc aux manches longues froissé sous un gilet en laine gris foncé et ses chaussures étaient loin d’être brillantes… Aux yeux d’Alann, cela ne l’enlaidissait aucunement.

Diran lui sourit, fier de son petit effet, et vint s’asseoir à côté de lui sans prendre en compte l’air outré d’Alann.

« Bonjour, dit-il.

- Que faites-vous là ?

- Toujours aussi direct à ce que je vois ! Mais ça me plaît. »

Alann le fusilla du regard. Il se demandait ce qu’il fichait là et se jurait de dire ses quatre vérités à l’ouvrier qui était censé se charger de la visite du jeune Anderson et qui l’avait laissé seul, libre de ses mouvements. Diran se pencha vers lui et dit :

« Je viens finir ce que j’ai commencé la dernière fois.

- Vous voulez à nouveau goûter à mon poing ? demanda Alann avec un grand sourire crispé.

- Je suis prêt à prendre le risque quand je vois quelle est la récompense. »

Alann secoua la tête. Comment se débarrasser de cet homme ? De son regard vert pénétrant ? De sa voix si sensuelle ? Les paroles de Syrielle lui revinrent à l’esprit, venant semer le trouble. Bien sûr, il n’était pas dupe, il savait qu’il était attiré par Diran. Par son attitude de méchant garçon, par son physique, par son côté… prédateur. Il en était fasciné… et cela l’énervait. D’autant plus que le visage de Diran se rapprochait dangereusement du sien et qu’il n’arrivait pas à reculer, semblable à un aimant. Et sans qu’il s’en rende compte, leurs lèvres se frôlèrent, puis se touchèrent, pour former un baiser tendre, puis passionné. Lorsqu’ils s’éloignèrent l’un de l’autre, Diran affichait le sourire du conquérant.

« J’en étais sûr… »

Alann, peu à peu, comprenait ce qu’il s’était passé. Et il savait que c’était trop tard désormais. Le prédateur avait tendu son piège, et lui avait foncé droit dedans. Ce n’était pas pour autant une raison de rester la proie. Il agrippa le visage de Diran et l’embrassa fougueusement, oubliant toutes ses retenues, tous ses a priori, pour ne laisser parler que son désir. Diran s’était bien amusé avec lui, mais cette fois, ce serait Alann qui mènerait la danse…

ooOOoo

Alann se leva et enfila ses vêtements qui jonchaient le sol du préfabriqué. Tout en fermant son pantalon, il jeta un coup d’œil par la fenêtre, espérant que personne n’avait rien vu ou entendu. Il chercha son pull qu’il trouva sous la table sur laquelle reposaient toujours les plans qu’il étudiait avant que Diran n’entre. Ce dernier était allongé sur le canapé, juste couvert du drap qui servait habituellement à protéger le cadeau fait par Syrielle. Il regardait Alann s’habiller mais ne semblait pas vouloir en faire autant. De plus, il avait trop mal pour chercher à se lever. Ses yeux verts scrutèrent la silhouette de son amant du moment, descendant le long de son dos… Cet homme dont l’attitude lui avait fait penser à un petit agneau fragile et facilement manipulable était en réalité un loup affamé, rusé… Et plein de ressources. Tout pour lui plaire, en somme. Il croisa les mains et s’en servit d’appui pour son crâne. Un sourire naquit sur ses lèvres et ses yeux verts brillèrent de plus belle. Un sourire qu’Alann ne vit pas. Celui-ci finit de s’habiller et dit :

« J’espère que ça t’a suffit.

- Pour cette fois, oui.

- Il n’y aura pas de prochaine fois. Je ne m’engage jamais. Avec personne. »

Alann se retourna vers Diran qui frissonna. De plaisir. Il se redressa, et plia difficilement les genoux sur lesquels il posa les coudes.

« Qui a parlé d’engagement ? Ce n’est pas parce qu’on a couché ensemble qu’on doit former un couple… Mais une ou deux parties de jambes en l’air comme ça, en passant, c’est plutôt… agréable, non ? »

Alann rangea ses papiers puis le regarda une dernière fois :

« Je dois apporter ces plans au chef de chantier. Quand je reviendrai, tu ne seras plus là.

- C’est un ordre ? »

Alann se retourna avant de sortir et lui sourit. Pour la première fois. Et Diran n’était pas sûr qu’il s’agisse d’un sourire bienveillant. Pourtant, il le lui rendit. Alann ouvrit la porte et la claqua une fois dehors. Il descendit les marches, puis s’arrêta. Il passa la langue sur ses lèvres. Elles avaient le goût de celles de Diran…

ooOOoo

Alann attendait que la limousine vienne le chercher, devant l’entrée de son immeuble. Sur les ordres de Syrielle, il portait un costume trois pièces noir, et était même passé chez le coiffeur pour couper ses mèches rebelles. Cette soirée était trop importante pour qu’il s’y rende habillé de son jean troué fétiche. Il sortit les mains de ses poches en voyant la limousine arriver. Elle se gara juste devant lui, mais personne ne vint lui ouvrir la porte. Il grimpa dans le véhicule et salua son directeur et père qui ne daigna pas lui répondre. Assis en face de lui, Alann se mit à sourire. Menson père, vêtu de ses plus beaux atours, fumait une cigarette dont une partie de la fumée s’échappait par la fenêtre à peine ouverte. Son visage était dur, comme toujours, et exprimait le mécontentement.

« Alors, monsieur Menson… dit Alann. J’espère que vous n’êtes pas trop déçu d’avoir perdu notre pari ? »

Son père le regarda en coin et tira de nouveau sur sa cigarette.

« Ton nouveau bureau sera prêt dans une semaine.

- Celui qui possède cette magnifique baie vitrée, n’est-ce pas ? Oh, et j’ose espérer que vous avez bien commandé les meubles que je souhaitais ? »

Son père écrasa sa cigarette et le fusilla du regard :

« Tu as terminé les travaux dans les temps, tu as fait tout ce que les Anderson avaient exigé et tes ouvriers ont fait du bon travail. Mais ne joue pas au malin avec moi, Alann. N’oublie pas à qui tu fais face. C’est grâce à moi si tu as cette vie aujourd’hui.

- Je ne l’oublie pas, dit Alann entre ses dents. Mais cette réussite, je ne vous la dois pas. »

Alann détourna ensuite le regard, mais sentait celui de son père peser sur lui. Il savait ce qu’il lui devait, ce n’était pas la peine de le lui rappeler. Cela faisait des années qu’il vivait avec ça, mais aussi avec toute cette haine envers son père. Une haine qu’on lui avait appris à canaliser. Difficilement. Mais il avait fait une promesse à une personne qui lui était chère, et pour cela, il avait dû changer. Guérir. Mais parfois, comme en cet instant, ses pulsions tentaient de reprendre le dessus. Ses poings se serrèrent, laissant des marques rouges dans les paumes de sa main.

Lorsqu’ils arrivèrent à destination, son père fut le premier à sortir du véhicule, faisant face à la bâtisse des Anderson. Ces derniers fêtaient l’anniversaire de la maîtresse de maison, en même temps que la fin des travaux, et bien entendu, Menson père et fils avaient été invités à la fête. Syrielle, elle, avait rendez-vous avec son maçon du moment. Alann emboîta le pas à son père et entra à l’intérieur où de la musique classique résonnait dans toutes les pièces. La salle de réception était déjà pleine, et les Menson se séparèrent au milieu de la foule.

Alann s’empara d’une coupe de champagne au passage d’un serveur et pris le chemin de la nouvelle aile, celle-là même dont il avait dessiné les plans. Le silence régnait de ce côté-ci, et Alann se dit qu’il ne devait pas oublier de féliciter les ouvriers s’étant occupés de l’isolation. Il se dirigea vers le petit salon tout neuf, dans les tons pastel, très chaleureux, comme le souhaitait Madame Anderson qui avait déjà rempli toutes les étagères à l’aide de livres de tailles et de couleurs diverses. Alann admira le travail de Syrielle en matière de décoration et alla s’asseoir dans un fauteuil installé près d’une petite console sur laquelle il posa sa coupe. Mais à peine l’eut-il posée qu’elle se fit enlever par une autre main, dans le dos d’Alann qui essaya de cacher toute surprise en reconnaissant Diran.

« Merci, » dit ce dernier en buvant ce qu’il restait de champagne.

Les yeux verts de Diran qui revenaient trop souvent hanter Alann, le transpercèrent. Eux qui lui apparaissaient parfois moqueurs, brillants… parfois sombres, et d’autres fois, bien plus souvent, pleins de désir… Un sourire accompagna ce regard avant que Diran ne décide de s’asseoir à côté de lui, sur le bras du fauteuil.

« On préfère le calme à ce que je vois ? dit Diran.

- Est-ce que tu me suis ?

- J’étais juste curieux de savoir où est-ce que tu allais…

- Satisfait ?

- D’avoir assouvi ma curiosité ? Oui. Pour le reste, j’attends de voir… »

Alann lui reprit la coupe des mains et tenta d’échapper à son regard.

« Je t’avais dit que ça ne se reproduirait pas.

- Peut-être. Mais comme la dernière fois, je suis sûr que tu n’es pas indifférent. »

Alann soupira à ce souvenir. Cela s’était passé un mois auparavant, un mois pendant lequel il s’étaient vus, et parlés, mais sans aller plus loin. Était-ce parce qu’ils n’avaient jamais été seuls depuis ? Probablement. Néanmoins, Alann ne pouvait se leurrer. Le désir était présent. Ce qu’ils avaient partagé lui revenait sans cesse à l’esprit, comme s’il en voulait encore et encore. Et la main de Diran, qui se posa sur son visage, ne démentait pas cette envie. Sa main se fit caresse, puis son visage se rapprocha de celui d’Alann qui l’attrapa brusquement pour l’embrasser, l’obligeant à se pencher vers lui.

Alann comprit enfin. Non, il ne voulait pas fonder un couple. Mais il n’était pas contre le fait de l’avoir pour amant, même s’il le trouvait irascible, arrogant... trop séduisant. Il s’agirait d’un amant occasionnel, comme Syrielle. Le voir quand il en avait envie, mais ne pas l’avoir constamment sur le dos. Non, ça il ne le supporterait pas. Il ne voulait pas se retrouver en cage. Pas de nouveau.

Diran posa sa main sur le torse d’Alann pour s’écarter de lui lorsqu’il sentit que ce dernier devenait trop violent, trop… affamé. Il le regarda droit dans les yeux et fronça les sourcils. Cela avait été furtif, mais pendant un court instant, il eut l’impression que le regard d’Alann avait changé. Et ce qu’il y avait vu lui avait fait peur…
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Eh voilàààààààà !
Un nouveau chapitre pour une histoire qui a connu une très longue pause. Mais la motivation est revenue, je l'espère pour longtemps, mais avec les cours qui reprennent, je risque de ne pas pouvoir poster comme je le voudrais.
J'espère néanmoins que vous aurez apprécié ce chapitre et surtout que vous aurez été au rendez-vous^^
Gros bisous à tous et toutes et à bientôt !

Par Naishou - Publié dans : Mensonges
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Dimanche 30 août 2009


 

Jesse relâcha les jambes d’Andy et s’affala sur lui, le souffle court, mais plus que satisfait. Il tira le drap et la couverture sur leurs corps nus en essayant de ne pas prêter attention aux démangeaisons qu’elles occasionnaient. Il n’avait plus froid désormais, et l’eau qui coulait sur son corps n’était plus celle de la pluie…Toujours installé au creux des reins de son amant, Jesse releva la tête pour mieux le regarder. Andy avait passé un bras sur ses yeux et ne semblait pas très en forme. Jesse lui tapota le torse et demanda :

« Tu ne te sens pas bien ? »

Andy le foudroya du regard. Lui qui aimait quand Jesse prenait les devants ne s’attendait pas à ce qu’il les prenne vraiment. Il l’avait surpris, et pas dans le bon sens du terme.

« Pourquoi tu as… fait ça ? »

Sa voix était grave et pourtant faible, comme s’il souffrait.

« Tu… Tu as mal ? s’inquiéta Jesse.

- Non… Enfin oui, admit Andy qui décida de laisser tomber son masque d’homme fort. Mais qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?

- Eh bien… C’est Jérémy… Il m’a dit que tu adorais qu’on prenne les devants.

- Oui. Que tu prennes les devants, que tu te montres désireux… mais pas que tu transformes mon postérieur en…»

Andy fut fort heureusement coupé par la sonnerie de son téléphone. Alors qu’il tendait le bras vers ses vêtements pour l’attraper, il entendit Jesse grogner :

« C’est pas ce que m’a dit l’autre abruti… »

Le bip incessant et énervant du téléphone d’Andy s’arrêta lorsque ce dernier décrocha.

« Quoi ?! dit-il, agressif.

- Non mais tu aurais pu me le dire que tes colocataires allaient venir dans mon hôpital ! » lui répondit une voix tout aussi agressive.

Andy n’en croyait pas ses oreilles : parlez du loup, et vous verrez poindre le bout de son nez.

« Jérémy. Tu tombes bien ! dit Andy les dents serrées.

- Non, non, laisse moi finir s’il te plaît ! Pourquoi tu ne m’as pas prévenu, hein ? L’autre blondasse avec qui tu vis est dans mon hôpital, avec sa copine, et elles sont tout sauf respectueuses ! Elles ne veulent pas faire ce que je dis, elles… elles ont même menacé de foutre mon couple en l’air en allant parler de mes visites chez toi !

- Bien fait pour toi mon gars.

- Pardon ? s’étrangla Jérémy.

- Peut-être que ça t’apprendra à éviter de raconter n’importe quoi.

- De quoi tu parles ?

- De ce que tu as dit à Jesse au sujet de mes préférences au lit. »

Silence au bout du fil.

« Oups, Andy désolé, mais je vais passer sous un tunnel !

- Je croyais que tu étais à l’hôpital ?! »

Andy entendit les trois bips annonçant que son interlocuteur avait raccroché et il pesta. Jérémy ne perdait rien pour attendre, et même si Andy devait se déplacer pour cela, il se promettait de lui faire passer un sale quart d’heure. D’ailleurs, et bien qu’il ne s’entendait toujours pas avec Lio, il se mit à apprécier la façon dont elle se conduisait avec Jérémy. Il devait vivre un enfer… Andy afficha un sourire sadique. Il posa son téléphone sur le matelas à côté de lui et regarda Jesse qui paraissait tout penaud. Il passa ses bras autour de lui :

« Je t’en veux pas. Mais c’est bien la dernière fois que ça se produit, et à l’avenir, n’écoute pas ce que te dit cet abruti !

- Ne t’en fais pas pour ça, ce sera impossible, puisque, la prochaine fois que je le vois, je le tue !

- Non, laisse-moi ce plaisir… »

Ils se mirent à rire, mais furent de nouveau coupés par la sonnerie du téléphone. Andy, quoiqu’un peu agacé, aurait aimé que ce soit Jérémy afin de lui dire le fond de sa pensée, mais fort heureusement pour ce dernier, ce ne fut pas le cas :

« Bonjour, sale gamin.

- Cathy, déjà debout malgré ton âge avancé et la fatigue ? »

Andy entendit la femme rire à l’autre bout du fil. Un rire sec.

« Eh bien oui, tu vois. Je prends mon nouveau travail très à cœur. »

Cathy s’installa plus confortablement dans son fauteuil et reprit :

« Et toi, comment ça se passe là-bas ? Ton petit-ami est arrivé ?

- Oui, oui… aucun… souci à l’horizon.

- Je vois. Les retrouvailles ont été mouvementées, c’est ça ?

- … »

Cathy éclata de rire et il lui fallut quelques secondes pour se remettre. Andy avait beau jouer les durs, celle qu’il considérait comme sa tante le connaissait mieux qu’il ne le croyait.

« Tu n’as donc pas encore commencé ton stage. Enfin pas vraiment. Tu as intérêt à assurer tu sais. Ta mère était très fière de tes résultats, mais elle attend beaucoup de toi pendant ce stage.

- C’est elle qui te l’a dit ?

- Tu connais ta mère, elle ne l’a pas dit explicitement, mais elle me l’a fait comprendre. Alors moi, à ta place, je remettrai mon pantalon, et j’irai la trouver.

- Oui, oui, » dit Andy qui n’en avait pas du tout envie.

Cathy allait ajouter quelque chose quand on frappa à sa porte.

« Andy, je dois te laisser, je pense que les professeurs doivent commencer à affluer.

- D’accord. Sois toi-même, et tout ira bien. »

Cathy fut vraiment touchée par ces mots, mais elle ne dit rien et salua Andy en lui souhaitant à son tour bonne chance. Il en aurait besoin avec un tyran comme sa mère. Même s’il s’agissait de son fils, elle ne lui accorderait aucune faveur. Après tout, des vies étaient entre leurs mains… Elle raccrocha puis regarda la porte. Son travail à elle commençait.

« Entrez. »

Elle s’adossa à son fauteuil et s’en félicita lorsqu’elle vit Monroe pénétrer dans ce qui était désormais son bureau. Le bureau de la nouvelle directrice. Au moins, elle était déjà installée pour le recevoir sans risquer de défaillir…

« Bonjour Catherine. »

 Cathy dut prendre une profonde inspiration afin de lui répondre calmement et avec un grand sourire :

« Bonjour.

- Bien installée ? »

Elle le regarda droit dans les yeux, constatant à quel point il avait vieilli par rapport aux souvenirs qu’elle gardait de lui et dit, froidement :

« Très bien installée. »

Monroe acquiesça et le silence s’installa dans la pièce, gênant.

« Un problème ? demanda Cathy qui sentait la colère lui monter à la tête.

- Non…

- Alors je vais te demander de me laisser. Je suis là pour travailler. Et je voudrais que nos rapports en restent à cela : le travail. Je ne te demande rien d’autre. »

Monroe la regarda un instant, son visage n’exprimant rien de spécial, puis il sortit du bureau, laissant Cathy seule avec ses pensées. Finalement, il était venu la voir plus tôt que ce qu’elle avait pensé. En revanche, il avait réagi comme elle s’y attendait : il lui avait fait du mal, l’avait trahie, et ne l’assumait pas. Et elle ne l’aiderait pas en lui accordant son pardon. Il n’avait pas été là et ne s’était manifesté d’aucune façon lorsqu’elle avait avorté. Cathy et Laurent, eux, en revanche, avaient été là. Sa famille.

« Voilà… Le plus dur est passé. »

Elle soupira de soulagement. Elle n’avait pas pleuré, ni tremblé, comme cela serait arrivé quelques années auparavant. Elle se dit alors qu’avoir accepté la proposition d’Andy n’avait pas été une mauvaise décision. Cela faisait désormais un peu moins d’une semaine qu’elle savait que le précédent directeur avait décidé de démissionner pour des raisons personnelles et il n’avait pas fallu longtemps à Antoine pour convaincre le corps enseignant et le conseil d’engager Cathy comme remplaçante. Maintenant, elle devait se montrer à hauteur de sa tâche. Et Monroe ne devait pas être un obstacle. Elle observa la pièce dans laquelle elle allait travailler désormais. Son grand bureau ne supportant pour l’instant qu’une petite lampe et un écran d’ordinateur, faisait face à l’entrée derrière laquelle se trouvait sa nouvelle secrétaire. Sur les murs entourant son bureau avait été accrochés un panneau d’affichage, ainsi que divers tableaux ou articles de journaux encadrés vantant les mérites de l’université. Cathy regarda tout cela d’un œil critique, se disant qu’il allait y avoir du changement. Beaucoup de changement.

 Elle se leva, puis s’approcha du panneau d’affichage en liège sur lequel étaient épinglés les classements des élèves, toutes années confondues. Elle s’intéressa plus particulièrement à celui dont le premier nom affiché était Killen Andy, suivi de près par Jesse.

Elle sourit, fière de celui qu’elle considérait comme son neveu. Mais elle avait une chose à faire.

Alors, elle arracha les feuilles.

Une.

Par une.

ooOOoo

Neuf mois plus tard

Lio avait exigé de prendre le volant de la Golf, et contre toute attente, Antoine avait dit oui. Il lui avait laissé son bébé, la prunelle de ses yeux. Peut-être parce qu’il se sentait effectivement hors d’état de conduire. Ou bien avait-il une entière confiance en elle… Assis à côté d’elle, il regardait le paysage défiler, hypnotisé par ce qui n’était pour lui qu’un mélange de formes et de couleurs. Il pensa à ce qu’il allait devoir faire dans quelques minutes, et son cœur se serra.

Lio lui jeta un rapide coup d’œil avant de se concentrer de nouveau sur la route. Ils venaient de quitter l’autoroute, et elle dut ralentir pour pénétrer dans la ville. Mais ce qui l’inquiétait le plus était son ami qui n’avait pas dit un mot depuis qu’il était venu la chercher à l’hôpital où elle était désormais interne. C’était elle qui avait exigé qu’il vienne la retrouver, afin qu’il n’ait pas à affronter cette situation seul. Et elle se devait de lui changer les idées. Elle serra le volant en cuir de la Golf et dit :

« Jesse m’a téléphoné hier. Il aimerait bien que tu viennes avec moi à sa pendaison de crémaillère. Enfin à la sienne et à celle de son abruti de copain… »

Antoine sourit malgré lui. Lio, bien qu’elle ne l’avouerait jamais, était reconnaissante envers Andy. Peut-être éprouvait-elle-même du respect pour lui. Et il en était de même pour Andy envers elle, car ce dernier avait fini par comprendre, avec l’aide de Jesse, à quel point il avait eu tort en disant que la jeune femme ne pensait qu’à elle…

« Ils se sont enfin installés ensemble ? demanda Antoine.

- Oui. Je me demande encore comment Jesse fait pour supporter cet imbécile. Mais bon s’il est heureux comme ça… »

Antoine regarda son amie. Il avait fallu du temps à Lio pour accepter la situation, plus qu’aux autres membres de leur groupe. Mais elle savait que son amitié pour Jesse était plus importante que tout.

« Et dans une semaine, reprit-elle, n’oublie pas qu’on va fêter les fiançailles de Sabrina et Mathis. Erick a même réussi à avoir son week-end spécialement pour eux.

- Tout se passe bien pour lui ?

- La solitude lui a un peu pesé au début, mais ça va beaucoup mieux maintenant. »

Antoine acquiesça. Erick avait été accepté dans un hôpital réputé dans le Nord du pays. Poussé par Lio, il avait saisi sa chance, et cela lui avait réussi. Mais il était très pris, et faire le voyage jusque chez ses amis était assez difficile à entreprendre dans cette situation… Antoine ferma les yeux et se laissa aller contre l’appuie-tête. Intérieurement, il remercia sa meilleure amie de combler ainsi le silence, ce qui lui permettait de penser à autre chose.

« Tu… Tu es sûr de ne pas vouloir reprendre le poste de directeur ? »

Antoine ne s’était pas attendu à une telle question, mais à bien y réfléchir, il était normal que Lio l’ait posée. Contrairement à ce qui était prévu, Antoine avait poursuivi ses études et n’avait pas désiré reprendre le travail de son père.

« Avec ce qui va se passer dans les jours à venir, je pense que c’est mieux comme ça. En plus, Cathy fait vraiment de l’excellent travail. »

Antoine sourit à Lio. Avec le temps, il s’était pris d’amitié pour la nouvelle directrice qui lui avait toujours fait comprendre qu’il pouvait venir lui réclamer la place quand il le voulait. Depuis le début, elle l’avait écouté, lui avait demandé conseil quand quelque chose n’allait pas… le respect dont elle avait fait preuve envers lui était vraiment touchant, car elle ne l’avait jamais pris de haut. Tout le contraire de son père…

Antoine se rembrunit, ce qui n’échappa pas à Lio. Elle mit cela sur le fait qu’ils arrivaient enfin devant chez lui. Comme prévu, la voiture de Ryland n’était pas garée dans l’allée devant la maison. Sa femme devait donc être seule pendant que son mari était parti pour affaires. Du moins, elle allait vite comprendre que ce n’était pas le cas et que son mari n’était probablement pas parti seul… Les menaces de Lio n’avaient rien changé à son infidélité. Et il était temps de le punir pour cela.

Lio se gara. Elle sortit du véhicule noir dont elle fit ensuite le tour et ouvrit la porte à Antoine. Ce dernier sortit en grimaçant, mais fut accueilli par les bras de Lio qui lui murmura à l’oreille :

« Courage… »

Il la remercia, puis fit le premier pas vers la demeure, Lio derrière lui. Tous deux aideraient sa mère dans cette épreuve qui ne serait pour eux qu’un nouveau bouleversement.

Car cette année en avait connu beaucoup, qui les avaient tous touchés, chacun s’étant fait prendre au piège de l’autre. Jamais Lio n’aurait cru qu’Andy aurait pu bouleverser ainsi ses plans. Jamais elle ne l’aurait cru capable de les aider après ce qu’ils avaient tenté de lui faire en début d’année. Jamais elle ni ses amis ne se seraient crus aussi courageux pour affronter tous les problèmes auxquels ils ont dû faire face. Jamais Jesse n’aurait cru tomber dans les bras d’un homme comme Andy. Et ce dernier qui aimait à jouer au chat et à la souris n’aurait jamais pensé que Jesse prendrait une telle importance dans sa vie.

Tous, avaient cru à un moment dominer la partie. Mais tous s’étaient fait prendre à leur propre jeu…

Néanmoins, la partie était finie.

Pour l’instant…

 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Bonjour, Bonsoir,
Eh oui ça y est, cette histoire est terminée ! C'est triste, et à la fois, cela va me permettre de passer à autre chose. Mais Andy et Jesse vont me manquer (ben oui, même si ce ne sont que des personnages complètement fictifs^^). Peut-être les reverrons-nous ailleurs, plus tard...
J'espère néanmoins que vous aurez apprécié cette histoire et que vous n'avez pas manqué ce rendez-vous. Merci à vous tous pour votre soutien, pour vos commentaires ou tout simplement pour être juste passés par ici.
A très bientôt j'espère !

Par Naishou - Publié dans : Tel est pris qui croyait prendre
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